‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 122 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (MYOPIE TYPIOrE). :W · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (MYOPIE TYPIOrE). :W

L'effort de convergence égal des deux yeux, qui renseigne l'emmétrope et l'hypermétrope sur la distance de l'objet, cet eiïort fait défaut chez le myope dans les conditions mentionnées. Le relâchement complet de l'accommodation qu'exige la vision de tout objet situé au puiictum remotum, ou plus loin, immobilisera l'œil exclu plutôt dans une direction parallèle h l'autre; les deux yeux seront placés par conséquent en divergence relativement à l'objet de fixation. Cette divergence n'est donc pas nécessairement due à une faiblesse musculaire. Elle fait prévoir néanmoins que le myope tombera plus facilement dans le strabisme divergent que l'emmétrope et l'hypermétrope, surtout si d'autres causes favorisent cette déviation. On rencontre, en elîet, plus fréquemment une véritable insuffisance des droits internes chez les myopes que dans d'autres états de réfraction.

L'insuffisance relative, mais surtout la faiblesse absolue des muscles préposés à la convergence, qui souvent lui succède, peut donner lieu à des phénomènes d'asthénopie très prononcés. Les yeux se fatiguent vite dans la vision rapprochée, et des personnes attentives se rendent bien compte qu'elles sont gênées par la diplopie, quand elles persistent dans la fixation. Des douleurs de tète, des vertiges même sont la punition inlligée à celui qui tente de vaincre les difficultés qui s'opposent au travail de près, et nous avons vu des jeunes gens parfaitement bien portants, et doués d'yeux absolument sains d'ailleurs, obligés de renoncer à leurs études, uniquement à cause de cette asthénopie. Le bon état de leurs yeux, loin de leur être utile, leur devenait même funeste, parce qu'il donnait précisément à chacun d'eux la même valeur et le même droit à la vision, et faisait persister ainsi le patient dans le désir du fonctionnement binoculaire.

En pareil cas, les difficultés que rencontre ce dernier deviennent une cause de fatigue, tandis qu'un œil inférieur à l'autre est vite vaincu dans la lutte et se réfugie dans le strabisme divergent. Aussitôt que celui-ci s'est établi, l'asthénopie cesse, et l'individu se croit guéri. Mais, en réalité, il a sacrifié un œil, il a payé par la perte de la vision stéréoscopique la faculté de travailler en paix avec un œil seulement.

Outre la nécessité de se servir de verres concaves pour voir au loin, les diiticultés de la vision binoculaire à courte distance, l'asthénopie ou le strabisme divergent qui peuvent en résulter sont donc les principaux désavantages inhérents à la myopie typique de degré moyen.

Les troubles de la vision sont nécessairement plus prononcés encore dans \es degrés élevés i\e myopie. Les verres concaves sont indispensables, s'imposent même pour des distances moyennes, comme pour le piano, pour la peinture, pour l'écriture, etc. La vision binoculaire est très rare, souvent impossible, le strabisme divergent, la règle.

En elîet, à la rupture de l'équilibre entre les fonctions essentielles pour la vision binoculaire se joint, dans ces cas, une autre cause de divergence encore : c'est la forme même de l'œil. Pour réaliser un degré élevé de myopie, l'axe antéro-postérieur doit s'allonger nolablemenl : mais cette

ectasie ne se limite pas au pôle postérieur de l'œil, le globe tout entier y participe.

L'œil fortement myope frappe à première vue par sa taille. Il est volumineux, énorme même, surtout dans sa dimension antéro-postérieure. Il affecte la forme d'un ellipsoïde de révolution. Lorsqu'on écarte et repousse les paupières en arrière, en faisant regarder l'œil vers le nez, on remarque de suite que la région équatoriale présente une courbure beaucoup plus faible que les pôles — juste l'inverse de l'œil hypermétrope, — et que l'œil semble gêné dans ses excursions. Cette forme et celte longueur du globe ont, en effet, une influence fâcheuse sur ses mouvements en général. Le champ de fixation est moins étendu que celui de l'emmétrope, ou surtout celui du petit œil si mobile de l'hypermétrope faible. Mais il est surtout limité du côté interne, nasal. Cela est tout naturel : l'ellipsoïde formé par l'œil myope se place nécessairement dans la direction de l'axe de l'orbite. Or, les axes orbitaires divergeant d'une façon notable, les yeux divergent également et ne peuvent sortir de cette direction qu'avec difficulté. A plus forte raison n'arrivent-ils jamais à réaliser une convergence telle que l'exigerait la proximité du punctum remotum de ces yeux fortement myopes.

Enfin, les muscles mêmes semblent quelquefois manquer de force et de prise sur l'œil, comme si, par un excès de tension, ils avaient perdu leur élasticité et leur puissance contractile.

Les cas extrêmes d'ectasie du globe et de myopie n'appartiennent d'ailleurs plus à la forme typique que nous avons considérée. Ils s'accompagnent presque toujours d'altérations si profondes et si multiples de l'organe, que l'amétropie ne représente qu'un symptôme secondaire dans l'ensemble de cet état morbide.

En effet, à côté de la myopie typique, il existe une forme de mijopie atypique^ presque aussi répandue que la première, mais immodérée dans son développement et funeste dans ses suites. Nous allons la considérer de plus près.

MYOPIE ATYPIQUE

(Myopie maligne^ progressive).

La myopie atypique que nous avons en vue est aussi une amétropie axile, mais comme une forme bâtarde de la myopie typique. L'allongement de l'œil qui produit l'anomalie de réfraction s'accompagne, chez elle, d'une série de phénomènes morbides, qui vont en augmentant, en se multipliant, envahissant les membranes les plus essentielles à la vision, et ne ménageant même pas les organes accessoires, comme le muscle ciliaire et l'appareil moteur des yeux. En même temps, l'agrandissement du globe semble ne pas connaître de limites, et dépasse de beaucoup le degré désirable pour l'adaptation au travail.

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