PARTIE CLINIQUE (MYOPIE ATYPIQUE
traversé par des cloisons membraneuses, excessivement minces, perforées en partie et remplies d'un liquide lymphoïde (1). Des cavités analogues se trouvent également dans d'autres parties du corps vitré, et semblent en communication avec l'espace lymphatique que Henle et Merkel admettent entre la limitante interne et la couche des fibres nerveuses de la rétine.
Le cristallin peut souffrir dans sa nutrition. Les pôles antérieur et postérieur s'épaississent, et le microscope révèle, sous une couche mince de fibres cristalliniennes, des globules ronds, qui semblent dus à la coagulation d'une masse homogène (2). Le ligament suspenseur même du cristallin, la zone de Zinn, semble atrophié en partie.
Nous n'entrons pas plus avant dans l'anatomie pathologique de l'œil myope. Elle a fait le sujet de beaucoup de publications depuis la description classique qu'en a donnée Donders déjà, en 1864 (3). Mais il est un point sur lequel on nous permettra de nous étendre avec plus de détails, parce qu'il est particulièrement propre à éclairer le mode de production de la myopie. C'est l'état du nerf optique et de ses connexions anatomiques.
E. de Jseger (4) a, le premier, observé que l'aspect ophthalmoscopique de la papille de l'œil myope que nous venons d'esquisser est dû surtout à une espèce de tiraillement que le nerf et la réline subissent dans la direction du pôle postérieur. Les recherches microscopiques entreprises, à l'instigation de M. Nagel, par M. Weiss ont confirmé l'opinion de JsBger, et lui donnent une importance toute particulière. Voici les faits, tels qu'ils résultent de l'étude minutieuse de plusieurs yeux atteints de myopie faible et de myopie forte (5).
La portion intrabulbaire du nerf optique n'a pas seulement pris une position oblique; elle semble avoir été soumise à une traction qui l'aurait en partie séparée de sa gaine et l'aurait attirée ou repoussée vers la région postérieure de l'œil (fig. 123).
Le nerf optique, avant de s'épanouir pour former la rétine, a à traverser deux ouvertures, celle de la sclérotique et celle de la choroïde. L'aspect du fond de Tœil normal dénote une correspondance exacte de ces deux orifices. Dans l'œil myope, il n'en est plus ainsi. L'anneau choroïdien (ce') paraît avoir été déplacé, relativement à l'anneau sclérotical (ss'), en arrière et en dehors, et la papille présente, sur sa coupe, une déformation caractéristique due à ce phénomène.
(1) Duc Charles Théodore, Arc/i. f. Opiith., XXV, 3, p. 111, 1879 ; Leber, Soc. ophth. de Heidelberg. Compte rendu, p. 18, 1882; Weiss, Mittheilungen aus der ophthalmiatrischen Klinik in Tiibingen, p. 100-101.
(2) Weiss, loc. cit., p. 63-117, 1882. Celte altération nous semble tout à fait identique à celle que nous avons constatée, décrite et dessinée dans un article surla rétinitepigmentaire (Landolt. Arch. f. Ophth., XVIII, p. 25, 1872, et Ann. d'ocul, 1872).
(3) Donders, loc. cit., p. 367, éd. angl. ; p. 308, éd. allem.
(4) E. de Jœger, Ueber die Einstellungen des dioptrischen Appantles des menschlichen Auges. Vienne, 1861. — Mauthner, loc. cit., p. 436.
(5) Weiss, loc. cit., p. 67-69, 78-80 et 82-^88.
400 LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOM\IODATIOiN.
Si l'on examine, en effet, une coupe de la portion intrabulbaire du nerf optique, on voit la limite interne de la choroïde (c'), accentuée par la couleur foncée de son épilhélium pigmenté, dépasser le bord correspondant de Tanneau sclérotical d'une quantité notable. Toutes les couches de la choroïde sont représentées à ce niveau; seulement elles s'amincissent progressivement et constituent une espèce de coin, sur l'arête duquel passent, en s'incurvant, les fibres nerveuses. Celles-ci présentent donc du côté nasal une
Nous empruntons cette ligure au travail de MM. Nagel et Weiss. C'est l'entrée du nerf optique d'un œil gauche myope, vue d'en haut. Dans la partie postérieure du nerf, les fibres optiques sont encore dirigées normalement. Après avoir traversé la lame criblée, fortement convexe en arrière , les unes se rendent, légèrement courbées, vers le côté externe. Les autres sont obligées de changer deux fois brusquement de direction, pour passer autour du bord interne de l'anneau choroïdien c', qui, avec la sclérotiques', est enfoncé comme un coin dans le nerf optique. La violence que subit ce dernier est visible aussi au trajet anguleux de l'artère centrale. — Du côté externe, des fibres de tissu connectif en rapport avec la lame criblée, et môme des fibres optiques, sont comme poussées dans la choroïde et la rétine. Elles ont éloigné les couches externes de cette dernière du bord sclérotical et soulevé l'épithélium pigmenté. — En considérant la différence de niveau qui existe entre le bord externe et le bord interne des anneaux sclérotical et choroïdien, et la disposition particulière de la lame criblée, on a tout à fait l'impression que le nerf optique a été arraché en partie de ses gaines, et que la rétine a subi une espèce de supertraction par-dessus le bord de la papille,
double courbure. D'abord rectilignes, au moment où elles pénètrent dans l'ouverture sclérale, elles s'infléchissent en dehors, pour franchir la limite choroïdienne déplacée. Une fois ce point dépassé, elles s'incurvent à angle aigu pour aller former les couches antérieures de la partie interne de la rétine. Il en est tout autrement au côté externe. Ici la limite choroïdienne se trouve plus éloignée des fibres que la limite sclérale. Les fibres nerveuses, qui, normalement, présentent une courbure très prononcée au moment où elles se distribuent dans la rétine, sont ici infléchies sous un angle obtus et semblent soumises à une traction qui tend à les redresser.