PARTIE CLINIQUE (MYOPIE MALIGNE
A quoi faut-il rattacher ces déformations? Au fait que la lame criblée, qui constitue le soutien de la papille, n'est pas composée seulement de fibres sclérales, mais aussi de travées issues des couches superficielles et profondes de la choroïde. Ces travées placent dans une dépendance étroite les deux tissus de la papille et de la choroïde; elles font que cette membrane n'est, en réalité, pas interrompue dans sa continuité par le passage du nert optique au travers d'elle, de façon que, si la choroïde éprouve un mouvement de glissement vers le pôle postérieur de l'œil, elle exécute ce mouvement dans sa totalité. L'orifice choroïdien entier se déplace et tend à entraîner la papille avec lui; mais celle-ci, fixée qu'elle est par ses connexions sclérales, ne cède qu'en partie; elle se laisse pénétrer plutôt par le bord interne tranchant de la choroïde. Sa résistance est telle, qu'à son côté externe on observe la rupture des travées choroïdiennes profondes concourant à la formation de la lame criblée.
Les mêmes altérations se produisent dans la myopie forte; il s'y joint seulement un élargissement de Tanneau choroïdien, dû à l'atrophie partielle de son contour externe.
C'est à cette traction exercée sur le nerf optique qu'est dû le décollement de sa gaine, fait observé déjà par Donders (fig. 125).
Ainsi s'expliquent à merveille les altérations ophthalmoscopiques qu'on observe dans l'œil myope. La limite pigmentée interne de l'anneau choroïdien a empiété sur la papille, de telle façon que les vaisseaux s'en trouvent plus rapprochés. La coloration foncée de la choroïde laisse à peine apercevoir le contour interne réel de la papille; cependant la portion masquée de cette dernière transparaît quelquefois à travers la choroïde, sous la forme d'un croissant, dont la coloration moins foncée tranche faiblement sur le fond pigmenté du voisinage. Quant à la limite externe de la papille, elle est à nu derrière la rétine. Le rebord sclérotical, mis à découvert par le glissement de la choroïde, brille d'un éclat nacré dans une étendue plus ou moins grande, qui constitue le croissant blanc, rapporté si longtemps à un arrêt de développement, à un colobome, ou à l'atrophie ou l'arrachement de la choroïde.
Ces faits, si nettement observés et décrits, sont évidemment de la plus haute importance pour l'étiologie de la myopie. Ils ne constituent pas seulement une nouvelle preuve à l'appui de l'opinion qui cherche la cause de cette amétropie dans l'allongement pathologique de l'axe oculaire, mais ils indiquent d'une façon très claire comment cet allongement se produit.
Il est dû à une force qui agit surtout sur la région polaire postérieure de l'œil, qui pousse cette partie en arrière avec un vigueur assez grande pour distendre les membranes de l'œil, en entraînant le nerf optique, qui se place obliquement et se sépare de ses gaines.
Quelle est cette force? — Ce ne saurait être que le contenu du globe oculaire, dont la pression s'exerce, dans certaines conditions, plus particuhèrement sur le pôle postérieur de l'œil.
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m LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.
Mais ce contenu étant demi-liquide, la pression qu'il exerce devrait se faire sentir également dans toutes les directions. Pour qu'elle fasse subir son action à une région spéciale, comme le pôle postérieur, de préférence à toute autre, il faut que cette partie de l'œil offre moins de résistance, ou soit plus particulièrement exposée à l'effet de la tension de son contenu. Cette dernière n'aura même pas besoin de s'élever au-dessus de la normale pour amener l'ectasie de la partie faible du globe ; mais il est évident que
FiG. 124.. — Schéma de l'entrée du nerf optique dans l'œil normal. Suivant Donders, loc. cit., p. 375, éd. angl,
a, gaine externe du nerf optique, se confondant en a' avec la couche exte'rieure delà sclérotique.— b, gaine interne du nerf optique, suivant ce dernier jusqu'au niveau de la choroïde d. — b', partie souvent pigmentée de la sclérotique, qui donne lieu à l'aspect foncé du contour de la papille optique. — g, lame criblée. — c, espace intervaginal, — h, un des vaisseaux centraux du nerf optique,
l'effet sera d'autant plus prononcé, l'ectasie d'autant plus profonde, que la pression sera plus forte.
La véritable membrane protectrice du globe, celle qui lui donne sa forme, est la sclérotique. C'est elle qui doit céder au cas où il se produit une ectasie partielle ou totale. Or, dans l'œil normal, cette membrane présente précisément son maximum d'épaisseur et de résistance à l'endroit où se forme le staphylôme de l'œil myope.
Pour comprendre la production de la myopie nous avons donc, en premier lieu, à trouver les causes capables de diminuer la résistance de la sclérotique, notamment au pôle postérieur.