‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 134 sur 327 · Statistique de M. Erismann · texte numérisé non relu

Statistique de M. Erismann

L'auteur a examiné de nouveau, en 1876, 350 yeux, qu'il avait passés en revue 6 ans auparavant. Dans 23 pour 100 des cas, la réfraction n'avait pas changé.

Dans 67 pour 100 elle avait augmenté.

L'hypermétropie avait diminué dans 7 pour 100 des cas. L'hypermétropie s'était changée en emmétropie dans 8 pour 100. L^hypermétropie — myopie — 13 —

L'emmétropie.. — myopie — 16 —

La myopie avait augmenté dans 25 —

La réfraction avait diminué dans 9 pour 100 des yeux.

L'hypermétropie avait augmenté dans 3 pour 100.

L'emmétropie s'était changée en hypermétropie dans 5 pour 100.

La myopie avait diminué dans 0,5 pour 100 .

La myopie s'était changée en emmétropie dans 0,5 pour 100.

L'auteur fait observer d'ailleurs très justement que les quelques cas de diminution de la réfraction sont attribuables à la disparition d'un spasme accommodatif, qui avait fait paraître autrefois la réfraction plus élevée qu'elle n'était en réalité.

Les mêmes faits découlent de toutes ces statistiques. C'est que, chez les jeunes gens, la réfraction a une tendance à augmenter avec les années, mais

que cette tendance est, non seulement plus répandue, mais aussi plus prononcée chez les myopes que chez les individus d'autre réfraction.

En mêiïie temps que le nombre des myopes augmente, celui des hypermétropes diminue. Celui des emmétropes est difficile à évaluer, parce que les auteurs varient considérablement dans leur définition de l'emmétropie. Les uns s'en tiennent plus strictement à la définition classique et n'en trouvent nécessairement qu'un très petit nombre; d'autres élargissent les limites jusqu'à une, même plusieurs dioptries au-dessus et au-dessous de zéro, et obtiennent en conséquence bien plus d'yeux normaux.

Ce point a d'ailleurs peu d'importance. Le fait est que la réfraction statique augmente dans un grand nombre d'yeux pendant la jeunesse. Après cette époque, elle reste assez stationnaire, non seulement pour les hypermétropes et les emmétropes, mais aussi pour bon nombre de myopes. L'examen d'adultes n'a donné nulle part un nombre de myopes plus grand que celui des classes supérieures des écoles, mais nous verrons des degrés de myopie }d1us forts.

Il semble donc que ce soit entre 12 et 18 ans que l'œil acquiert sa forme définitive et par conséquent sa réfraction statique. Celle-ci est, comme nous l'avons dit, pour la plupart d'entre eux, plus élevée que celle des nouveau-nés, mais la différence n'est pas très grande, de 0 à 3 D environ.

Celte évolution doit être considérée comme normale. Ce qui est pathologique, c'est que, dans un certain nombre de ces yeux, la réfraction ne reste pas stationnaire, mais augmente constamment et avec rapidité, en s'accompagnant des altérations du fond de l'œil que nous avons signalées et de troubles fonctionnels qui peuvent entraver considérablement l'usage de l'organe.

La myopie normale et la myopie pathologique se développeraient donc à la même époque delà vie. Ceci n'a rien de surprenant. Il est tout naturel, d'une part, que l'œil prenne sa forme définitive en môme temps que l'organisme tout entier et, d'autre part, que les écarts de l'évolution normale se produisent dans une période de la vie où les tissus sont encore peu résistants et dans un état, pour ainsi dire, de germination.

Pour l'organe visuel, ceci est moins étonnant, vu que c'est précisément à cette époque qu'il entre en plein fonctionnement et d'une façon aussi subite que rude pour les individus qui subissent les exigences de l'instruction ou de l'apprentissage.

Mais il est déjà plus difficile d'expliquer le pourquoi et le comment de la production de cette myopie pathologique.

Le fait que certains yeux exposés absolument aux mêmes influences extérieures se développent tout à fait normalement, pour aboutir, soit à l'hypermétropie, soit à l'emmétropie, ou encore à une myopie physiologique, tandis que d'autres s'écartent de cette voie, pour s'engager dans celle de la myopie pernicieuse, ce fait nous amène nécessairement à admettre deux ordres de causes delà myopie : d'abord une pre6?is|)osï7ion inhérente à l'individu ou au

PAKTIE CLINIQUE (ÉTIOl.OGlE DE LA MYOPIE MALIGNE). il3

moins à son organe visuel; en second lieu, une cause, ou plusieurs causes déterminantes qui, sur ce sol préparé, font éclore le vice de formation de l'œil.

Quant à la prédisposition, nous avons vu qu'elle consiste essentiellement dans les circonstances capables de diminuer la résistance de la sclérotique, d'augmenter la tension intra-oculaire, de favoriser la compression du globe, dans un certain sens surtout.

Parmi les premières, nous avons mentionné comme possibles, sinon prouvés, des arrêts de développement de la sclérotique, la conformation particulière du globe, mais surtout la choroïdite.

Or les lésions choroïdiennes résultent souvent de l'élat général. Une mauvaise nutrition, une constitution lymphatique, scrofuleuse offrent sans nul doute un terrain favorable à la choroïdite. Aussi rencontre-t-on les altérations progressives fréquemment chez les individus débiles, et chez les populations qui, habitant un pays peu fertile, ont toujours vécu dans des conditions défavorables, ou ont eu à soutenir une lutte pour l'existence particulièrement dure. C'est ainsi qu'on trouve les spécimens les plus caractéristiques, les degrés les plus élevés de la myopie maligne souvent chez les paysans et au milieu des peuples illettrés, qui n'exposent leurs yeux à aucune des causes nuisibles dont nous parlerons encore comme pouvant amener la myopie (1).

On comprend aussi que la myopie puisse devenir ainsi endémique, et la disposition à l'acquérir héréditaire, parce que la constitution peut se transmettre de père en fils.

Il est cependant possible que cette disposition existe sans se manifester. Mais elle le fera aussitôt qu'à ces causes conditionnelles" viendront s'adjoindre les circonstances déterminantes.

Quant à la compression du globe, elle doit se manifester surtout pendant la convergence. Elle sera d'autant plus énergique, que celle-ci est plus forte ou plus soutenue, c'est-à-dire que le droit externe s'enroule davantage sur le globe oculaire. C'est de la même façon qu'agiront, par conséquent, l'insertion de ce muscle plus rapprochée de la cornée, ou un angle gamma nul ou négatif. Dans ce dernier cas, la ligne de regard passant en dehors de Taxe oculaire, la fixation binoculaire exige une rotation du globe en dedans plus étendue, et expose, par suite, ce dernier davantage à la pression du droit externe.

Hâtons-nous de dire que des données précises sur l'insertion musculaire par rapport à l'état de réfraction des yeux font encore défaut, mais que les mensurations de Donders et d'autres auteurs ont prouvé qu'en général l'angle gamma est plus petit chez les myopes que dans d'autres yeux, qu'il est souvent nul ou négatif.

Nos propres expériences (2), ainsi que celles de M. Dobrowolsky (3), sur

(1) Landolt, On myopia {London, ophth. Hosp. Rep.^ déc. 1874).

(2) Landolt, Annali di Ottalmologia, II, 1, janvier 187ii.

(3) Dobrowolsky, Klin. Monâtsbl. et Ann. d'ocuL, décembre 187L

m LANDOLÏ. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.

la distance qui sépare la fosse centrale du nerf optique concordent avec ce fait découvert par Donders ; elles indiquent un rapprochement de ces deux points dans l'œil myope.

Une cause plus puissante encore capable d'augmenter le degré de la compression musculaire pendant la convergence doit se trouver dans Vécartement des yeux{\). L'angle de convergence pour un point donné est nécessairement d'autant plus grand pour chaque œil, que les centres de rotation sont plus éloignés l'un de l'autre. Or la distance entre les deux yeux dépend évidemment de la conformation du crâne. On a donc cherché dans cette dernière une cause prépondérante de la myopie, par suite de l'augmentation de longueur de la ligne de base, qui peut en être la conséquence. ■

Nous avons déjà vu que la forme du crâne présente une autre connexion encore avec la myopie : nous avons établi, en effet, que le crâne dolichocéphale renferme souvent des yeux formés à son image, c'est-à-dire allongés dans le sens antéro-postérieur.

Si nous connaissions le secret de la nature, le travail délicat par lequel elle parvient à créer la myopie typique, nul doute que nous ne vissions également clair dans l'étiologie de la myopie maligne. Dans leurs rapports avec la conformation du crâne, les deux formes se rapprochent de plus près. Car, si l'on est porté à trouver tout naturel que le globe ellipsoïdal de l'œil myope typique se forme dans l'orbite dolichocéphale comme dans un moule, il semble cependant que les choses ne se passent pas aussi simplement dans tous les cas, surtout dans la myopie progressive.

En effet, on rencontre souvent des crânes du type dolichocéphalique le plus prononcé avec des yeux myopes de forme absolument typique. Et l'on se dit : Yoilà des yeux que la nature a dû créer, en conformité avec le crâne, directement pour la myopie ; de même qu'elle en destine d'autres, qu'elle loge dans des orbites plus courts, à l'emmétropie; ils doivent être aussi sains les uns que les autres; la seule différence consiste, sans aucun doute, dans leur forme, telle qu'elle résulte du développement de leur axe antéropostérieur. Les premiers sont seulement myopes par l'excès de ce développement. Mais, quand on examine ces yeux à l'ophthalmoscope, on est tout étonné de rencontrer un staphylôme profond, l'obliquité de la papille avec supertraction de la rétine et les altérations choroïdiennes les plus étendues.

Ce phénomène donne surtout à réfléchir dans les cas d'anisométropie avec asymétrie du crâne. L'un des côtés de la tête est alors visiblement plus petit, le front fuyant, la pommette effacée, le menton presque atrophié. Il contient un œil emmétrope. L'autre moitié, au contraire, montre un front et des bords orbitaires fortement développés, une pommette saillante, un menton proéminent. On ne s'étonne nullement que l'œil de ce côté soit plus long, et par suite myope; mais, ce qui est surprenant, c'est qu'ici encore la

(i) Mannhardt, Klin. Monatsbl., p. 425, 1875. Arch. f. Ophth., XVII, p. 69, 1871

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