‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 135 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (ÉTIOLOGIE DE LA MYOPIE MALIGNE · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (ÉTIOLOGIE DE LA MYOPIE MALIGNE

forme myopique du globe n'est pas simplement la copie de celle du crâne, mais aussi le résultat d'une ectasie pathologique de son pôle postérieur, du staphylôme avec les altérations qui l'accompagnent.

Les yeux ainsi déviés du type myopique normal sont extrêmement fréquents, et semblent indiquer que la conformation myopique du globe développée à l'image du crâne renferme en même temps le germe de la progression, c'està-dire de la myopie maligne. Il est parfaitement admissible que, dans les cas mentionnés, la configuration du crâne n'aurait occasionné qu'une myopie normale, moyenne, mais que celle-ci a été dépassée par suite de causes accidentelles qui nous échappent encore. Nous en sommes réduits à accuser une insertion particulière des muscles, ou une autre cause favorisant l'ampliation excessive du globe, ou une choroïdite diminuant la résistance du pôle postérieur. D'autre part, ce sont précisément les cas de myopie maligne avec dolichocéphalie qui semblent indiquer que, si la choroïdite peut devenir la cause de l'ectasie du globe, elle en est peut-être souvent aussi la conséquence.

Quoi qu'il en soit, nous connaissons jusqu'à présent deux facteurs principaux qui peuvent amener la myopie : les troubles de nutrition des membranes de Vœil et la conformation du crâne. Ces deux facteurs peuvent se combiner ensemble. Or tous deux sont éminemment héréditaires. Nous l'avons établi déjà en ce qui concerne le premier ; personne ne le contestera pour le second.

S'il est donc possible que la myopie typique se transmette de génération en génération, sans cependant qu'elle se reproduise constamment d'une manière fatale, par la raison que nous avons exposée p. 290, la disposition à la myopie maligne n'est pas moins héréditaire. Mais il n'est pas nécessaire qu'elle se développe. L'individu peut y échapper, grâce à une constitution exceptionnellement heureuse, et surtout lorsque les circonstances déterminantes font défaut.

Si nous considérons la parenté qui existe entre la myopie typique et la myopie progressive, on ne s'étonnera pas non plus si, parmi les descendants d'une famille ou d'une tribu de myopes types, il se rencontre parfois un cas de myopie maligne.

Au point de vue de l'hérédité, nous pouvons donc distinguer les formes suivantes de myopie :

1° Myopie héréditaire et congénitale.

2° Myopie héréditaire^ au point de vue de la disposition, mais acquise par suite de circonstances qui favorisent son éclosion.

Si nous admettons, comme cela arrive sans doute, que l'individu puisse présenter spontanément et sans hérédité les particularités physiques dont la myopie est la conséquence, nous aurons : " ^

3° Une myopie congénitale non héréditaire.

m LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.

Enfin une seconde forme de myopie non héréditaire est celle que nous avons vue se produire à la suite d'affections des membranes du fond de l'œil, soit accidentelles, soit attribuables à des causes débilitantes. C'est

4° La myopie acquise non héréditaire.

Nous nous trouvons ainsi parfaitement d'accord avec M. Horner (1), qui a établi le premier d'une façon bien nette les quatre catégories mentionnées de myopie. Nous nous félicitons de cet accord, car rarement on a vu un champ plus favorable à l'étude de la myopie que ne l'est la clinique de Zurich exploité par un observateur aussi compétent que le maître que nous venons de citer.

Ce schéma n'exige plus qu'une seule explication. C'est celle de la manière dont peut se développer la myopie acquise. C'est l'étude des causes qui, sur le terrain déjà préparé par l'hérédité ou par une prédisposition spontanée, font éclore et progresser la myopie.

Causes déterminantes de la myopie.

Parmi ces causes, il faut mentionner avant tout le travail oculaire à courte distance.

Cette idée se présente tout naturellement. Nous avons considéré même la myopie normale comme un phénomène d'adaptation de l'organe au travail de près. Si, sous l'influence de ce dernier, la myopie normale peut se produire dans la suite des siècles, il n'y a rien d'étonnant à ce que sa forme bâtarde naisse, chez l'individu, dans les mêmes circonstances, en admettant toutefois la prédisposition.

De plus, le travail oculaire à courte distance exige de l'organe des efforts bien plus grands que la vision au loin. La plus simple expérience peut en convaincre même le plus profane, en lui prouvant combien la fatigue se produit vite dans la fixation d'un objet rapproché. Il n'y a donc rien d'illogique à attribuer à ce genre de vision une influence morbifîque sur l'organe.

Enfin la statistique semble au moins parler dans le même sens, en démontrant un nombre plus considérable de myopes parmi les personnes qui travaillent de près et d'une façon continue que chez d'autres.

Nous avons déjà mentionné le nombre toujours croissant des myopes à mesure qu'on s'élève dans les classes des écoles. Celte progression s'explique facilement par le fait de l'augmentation de l'âge, qui, comme nous l'avons vu, s'accompagne d'une tendance générale à l'augmentation de la réfraction. Mais elle est en rapport aussi avec l'accroissement du nombre des heures de travail. C'est ce qu'a établi M. Erismann dans sa Statistique. Cet auteur a trouvé :

Chez les écoliers occupés pendant 2 heures par jour 17 p. 100 de myopes. - . 4 — 29 —

(1) Horner, A7m. Monatsbl., p. 458, 1875.

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