PARTIE CLINIQUE (DIAGNOSTIC DE LA MYOPIE MALIGNE
leur vision diffuse, ou même dans l'obscurité complète, en fermant les paupières. Ils tirent le rideau sur une scène qui leur coûte autant de malaise qu'elle leur présente d'attraits.
Encore ce renoncement ne leur donne-t-il pas toujours le repos : le nerf optique, si endommagé que soit son fonctionnement normal, est en proie à une surexcitation pathologique, qui se traduit par des sensations lumineuses des plus pénibles. Ces phénomènes se présentent devant le myope avec une intensité variable ; ils le tourmentent plus ou moins suivant leur étendue, leur durée et surtout l'interprétation qu'il s'en donne. Tantôt il voit, indépendamment de la lumière ou de l'obscurité ambiante, une surface blanche, vivement éclairée, qui Téblouit ; les objets paraissent indistincts et décolorés, ou ils s'effacent entièrement. Tantôt le champ visuel imaginaire s'obscurcit, au contraire, et dans l'ombre apparaissent de petites flammes volantes, des fusées, des soleils, des étoiles, des plantes, etc. Parfois enfin, il voit des images moins désagréables, des paysages, des figures humaines, maïs qui, parleur persistance et leur nature morbide, deviennent non moins insupportables que les sensations subjectives du nerf auditif dans les affections de l'oreille interne.
Tous ces phénomènes sont évidemment attribuables au processus atrophique qui s'opère dans le nerf de l'œil, attendu qu'ils se rencontrent égale ment dans Tatrophie due à toute autre cause. Il faut dire que, fort heureusement, tous les yeux myopes, même des degrés les plus élevés, ne sont pas voués à cette extrémité, parce que l'atrophie du nerf optique n'atteint qu'exceptionnellement un degré aussi avancé. Mais nous avons vu qu'en dehors de cela il reste au myope encore assez de sujets d'inquiétude et de plaintes, et, si l'amétropie représente, en elle-même déjà, un état peu enviable, sa complication avec les altérations morbides de l'œil font de la myopie maligne une maladie des plus redoutables.
Diagnostic de la mijopie maligne.
Le diagnostic de la myopie maligne n'est en somme que le diagnostic différentiel entre elle et la myopie typique. Il résulte directement de ce que nous venons d'exposer.
Dans les degrés faibles, au début de l'amétropie, ce diagnostic sera toujours difficile à poser, attendu que les deux formes de myopie se ressemblent beaucoup. L'une comme l'autre se développent dans l'enfance : l'une et l'autre peuvent s'accompagner de ce symptôme ophthalmoscopique que nous avons désigné sous le nom de croissant. Dans l'une comme dans i l'autre on rencontre le spasme d'accommodation et la tendance à rapprocher démesurément les objets. Ces trois derniers phénomènes se manifestent d'ailleurs aussi dans des yeux qui ne sont et ne deviennent jamais myopes.
La myopie maligne peut être présumée seulement dans l'enfance, lorsque
m LANDOLT. - RÉFRACTIOlN ET ACCOMMODATION.
le père et la mère, ou l'un des deux, est atteint de ce mal, ou lorsqu'il est répandu dans la famille. Elle devient plus que probable, lorsque l'augmentation de la réfraction fait des progrès rapides, que les troubles asthénopiques s'y ajoutent, et surtout lorsque le croissant dépasse la forme qui lui a valu son nom, les limites modérées et nettement définies qu'il affecte dans les yeux sains, lorsqu'il s'accroît et se complique d'altérations pigmentaires diverses. L'hypéréinie du nerf, les signes de la supertraction ne manquent alors presque jamais, et tout l'ensemble des symptômes ne laisse aucun doute sur la malignité de l'affection, même avant que l'acuité visuelle ne soit sensiblement atteinte.
Ces symptômes ne se manifestent pas toujours à la même époque de la vie, ni dans la même succession. On rencontre des enfants de cinq ans qui présentent déjà un haut degré de myopie, 5 et 6 D, avec staphylôme et altérations profondes des membranes du fond, sans qu'il existe d'asthénopie.
D'autres fois, cette dernière accompagne, chez des jeunes gens de seize à dix-huit ans, une myopie modérée. L'ophthalmoscope ne révèle pas des croissants très étendus, mais bien Thypérémie de la papille; et l'amétropie, quelque modérée qu'elle soit, s'est produite assez rapidement. La myopie doit être considérée comme maligne dans les deux cas. Elle l'est évidemment toujours, quand ses progrès et les autres phénomènes morbides qui l'accompagnent prennent les proportions que nous venons d'esquisser dans le paragraphe précédent.
En général, il sera plus facile de dire si une myopie est maligne que si elle ne l'est pas. Il est rare, en effet, de voir s'arrêter et changer de caractère une myopie qui avait débuté par des symptômes pathologiques, tandis qu'on voit souvent devenir progressive et pernicieuse une myopie qu'on aurait crue absolument inoffensive. C'est, en effet, dans la progression immodérée et illimitée, aussi bien que dans les affections des membranes oculaires, que siège la différence entre les deux formes de myopie. Si les dernières ne sont pas très accusées, il est donc impossible de se prononcer après un seul examen sur la nature de l'amétropie. Il faut alors une série d'observations, répétées à intervalles plus ou moins longs, dont l'ensemble puisse servir à construire une courbe de sa progression.