‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 140 sur 327 · PARTIE CLIN. (TllOUBLES VISUELS DANS LA MYOPIE MALIGNE · texte numérisé non relu

PARTIE CLIN. (TllOUBLES VISUELS DANS LA MYOPIE MALIGNE

choroïdien, et principalement son accumulation dans la macula, l'acuité visuelle diminue graduellement.

Très souvent les malades se plaignent de certaines déformations apparentes de l'objet fixé : les lignes droites, verticales et horizontales, semblent infléchies à certains endroits. Cette métamorphopsie est attribuable à la dislocation et aux différences de niveau que subissent les éléments photesthésiques de la rétine, par suite des exsudais et de l'immigration du pigment des membranes sous-jacentes.

Peu à peu, *ou souvent d'une façon brusque, la situation peut empirer encore : la vision directe disparaît sur une étendue plus ou moins grande : la pigmentation de la macula est devenue plus épaisse, ou une hémorrhagie s'y est ajoutée. Les fonctions de cette partie de la rétine sont abolies, la vision centrale détruite. Des scotomes du même genre peuvent se manifester à d'autres endroits encore du champ visuel, à la suite de foyers hémorrhagiques.

La résorption du sang, quand elle a lieu, ne s'effectue que d'une manière fort lente, et laisse presque toujours après elle une tache blanche d'atrophie pigmentaire, avec les fonctions rétiniennes anéanties ou considérablement diminuées. De plus, ces hémorrhagies se renouvellent facilement; les récidives sont presque de règle, et il faut même se féliciter quand elles n'ont pas lieu en arrière de la rétine, où elles peuvent produire le décollement de cette membrane.

Le décollemeîit rétinien est, en effet, un accident auquel les yeux fortement myopes sont très exposés. Son étiologie n'est pas encore tout à fait claire. On l'a attribué à la rupture des vaisseaux sous-rétiniens, à des exsudais choroïdiens, aune déchirure préalable de la rétine (Leber). M. Horner n'a trouvé que fort peu de cas parlant en faveur de cette dernière hypothèse; le décollement de la rétine se produisant surtout à l'âge avancé, entre cinquante et soixante-dix ans, il lui semble plus naturel de le mettre en rapport avec la dégénérescence athéromateuse des vaisseaux. Il est, en tous les cas, dû aux troubles de nutrition profonds qui ont amené, avec l'ectasie du globe, les altérations de toutes ses parties, et les réduisent finalement à cet état presque atrophique, dans lequel les tissus perdent leur force de résistance, leurs connexions se relâchent.

C'est ainsi que nous avons vu que le corps vitré se liquéfie, circonstance qui facilite ordinairement le décollement de la rétine ; que le cristallin s'opacifie et que son ligament suspenseur s'atrophie en partie. Ce sont là de nouvelles circonstances qui aggravent singulièrement l'état de ces myopes. La cataracte, presque toujours polaire, qui s'ajoute à toutes les autres causes d'amblyopie et de métamorphopsie, mûrit généralement avec une lenteur qu'on serait tenté d'appeler désespérante, si son enlèvement offrait la certitude d'un beau succès. Mais ici on se heurte à de nouvelles difficultés. La liquéfaction du corps vitré et le peu de résistance que présentent l'hyalojde et la zone de Zinn compliquent l'opération des cata-

ractes des myopes du danger de l'écoulement de l'humeur vitrée et du décollement secondaire de la rétine. L'enlèvement des masses corticales, généralement très adhérentes après la sortie du noyau, est aussi difficile que dangereux, et l'extraction dans la capsule est plus que chanceuse à cause du mauvais état du corps vitré. De plus, la moindre inflammation de l'iris et du corps ciliaire peut rallumer les anciens foyers de choroïdite et compromettre à jamais la vision, très précaire déjà, d'une rétine qui ne fonctionne plus que par miracle. Et, même après avoir passé heureusement entre Charybde et Scylla, après une guérison heureuse de la plaie; la vue ne saurait évidemment être très bonne, à cause des altérations du fond de l'œil, notamment de la région de la macula (1).

Si le décollement de la rétine et les dangers de la cataracte ne sont menaçants que dans les degrés les plus élevés de la myopie et à un âge avancé, les phénomènes d'irritation des membranes intr a-oculaires, dont nous avons parlé au début de ce paragraphe^, sont de tout âge et peuvent accompagner tous les degrés de la myopie maligne. Même à une époque où l'on dirait que le fond de l'œil, pareil à un volcan éteint, devrait ne plus pouvoir être capable d'excitation, où la sclérotique brille d'un éclat blanc verdâtre à travers les membranes amincies, atrophiées, dépourvues de vaisseaux et de pigment, lorsque la pâleur de la papille indique la disparition graduelle de la vitalité du nerf optique, même alors les malheureux myopes ne sont pas encore à l'abri des tourments qui proviennent d'une irritabilité exagérée des quelques éléments nerveux qui leur restent : la lumière un peu vive les blesse, et ils ne semblent même pas pouvoir supporter les images rétiniennes nettes que leur propre habileté et l'art de l'oculiste parviennent à leur procurer. En disposant l'éclairage d'une certaine façon, en cherchant la position la plus favorable de l'objet, ils arrivent à faire tomber son image sur la partie la moins altérée de leur rétine ; ils la rendent nette en approchant ce dernier suffisamment, ou bien un verre concave approprié, convenablement placé et incliné, leur fournit des images parfaitement distinctes d'objets éloignés. Mais, au bout d'un instant, ils en sont fatigués, abandonnent avec un soupir le livre ou la lorgnette et rentrent dans le chaos de

(1) Nous ne voudrions cependant pas exagérer les dangers de l'opération de la cataracte chez les myopes. En réalité nous n'avons jamais perdu un œil dans ces conditions; mais il n'en est pas moins vrai que les cas de ce genre réclament des précautions toutes particulières. Il est bon, par exemple, de pratiquer l'iridectomie plusieurs semaines avant l'extraction de la cataracte, et d'anesthésier le malade pendant cette dernière. Le hasard nous amène, au moment oîi nous écrivons ces lignes, un ecclésiastique, jeune encore, et autrefois myope de 6 et de 10 D, que nous avons opéré avec un plein succès sans anesthésie, en pratiquant sur un des yeux l'extraction du cristallin avec sa capsule, sur l'autre, sans la capsule. 11 a recouvré de cette façon et possède encore actuellement une vision assez bonne pour qu'il puisse se livrer aux travaux les plus fatigants de mathématiques; mais elle tend à diminuer, parce que la choroïdite fait des progrès sensibles. — Une autre malade, par contre, que nous avons opérée il y a trois semaines, voit à distance avec un simple cylindre convexe, tant sa myopie était forte auparavant, et elle verra probablement toujours bien, parce que cette dernière n'était pas compliquée d'altérations du fond de l'œil.

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