PARTIE CLINIQUE (THÉRAPEUTIQUE DE LA MYOPIE
Or cette diminution de la réfraction statique commence à l'âge de cinquante ans, pour atteindre 2,5 D à quatre-vingts ans (1).
Il faut donc beaucoup de patience et peu de myopie pour bénéficier d'une façon sensible de cette bonne aubaine. Le myope dont l'amétropie ne dépasse pas 2,5 dioptries seulement en sera guéri complètement — à l'âge de quatrevingts ans. Celui qui n'atteint pas ce chiffre de 2,5 D a même en perspective la vision d'un hypermétrope.
Sur cette faible espérance les myopes ont érigé tout un monument d'illusions, auxquelles ils semblent tenir d'autant plus, qu'ils les ont vues moins réalisées. Le myope le plus extrême, qui peut à peine remuer ses yeux et ne voit pas au-delà de son nez, peut-être même pas avec des lunettes, nous demande avec sérénité : « N'est-ce pas, docteur, la myopie guérit avec l'âge? » C'est une de ces croyances pieuses et répandues, comme celle que, si la vue des myopes n'est pas longue, elle est par contre extraordinairement forte. Il est même des gens logiques qui pensent qu'elle est d'autant plus forte qu'elle est plus courte. Nous avons vu ce qu'il faut penser de la force visuelle des myopes. Nous n'y reviendrons plus, si ce n'est pour examiner les moyens que nous pourrions bien avoir de lui venir en aide.
En dehors de laguérison que la nature, dans sa remarquable miséricorde, a placée au bout d'une vie longue et sage — encore avec la correction de l'amétropie ne rétablit-elle nullement l'appareil nerveux, — en dehors d'elle, la myopie ne guérit pas spontanément, à moins qu'on ne considère comme une issue favorable l'avancement de la rétine dû à son décollement, qui rend l'œil emmétrope ou même hypermétrope. Ces sortes de guérisons, assez rares d'ailleurs, sont généralement de fort courte durée, et suivies de l'extinction de la vision directe.
Un processus curatif un peu moins funeste pour la vue, mais néanmoins encore assez dangereux, consiste dans la luxation spontanée du cristallin. Si, dans le premier cas, c'est la diminution de l'axe qui produit le changement de l'état de réfraction, dans le second, c'est la diminution de la force du système dioptrique. Il faut avouer cependant que nous arrivons plus sûrement à ce dernier mode de guérison, en secondant la nature au moyen de l'art, en faisant la discission ou l'extraction du cristallin. Ce dernier ayant, comme nous l'avons dit à propos de la production de l'hypermétropie, à peu près l'effet d'une lentille convexe de 11 D placée àiS"""' de l'œil, sa suppression équivaut à celle d'une myopie corrigée par un verre concave du même degré, placé au même endroit.
On voit que cette opération guérit déjà un degré assez respectable de myopie. Mais malheureusement ce traitement radical n'est applicable que lorsque le cristallin le permet, nous dirons même l'exige, c'est-à-dire lorsqu'il est cataracté et assez jeune pour se résorber après discission, ou assez mûr pour se laisser enlever par l'extraction. Les tentatives d'écarte-
(l)Voy. p. 163-166 de ce volume.
ment du cristallin intact n'ont pas donné des résultats encourageants. Dans tous les cas, la simple existence de la myopie ne justifie aucunement l'application des procédés opératoires dont nous disposons jusqu'à ce jour pour faire disparaître le cristallin. D'autre part, ce dernier ayant dans tous les yeux à peu près la même valeur optique, sa suppression ne corrige exactement que la myopie du degré correspondant. Les myopies plus faibles seraient surcorrigées. Les myopes au-dessous de 11 D sont hypermétropes après l'extraction de la cataracte, ceux de 1 D hypermétropes de 10 D, etc. — Et puis le cristallin est l'organe de l'accommodation, faculté à laquelle les myopes de degrés modérés au moins ne renonceraient pas volontiers. Donc l'emploi de ce moyen est encore fort restreint, et n'amènera qu'exceptionnellement la guérison de la myopie.
On pouvait croire être arrivé à ce but désirable, dans les cas où l'on voyait disparaître l'amétropie sous l'influence d'un mydriatique. Mais, dans la grande majorité de ces cas, l'ophthalmoscope, employé avant la cure, démontre que la myopie n'est qu'apparente, due à un spasme d'accommodation. Ce n'est donc que ce dernier qu'on élimine, mais non la myopie, puisqu'elle n'existait pas. Il est vrai cependant qu'il arrive parfois que la réfraction après l'atropinisation prolongée est inférieure à celle trouvée à l'ophthalmoscope. Mais ces cas sont toujours passibles de l'objection, du soupçon, que l'examinateur n'avait peut-être pas entièrement relâché son accommodation, ou au moins que le spasme accommodateur de l'œil examiné ne s'était pas entièrement résolu pendant l'examen ophthalmoscopique; de sorte qu'ici encore la myopie n'aurait été que fonctionnelle et non réelle. Même si nous admettons, avec certains auteurs, que l'atropinisation continuée pendant des mois et des années soit capable de modifier définitivement la forme du cristallin, de diminuer ainsi la force réfringente de l'œil, de réduire ou d'enrayer la myopie, même aloi\ cette cure ne serait que d'une application très limitée. Les observations de ce genre sont très rares, le degré de correction obtenu très modéré, et la durée de cette amélioration le plus souvent incertaine.
Si nous ne pouvons pas guérir la maladie, tâchons de la prévenir; si la thérapeutique curative est le plus souvent impuissante à l'égard de la myopie, la tâche de la prophylaxie doit être d'autant plus importante.
Enfin nous possédons ici encore, comme dans d'autres formes de l'amétropie, des remèdes palliatifs, des correctifs optiques notamment si parfaits, si variés et si faciles à employer, que leur effet tient presque lieu d'une guérison radicale. Les myopes renoncent alors d'autant plus volontiers à cette dernière, que, tout en jouissant de la vision des emmétropes, ils conservent les avantages que présentent les yeux de beaucoup d'entre eux sur les organes visuels normaux.