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PARTIE CLINIQUE (PROPHYLAXIE DE LA MYOPIE

Prophylaxie de la myopie.

Il serait aussi irrationnel qu'impossible de restreindre l'application des mesures prophylactiques aux seuls yeux menacés de la myopie maligne, sous prétexte que l'autre forme de cette amétropie ne constitue pas un état fâcheux. On ne pourrait alléguer non plus que les emmétropes ne la réclament en aucune façon et qu'elle pourrait faire perdre aux hypermétropes le bénéfice d'une augmentation progressive de leur réfraction. D*abord, nous l'avons dit à diverses reprises, il n'est guère possible de reconnaître à l'avance le genre de réfraction qui se manifestera plus tard dans un œil, quand il aura terminé son évolution, ni même de distinguer au début une myopie typique d'une myopie pernicieuse. D'autre part, les moyens préventifs dont nous disposons ne sont en somme que l'hygiène oculaire. A ce titre, ils ne peuvent être qu'avantageux à tous les yeux, quels qu'ils soient. Car les circonstances qui peuvent amener la myopie progressive dans les yeux qui y sont quelque peu disposés sont susceptibles d'altérer également la vision d'un œil qui n'aurait pas cette tendance à l'allongement de son axe. Et, puisque nous sommes loin d'être assez puissants pour enrayer le développement exagéré d'un œil, les hypermétropes n'ont rien à craindre, mais tout à espérer de notre prophylaxie, qui contribuera au moins à perfectionner le fonctionnement de leurs organes visuels.

Le profit qui en résulte pour les yeux de toute nature est la meilleure réponse aux assertions pessimistes de ceux qui ont voulu représenter la prophylaxie de la myopie comme impuissante et inutile. On a dit, en effet, qu'elle ne saurait empêcher de devenir myopes ceux qui en ont en eux le germe ; cette assertion demande d'ailleurs encore à être prouvée. Si MM. Mayweg et Just (1) n'ont pas pu constater une diminution du nombre des myopes à la suite de l'amélioration dans la construction de certains établissements scolaires, il ne faut pas oublier que le séjour à l'école ne représente qu'une petite partie du travail oculaire. D'autre part, M. Florschûtz (2) a vu tomber de 21 à 15 pour 100 le nombre des myopes, trois ans après la construction des écoles de Gobourg suivant les principes de l'hygiène, et M. v. Hippel (3) ne trouve que 34,5 pour 100 de myopes dans les nouvelles écoles de Giessen, alors que la moyenne est, suivant M. Gohn, de 40,5 pour 100 dans les anciens locaux scolaires. Mais, même si le nombre de myopes était resté invariable, nous savons bien que la myopie présente une diversité très grande, tant au point de vue de son degré que sous le rapport des altérations de l'appareil nerveux qui l'accompagnent. Et, si l'hygiène n'avait pour effet, ce

(1) Mayweg et Just, Soc. ophth. de Heidelberg, 1883 {Compte rendu, p. 87-89),

(2) Florschûtz, Die Kurzsichtigkeit in den coburger Schulen, Goburg, 1880; in Cohn, Die Hygiène des Auges in d. Schulen, p. 67.

(3) V. Hippel, Discours académique lait le 1" juillet 1884, à l'anniversaire de la fondation de l'Université de Giessen.

m LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACCOMMODATION.

qui est incontestable, que d'empêcher un grand nombre d'yeux d'atteindre un degré de myopie déjà pathologique en lui-même, ou de leur conserver une meilleure acuité visuelle, nous pourrions déjà considérer ce résultat comme extrêmement précieux.

Les principes de l'hygiène oculaire capable de prévenir la myopie ou d'en diminuer les conséquences fâcheuses découlent nécessairement de ce que nous avons dit touchant les circonstances qui peuvent, de près ou de loin, favoriser son éclosion. Ainsi, toutes les conditions hygiéniques propres à fortifier la constitution^ à maintenir la santé florissante, à la préserver contre les influences débilitantes, doivent contribuer, en même temps, à rendre l'organe visuel plus résistant, plus apte à réagir contre tout agent nuisible, contre ceux qui produisent la myopie en particulier.

Mais c'esWe travail oculaire, celui à courte distance surtout, qui réclamera la plus grande attention. Tout le monde est d'accord pour attribuer à ce dernier le rôle prépondérant dans la production de la myopie. D'un autre côté, on ne saurait le remettre à une époque de la vie où, le corps ayant atteint son développement définitif, les tissus de l'organe visuel sont moins vulnérables. Il convient donc de rendre ce travail de près aussi inofl'ensif que possible.

Or les règles que nous allons formuler ne s'appliquent pas spécialement au (( travail » proprement dit, mais à tout effort des yeux. 11 faut les observer, non seulement à un âge où il peut être question de travail, mais aussi et surtout dans l'enfance la plus tendre, on peut dire à partir de l'époque où les deux yeux commencent à fonctionner ensemble. De même, il ne faut pas oublier qu'il s'agit de les mettre en pratique, non pas exclusivement à l'école, comme on semble croire parfois, mais avec la même rigueur, à l'atelier, à la maison, partout enfin, et non seulement, cela va sans dire, pour les enfants, mais pour toute personne indistinctement.

Il est certainement mauvais de rapprocher très près des yeux de tout jeunes enfants des objets brillants, des jouets. Il est possible qu'on donne ainsi le germe du strabisme convergent aux hypermétropes, ou qu'on développe celui de la myopie chez ceux qui y sont disposés. Lorsque les enfants sont plus grands, il faut s'abstenir de leur donner des objets qui réclament une vision minutieuse et les obligent à un effort excessif de leurs yeux, comme de petites gravures, de menus jouets, etc. On aura déjà assez de peine à les empêcher de se rapprocher très près lorsque ces objets sont grands. Mieux vaut donc les occuper, autant que possible, avec des jeux qui les font marcher et courir au grand air, qui font varier la distance d'adaptation de leurs yeux, et favorisent ainsi doublement leur développement. S'ils sont assis et s'amusent autour d'une table, il faut que leurs jouets aient des dimensions convenables, que leur tête soit élevée autant que possible au-dessus de la table. Il faut que le corps soit soutenu de façon que la fatigue n'oblige pas l'enfant à se pencher en avant, à s'appuyer sur les bras et à rapprocher ainsi de nouveau son visage de la table. Il faut donc d'abord des sièges très élevés, ensuite une table qui n'ait pas prie forte épaisseur, pas de tiroir

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