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PAKTIE CLINIQUE (PROPHYLAXIE DE LA MYOPIE

Pour des yeux d'ailleurs sains et forts, ces interruptions n'ont pas besoin de dépasser la durée de quelques minutes, et ne se répéteront que toutes les demi-heures par exemple. Aux personnes faibles, aux enfants, surtout s'ils sont affectés de myopie progressive, on recommandera des intervalles de repos plus fréquents et pl.is longs, à moins qu'on ne leur interdise le travail tout à fait, comme cela peut être indiqué.

Un autre point essentiel à consid^Ter, c'est Véclairage. Il faut que la lumière soit de bonne qualité, qu'elle ne soit ni trop intense, ni trop faible, et qu'elle soit convenablement dirigée.

La meilleure lumière est évidemment celle du soleil, au sein de laquelle nos organes visuels se sont développés et pour laquelle ils ont été créés. Jamais on n'arrivera à la remplacer, de même qu'on ne remplacera jamais l'air atmosphérique pour nos poumons. Toute lumière artificielle sera par conséquent plus ou moins préjudiciable, surtout si, à sa lueur défectueuse, les yeux se livrent à un travail déjà fatigant par lui-même. Il est donc du plus haut intérêt, pour quiconque tient à conserver sa vue, pour les enfants qu'on veut préserver de la myopie et pour les myopes qui désirent ne pas aggraver leur mal, il est du plus haut intérêt de profiter, pour le travail, de la lumière que la Providence nous allume tous les matins. Il y a peu de pays qui, pendant six mois de l'année, ne soient pas suffisamment éclairés par le soleil pour qu'on puisse travailler au moins dix heures à cette lumière. Il y en a peu où la plupart des gens, par une distribution plus rationnelle de leur temps, ne puissent gagner deux heures de lumière solaire par jour pendant le reste de l'année. Il s'agit seulement de se lever au moins avec le soleil en hiver, et l'on abrège ainsi sa nuit, au grand profit de ses yeux.

La lumière artificielle, comme celle des bougies, de l'huile, du pétrole, du gaz, est inférieure à tous égards à la lumière solaire. Elle est fortement colorée; elle est peu intense, ou très chaude, de sorte que, si son manque d'intensité nécessite un grand rapprochement de la source lumineuse, la chaleur qu'elle répand est un grave inconvénient pour l'œil et pour l'organisme entier. Cet inconvénient augmente lorsqu'un grand nombre de personnes travaillent dans la même pièce, car on est obligé de multiplier les foyf'rs de lumière et de chaleur. Il se complique encore d'un désavantage inhérent aux sources lumineuses multiples : ces dernières troublent la perception du relief, gênent par conséquent l'individu dans son travail. Enfin, elles enlèvent à ses yeux tout moyen de repos.

De plus, ces feux consument nécessairement une grande quantité d'oxygène; beaucoup d'entre eux même répandent dans l'atm tsphère les produits nuisibles et puants de leur combustion, toutes choses qui contribuent à rendre l'air très mauvais dans des pièces artificiellement éclairées.

La lumière électrique a certainement d'immenses avantages sur toutes les lumières artificielles employées avant elle. Par sa couleur, elle se rapproche le plus de la lumière du jour. Sa puissante intensité permet d'élever le foyer lumineux bien au-dessus des yeux, et d'éclairer, à notre gré, d'un point

unique ou d'un petit nombre d'endroits, une vaste salle de travail. De plus, elle ne vicie pas l'air. Mais elle a encore l'inconvénient de n'être pas suffisamment constante, et les brusques variations d'intensité, qu'on peut reprocher d'ailleurs jusqu'à un certain degré aussi au gaz et à certaines lampes qui vacillent, sont très préjudiciables à la vue. Les petites lampes incandescentes, qui sont plus constantes, ont encore une lumière fortement colorée. Au reste, nous avons bon espoir qu'on arrivera à donner à la lumière électrique la fixité voulue, et qu'on inventera en même temps des moyens de production qui en réduiront le prix, encore trop élevé. On aura doté alors l'humanité d'un éclairage artificiel bien supérieur à tous ceux qui l'ont précédé.

Quant à Vintensité de V éclairage, il est facile de s'en mettre à l'abri lorsqu'elle est excessive. On trouve toujours, pour son travail, une place que les rayons du soleil ne frappent pas directement; on se crée facilement de l'ombre, ou l'on se préserve au moyen de verres noirs ou bleus, plus ou moins foncés. Ces verres étant destinés à atténuer les radiations de la lumière, il faut évidemment qu'ils présentent une couleur opposée à celle qui prédomine dans celte lumière. Celle du jour étant blanche, on se sert, pour l'atténuer, de verres noirs. La lumière artificielle colorée, par contre, sera neutralisée par des verres bleus, qui absorbent les rayons jaunes^ orangés, rouges, qui y sont prépondérants. La nuance des verres noirs, fumés, smoke-glasses, ainsi que des verres bleus (de cobalt), ou encore des verres de couleurs intermédiaires, bleus ou gris, ardoisés, dépendra évidemment de l'intensité de la lumière contre laquelle on désire protéger les yeux, ainsi que de la sensibilité de ces organes.

Ce qui est infiniment plus difficile, c'est de procurer aux yeux toujours la quantité de lumière suffisante pour le travail. Nous l'avons déjà dit au Congrès d'hygiène qui a siégé à Paris en 1878, on discutera éternellement à propos du bon et du mauvais éclairage, et l'on sera sûr de ne jamais s'entendre tant qu'on n'aura pas donné la définition de ce qu'on doit comprendre par un bon éclairage, non seulement au point de vue de la qualité de la lumière, mais surtout au point de vue de son intensité.

Or le minimum d'intensité nécessaire pour que l'œil puisse travailler sans danger, cette lumière au-dessous de laquelle l'éclairage d'aucune école, d'aucun atelier ne devrait jamais descendre, elle n'a pas encore été fixée avec certitude. Nous avons indiqué, pour la trouver, et pour vérifier facilement le degré d'éclairage de tout endroit où l'on travaille, un photomètre primitif (1). Il consiste essentiellement en deux planchettes réunies par une charnière, qui peuvent à volonté être rapprochées ou écartées l'une de l'autre. La première se pose directement sur l'endroit dont il s'agit de déterminer l'éclairage, que ce soit un mur ou une table, une surface hori-

(1) Landolt, Une méthode simple pour déterminer Véclairage des salles d'écoles {Compte rendu du Congrès international d'hygiène tenu à Paris, 1878, t. II, p. 122-125).

(PARTIE GLIlNIQUE (PROPHYLAXIE DE LA MYOPIE). ^37 zontale ou inclinée. Elle porte, comnae objets-types, des points noirs sur fond blanc. L'autre planchette est munie d'un miroir, qui réfléchit les objets-types dans l'œil de l'observateur. Un mètre enroulé, fixé à la première tablette, sert à mesurer la distance à laquelle les objets-types sont reconnus. Étant donnée la distance maximum D à laquelle l'observateur compte les points, dans les conditions les plus favorables {la papier étant exposé à la vive lumière du jour), l'éclairement e de l'endroit en question est exprimé par la formule suivante :

7 a log. e = -,

où d est la distance à laquelle il faut se rapprocher pour compter les points placés à cet endroit.

Lorsque la fraction ^ est égale à 1, c'est-à dire lorsque l'acuité est à son

maximum, e est égal à 10, puisque l'unité est le logarithme de 10. On voit que, de cette façon, nous nous servons, pour évaluer l'éclairage^ de l'acuité visuelle. Ce procédé, incertain en photomélrie physique, parce que le rapport entre la perception des formes et la sensation lumineuse ne saurait être précisé avec une rigueur mathématique, esi parfaitement applicable dans notre cas. D'abord, en pareille occasion, une exactitude aussi grande n'est ni nécessaire, ni même possible. Ensuite, pour les limites entre lesquelles oscille la quantité de lumière que nous avons à examiner, l'acuité visuelle varie sensiblement comme le logarithme de l'éclairage (1).

Le procédé est, comme on voit, tout ce qu'il y a de plus simple. Il a, de plus, l'avantage de donner toujours l'éclairage de l'endroit même auquel le travail s'accomplit, et non celui d'un mur contigu ou d'un plan vertical qui s'élève à cet endroit. 'L'éclairage est, en effet, bien différent dans l'un et dans l'autre cas. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à étendre un livre sur la table et à le redresser ensuite verticalement en le tournant vers le jour. L'éclairage est nécessairement bien plus faible dans le premier cas que dans le second.

Or il nous semble, sauf à modifier cette opinion par de plus nombreuses observations, que l'éclairage ne devrait jamais descendre au point d'abaisser l'acuité visuelle au-dessous de 3/5 pour la lecture et l'écriture, le dessin, etc. C'est-à-dire que, si l'observateur compte, dans les meilleures conditions, les points du photomètre à 5 mètres, il faut qu'il ne soit pas obligé de se rapprocher en deçà de 3 mètres, lorsque ces points sont placés à l'endroit du travail, et que l'expérience a lieu au moment où celui-ci s'accomplit. Inutile de dire que le même appareil peut servir à toute personne, à la condition qu'elle établisse au préalable son maximum de distance D.

Après l'éclairage général, il convient de considérer la différence entre Vohjet visuel et le fond sur lequel il se détache. Plus cette différence est ! grande et plus la vision est facile. Le contraste le plus fort qui puisse exister est celui entre le blanc et le noir. Chacun a pu observer que la lecture est

(1) A. Posch, Ueher Sehschàrfe u. Beleuchtg. (Arch. t. Augen- u. Ohrenheilk. V, 1,

plus commode quand le papier est bien blanc et les lettres bien noires, que l'écriture est le plus agréable avec de l'encre noire sur papier blanc. Rien n'est plus fatigant que la lecture d'un texte pâle sur un mauvais papier grisâtre. Les couturières se plaindraient bien moins d'asfhénopie, s'il leur était loisible de coudre leur étolFe blanche avec du fil noir et surtout inversement. Aussi vaudrait-il cent fois mieux consacrer tous ses efforts à procurer aux écoliers, aux lecteurs de journaux, à tout le monde en somme, de beau papier blanc et une encre d'un noir pur, qu'à fabriquer un papier coloré suivant des considérations purement théoriques. Nous avons déjà dit plus haut que la lumière blanche doil certainement convenir mieux que toute autre à nos yeux, qui se sont développés sous son influence.

Il n'est pas moins important, pour la distinction des objets, que ceux-ci soient nettement dessinés.

Cette observation concerne surtout encore la typographie. Une impression défectueuse est absolument défavorable pour les yeux, (Je même qu'il est infiniment plus fatigant de déchiffrer des manuscrits que de lire de l'imprimé. Des caractères simples, comme les français, sont, toutes choses égales d'ailleurs, préférables aux lettres plus compliquées, comme les gothiques. Et, parmi les dérivés du type latin, les eizévirs et le type répandu en Amérique et en Angleterre sont supérieurs; les déliés sont plus prononcés que dans les caractères généralement en usage en France; la lettre a ainsi plus de corps, reste plus facilement reconnaissable quand le texte se détériore, ou que la lumière baisse.

Une exécution soigneuse est surtout de rigueur pour les chiffres, dont la lecture exige la distinction nette de tous les détails, comme un nom propre, un mot inconnu, tandis que le lecteur habitué devine les mots courants à leur aspect général, sans épeler lettre par lettre. Le mot est pour lui une figure entière et non un composé de lettres distinctes.

Il faut enfin que les objets aient une certaine grandeur.

A propos de la typographie, qui revêt une importance si prépondérante dans le mcade civilisé, et qui, pour tant de lumière répandue, a aveuglé, à tous les points de vue, tant de gens, voici ce que conseillent les auteurs experts en cette matière :

Il faut que la hauteur des lettres minuscules ne soit pas moindre de 1""",5. L*épaisseur des pleins doit être au moins de 0™"^,25. Les différentes lettres du même mot ne se rapprocheront pas en deçà de 0'"'",5, et l'interligne, l'espace qui sépare le haut des lettres minuscules, comme Vn, du bas des mêmes lettres de la ligne précédente, sera au minimum de 3 à 2°"",5. Enfin, ils recommandent -que la longueur de la ligne imprimée ne dépasse pas 100 millimètres, à cause des variations de la convergence et de l'accommodation qu'elle peut amener chez des personnes qui s'en rapprochent beaucoup (1).

1) Cohn, Die Hygiène d. Auges in d. Schulen. Wien u. Leipzig, 1883 (p. 148-163).

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