‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 147 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (PROPHYLAXIE DE LA MYOPIE · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (PROPHYLAXIE DE LA MYOPIE

Nous nous sommes déjà largement étendu sur la typographie, plus peutêtre que ne comporte ce manuel. Mais il y aurait infiniment de choses importantes à dire et à expliquer encore à ce sujet. Nous renvoyons le lecteur aux publications multiples auxquelles il a donné lieu dans ces derniers temps, et dont nous citons les plus marquâmes (1).

La lecture et l'écriture n'étant pas les seules occupations qui s'accomplissent à courte distance, on aura à prendre en considération les principes énoncés dans mainte autre circonstance encore. La broderie, la ciselure, la fabrication d'instruments de précision, qui exigent impérieusement la distinction nette d'objets très fins, ne devraient jamais être abordées avant l'âge où l'œil a acquis, autant que possible, sa forme définitive. Elles sont funestes aux myopies progressives, tandis que les individus dont la myopie reste stationnaire et n'a pas de tendance à s'accompagner d'altérations du fond de l'œil y excellent, grâce à leur aptitude à voir de près de petits objets. Il sera d'ailleurs souvent possible à l'homme intelligent de se faciliter le travail, en disposant bien l'éclairage, en rendant sa position aussi favorable que possible, en faisant attention à ce que les objets dont il s'occupe se détachent sur un fond clair, etc.

Dans ces derniers temps, on a surtout accusé Vécole d'être la cause provocatrice de la myopie et de bien d'autres maux encore. Et si, à entendre les uns, l'on croirait qu'elle renferme la solution de tous les problèmes sociaux et le suprême salut de l'humanité, les autres la rendent responsable de toute espèce de malheurs. On a, comme toujours, exagéré de part et d'autre.

Personne, parmi les gens raisonnables, ne conteste que l'instruction généralisée est une chose indispensable dans un pays civilisé, et que cette iîistruction de tous ne saurait être obtenue autrement que par l'école. On devrait aussi se féliciter que, l'État ou toute autre association puissante ayant pris en main la fondation et la direction de l'école, on soit ainsi à même, non seulement d'assurer à tous les jeunes citoyens les connaissances de première nécessité, mais encore de les placer, pendant une bonne partie de la journée, dans des conditions hygiéniques avantageuses, ou au moins pour la grande majorité d'entre eux, bien supérieures à celles qu'ils trouvent à la maison.

Mais c'est précisément cette mission qu'on reproche à l'école de remplir d'une manière très imparfaite. On trouve que l'hygiène, dans les établissements d'instruction publique, est déplorable. Et l'on n'a certainement pas tout à fait tort. Cependant, on ne peut méconnaître qu'un mouvement puissant s'est fait sentir dans tout le monde civilisé pour améliorer les écoles à tous

(1) V. Arlt, Die Pflege (1er Augen im ges. u. kranken Zustande Prag. 1865. — Javal, E'M sur la physiologie de la lecture (Ann. d'ocul., t. LXXIX, p. 79 et 240; t. LXXX, p. 5 et 135,1878; t LXXXf, p. 61, 1879 et t. LXXXV, p. 210, ]mi).—Weher, Ueber die Augemmtersuchungen in den hoheren Scliulen zu Darmstadt, i881. — BIasius. Die Schulen d. Herzogthums Braunschweig. Deutsche Vierteljahrschr. f. off. Gfswidheitspflege, M XIII, 3.— Schubert, /)te Sc/m/6wc/ier der staedtischen Unterrichtsanstallen Nùrnbergs, p. 99 et suiv. Mitttieilungen aus dem Verein, f. off. Gesundheitspflege NUrnbergs b.}ieït,i8S^.

440 LANDOLT — RÉFRACTION ET AGCOMMODATlOiN.

les points de vue. L'élan que la France a pris, depuis 1870 surtout, est tout à fait remarquable. L'Amérique vient de voler encore des millions et des millions pour l'instruction publique. Et il faut bien s'en rendre compte : la condition première, pour une bonne hygiène scolaire, et pour l'instruction aussi, c'est l'argent. Sans argent, pas d'emplacement favorable, pas d'espace, pas d'air, pas de lumière, pas de bons instituteurs. En Allemagne, on a déjà constaté, dans certaines villes, par des chiffres, l'heureuse influence du (( palais scolaire » sur la diminution de la myopie. La Suisse, qui, bien que petite et peu fortunée, a toujours donné l'exemple en ce qui concerne l'instruction publique, n'a jamais ralenti son zèle, et fait encore des efforts surhumains pour assurer le bien-être physique et intellectuel de ses enfants.

Néanmoins il faut bien des sacrifices encore avant que les écoles ne soient à la hauteur des exigences tout à fait justifiées de l'hygiène. Il y a déjà d'heureuses exceptions, mais la plupart d'entre elles pèchent encore contre tous les principes que nous venons de mentionner.

Abstraction faite du manque d'air et de lumière, auquel on ne peut malheureusement remédier si facilement, les livres que certains Etats, et pas même les plus pauvres, mettent entre les mains des jeunes élèves sont souvent d'une exécution déplorable, quelquefois même révoltante : du papier sale, des caractères petits, une impression inférieure à celle du dernier journal destiné à être jeté au panier après une vie éphémère. C'est là une négligence qu'il faut absolument réparer, et cela d'autant plus, qu'en attendant la construction de la maison modèle, on doit, par tous les moyens possibles, faciliter le travail de l'écolier dans la vieille salle sombre où il est encore.

Ce qu'on peut encore reprocher à l'école, ce sont ses prétentions excessives à l'égard des enfants. On dit qu'elle les réclame trop jeunes, qu'elle les retient trop longtemps dans la journée et qu'elle leur impose trop de devoirs à la maison.

En ce qui concerne le premier point, il vaudrait certainement mieux, eu égard à la production de la myopie, que le travail oculaire pût être différé jusqu'après l'âge de seize ans, comme le souhaite nofre excellent et savant ami Loring. Mais ceci n*est guère possible. Qu'est-ce qu'on ferait des enfants jusqu'à cet âge? Et que deviennent beaucoup d'entre eux déjà jusqu'à six ou sept ans, où des parents incapables de s'en occuper peuvent les confier à l'État pour une partie de la journée, qui souvent leur paraît trop courte et l'est, malheureusement, dans nombre de cas? N'oublions pas, en effet, que la majorité des enfants sont loin de trouver à la maison les conditions d'hygiène, physique et morale, que l'école peut leur procurer, quand elle est à la hauteur de sa tâche.

Ne nous plaignons donc pas, si elle ouvre déjà ses portes à la première jeunesse. Veillons seulement à ce que cette double hygiène y règne toujours, et, pour ce qui concerne notre sujet spécial, à ce que les enfants ne soient pas occupés à lire et à écrire avant l'âge de sept à huit ans. Ceux d'entre eux qui sont bien portants n'en souffriront pas ; les faibles doivent pouvoir^^ sur

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