PARTIE CLINIQUE (TRAITEMENT OPTIQUE DE LA MYOPIE
des dioptries, et que nous avons trouvée de beaucoup préférable en pratique. Mais, s'il est théoriquement facile de varier à volonté l'adaptation de l'œil, le choix des verres de lunettes n'est en réalité pas aussi simple qu'il en a l'air, et cela pour différentes raisons :
D'abord la base sur laquelle nous nous appuyons dans la déterminatiou du verre correcteur est souvent variable. Cette base devrait être la réfraction statique de l'œil, la distance à laquelle il est adapté, la réfraction qu'il présente à l'état de repos. Cette réfraction est souvent augmentée par une quantité plus ou moins grande de la réfraction dynamique qui s'y ajoute involontairement. Nous avons déjà vu, à l'occasion de l'hypermétropie, quelles complications résultent, pour le choix des verres de lunettes, de cette intervention de l'accommodation. Son influence n'est pas moins importante à considérer dans la correction et l'adaptation des yeux myopes. Le rôle que h contraction du muscle ciliaire peut jouer dans l'éliologie de la myopie maligne le fait déjà facilement pressentir. De même que l'hypermétropie peut être masquée plus ou moins par un spasme d'accommodation, de même la myopie peut être exagérée par la même raison.
Or, en prenant comme point de "départ, dans le choix du verre correcteur, la myopie apparente, la myopie représentée par la réfraction statique plus une certaine quantité de la dynamique, on risque évidemment de donner des verres trop forts, et d'entretenir, par cela même, le spasme nuisible du muscle ciliaire. En se basant, par contre, sur la myopie réelle^ on reste au-dessous du numéro que le malade réclame, et on ne l'adapte qu'à une distance beaucoup plus courte que celle qu'il désire.
Néanmoins nous conseillons et posons comme première règle générale du
choix DU VERBE DE LUNETTES DES MYOPES, DE PRENDRE COMME BASE DE SON
CALCUL LA. MYOPIE BÉELLE. Nous avons exposé (p. 221-222 et p. 251 et suiv.) comment on parvient le plus sûrement à la connaître. Il s'agira alors, non seulement d'adapter le verre à l'œil, mais encore l'œil à son verre correcteur.
Si ce dernier, déterminé suivant la règle, ne convient pas immédiatement, on parviendra souvent, par un exercice graduel, à faire diminuer le spasme d'accommodation et à accoutumer l'œil à sa véritable correction. D'autres fois, on sera obligé de recourir aux mydriatiques poui* rompre un spasme trop rebelle. Ce cas se présentera surtout chez déjeunes enfants. Si la contraction du muscle ciliaire est assez énergique pour qu'après la correction de la myopie réelle la réfraction soit encore trop élevée, que l'œil soit encore incapable de voir suffisamment à grande distance, et que le myope soit obligé de rapprocher les objets à une distance beaucoup trop courte, alors nous considérons ce spasme comme pathologique. Loin de vouloir en neutraliser l'effet par des verres concaves, qui ne feraient que l'augmenter et fatiguer l'organe, nous avons recours aux moyens hygiéniques exposés plus haut, abstention du travail oculaire, etc., ou à une cure d'alropine en règle.
Au bout d'un certain temps de ce traitement, on pourra donner au malade
les verres correcteurs, l'habituer à s'en servir pour la distance voulue, pendant qu'il est encore sous l'influence du mydriatique. L'usage de ce dernier ne sera supprimé que graduellement, et on aura toujours soin de surveiller la distance à laquelle se tient le myope de l'objet qu'il fixe.
Ce n'est que très exceptionnellement, et pour de très courts intervalles, que nous avons permis à un myope l'usage de verres un peu plus forts que la myopie trouvée chez lui à l'ophthalmoscope : c'est lorsqu'il n'existait aucun symptôme d'asthénopie, aucune altération du fond des yeux, aucun soupçon de myopie héréditaire; lorsque, d'autre part, l'interruption du travail était impossible, et l'adaptation de l'œil au loin absolument nécessaire. Encore n'avons-nous toléré, en pareil cas, les verres concaves que sous forme de face à main ou de pince-nez, afin qu'ils ne fussent portés que juste le temps nécessaire, et nous n'avons jamais négligé d'avertir le malade et surtout ses parents (car il s'agissait généralement d'enfants) des dangers qu'entraîne l'abus de ces verres.
Lorsqu'il n'existe pas de spasme accommodateur, ou qu'on l'a supprimé, la question du choix des verres de lunettes pour le myope est encore loin d'être réduite à un simple problème de réfraction.
Ainsi, prenons seulement les verres correcteurs proprement dits, ceux qui adaptent l'œil à grande distance, et dont aucun myope ne saurait se passer, s'il désire voir nettement au loin. On pourrait croire à priori qu'il n'y a aucun inconvénient à lui prescrire ces verres et à les lui laisser, même pour voir de près ; ils le rendent emmétrope, et nous avons répété assez de fois que le jeu des muscles intrinsèques et extrinsèques, et surtout leur solidarité fonctionnelle, se sont développés en vue de cet état de réfraction de l'œil.
On commettrait cependant une erreur considérable en raisonnant de la sorte. D'abord, nous avons aussi souvent expliqué que la nature a laissé une certaine latitude dans les rapports entre l'accommodation et la convergence, précisément en vue des amétropes de degré pas trop élevé. Pour ceux-ci, les verres correcteurs seraient donc au moins inutiles. Mais ils ont même de graves inconvénients pour le myope: ils l'obligent à faire un effort d'accommodation dont son amétropie le dispense, et ils le privent d'un autre avantage, c'est-à-dire de la grandeur plus considérable des images rétiniennes qu'il obtient à l'œil nu, et que les verres réduisent.
Même pour voir à grande distance, les verres concaves ne sont pas toujours bien reçus; beaucoup de myopes préfèrent .voir confusément sans verres que distinctement avec; d'autres se contentent d'images rétiniennes nettes pour des cas spéciaux, mais ne les recherchent pas pour tous; quelques-uns d'entre eux enfin ne les supportent même pas, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire.
Les premières catégories comprennent, cela va sans dire, surtout les myopes de degré faible et moyen. A ce propos, il est quelquefois surprenant de constater combien ces myopes se retrouvent encore facilement dans la vie