PARTIE CLINIQUE (TRAITEMENT OPTIQUE DE LA MYOPIE
renoncé à la prétention de se faire garde-côtes ou pilotes, s'ils l'ont jamais eue. Ils se contentent de distinguer un homme d'une femme de l'autre côté de la rue, ou de reconnaître leurs amis dans un salon, satisfaction qu'on parvient généralement à leur procurer au moyen de verres correcteurs.
Mais, pour voir de près, les exigences sont bien différentes : « Docteur, je ne vois même plus à enfiler une aiguille »; voilà une exclamation de désespoir que nous entendons couramment, comme si, pour enfiler une aiguille sous le contrôle exact de la vision, il ne fallait pas l'organe visuel d'une race tout à fait supérieure. Ne plus pouvoir lire un journal équivaut, pour beaucoup de gens, à être aveugle. Et cependant l'analyse d'images rétiniennes aussi petites que celles des caractères d'imprimerie, dans des conditions aussi mauvaises qu'elles les présentent, cette analyse suppose une rétine en très bon état. On ne s'est pas contenté, en effet, de créer strictement les lettres de nos livres en vue d'yeux bien portants, mais encore l'intérêt de l'économie prime tellement celui de l'hygiène que, la plupart du temps, la petitesse des caractères et l'imperfection de leur exécution sont poussées au delà des limites tolérables pour un organe bien constitué. Ajoutons à cela le réel avantage que le myope a toujours eu sur d'autres yeux dans la vision rapprochée, et nous comprendrons sa désolation lorsque l'ectasie de son globe a fait accroître sa myopie jusqu'à un degré excessif, et que l'état précaire de son appareil nerveux ne lui permet plus de satisfaire ses exigences.
Vouloir intervenir ici avec des lunettes concaves, c'est évidemment peine perdue. Ces verres ne peuvent qu'augmenter notablement les difficultés de la vision par leur effet rapetissant, à moins qu'il ne s'agisse d'occupations qui exigent d'une façon péremptoire une certaine portée de vue et des yeux encore relativement bons. C'est alors qu'on peut quelquefois rendre service à une maîtresse de piano myope de 16 D avec des lunettes de 14. Mais, pour des travaux plus rapprochés, dont la distance est fixée au gré de l'individu, les verres divergents n'ont même aucune raison d'être. Les myopes excessifs, comme nous l'avons fait remarquer, ont renoncé depuis longtemps à la fixation binoculaire. Et celle-ci ne saurait généralement être rétablie. Il n'y a donc aucun intérêt à porter la vision distincte au delà de la distance à laquelle elle s'accomplit naturellement à l'œil nu. Et, à part cet allongement de la vue, les effets accessoires du verre concave ne représentent en pareille occasion qu'une série d'inconvénients.
Le seul avantage de cette vision monoculaire des myopes de degré élevé étant la grandeur des images rétiniennes, on pourrait, au contraire, essayer d'augmenter encore cette dernière au moyen d'une lentille convexe, d'une loupe. Il est cependant rare de voir des myopes tirer grand profit d'un verre amplifiant. Cela se comprend : le maniement de ce verre devient très difficile, en raison du court espace qui sépare l'œil de son punctum remotum, car le moindre déplacement de la loupe en avant ou en arrière suffit pour effacer la netteté de l'image.
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Effets accessoires des verres de lunettes concaves. — De même que les lentilles convexes, les concaves ont encore pour la vision d'autres résultats que de varier la distance de son adaptation. Nous avons déjà souvent mentionné Vinfluence diminutrice qu'elles exercent sur la grandeur des images rétiniennes. Cette influence est bien plus importante à considérer que l'effet grossissant des verres convexes, attendu qu'elle constitue un inconvénient souvent fâcheux, tandis que ce dernier est toujours un avantage.
L'effet rapetissant des verres concaves est d'autant plus prononcé, qu'ils sont plus éloignés de l'œil, dans la vision à distance. Nous avons exposé page 122 que ces verres doivent être d'autant plus forts que l'intervalle qui les sépare de la cornée est plus grand, parce qu'ils se trouvent ainsi plus rapprochés du punctum remotum (1).
Il y a donc toujours avantage à placer le verre concave aussi près que possible de l'œil myope. On réduira ainsi au minimum sa force réfringente nécessaire et son effet rapetissant.
Si les verres convexes diminuent parfois le parcours d'accommodation, les concaves l'augmentent toujours. Ce fait n'a pas besoin d'explication. Le myope de 5D doué de 4 D d'amplitude d'accommodation a, à Tœil nu, son punctum remotum à 20 centimètres, son proximum à 11 centimètres, donc un parcours de 9 centimètres. Muni du concave 3, son punctum remotum s'éloigne jusqu'à 50 centimètres, le proximum seulement à 16 centimètres, le parcours est donc de 34 centimètres. Avec le verre correcteur — 5, il s'étend même depuis 25 centimètres jusqu'à l'infini.
En même temps, Vamplitude d'accommodation augmente quelque peu. M. Nagel a calculé qu'un verre concave 1, placé à 2 centimètres devant un œil myope de 2 D, doué de 8 D d'amplitude d'accommodation, fait accroître cette dernière de 0,29 D.
Nous avons vu comment les verres convexes sont capables d'altérer la perception du relief. L'explication que donnent de ce fait Donders et Nagel repose sur cette particularité que l'image rétinienne subit un accroissement dans ses dimensions absolues, sans éprouver dans ses proportions les changements nécessaires pour provoquer la même sensation corporelle. Il est clair que nous devons nous attendre à un effet analogue
(1) L'œil myope muni d'un verre concave est assimilable à une lunette de Galilée retournée. Si nous considérons le verre convexe de cette dernière comme appartenant à l'œil, elle le rend myope, et cette myopie est corrigée par un verre concave (l'oculaire de la lunette) très fort parce qu'il est très éloigné de lui (Landolt, ce traité, I, p. 502).
On explique l'effet amoindrissant qu'exercent les verres concaves sur les images rétiniennes, en disant que, dans le système dioptrique qu'ils forment avec l'œil, le second point nodal se trouve d'autant plus reculé vers la rétine, que le verre concave est plus fort et plus éloigné de l'œil.