‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 155 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (TRAITEMENT OPTIQUE DE LA MYOPIE · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (TRAITEMENT OPTIQUE DE LA MYOPIE

a près des 2/3 de la convergence, que le travail ne doit jamais exiger que 1/3 de cette fonction à la fois. Ainsi, pour travailler binoculairement

à c'est-à-dire avec 4 am, il faut posséder 12 am de convergence positive. 8 aniy c'est-à-dire 2/3 de celte quantité, seront destinés^à remplacer la force qui se consomme pendant la contraction prolongée des muscles adducteurs.

Étant donnée la grande quantité de convergence requise pour le travail, on ne s'étonnera plus de trouver cette fonction si souvent en défaut chez des myopes, dont la courte portée de la vue exige déjà par elle-même un degré de convergence notable, lorsque la vision doit s'accomplir binoculairement.

Dans ces cas, il s'agit, avant tout, de se rendre compte de l'amplitude de convergence, notamment de sa partie positive, et de la comparer avec le chiffre exigé par la distance et la durée du travail. Cette expérience se fera à l'aide de notre dynamomètre, dont nous avons exposé le mode d'emploi page 279.

Pour corriger de faibles degrés d'insuffisance, on a quelquefois le choix entre des verres concaves et de simples prismes. Les premiers, en reculant les limites de l'adaptation optique, abaissent la quantité de convergence exigée; les seconds, sans altérer la distance du travail, diminuent l'effort de convergence nécessaire, grâce à la déviation des rayons lumineux qu'ils produisent.

Supposons, par exemple, que notre myope de 5 D soit atteint d'un léger degré d'insuffisance de convergence. En lui donnant des verres concaves de

2 D, il verra à , et nous aurons diminué, en même temps, de 2 am la

convergence nécessaire. Néanmoins notre malade ne sera peut-être pas absolument satisfait : les verres de lunettes, tout en lui permettant d'éloigner les objets, rapetissent sensiblement ses images rétiniennes, et peuvent ainsi substituer une cause d'asthénopie à une autre. C'est pour cette raison que les verres concaves quelque peu forts, prescrits dans ce but, ne sont généralement pas bien supportés.

Il est cependant impossible d'établir une règle touchant la force des verres qui peuvent être employés : l'acuité visuelle, les habitudes du sujet et d'autres circonstances individuelles sont les premiers faits à consulter. Mais l'influence rapetissante des lentilles concaves est telle, qu'elles sont rarement applicables, comme verres de travail, dans les hauts degrés de myopie. Ici, en effet, pour gagner quelques centimètres de distance, il faut de suite plusieurs dioptries. Un myope de 16 D est obligé de payer de 6 dioptries concaves les 4 centimètres dont nous allongeons sa vision, en la portant de 6 à 10 centimètres.

On sera donc souvent tenté de recourir aux prismes. Mais ici encore il faut souvent une lourde pièce de verre pour réaliser un médiocre avantage. Le tableau de la page 184 nous apprend que l'angle métrique, pour une ligne de

456 LANDOLT. — RÉFRACTION ET ACGOMMODATIOjN.

base de 62 millimètres, est de 1%77. L'angle de la déviation produite par un prisme étant égal à la moitié de son angle d'ouverture, il faut donc un prisme de uniquement pour alléger la convergence d'un angle mé-

trique. 2 exigeraient nécessairement le double, soit un prisme de 7° devant chaque œil. Nous disons à dessein exigeraient, car il n'est pas possible d'employer en pratique des prismes de ce calibre; 5° représentent déjà un prisme épais, et ce chiffre ne donne, dans notre exemple (62 millimètres de ligne de base) que 1,4 am.

Mais il sera souvent avantageux de combiner les deux moyens. En donnant à notre myope de 5D des prismes de 3%5 dont les surfaces concaves seront taillées de façon à posséder une force divergente de 2D, nous lui épargnerons 3 am de convergence; au lieu de voir avec 5 am à il verra à avec 2 am.

Des verres concaves d'une certaine force peuvent même acquérir un effet prismatique assez puissant, rien que par le moyen de leur décentralion. Nous en parlerons encore plus tard. En tous les cas, la correction optique de l'insuffisance de convergence, si souvent cause d'asthénopiechez les myopes, ouvre un champ très vaste au praticien instruit, attentif, intelligent.

Mais cette infirmité atteint souvent, et dans la myopie maligne surtout, rapidement des degrés tels qu'elle résiste à tous les essais pacifiques et nécessite l'intervention chirurgicale. C'est rendre un très grand service au malade que de savoir déterminer l'opportunité de cette dernière. On ne lui épargnera pas seulement une longue période d'asthénopie et d'incapacité de travail, perspective doublement pénible à cause de l'insuccès inévitable de la cure, mais on lui conservera encore l'usage de sa vision binoculaire.

En effet, un remède bien plus puissant que tous les moyens optiques, pour alléger la tache des muscles droits internes, est l'affaiblissement de leurs antagonistes : En diminuant, par le reculement de leur insertion, par une ténotomie, la force des droits externes, des abducteurs, on augmente nécessairement la partie positive de l'amplitude de convergence. Mais nous parlerons du traitement chirurgical des hauts degrés d'insuffisance de convergence à propos du strabisme divergent des myopes, qui en représente le plus souvant le stade final. Il nous reste quelques mots encore à dire au sujet de l'emploi des verres de lunettes dans l'adaptation des myopes.

Nous nous rappelons que leur usage pour la vision éloignée, quoique indispensable, surtout aux myopes des degrés les plus élevés, réserve toutefois précisément à ces derniers, de tristes désillusions, à cause du rapetissement des images rétiniennes d'une part, et du mauvais état des membranes oculaires de l'autre. Les services qu'ils peuvent rendre dans l'adaptation à courte distance sont bien plus restreints encore. Il faut bien se rendre compte, en effet, que les occupations à courte portée exigent de l'organe visuel infiniment plus que l'immense majorité des hommes ne lui demande pour voir au loin. Les myopes forts, en particulier, ont depuis longtemps

Page 1