‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 179 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (LES MYOTIQUES · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (LES MYOTIQUES

Ce fut donc pour l'oplithalmologic une acquisition précieuse que la découverte des alcaloïdes de cette substance. En 18G3, MM. Jobsl et Hesse en tiraient la physostigniine, MM. Vée et Leven Vésérine. Ces deux alcaloïdes ont été reconnus d'ailleurs comme identiques. MM. Harnack et Witkowsky en découvrirent, en 1866, un second dans la fève de Calabar, qu'ils appelèrent la calabarine.

On comprenait autrefois sous le nom de calabarine non pas cette substance, mais la physostigmine elle-même. Il est bon d'attirer l'attention sur ce point, attendu que la plupart des pharmaciens considèrent encore maintenant ces deux alcaloïdes comme identiques. Mais la calabarine est en réalité un produit de décomposition de la physostigmine, aux dépens de laquelle elle se forme d'une façon plus ou moins lente. Elle s'en distingue par son insolubilité dans Téther et quelques différences dans son action physiologique (1). La calabarine se conserve, de plus, bien mieux que la physostigmine.

Les solutions de toutes ces substances, introduites dans le sac conjonctival, agissent à la fois sur le diamètre pupillaire et sur l'état d'accotnmodation de l'œil. Leur influence sur le sphincter de l'iris est cependant plus prompte et plus énergique que celle sur le muscle ciliaire. Les doses trop faibles pour altérer la contractilité de ce dernier suffisent encore pour amener la myosis: et cette dernière, lorsqu'elle est produite par des doses plus fortes, persiste encore longtemps après que l'action du médicament sur l'accommodation a entièrement cessé.

Le resserrement de la pupille dû à une forte solution d'un de ces myotiques mentionnés est plus considérable que la contraction provoquée par l'effort d'accommodation le plus énergique, par la lumière la plus intense. Néanmoins la réaction de la pupille sous l'influence de ce dernier agent n'est pas entièrement abolie; elle se manifeste même comme mouvement consensuel dans un œil calabarisé, lorsque l'autre, non soumis au médicament, est exposé à des variations d'éclairage. La pupille contractée au maximum est rarement tout à fait ronde, sa forme est généralement irrégulière, même anguleuse.

L'effet qu'exercent les myotiques sur le muscle ciliaire est très curieux. De faibles doses stimulent la contractilité de ce muscle, augmentent son énergie, sans produire de spasme. Elles agissent donc sur le punctum proximum, qu'elles permettent de rapprocher de l'œil en deçà de sa distance physiologique, sans altérer la position du punctum remotum. Uamplitude d'accommodation se trouve donc augmentée. Cette influence se manifeste parfois aussi au début de l'action de doses fortes, mais surtout pendant la période de décroissance de l'effet myotique.

La vertu stimulante de ces médicaments se fait sentir d'ailleurs pendant toute la durée de leur action. Ainsi, dans une expérience de Donders, la con-

(1) Cloetta, Lelirl). der Arzneimittellehre^ p. 43, 1881.

vergence qui provoque sur l'œil non soumis au médicament un effort proportionnel d'accommodation, par exemple 3,7 D pour 3,7 am, était accompagnée sur l'autre œil, d'une tension accommodative égale à 8,3 D (1).

Lorsque l'action du myotique a 'atteint son maximum, le punctum remotum est relativement plus rapproché de l'œil que ne Test le punctum proximum. Uamplitude d'accommodation a donc diminué, ayant perdu à son extrémité éloignée plus qu'elle n'a gagné à son extrémité rapprochée. Mais il

est à remarquer qu'au moins pour les jeunes individus, sur lesquels on a fait des expériences, jamais un myotique n'a été assez puissant pour ramener le punctum remotum jusqu'à coïncidence avec le punctum proximum. La volonté a donc toujours conservé un certain empire sur l'accommodation. Cette dernière n'a jamais été complètement abolie.

Les diagrammes suivants représentent mieux que toute description l'influence du myotique sur l'œil. Ils sont dus aux recherches que Donders e Hamer ont entreprises avec l'extrait de calabar (2). Nous les avons seulemen adaptés au système métrique (fig. 129).

(1) Donders, Zoc. cii., p. 614, éd. angl; p. 518, éd. allem.

(2) Ibid.,T[). 610, éd. angl; p. 515, éd. allem.

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