PARTIE CLINIQUE (LES MYOTIQUES
Au bout d'un quart d'heure, le maximum de l'action myotique était atteint, et il y avait :
donc a = 7,5 D.
Lorsqu'au bout d'une heure et quart, le punctum remotum avait repris sa position normale, le maximum d'accommodation était encore
L'amplitude d'accommodation = 12,8 D était donc ici aussi notablement augmentée pendant la période de décroissance de l'action myotique.
La plus faible solution du sulfate d'ésérine dont on pût encore constater un effet sur l'œil fut de 1/12 800. Elle n'influa cependant que sur le sphincter de l'iris. — Le punctum remotum commence à se rapprocher de Toeil sous l'influence d'une solution de 1/800. Mais, avant que cet effet se fasse sentir, l'excitabilité du muscle ciliaire et, par suite, l'amplitude d'accommodation s'accroissent.
La crampe du muscle ciliaire la plus forte que Fauteur ait pu produire n'a jamais dépassé la durée d'une heure et demie, tandis que la contraction de la pupille se maintenait jusqu'à soixante-douze heures.
Le sulfate d'ésérine est très employé dans la pratique, soit pour stimuler l'action du muscle ciliaire, soit à cause de sa puissance myotique, soit enfin pour diminuer la tension intra-oculaire. Les collyres d'ésérine au 300^ ou au 200' sont généralement assez bien supportés. La conjonctive se montre cependant parfois intolérante à l'égard de l'usage prolongé de ce médicament, et il nous semble qu'il y aurait avantage à le remplacer par le salictjlate d'ésérine (Merk), qui est moins irritant et plus stable.
Le sulfate d'ésérine s'altère, en effet, assez vite sous l'influence de l'air et de la lumière, ainsi que d'autres agents chimiques. Sa solution rougit, l'ésérine passe à l'état de rubrésérine, qui se distingue facilement par son insolubilité absolue dans l'éther. La rubrésérine ne possède pas d'action myotique; aussi les solutions rougies des sels d'ésérine perdent-elles de leur efficacité.
L'action de la physostigmine ne diffère pas de celle de l'ésérine (Hamer, Krenchel). Cet alcaloïde est d'ailleurs, comme nous l'avons dit, identique à l'ésérine.
L3ipilocarpi7ie, alcaloïde retiré en 1875 par M. Hardy des feuilles du Jaborandi (folia Pilocarpi^ est un myotique capable de remplacer parfois
ceux de la fève de calabar. Elle forme avec les acides chlorhydrique et nitrique des sels cristallisés, facilement solubles dans l'eau.
D'après M. Jaarsma, l'action du chlorhydrate de pilocarpine employé en collyre est analogue à celle de l'ésérine. Elle porte à la fois sur le sphincter de la pupille et sur le muscle ciliaire, qui se contractent simultanément sous son influence, quoique indépendamment l'un de l'autre. Il est à remarquer cependant que, si l'action myotique se fait sentir pour l'ésérine déjà à des doses qui n'altèrent pas encore l'accommodation, et si la myosis de l'ésérine précède toujours quelque peu le spasme ciliaire, la solution la plus faible de pilocarpine qui agit sur le sphincter de l'iris agit également sur l'accommodation. Cette solution minimale est d'ailleurs plus concentrée (1/400) que celle de l'ésérine, qui est de 1/12 800 pour la pupille, de 1/800 pour l'accommodation.
La promptitude de l'action de la pilocarpine serait, d'après notre auteur, indépendante de la concentration de la solution. Cette action atteint son maximum déjà au bout de trente minutes, et ne dure pas plus de vingt-quatre heures pour la pupille, et deux heures et demie pour l'accommodation. La pupille ne perd jamais entièrement sa réaction sous l'influence delà lumière. Celle de l'autre œil ne se dilate pas même quand la myosis de son congénère est à son plus haut degré.
Comme exemple de l'influence de ce médicament sur le muscle ciliaire, nous citerons l'observation suivante de M. Jaarsma (1).
Avant l'expérience. Un quart d'heure après l'instillaLion Deux heures trois quarts d'une solution au •50^ après l'instillation.
p=9,b p = iO,b |)r=10,2
L'action de la pilocarpine sur l'accommodation est donc tout à fait analogue à celle de l'extrait de calabar et de ses dérivés.
Le premier de ces myotiques n'altérerait pas la vision, d'après l'auteur, tandis qu'elle baisse un peu pendant le maximum d'action de ces derniers.
On emploie généralement le chlorhijdrate de pilocarpine, qui cristallise facilement, et dont la solution se conserve fort bien pendant longtemps; mais, sous ce rapport, le salicylate est encore préférable, car sa solution reste inaltérée encore au bout de trois mois.
La muscarine est un alcaloïde découvert par MM. Schmiedeberg et Koppe (2), d'abord ddinsV Amanita muscaria, et, plus tard, par MM. Schmiedeberg et Harnack, également dans l'albumine des œufs de poule (3).
(1) Jaarsma, loc. cit., p. 47.
(2) Schmiedeberg et Koppe, Das Muscarin. Leipzig, 1869.
(3) Schmiedeberg et Harnack, Ceniralbl. f. d. med. Wissensch., p. 598, 1875.