‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 182 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (LES MYOTIOUES · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (LES MYOTIOUES

Ces auteurs ont constaté les premiers l'influence que ce médicament exerce sur l'œil; elle consiste dans le resserrement de la pupille et la contraction spasmodique du muscle ciliaire. Mais cette dernière action prédomine de beaucoup sur celle que subit le sphincter de l'iris. Six minutes après une injection hypodermique de 4 milligrammes de muscarine, son action commençait à se manifester, et seize minutes après, elle avait atteint son maximum sur la réfraction, qui, de 6,5 D, se serait accrue jusqu'à 13 D. L'accom.modation aurait été abolie à ce moment. Ce fait n'a cependant pas pu être constaté dans les expériences ultérieures que nous allons citer. Une solution de 1,5 pour 100, instillée dans l'œil, aurait laissé la pupille intacte, tout en produisant un spasme intense de l'accommodation.

M. Krenchel(l) a fait, avec ce médicament, des expériences plus étendues. Il a constaté que l'action de la muscarine sur la pupille est très inconstante : parfois celle-ci reste indifférente à côté d'un spasme très fort de l'accommodation; d'autres fois une myosis énergique accompagne un spasme ciliaire très modéré.

Contrairement à ce que nous avons vu pour les autres myotiques, la muscarine agit d'abord sur l'accommodation, et ensuite sur la pupille. Les modifications que subit cette dernière persistent quatre à six fois plus longtemps que celles de la première.

Le spasme de l'accommodation s'annonce cinq à dix minutes après l'instillation de solutions de 1 à 5 pour 100, atteint son maximum entre quinze et trente minutes, et disparaît au bout d'une heure à deux heures et demie. L'amplitude d'accommodation n'est jamais tout à fait abolie, quoique l'action de la muscarine débute par le rapprochement du punctum remotum et n'altère que plus tard la position du punctum proximum. Le muscle ciliaire serait donc mis d'abord dans un état de crampe tonique, sans toutefois que son énergie contractile fût augmentée. Ce dernier effet ne se manifeste que plus tard, et n'est jamais aussi accusé que le spasme tétanique initial. L'augmentation de la réfraction statique dépasse toujours de beaucoup l'accroissement de la réfraction dynamique ; en d'autres termes, la muscarine restreint toujours l'amplitude d'accommodation. C'est là une différence capitale entre ce myotique et les précédents, notamment la physostigmine, dont une faible solution augmente notablement l'énergie du muscle ciliaire, sans altérer la réfraction statique de l'œil. La muscarine ne semble donc pas destinée à rendre de grands services dans la pratique oculistique.

Nous avons épuisé la liste des myotiques les plus importants connus jusqu'à ce jour. En effet, quoique certains auteurs aient vu survenir une forte

(1) Krenchel, Arch. f. Ophlh., XX, 1, p. 135, 1874.

myosis sous Tinfluence d'inhalations de protoxyde d'azote (1) ou d'injections hypodermiques de morphine (2), Faction qu'exercent ces médicaments sur l'iris est aussi accessoire qu'incertaine. Quant aux changements subis par l'accommodation, ils sont inconnus, en tout cas absolument inutilisables pour la pratique.

Il nous reste à dire un mot encore d'un phénomène qui accompagne généralement l'action des myotiques. Les objets paraissent agrandis pendant que l'œil est sous l'influence d'un spasme de l'accommodation (3). Cette macropie s'explique tout naturellement par le fait que l'effort d'accommodation déployé pour voir nettement est moindre qu'à l'état normal. L'individu se trompe donc sur la distance réelle des objets. Il les juge plus éloignés qu'ils ne sont, et, comme il rapporte son image rétinienne à une distance exagérée, c'est-à-dire qu'il projette cette image trop loin, l'objet doit lui paraître plus grand qu'il n'est en réalité.

Il est à remarquer enfin que l'influence de tous les myotiques sur le muscle ciliaire, que nous avons toujours dite être indépendante de celle qu'ils exercent sur le sphincter de l'iris, persiste même dans les cas d'aniridie.

Page 1