‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 191 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (LES MYDRIATIQUES · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (LES MYDRIATIQUES

— U homatropine est un produit artificiel obtenu en faisant agir de l'acide chlorhydrique sur le cyanate de tropine. Elle se présente sous l'aspect d'un liquide oléagineux. Le sel qu'elle forme avec l'acide hydrobromique, facilement cristallisable, est seul employé en médecine. 11 produit un effet tout à fait analogue à celui de l'atropine. Son action sur l'accommodation et sur la pupille est aussi énergique que celle de cette dernière; seulement elle se manifeste plus promptement, pour disparaître plus tôt. M. Tweedy (1) a constaté qu'une solution à 1/125 amenait la mydriase au bout de quinze à vingt minutes. Celle-ci avait disparu entièrement au bout de vingt-quatre heures, de même que la paralysie totale de l'accommodation produite par le médicament. MM. Schaefer (2) et Goetz (3) sont arrivés aux mêmes résultats : l'action d'une solution au 200' d'atropine dure six à sept fois plus longtemps que celle d'une solution d'homatropine a.u lOO''.

D'après M. Segura (4-), l'homatropine n'aurait pas augmenté la tension intra-oculaire dans plusieurs cas où l'atropine produisait ce symptôme fâcheux.

M. Schell(5) trouve l'homatropine impropre à un usage continu, à cause de l'irritation de la conjonctive qu'elle provoque, tandis qu'elle serait très recommandable lorsqu'il s'agit d'un simple examen de l'œil. Une solution au 33% facilement supportée, amènerait une mydriase maximale en vingt minutes, la paralysie de l'accommodation en trente minutes, et son influence aurait disparu au bout de dix à trente heures.

2° Le sulfate ou le salicylate de duboisine possèdent une action plus énergique que l'atropine. D'après M. Jaarsma, une solution à 1/1200000, contenant O^^OOOOOOOô^, c'est-à-dire 54 billionièmes de gramme de cette substance, produit, en une heure et quart, une mydriase qui dure vingt-quatre heures.

La même quantité d'une solution à 1 : 3000 détermine une paralysie de l'accommodation qui persisterait pendant vingt-quatre heures. La mydriase qui l'accompagne ne cesse qu'au bout de soixante-douze heures. ! M. Norris a constaté qu'une solution à 4 pour 100 de duboisine amène la mydriase en douze à dix-huit minutes, tandis que l'atropine, à concentration égale, demandait de vingt-cmq à trente minutes pour produire le même effet. La paralysie de l'accommodation est complète au bout de trente à cinquante minutes pour la duboisine, de quatre-vingts à cent pour l'atropine.

En somme , tous les auteurs s'accordent pour reconnaître à la duboisine une action plus prompte et plus énergique qu'à l'atj'opine. Elle a, de plus, le

! (1) Tweedy, Lancet, I, p. 795, 1880.

I (2) Schacfer, Arch. f. Aiigenheilk.y p. 186, 1880.

j (3) Goetz, Thèse de Kiel, 1880.

I (i) Segura, Clinica de Malaga, III, p. 7, 1882.

(5) Schell, Specialist. and Intellig. Philad., I, p. 32, 1880.

grand avantage d'irriter moins la conjonctive que cette dernière. Ce médicament rend donc de très grands services dans les cas où l'atropine est mal supportée. En revanche, il semblerait qu'elle amène plus facilement des phénomènes toxiques généraux que cette dernière (1).

On se sert généralement du sulfate de duboisine ; mais ici encore le salicylate l'emporte sur le premier de ces sels par sa stabilité plus grande, et son innocuité plus complète pour la conjonctive.

3° Vhyoscyamine et son isomère, Vhyoscine, sont encore peu connues et peu employées en thérapeutique. L'extrait dont les premiers expérimentateurs se sont servis semble être très instable ou très impur, attendu que les résultats obtenus diffèrent considérablement suivant les observateurs et même d'une expérience à l'autre.

Dans la thèse de M"* Simonow^itch (2), qui résume bien l'historique de ce médicament, en y ajoutant des recherches et des réflexions nouvelles, M. Dor dit que les tablettes de gélatine saturée d'hyoscyamine (préparées par MM. Morson, Merk, Sittel et Heberlin) se sont montrées moins efficaces que l'atropine; que cependant l'hyoscyamine a donné quelques beaux résultats dans des cas de kératite interstitielle où Tatropine était restée impuissante, et que la première peut avantageusement remplacer la seconde dans l'iritis chronique, lorsque l'atropine cesse d'être supportée.

Il semble en' être autrement du sulfate et de l'iodhydrate d'hyoscine préparés dans ces derniers temps par M. Merk. M. Risley (3) trouve au premier de ces sels une action tout à fait comparable à celle de la duboisine. Une goutte d'une solution au 300® paralysa l'accommodation pendant 77 à 100 heures. M. Emmert (4), qui a expérimenté avec le second de ces sels, estime que son action est plus prompte et plus énergique que celle du sul-' fate d'atropine et de duboisine employés à doses égales. Une solution au millième suffirait dans la majorité des cas pour amener la mydriase et la paralysie de l'accommodation. La conjonctive la supporterait facilement, de même que l'organisme en général. M. Hirschberg (5) conteste cette innocuité du médicament, tout en lui reconnaissant une action plus puissante qu'à d'autres mydriatiques.

Le sulfate de daturine a été surtout examiné par MM. Doijer et Jaarsma. Us trouvent qu'une goutte d'une solution à 1 : 160000, c'est-à-dire 09%00000004 de cette substance, suffirait pour faire dilater la pupille au bout d'une heure, et que cette action persiste vingt-quatre heures.

Une goutte d'une solution à 1 : 2000 paralyserait l'accommodation pendant

(1) Ringer, Pract., p. 247, 1879. i

(2) Rosa Simonowitch. Thèse de Berne, 1874.

(3) Risley, Amer. Journ. of. med. sciences, n. 161, 1881.

(4) Emmert, Corr.-blatt f. Schweizer-Aer^te, n° 2, 1882.

(5) Hirschberg, Centralblalt /. pract. Augenlieilk., février 1881.

Page 1