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PARTIE CLINIQUE (LES MYDRIATIQUES

La plus faible solution capable de paralyser raccommodation serait, suivant le même auteur, de 1 : 1200. La durée de son action serait également de vingt-quatre heures, tandis qu'elle se manifesterait pendant quatre-vingtseize heures sur la pupille.

Il est cependant bon de faire^remarquer ici que nos auteurs ont expérimenté sur des yeux normaux, répondant aux différentes épreuves auxquelles on les soumettait avec une promptitude qui ne laissait rien à désirer. Il en est tout autrement à l'état pathologique. Nous rencontrons parfois des muscles ciliaires plus récalcitrants et des spasmes d'accommodation qu'une solution bien plus forte d'atropine met des jours et des semaines à rompre entièrement. Abstraction faite des synéchies de toute espèce et des adhérences étendues entre l'iris et le cristallin, qui s'opposent à la dilatation de la pupille, celle-ci s'obtient aussi plus ou moins facilement suivant la contractilité de cette membrane, l'énergie de ses muscles et de son innervation.

Le sel d'atropine le plus répandu en pratique est le sulfate. Le salicylate serait cependant bien préférable, car, bien qu'il soit hygroscopique, sa solution se conserve inaltérée pendant très longtemps. Deux parties de sulfate d'atropine sont équivalentes dans leur action à trois parties de salicylate, attendu que la même proportion de la base est contenue dans l'une et dans l'autre de ces quantités.

Dernièrement, M. Pettoreili (1) a recommandé l'emploi d'une substance qu'il appelle la nitro-a^ropme. On l'obtient en soumettant l'atropine à l'acide nitrique fumant et en y ajoutant une solution alcoolique de potasse caustique. On prépare aussi un produit analogue avec la daturine, la nitro-daturine. Ces deux substances ont les mêmes effets que les bases originelles.

La solution usuelle de sulfate d'atropine contient 5 centigrammes de ce sel pour 10 grammes d'eau distillée. Cette concentration est amplement suffisante pour la plupart des cas. Il est même bon de l'affaiblir un peu chez les enfants qu'on soumet à une atropinisation prolongée, pour un spasme accommodateur ou un strabisme convergent hypermétropique. Une dissolution moitié plus diluée conviendra parfaitement en pareille occasion. Ce n'est que dans des conditions exceptionnelles qu'on se trouvera obligé de recourir à des doses plus fortes, lorsqu'il s'agit, par exemple, de rompre des synéchies tenaces.

Il convient d'observer certaines précautions dans l'emploi de l'atropine et des mydriatiques en général, surtout chez les individus en bas âge. Les exemples d'intoxication générale produite par ces substances ne sont pas rares, et peuvent revêtir un caractère des plus inquiétants. M. Kugel (2) a même publié un cas de mort chez un enfant à la suite d'instillations d'atropine. Plusieurs autres auteurs ont cité des observations analogues, avec une issue toutefois plus favorable, et presque chaque spécialiste a eu le désagrément d'en rencontrer dans sa pratique. Une solution très faible (0,1 — 0,4 pour 100)

. (1) ?eltore\\ï, Compte rendu du Congrès internat, de Milan, 1881, p. 203. (2) Kugel, Arch. f. Ophth., XVI, 1, p. 345. 1870.

LANDOLT. — RÉFRACTION ET AGCOxMMODÂTIOîi.

suffit souvent pour provoquer ces accidents fâcheux (1) chez certains sujets, évidemment doués d'une idiosyncrasie à l'endroit des alcaloïdes de solanées. Il est bon d'être prévenu de cette complication, qu'on traitera efficacement à l'aide d'injections sous-cutanées de morphine (0,01 — 0,03) (Kugel, Hedler (2), Beauvais), ou de pilocarpine (0,02 pro dosi) (Juhasz) (3).

Un autre inconvénient de l'atropine, moins redoutable il est vrai, consiste dans l'action nuisible qu'elle exerce sur la conjonctive. Après un emploi prolongé, quelquefois même après un petit nombre d'instillations de ce médicament, on voit survenir une conjonctivite, qui d'une simple inflammation catarrhale peut s'acoroître jusqu'à présenter les caractères d'un véritable trachome avec pannus cornéen. Certaines personnes, qu'une prédisposition spéciale rend tout particulièrement sensibles à l'influence de l'atropine, sont même atteintes d'un eczéma des paupières, voire d'un gonflement phlegmonoïde de toute la région périorbitaire.

On a beaucoup discuté sur la genèse de ces accidents : on les a attribués à l'impureté chimique de l'alcaloïde, à sa réaction acide ou alcaline, ou à des micro-organismes (champignons) se développant dans ses solutions. Partant de cette dernière idée, M. Kroemer (4) a même conseillé de saturer ces solutions d'acide borique et d'y ajouter encore une petite quantité d'acide phénique(l p. 1000) (5). Le liquide ainsi traité garderait indéfiniment sa limpidité et serait inofl'ensif pour la muqueuse oculaire. Mais M. Schenkl (6) a objecté à celte assertion que les pommades d'atropine à la vaseline, bien que ne donnant lieu à aucune végétation parasitaire, n'en produisaient pas moins la conjonctivite mentionnée (7).

Quoi qu'il en soit, on devra toujours s'assurer, avant de se servir d'un collyre à l'atropine, de sa neutralité absolue, au moyen du papier de tournesol, et l'on aura soin de n'employer que des solutions récentes. Si la conjonclive s'irrite, on suspendra l'emploi de cette préparation ; on la remplacera par la duboisine, qui est en général mieux supportée, bien qu'elle soit loin également de présenter une innocuité absolue (8).

(1) Beauvais, Ann. d'hyg. publ. et de méd. lég., janvier 1881.

(2) Hedler, Berl. klin. Woch., p. 471, 1875.

(3) Juhasz, Klin. Monatsbl, p. 82, 1882.

(4) Kroemer, Corr.-blatt. f. Schweizer-AerUe, n° 19, 1881.

(5) On peut ajouter aux solutions d'atropine une petite quantité d'acide salicylique (1 p. 2000), en ayant soin de prendre pour la solution une eau chimiquement pure et surtout exempte d'ammoniaque.

^6) Schenkl, Prag.med. Wocfienschr., Vil, p. 61, 1882.

(7) M. Green {Transact. amer, ophth. Soc, p. 375, 1875) a conseillé de dissoudre l'atropine dans de l'huile de ricin. Elle se conserverait très bien dans ce liquide, sans acquérir de propriétés irritantes.

(8) Les sels d'atropine et des divers mydriatiques et les bases elles-mêmes qu'on trouve dans le commerce sont loin de présenter la constance désirable. Les préparations vendues ne sont souvent qu'un mélange de plusieurs de ces substances à la fois. Voyez à ce sujet les recherches de Ladenburg, loc. cit., celles de Regnault et Valmont {Archives gén. de méd.. janv. 1881) et l'analyse critique de ces travaux dans le Jahresbericfit de Nagel, 1881 (p. 261). Oq voit combien il importe d'être sûr de la provenance du produit qu'on emploie.

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