CHAPITRE XII AMAUROSE DANS L'ÉPILEPSIE
Les termes amaurose épileptique et épileptiforme, épilepsie rétinienne, se rencontrent chez divers auteurs. On verserait cependant dans l'erreur en supposant qu'il existe une amblyopie ou une amaurose dépendant directement de l'épilepsie, dont elle serait une conséquence, ou plutôt un symptôme, à peu près au même titre que l'amaurose urémique est une conséquence de l'urémie, qui serait notamment passagère, arriverait et disparaîtrait avec l'attaque épileptique. Leber (1877) a rassemblé avec soin les documents relatifs à cette question, et sa conclusion tout à fait légitime est qu'il n'y a pas d' amaurose épileptique dans le sens que nous venons d'indiquer. Depuis cette époque on n'a observé aucun fait capable de modifier cette thèse.
Les troubles amblyopiques qui ont été observés chez les épileptiques, et qui ont fait naître l'idée d'une amaurose épileptique, se rangent dans les rubriques suivantes quant à leur relation avec l'épilepsie.
Dans l'épilepsie idiopathique, sans lésion palpable (?) du cerveau, on observe quelquefois (de même que dans les épilepsies symptomatiques) à l'approche de l'attaque une obnubilation de la vue, précédée ou non de vision de couleurs, d'éclairs; mais cet obscurcissement de la vue est tout simplement celui qui précède ordinairement toutes les pertes de connaissance, par exemple la syncope. Il n'en reste plus de trace au sortir de l'attaque.
On a signalé quelquefois le scotome scintillant et une hémianopie passagère chez les épileptiques. Mais il resterait d'abord à prouver que les deux symptômes, l'épilepsie et le scotome scintillant ou l'hémianopie ne sont pas les effets d'une seule et même cause. Ensuite, la plupart de ces observations sont antérieures aux publications dans lesquelles Charcot montre la dépendance dans laquelle certaines formes d'amblyopie (en partie hémianopiques, voy. plus loin Amblyopie hystérique) se trouvent vis-à-vis de l'hystérie grave, épileptiforme, qu'on confondait avec l'épilepsie véritable. Certains auteurs (Galezowski) désignent positivement les convulsions concomitantes du nom d'épileptif ormes, et non pas de celui d* épileptiques.
Christensen a observé une dame de trente-trois ans, souffrant d'attaques épileptiques accompagnées d'amaurose, et survenant depuis des années avant
NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAIJBOSES.
chaque époque menstruelle. La cécité était complète pour plusieurs heures. Fond de l'œil normal. Deux fois la cécité fut plus durable lorsque les règles ne se montrèrent pas; une amélioration survint chaque fois à la réapparition des règles. Finalement, atrophie progressive. — On le voit, ces symptômes ressemblent beaucoup à ceux de l'hystéro-épilepsie.
D'autres fois on a signalé (Hancock) comme exemple d'amblyopies épileptiques des cas d'amblyopie réflexe, dépendant d'une irritation de nerfs sensibles ayant provoqué simultanément les accès épileptiques.
Pour ce qui est des épilepsies symptomatiques, dépendant d'altérations graves du cerveau, elles s'accompagnent de deux manifestations amblyopiques différentes. Une tumeur cérébrale, par exemple, peut occasionner des convulsions épileptiques, et produire une papillite, une névrite avec atrophie consécutive. Des amblyopies passagères, revenant par accès, s'observent quelquefois dans les épilepsies symptomatiques, la plupart du temps dues à des tumeurs intracrâniennes. Ce sont elles surtout qui semblent mériter le nom cV épileptiques. On se figure que ces amauroses passagères sont dues à ce que la rétine serait le siège du même processus qui dans le cerveau occasionne les convulsions épileptiques, probablement un spasme des vaisseaux rétiniens. Cependant les amauroses passagères en question semblent être identiques aux cécités passagères qu'on observe fréquemment dans toutes les tumeurs intracrâniennes, et qu'on met généralement sur le compte d'une augmentation passagère de la pression intracrânienne, qui comprimerait le chiasma optique ou d'autres parties de l'appareil nerveux visuel.
Ce qui précède renferme la critique de Vamaurose épileptiforme de Jackson. Cet auteur part de l'observation des amauroses passagères dans l'épilepsie symptomatique, pour établir une amaurose spéciale (épilepsie rétinienne), dans laquelle il fait rentrer les amauroses passagères les plus diverses, auxquelles il suppose une cause siégeant dans la rétine, et qui serait analogue à celle qui, dans le cerveau, provoque l'attaque épileptique. — La cause supposée de l'épilepsie étant un spasme des vaisseaux cérébraux, on rapporte ordinairement à un spasme des vaisseaux rétiniens, hypothétique lui aussi, la cause de l'amaurose épileptiforme. On n'a pas réussi à constater ce spasme à l'ophthalmoscope.
Eu égard aux connexions vasculaires entre le cerveau et la rétine, on pouvait s'attendre à découvrir dans toutes les attaques d'épilepsie, même quand elles ne se compliquent pas d'amaurose, un trouble de la circulation rétinienne. On s'est donc mis à examiner les yeux à l'ophthalmoscope pendant et après l'accès épileptique. Les premiers observateurs arrivèrent, les uns à un résultat négatif, les autres constatèrent au début de l'attaque un rétrécissement des artères rétiniennes. Depuis les dernières recherches sur ce sujet, il semble être établi qu'aux approches de l'attaque, et coïncidant avec Vaura, on observe dans les accès bien accusés un amincissement des artères rétiniennes, et au déclin de l'attaque, une dilatation quelquefois