AMBLYOPIE DANS L'HYSTÉRO-ÉPILEPSIE
Charcot et ses élèves ont analysé avec prédilection une forme d'amblyopie, liée à certaines formes d'hystérie très intense, ou d' « hystéroépilepsie», comme ils disent. Cette amblyopie n'est pas tant caractéristique en elle-même ; elle est toujours de nature anesthésique, avec rétrécissement
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du champ visuel, surtout d'un œil ; mais ce qui lui donne un cachet particulier, c'est qu'elle se montre toujours dans les formes graves d'hystérie, accompagnées de convulsions, d'hémianesthésie et de paralysies motrices, ipuis en ce qu'elle semble liée toujours à une ovarite chronique. Les symptômes hémianesthésiques dénotent une affection de certaines parties du cerveau, qui peut-être est également le point de départ de l'amblyopie. Celle-ci semble donc s'éloigner, au point de vue de la pathogénie, des amblyopies hystériques précédemment décrites, et on pourrait tout aussi bien la décrire comme une forme morbide à part.
L'hystéro-épilepsie de Charcot est caractérisée par des manifestations hystériques et par des attaques ayant certains caractères de l'hystérie et d'autres de l'épilepsie. Les attaques sont précédées d'une aura de longue durée, procédant surtout du bas-ventre ; elles peuvent être modifiées, et quelquefois coupées par une pression exercée sur l'un ou l'autre ovaire. On constate ce qu'on appelle le point oimrique, avec douleur plus ou moins obtuse, souvent spontanée, mais qui toujours peut être provoquée par compression de l'un ou l'autre ovaire. Il y a de l'anesthésie et de l'analgésie dans la moitié du corps correspondant à l'ovaire douloureux, et les organes des sens supérieurs sont plus ou moins obtus du même côté.
Landolt et Charcot, entre autres, ont examiné la fonction visuelle dans les cas de ce genre. Landolt distingue quatre catégories ou degrés dans fl'amblyopie :
1° La vision est normale du côté sain. Pour l'œil du côté du point ovarique, il y a rétrécissement du champ visuel, au moins pour les couleurs: ^'acuité visuelle y est diminuée.
2° Dans un stade plus avancé, la vision et la chromatopsie sont amoindries des deux côtés ; les deux champs visuels sont rétrécis, mais celui du côté du point ovarique à un degré plus prononcé.
3^ L'amblyopie est très forte et il y a achromatopsie ; quelquefois il y iélargissement des vaisseaux rétiniens, et exsudation séreuse dans la rétine.
4° Une fois Landolt a constaté une atrophie partielle du nerf optique.
La métalloscopie et la métallothérapie exercent une influence marquée sur l'amblyopie aussi bien que sur les autres phénomènes anesthésiques (Burq). La chromatopsie reparaît par l'application des métaux sur l'œil; si l'on enlève les plaques appliquées sur l'œil, elle reparaît. Lorsque l'achromatopsie a disparu depuis quelque temps, grâce à une amélioration de l'hystérie, elle reparaît par l'application des plaques (Charcot). — Les hystériques ont des hallucinations visuelles qu'elles projettent du côté anesthésié (Charcot).
L'amblyopie hystéro-épileptique acquit surtout une grande importance ! théorique lorsque Charcot eut basé sur elle son schéma du parcours central <les fibres du nerf optique. L'hémianesthésie concomitante paraît devoir èire attribuée à une affection du tiers postérieur de la capsule interne, qui renferme également les radiations optiques allant à l'écorce cérébrale En
NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
supposant donc, ce qui était assez plausible, que l'amblyopie soit due à la même affection de la capsule interne, il fallait admettre que les fibres d'un nerf optique se terminent toutes dans le même hémisphère cérébral, ou au moins passent par la même capsule interne; car lors des premières explorations, on n'avait trouvé du côté des yeux que de l'amblyopie avec rétrécissement du champ visuel sur un seul œil (du côté anesthésié). — Nous, avons fait voir précédemment que ce schéma du parcours central des; fibres optiques ne peut pas correspondre à la réalité, et que les faits d'amblyopie hystéro-épileptique demandent une autre explication, qui du reste nous fait encore défaut. D'abord Landolt trouva bientôt que la vision sur l'œil du côté non anesthésié n'était pas tout à fait normale, pour peu que le cas soit un peu prononcé. Ensuite, nous connaissons aujourd'hui un nombre respectable d'observations d'amblyopies hystéro-épileptiques ayant présenté les caractères d'une hémianopie homonyme plus ou moins prononcée. Ces cas viendraient donc à l'appui de notre manière de voir sur le parcours central des fibres optiques, qui du reste est étayée de preuves beaucoup plus solides que celles qu'on pourrait tirer des cas d'hémianopie hystéro-épileptique.
Des cas d'hémianopie hystéro-épileptique ont été publiés par Rosenthal^ Sturge, Galezowski, Ferré, Westphahl, etc. Cette hémianopie ne paraît jamais être typique. Souvent elle est homonyme, mais la ligne de démarcation n'est pas droite, et peut ne pas passer par le point de fixation. D'autres fois elle est hétéronyme, temporale (Rosenthal). Ceci suffirait pour lui ôter tout poids dans la discussion sur le parcours central des fibres optiques. Mais il y a plus, la lacune du champ visuel est plus étendue et plus complète du côté anesthésié du corps. L'acuité visuelle n'est jamais normale; elle peut être très défectueuse du côté anesthésié. — ^Les scotomes hémianopiques peuvent d'ailleurs être absolus; souvent ils ne sont que relatifs, c'est-à-dire que le malade y remarque encore quelque chose. Les phosphènes par pression sont tantôt conservés et tantôt abolis au niveau des scotomes. — Il est rare qu'à la suite d'attaques répétées il n'y ait pas achromatopsie totale sur l'œil le plus amblyopique, et dyschromatopsie partielle, pour le rouge, le vert et le violet par exemple, sur l'œil le moins affecté. Lors du passage d'un courant électrique fort, les malades voient apparaître en obscur leurs scotomes.
Ferré a fait une remarque qui, si elle venait à se confirmer, aurait quelque importance au point de vue du diagnostic. D'après cet auteur, il y a insensibilité de la conjonctive dans les cas d'hémianopie hystéro-épileptique, ce qui n'a pas lieu dans les hémianopies ordinaires, par exemple dans celles par lésion d'une bandelette optique.
Les amblyopies hystéro-épileptiques sont des maladies de très longue durée ; elles s'amendent et s'aggravent avec les autres symptômes de l'hystéro-épilepsie. La vision ne paraît guère courir le danger de s'éteindre tout à fait, elles cas les plus graves sont susceptibles d'une amélioration notable^
sinon de guérison, si on parvient à modérer ou à enrayer l'affection hystérique qui est au fond.