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CHAPITRE XVIII

AMBLYOPIES TRAUMATIQUES, PAR COMPRESSION DE L'ŒIL, CHEZ LES GENS FRAPPÉS DE LA FOUDRE, etc.

Les insultes les plus diverses, portant sur la région de l'œil, peuvent donner lieu à des troubles visuels dont quelques-uns ont plus ou moins les caractères de l'amblyopie, sans que pour cela on puisse les ranger dans la catégorie des amblyopies réflexes. D'autres fois, les troubles visuels en question sont la conséquence de lésions bien connues du nerf optique ou de la rétine; ces cas sont traités ailleurs. Nous les énumérerons ici en vue de leur diagnostic avec les précédentes et avec les amblyopies réflexes par blessure du sourcil.

a. AMBLYOPIE PAR COMPRESSION DE l'œIL

Une compression prolongée de l'œil peut occasionner une amblyopie notable, qui semble se présenter toujours sous la forme caractéristique d'un scotome central. Testelin {Compte rendu de la Soc.ophth.,iS&b) a observé une amblyopie avec perte de la vision centrale survenue chez un homme ivre, qui pendant le sommeil s'était couché avec l'œil sur la main.

Un cas identique, inédit, nous est communiqué par notre ami le docteur Claeys. Une fille de dix-sept ans, en proie à un vif chagrin, s'était mise à pleurer en se couchant sur la table la figure cachée dans les bras. Elle était restée dans cette attitude pendant plusieurs heures, et, sans s'en douter, avait exercé sur son œil droit une pression prolongée. Relevant la tête, elle ne voyait plus de cet œil. Il y avait légère mydriase de ce côté ; la réaction pupillaire directe y était très lente; la réaction indirecte normale. Elmmétropie des deux côtés; à droite, la patiente compte difficilement les doigts à un pied; à gauche, vision normale. Examen ophthalmoscopique négatif. A droite, la périphérie du champ visuel est normale; il y a un scotome central un peu plus étendu dans le sens horizontal que dans le sens vertical; en haut et en bas de 30 degrés, en dedans et en dehors, de 50 à 60 degrés. Les couleurs ne sont plus reconnues au niveau du scotome, qui du reste n'est que relatif, car la patiente y voit encore quelque chose. Huit jours plus

AMBLYOPIES TRAUMATIQUES.

tard, la vision s'était relevée à droite jusqu'à un tiers. Le scotome s'est considérablement rétréci. Un peu plus tard, il y avait guérison complète.

De Graefe attribue à une compression exercée sur l'œil par les paupières une cécité presque complète observée chez un enfant à la suite d'un blépharospasme qui dura onze mois, cécité qui fut guérie par une névrotomie du nerf sus-orbitaire. Il est au moins aussi probable qu'il se soit agi là d'une amblyopie réflexe.

Dans les cas typiques de Testelin et de Claeys, il semble qu'on doive invoquer, comme une cause prochaine, une anémie prolongée de la rétine par compression du globe oculaire. Donders a démontré qu'au moment où apparaît Tobscurcissement du champ visuel, lorsque pendant quelques instants on comprime l'œil à l'aide de la main, les vaisseaux rétiniens se vident. Il en sera probablement de même des vaisseaux choroïdiens. La vision reparaît vite si l'on cesse la compression. Mais supposons une compression et par conséquent une anémie intra-oculaire prolongées. Les éléments rétiniens, surtout les cônes et les bâtonnets, qui d'après tout ce que nous savons sont le siège de processus chimiques très énergiques, souffriront dans leur nutrition, et leur fonctionnement pourra être diminué ou aboli pour un temps plus ou moins long. Et le centre physiologique de la rétine, dans lequel les processus chimiques paraissent être les plus intenses, et qui est plus pauvre en vaisseaux que le reste de la membrane, sera le plus exposé à se ressentir d'une interruption prolongée de la circulation.

b. COMMOTION DE LA RÉTINE. — C. ANESTHÉSIE TRAUMATIQUE DE LA RÉTINE

Dans le cas précédent, il s'agit d'une compression de longue durée exercée sur l'œil.

Une violence brusque, un choc agissant sur Tœil ou sur la région de l'œil, produit des amblyopies de diverses natures. Il y a d'abord la commotion de la rétine, caractérisée par un trouble rétinien caractéristique. Cette affection, qui a acquis une certaine importance depuis les recherches de Berlin, est traitée à propos des affections de la rétine.

Il paraît qu'à la suite d'un choc appliqué à l'œil, on peut observer une amblyopie pouvant aller jusqu'à l'amaurose, passagère, et partant indépendante d'une lésion grave de l'appareil nerveux optique, et dans laquelle on ne constaterait nullement le trouble rétinien caractéristique de la commotion rétinienne.

Sous le nom d'ANESTHÉsiE traumatique de la RÉTINE, Leber (Graefe et Saemischj Handb., t. V, p. 988) distingue ces derniers cas de la commotion de la rétine. Il range ici les amauroses passagères produites par une violente secousse de toute la tête, notamment à la suite de plaies par les armes à feu.

NUEL. — AMBLYOPIES ET AiMAUROSES.

Il est plus que probable que cette classe d'amblyopies ne sera pas maintenue. Les idées de Leber lui-même ne paraissent pas être bien arrêtées à cet égard, attendu qu'il cite sous la même rubrique des cas qui rentrent manifestement dans la catégorie des amblyopies réflexes (par blessure du cuir chevelu, de l'iris, de la cornée, etc.).

11 importe aussi de ne pas confondre avec une simple amblyopie les lésions du nerf optique produites par les fractures de la base du crâne, dont il est question à propos des affections de l'orbite. Ces fractures, qui peuvent résulter d'une forte contusion de la région de l'œil, s'étendent très souvent à la paroi du canal optique (dans 60 pour 100 des cas, d'après von Hœlders), et à l'orbite (dans 90 pour 100, d'après von Hœlders). 11 est vrai que l'amblyopie est ordinairement unilatérale et mène à l'amaurose définitive. Cependant, elle est assez souvent bilatérale, et passagère dans des cas exceptionnels. La lésion du nerf optique peut, en effet, ne pas consister en une véritable déchirure, mais en une simple compression par hémorrhagie, soit dans le canal optique lui-même, soit à l'intérieur du crâne.

d. AMBLYOPIE CHEZ LES GENS FRAPPÉS DE LA FOUDRE

Les amblyopies et les amauroses chez les gens frappés de la foudre méritent une mention spéciale.

Indépendamment des désordres les plus divers que la foudre peut produire dans toute l'économie, brûlures, déchirures, paralysies plus ou moins étendues de la sensibilité et de la motilité, etc., on observe du côté de l'œil la cataracte, la paralysie de l'accommodation, des altérations profondes dans les tuniques oculaires, telles que des déchirures de la choroïde, des héniorrhagies choroïdiennes et rétiniennes, des décollements rétiniens, et des paralysies du nerf optique se présentant sous la forme de l'atrophie du nerf optique (Leber). Le dernier trouble offre donc plus ou moins les caractères de l'amblyopie.

Des amauroses passagères ou bénignes ont été décrites par Pétrequin, Maclean, Henrotay, Stelwag, Saemisch, Power, de Graefe et Th. Leber, chez des gens exposés à l'effluve. Un examen ophthalmoscopique n'a été fait que par Saemisch et de Graefe. Saemisch nota de l'hypérémie rétinienne. Dans le cas observé par de Graefe, qui est remarquable en ce que, de même que dans d'autres observations, la personne n'avait pas été atteinte directement par la foudre, le fond de l'œil était normal. Th. Leber, qui a rassemblé les divers cas observés, se trouva en présence d'un homme dont le côté gauche avait été labouré par la foudre ; il y avait cataracte double, et atrophie partielle du nerf optique gauche.

L'amaurose est ordinairement bilatérale ; dans les cas de Saemisch et de Leber, elle était unilatérale. Elle n'est pas toujours absolue ; ce peut être uae

AMBLYOPIES TRAUMÂTIQUES. 733

simple amblyopie. Dans certains cas, la vision s'est rétablie dans les quelques premiers jours ; d'autres fois l'amélioration s'est fait attendre plus longtemps, même pendant une année (Pétréquin). Dans le cas d'une amélioration prompte, la vision redevient ordinairement normale ; au cas contraire, la vision reprend, mais elle ne redevient pas normale; il persiste un rétrécissement du champ visuel. On trouvera dans ces cas une atrophie partielle du nerf optique.

On a signalé à diverses reprises une photophobie assez intense pendant que se produisait l'amélioration de l'amblyopie.

Les anciens auteurs admettaient que l'amblyopie pouvait être la conséquence de l'éblouissement occasionné par l'éclair. Cette explication semblait imposée par les cas d'amblyopies produites par la foudre tombant seulement dans le voisinage d'un individu. — Certes, des altérations rétiniennes peuvent résulter d'un éclairage intense. Mais il n*est pas du tout prouvé que tel soit le cas ici. D'abord cette hypothèse paraît inutile dans les cas où les individus ont été atteints de la foudre. L'éleciricité à forte tension produit à elle seule de graves désordres dans les tissus, notamment dans le tissu nerveux. Dans beaucoup de cas, l'amblyopie sera probablement un phénomène du même ordre que les anesthésies et les paralysies qu'on observe dans les mêmes circonstances : une paralysie du nerf optique par action directe de l'électricité à forte tension. L'action directe de l'électricité semble pouvoir expliquer aussi les amblyopies d'individus qui se trouvaient dans le voisinage de l'endroit touché de la foudre. Le voisinage immédiat de l'effluve électrique doit produire un déplacement momentané très intense des molécules électriques du corps animal. Aussi dans l'observation de Power, dans laquelle la foudre avait passé tout près des yeux, il y avait, outre l'amaurose^ û[iptosis et une paralysie du sphincter iridien.

L'amblyopie en question ayant les caractères de l'anesthésie rétinienne, ce sera le traitement recommandé contre celle-ci qu'il faudra instituer. Au début on pourra essayer de soustractions sanguines locales, du courant constant, et surtout de la strychnine à l'intérieur et en injections hypodermiques contre l'œil.

Bibliographie de V amblyopie chez les gens frappés de la foudre.

1781. Saint- Yves. Traité des maladies des yeux.

— SCHMUCKER. Cité par Leber.

1817. Beer (V.). Aiigenkrankfi., t. II, p. 448.

1839. PÉTRÉQUIN. Ann. d'OcuL, t. II, p. 212.

1845. Henrotay. Ibidem, t. XXVII, p. 71.

1849. Maclean. Cité in Cantatt's Jahresber., t. III, p. 131.

1850. Rivaud-Landreau. Un. méd.

1856. Stellwag. Erblindung durch einen Blilzstrahl. {Ophthalmologie, II, 1, p. 684. note GO).

734 NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES.

1864. Saemisch. Sehstor. in Folge eines Blitzschl. (Klin. Momtshl. f. Augenheilk., t. Il,

1865. Graefe (v.). Klin. Momtshl. f. Augenheilk.,t. III, p. 261.

1870. Power. Temporary complète loss of vision from expos, of the eyes to a flash of

lightning (St. George's Hosp. Rep., V, p. 322). 1876. Bbière. Neuro-rétinites par réverbération des éclairs, etc. {Gaz,, des hôp., n° 41). 1878. Reich. Ein Blitzschlaag, etc. (Klin. Monatsbl. f. Augenheilk.). 1880. Yvert. Traité pratique et clin, des blessures du globe de Vœil. Paris. 1882. Leber (Th.). Ueber Cataract u. sonst. Augenaffectionen durch Blitzschlaag {Arch /.

Op/î^., t. XXYIH, f. 3, p. 255).

HÉMÉRALOPIE.

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