‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 60 sur 327 · II. — RÉFRACTION DYNAMIQUE DE L'ŒIL · texte numérisé non relu

II. — RÉFRACTION DYNAMIQUE DE L'ŒIL

Accoinmoflation.

Nous avons jusqu'à présent considéré l'œil comme étant adapté à une seule distance, la distance de son punctum remotum. Aussitôt que le point lumineux se trouvait à une autre distance, il formait sur la rétine une image diffuse. Ainsi, en portant l'objet en deçà du punctum remotum, chaque point dont il se compose forme sur la rétine un cercle de diffusion, et, de l'ensemble de tous ces points, naît une image indistincte.

ACCOMMODATION. — DÉFINITJON. 135

Cependant l'observation de tous les jours nous montre que le même œil peut voir nettement à des distances très variées. Seulement, nous ne voyons pas simultanément d'une manière distincte un objet éloigné et un objet rapproché; nous voyons ou l'un ou l'autre. En nous approchant, par exemple, d'une fenêtre garnie d'un rideau en mousseline, nous pouvons voir tantôt les fils du rideau, tantôt les objets situés hors de la fenêtre, mais jamais les deux ensemble. Ou encore, si nous tenons le doigt entre notre œil et un livre, nous voyons nettement, tantôt le doigt et tantôt le texte du livre, mais jamais les deux à la fois.

11 en résulte que des images nettes doivent se former sur la couche sensible de la rétine pour des objets très différemment éloignés. Mais, en même temps, l'état de l'œil doit avoir changé, puisqu'il ne voit pas à courte distance lorsqu'il est adapté au loin, ni au loin lorsqu'il est adapté à des objets rapprochés.

Or nous savons qu'étant donné un système dioptrique quelconque, et un écran sur lequel celui-ci doit produire des images, comme l'appareil dioptrique de l'œil sur la rétine, l'image est nette seulement pour une seule et même distance de l'objet.

Si l'objet se rapproche du système, son image s'en écarte, et l'écran ne reçoit qu'une image diffuse. Pour obtenir une image nette, il faut que l'écran s'éloigne également du système dioptrique, ou bien que la force de ce système augmente suffisamment pour réunir les rayons sur l'écran, malgré le rapprochement de l'objet du système. Si donc le même œil voit un objet à 100 mètres aussi distinctement qu'un autre situé à 20 centimètres, il faut, ou que sa rétine puisse changer de place, ou que son système dioptrique puisse changer de force réfringente.

La première hypothèse n'est pas admissible. Il faudrait pour cela que l'œil pût faire varier sa longueur dans l'espace d'une fraction de seconde, et la faire varier considérablement. En effet, nous l'avons vu, pour s'adapter de l'infini à 75 millimètres, l'œil devrait s'allonger de 4 millimètres. Ce chiffre représente la différence de longueur entre un œil emmétrope et un œil myope par allongement de l'axe, dont le punctum remotum est situé à 75 millimètres (13, 3 D).

L'œil ne possède pas d'appareil capable de produire un tel changement de longueur. Il faut donc que le système dioptrique de l'œil varie, lorsque l'objet de fixation change de distance. Il faut que la force réfringente augmente, lorsque ce dernier se rapproche, diminue lorsqu'il s'éloigne. C'est, en effet, ce qui se produit.

On appelle accommodation la faculté que possède l'œil de donner à son appareil dioptrique la force nécessaire pour voir nettement des objets situés à des distances différentes. Cette accommodation est produite par un changement de convexité du cristallin.

Voici sur quelles expériences est basée l'explication du phénomène de r accommodation :

On sait que les miroirs convexes produisent des images diminuées et droites des objets situés en avant d'eux. Les miroirs concaves produisent des images renversées de ces mêmes objets. Ces images sont d'autant plus petites que la courbure des miroirs convexes ou concaves est plus forte, que son rayon est plus petit.

On peut s'en convaincre facilement à l'aide de quelques lentilles biconvexes de différentes courbures. La surface tournée vers l'observateur forme un miroir convexe, l'air contigu à la surface opposée forme un miroir concave. En tournant le dos à une fenêtre, on en voit immédiatement les deux images produites par les deux surfaces de chaque lentille, l'une droite, située en arrière de la lentille, due à la surface convexe, l'autre renversée, plus petite et plus rapprochée, due à la surface concave de l'air. Ces images sont d'autant plus petites que les lentilles qui les produisent sont plus fortes, c'est-à-dire que leurs surfaces sont plus courbes.

FiG. 64.

Or, lorsqu'on donne à un œil une direction déterminée, en lui faisant fixer un objet, et qu'on place à côté de lui une forte lumière, de telle sorte que la ligne menée de la lumière à l'œil forme un angle de 30 degrés environ avec la ligne visuelle, et qu'on regarde l'œil de l'autre côté, également sous un angle de 30 degrés avec la ligne visuelle, on voit apparaître dans la pupille trois petites images de la lumière, comme l'indique la figure 64, A. Ce sont les images de réflexion fournies par la cornée, la surface antérieure et la surface postérieure du cristallin, ou plutôt la surface antérieure du corps vitré qui est appliquée à la surface postérieure du cristallin (i).

L'image a, située le plus du côté de la flamme, est l'image fournie par la cornée. Elle est la plus lumineuse, parce que la diiférence d'indice de ré-

(1) Los figures 64 sont faites d'après celles de Donders (Anomalies, etc., p. 13, édit angl., p. 12, édit. allem.), mais rectifiées, les images a et 6 droites, c renversée.

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