‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 62 sur 327 · ACCOMMODATION. — PARTIE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

ACCOMMODATION. — PARTIE PHYSIQUE

premier, c'est parce que la surface correspondante est devenue plus convexe.

La troisième image (c) enfin ne semble pas changer de place; mais elle devient un peu plus petite. La surface postérieure du cristallin, si elle ne s'est pas déplacée, a donc un peu augmenté de courbure.

L'épaisseur du cristallin doit évidemment augmenter d'une quantité égale à l'avancement de sa surface antérieure lorsque, sous l'influence de l'adaptation à courte distance, ses surfaces augmentent de convexité.

Tous ces phénomènes sont plus faciles à observer lorsqu'au lieu d'une simple flamme dont les contours ne sont pas nets, on prend, comme objet, par exemple deux carrés lumineux. Ils sont découpés dans un écran couvert d'un verre dépoli et fortement éclairés par derrière au moyen du gaz ou delà lumière électrique. Les reflets des surfaces dioptriques de l'œil, dans le regard à distance et dans le regard de près, sont alors représentés par les figures 66, A et B, où les lettres ont encore la même signification que précédemment.

Chaque surface réfléchit deux images, correspondant aux deux objets, et la distance entre les deux images correspond à la grandeur de l'image réfléchie. Cette grandeur est facile à mesurer à l'aide de l'ophtlialmomètre.

FiG. 66.

A, état de repos. — B, état d'accommodation. — a, reflets cornéens, invariables; b, reflets de la surface antérieure du cristallin, plus petits, et par conséquent plus rapprochés l'un de l'autre pendant l'accommodation (B) et plus rappiocliés de ceux de la cornée; c, reflets de la surface postérieure du , cristallin, les moins lumineux conservant leur position pendant Faccommodation et devenant à peine un peu plus petits dans ce cas.

Lorsqu'un œil passe de la fixation de l'objet le plus éloigné à la fixation de l'objet le plus rapproché qu'il puisse voir nettement, il a évidemment fourni tout le changement d'adaptation optique, c'est-à-dire d'accommodation dont il est susceptible, et nous pouvons dire, en résumant ce que nous venons d'exposer :

L'accommodation de Vœil est produite par un changement de forme du cr istallin^ en vertu duquel la surface antérieure de ce dernier se porte en lavant et devient plus convexe, tandis que la surface postérieure augmente peu en convexité et ne change pas de place.

Aucune autre modification n'a été observée dans l'appareil dioptrique ni dans la longueur de l'œil ; et, d'autre part, Knapp (1) a prouvé, par des mensurations directes, que le changement de courbure que subit le cristallin suffit pour expliquer toute l'accommodation dont un œil est susceptible.

Rappelons encore les données numériques des changements qui se produisent dans l'appareil optique de l'œil pendant l'accommodation :

Dans un œil adapté à l'infini, le rayon de courbure de la surface antérieure du cristallin est de 10 millimètres, et celui de la surface postérieure du cristallin de 6 millimètres; la distance de la surface cornéenne à la surface antérieure du cristallin est de 3,6 millimètres, à la surface postérieure de 7,2 millimètres.

Lorsque l'œil est accommodé à 135 millimètres (5'% ces valeurs deviennent les suivantes :

Le rayon de la surface antérieure du cristallin devient égal à 6 millimètres, celui de la surface postérieure à 5,5 millimètres. La surface antérieure se rapproche de 0,4 millimètre de la cornée, la postérieure ne. change pas de place; l'épaisseur du cristallin augmente de 0,4 millimètre.

Historique, — L'histoire de l'accommodation est très intéressante à étudier. Elle constituerait à elle seule un véritable cours d'optique appliquée. Toutes les hypothèses ont été émises et discutées pour expliquer ce phénomène. On a étudié tout ce qui , dans la forme de l'œil, dans ses surfaces réfringentes et dans sa force dioptrique, pouvait varier et amener le résultat produit par l'accommodation. Le caractère de ce livre ne nous permet malheureusement pas de tenter cette curieuse excursion dans le temps passé; mais ceux de nos lecteurs qui s'y intéressent trouveront l'histoire des théories de l'accommodation traitée dans l'ouvrage de Helmholtz, p. 118 de l'original, 163 de l'édition française.

Nous nous bornons à indiquer le chemin parcouru depuis que nous connaissons l'explication véritable de ce phénomène, jusqu'à son développement complet.

Le premier qui attribua à un changement de forme du cristallin les variations de réfraction nécessaires pour adapter l'œil semble avoir été le père Scheiner (1619) (2). Ensuite vinrent Descartes (1637) (3), Pemberton (1719) (4), Camper (1746) (5), Hunter (1794) (6).

(1) Knapp, Arch. f. Ophth., VI, 2, p. 1-52, 1860.

(2) Chrislophorus Scheiner, Ocuius , hoc est : fundamentum opticum, etc. Oenipont (Innspruck), 1619.

(3) Cartesius, Dioptrice, Lugduni Batavorum (Leyde), 1637.

(4) Pemberton, De facultate oculi, etc. Lugduni Batavorum, 1719.

(5) Camper, Dissertatio physiol. de quibusdam oculi partibus, Lugd. Bat., 1746,

(6) Hunter, Philos. Transactions, 1794, p. 21.

Th. Young (1801) (1) n'avança pas seulement comme probable le changement de forme du cristallin, ainsi que ses devanciers; mais il apporta à l'appui de son opinion des preuves directes. Cependant ses expériences et sa théorie passèrent inaperçues.

Purkinje (2), Graefe (3), Th. Smith (4), Hucck (5), Stellwag de Carion(6), Forbes (7) se prononcèrent, sans connaître les travaux de Young, et sans apporter de preuves irréfutables, pour la même théorie.

Les reflets, qui devaient servir à élucider cette importante question, furent découverts, en 1823, par Purkinje, et Sanson(8) les employa pour diagnostiquer la cataracte (1837).

Mais ce n'est qu'en 1849 (9) que Max Langenbeck eut l'heureuse idée de se servir de ces reflets pour vérifier quels changements de forme se produisent dans les surfaces réfringentes de l'œil pendant l'accommodation. Bien qu'observant à l'œil nu et dans une direction très défavorable, il constata néanmoins les variations que subissent ces images catoptriques, et en tira la conclusion juste que la surface antérieure du cristallin augmente de courbure dans l'accommodation à courte distance.

Le travail de Langenbeck, peu connu des médecins et physiologistes du temps, fut cependant remarqué par Donders (10) et Cramer (11). Ce dernier entreprit de répéter les observations de Langenbeck, et trouva sous quel angle il faut regarder dans l'œil, pour apercevoir les reflets dans les conditions les plus favorables. Il construisit un instrument (phakoïdoscope), qui permet, par son grossissement, non seulement d'observer nettement, mais aussi de mesurer ces reflets. Le remarquable travail de Cramer ne laisse donc aucun doute sur la cause de l'accommodation.

En même temps, et indépendamment de Langenbeck et de Cramer, Helmholtz(12) trouva le même fait et ajouta, de plus, que la surface postérieure du cristallin est également modifiée, mais faiblement, ce qui avait échappé aux autres observateurs.

(1) Th. Young, Philos. Transactions, 1801, I, p. 53, et Philos. Transactions, 1805, vol. XCn,p. 23. — Miscellaneous Works of the late Th. Young ed. fty C. Peacock, vol. I, p. 12. (.ondon, 1855.

(2) Purkinje, Beobachtmigen und Versuche zur Physiologie der Sinne. Berlin, 1825.

(3) Graefe, Reii's Archiv f. Physiologie, IX, 231, 1801.

(4) Th. Smith, Philosophical Magazine, 1838, v. 3, n" 13.

(5) Hueck, Bewegung der Kristallinse. Leipzig, 1811

i6) Stellwag v. Carion, Zeitschrift der k. k. Gesellschaft der Aerzte in Wien, 1850, 3 et 1.

(7) Forbes, Comptes rendus, XX, 61, 18i5.

(8) Sanson, Leçons sur les maladies des yeux, publ. par Bardinot et Pigne. Paris, 1837,

(9) Max Langenbeck, Klinische Beitrœge aus dem Gebiete der Chirurgie und Ophthalmologie, Gœttingan. 1819.

(10) Donders, Nederl. Lancet, 2" série, D. V, p. 135 et 117.

(11) Cramer, Het Accomodatievermogen physiologisch toegelicht. Uaarlem, 1853.

(12) Helmholtz, Monatsberichte der Berliner Académie, février 1853, p. 137. Comparez encore : Donders, Anomalies of accommodation and réfraction, p. 10, et

Mauthner, Die oplischen Fehler des Auges, p. 28.

LANDOLT. — RÉFRACTION Eï ACCOMiMODATION.

Helmholtz construisit enfin son ophLha'lmomètre, à l'aide duquel les observations sur la forme et les variations de forme des surfaces dioptriques de l'œil sont devenues si précises.

On peut dire que la découverte de l'accommodation au moyen du cristallin est une des plus belles conquêtes de la physiologie de notre temps, et certainement une des théories les mieux établies ; car les savants n'ont pas seulement apporté des preuves claires et mathématiques à l'appui du fait qu'ils soutiennent, mais toutes les autres théories mises en avant pour expliquer l'accommodation, ont été facilement et complètement renversées. Elle forme ainsi le parfait complément de la doctrine de la réfraction de l'œil à l'état de repos (1).

Le fait que l'œil s'accommode à courte distance par une augmentation de courbure de son cristallin est incontestablement prouvé. Il s'agit maintenant de savoir comment se produit ce changement de forme. Pour résoudre ce problème, il faut d'abord nous rappeler l'anatomie topographique du cristallin, et observer ensuite attentivement tous les changements qu'on peut constater dans ces parties anatomiques, pendant que le cristallin modifie sa forme, c'est-à-dire pendant l'accommodation.

Anatoiiiic clp la région ciliairc fie l'tPil.

La partie du globe oculaire intéressée dans l'acte de l'accommodation est la région comprise entre la base de la cornée et l'ora serrata. C'est la région où le tissu de la sclérotique change de caractère, devient transparent, en un mot devient cornée, au niveau de cet espace veineux qu'on connaît sous le nom de canal de Schlemm(c. S., fig. 67).

En arrière, la zone choroï lieiine se distingue du bord antérieur de la choroïde par Yora serrata {O.S.) ou bord festonné, qui se trouve situé à environ 6 millimètres de la circonférence de la cornée. On appelle encore cette partie postérieure de la région, cercle ciliaire.

(1) M. J. Guériti a été un des derniers à combattre encore cette théorie. En 1875, il niait toute possibilité de ctiangement de courbure du cristallin et voulait expliquer l'accommodation par des contractions des muscles extrinsèques de l'œil. Les anomalies de réfraction sont également attribuables à des contractions des muscles moteurs de l'œil, la myopie est « le pied-bot de l'œil ». « Ce double déplacement des humeurs de l'œil » (par la rétraction d'un muscle) « les faisant voyager d'un côté à l'autre et obliquement d'avant en arrière ne peut exister sans rompre la régularité de l'axe oculaire, dont les deux extrémités, antérieure et postérieure, ne sont plus en rapport avec le centre des humeurs déplacées », etc.

C'est à la même occasion, c'est-à-dire pendant un débat sur l'accommodation qui occupa l'Académie durant plusieurs séances, que ce savant répondit à ceux qui défendaient les découvertes de Langenbeck et de tant d'antres que « le débat présente deux camps : d'un côté les oculistes et les opticiens, de l'autre côté les physiologistes et les chirurgiens. J'ai l'espoir de prouver que je puis me considérer comme le représentant de ces derniers. » (Bull, de F Académie de médecine, n°^ 35-48, 1875.)

ACCOMMODATION. — ANATOMIE. 143 En avant, cette zone acquiert une épaisseur plus considérable, se continue

FiG. 67.

Partie antérieure et partie ciliaire de l'oeil : C, cornée. — c. S, canal de Sr.hlemm. — 0. s, ora scirata, — l. p, ligament pectine. — e. F, espace de Fontma. — T, anneau tendineux. — m. fibres méridirnnes, — r, libres radiaires, — c, fibres circulaires du muscle ciliaire. — Z, zone de Zinn.

Les lignes pleines indiquent le cristallin, l'iris et lu corps ciliaire à l'état de repos ;Jes lignes pointillées, :i l'état d'accommodation.

avec l'iris et entre en connexion intime avecla sclérotique. On peut la considérer comme formée en cet endroit de deux anneaux concentriques : l'un interne, plissé, noir, qui répond par sa face interne au cristallin, décrit sous le nom de couronne ciliaire; l'autre externe, concentrique au premier, connu sons le nom de muscle ciliaire. La couronne ciliaire et le muscle ciliaire constituent, parleur réunion, le corps ciliaire, partie antérieure de la zone choroïdienne.

Au bord de la cliambre antérieure, c'est-à-dire dans l'angle compris entre la hase de l'iris et celle de la cornée, la membrane de Descemet se trouve convertie en un réseau de fines fibrilles élastiques qui sont en rapport direct et intime avec celles de la sclérotique, du muscle et corps ciliaires et de l'iris (1).

Les lacunes de ce tissu, qui s'anastomosent entre elles et qui communiquent directement avec la chambre antérieure, forment V espace de Fontana (e.F., fig. 67 et e., 68).

Quelques-unes de ces fibres se réfléchissent sur la face antérieure de l'iris, constituent le ligament pectine de ce diaphragme (^.p.) ; les autres pénètrent dans le muscle ciliaire ou se perdent dans les mailles du plexus vasculaire, connu sous le nom de canal de Schlemm (2).

A la jonction de la face postérieure de la cornée avec la sclérotique, entre lebord fibreux du canal de Schlemm, l'insertion de l'iris et la partie antérieure du corps ciliaire, se trouve un anneau tendineux décrit par Gerlach (T, iîg. 67) (3). A sa formation contribue le tissu conjonctif et élastique de toutes les parties qui s'y rencontrent. C'est cet anneau solide qui est l'origine tendineuse du muscle ciliaire.

Le muscle ciliaire forme un autre anneau extérieur à la couronne ciliaire. Il a la forme d'un faisceau triangulaire sur une section méridienne (fig. 67 et 68). Le côté le plus petit répond en avant au canal de Schlemm, et forme, avec le côté sclérotical extérieur, un angle droit dans l'œil normal. La face interne répond à la couronne ciliaire, et le sommet se dirige en arrière.

Les fibres du muscle ciliaire peuvent être divisées en trois parties. La couche la plus puissante (m, fig. 67 ; et fig. 68) est la plus rapprochée de la sclérotique. Elle se compose d'une couche épaisse de fibres à direction méridienne, et forme des lamelles parallèles à la sclérotique. Ces fibres musculaires vont, en arrière, jusque dans la choroïde. Elles se dissocient dans cette membrane, changent de direction, et se terminent surtout dans des lamelles conjonctives de la lamina fusca. Cette partie de la choroïde représente donc le tendon des fibres méridiennes du muscle ciliaire.

fl) Waldeyer, in Graefe et Sœmisch Handb., I, p. 226.

(2) Voy. à ce sujet KoUiker, Elém. d'hist. hum., 2* édit. française, sur la 5^ édit. ail mande, p. 837.

(3) Gerlach, Beitraeqe :iur normalen Anatomie des menschlichen Auges. Leipzig-, 1880.

La seconde partie (r , fig. 67 ; et g, fig. 68) de ce muscle contient des fibres moins intimement liées entre elles. Leur direction s'écarte de plus en plus

Muscle ciliaire d'après Ivvanoff (Graefc et Saemisch, l. c, I, p. 271) : a, cornée. — b, limbe cornéen. — c, sclérotique. — d, iris. — e, espace de Fontana. — f, partie méridienne du muscle ciliaire. — g, partie radiaire du muscle ciliaire. — h, partie annulaire, ou muscle circulaire de Muller, — i, tendon antérieur du muscle ciliaire. — k, tendon postérieur de la partie méridienne du muscle ciliaire.

du parallélisme avec la surface du globe oculaire, depuis celles qui sont les plus voisines des fibres méridiennes jusqu'à celles qui se rapprochent du

petit côté du triangle musculaire et qui se dirigent en rayonnant ^

FiG. 69.

Muscle ciliaire d'un œil fortement myope (d'après hvanoft).

du globe. Les fibres de cette autre partie du muscle se terminent donc la paroi postérieure du corps ciliaire.

FiG. 70.

iscle ciliaire d'un œil fortement hypermétrope (d'après Iwanoff).

La troisième partie du muscle ciliaire est représentée par le muscle annulaire de Mûller (c, fig. 67 ; et h, fig. 68). Ce sont des fibres circulaires, qui forment un anneau parallèle à la base de la cornée, et dont on voit par conséquent une coupe dans nos dessins. Elles correspondent au côté le plus court du triangle que forme la section du muscle ciliaire, et donnent à l'angle sclérotico-ciliaire du muscle une forme d'autant moins aiguë qu'elles sont plus nombreuses.

Cette partie du muscle ciliaire est la plus variable. Iwanoff, auquel nous empruntons en partie cette description, a constaté que, dans certains yeux myopes, les fibres circulaires peuvent faire entièrement défaut (fig. 69). L'angle sclérotico-ciliaire devient alors un angle aigu (I), et cela d'autant

les plus prononcés, les fibres radiaires ont également diminué. Celte particularité serait, suivant l'auteur, caractérislique de la myopie axile.

L'autre extrême est représenté par des yeux où les fibres circulaires sont tellement développées qu'elles forment un tiers du muscle ciliaire. L'angle sclérotico-ciliaire devient alors un angle obtus (fig. 70) (:2). C'est, suivant Iwanoff, dans les yeux hypermétropes qu'on rencontre surtout cette forme du muscle ciliaire.

Tout le muscle ciliaire est compris, comme nous l'avons dit, dans le corps ciliaire. La partie interne de celui-ci est formée par les procès ciliaires. Au nombre de soixante-dix-huit environ, ils forment comme une couronne de plis rayonnés, dirigés en avant vers l'axe de l'œil (Pc, fig. 71).

C'est dans l'anneau formé par le corps ciliaire que se trouve suspendu le cristallin. Il est maintenu en place par la zone de Zinn.

La zone de Zinn n'est pas une membrane, comme on l'a écrit quelquefois, mais une agglomération de fibres de nature conjonctive. Elles prennent en partie leur origine au niveau de l'ora serrata, de la partie ciliaire de la rétine, plus particulièrement de sa membrane limitante interne (Merkel et Gerlach).

La plupart des fibres de la zone de Zinn proviennent cependant des espaces compris entre les procès ciliaires, et quelques-unes, des procès ciliaires eux-mêmes (fig. 67). Ces fibres de la zone de Zinn, situées le plus en avant, se dirigent directement sur la face antérieure du cristallin. Les plus courtes ont toutes une direction méridienne, et s'attachent aux deux surfaces du cristallin, où elles se confondent avec la capsule (fig. 72).

(1) Iwanoff in Graefe und Sœmisch, Handbuch, etc., I, p. 276.

(2) Iwanoff, loc. cit., p. 278.

plus que, dans les cas

Pc Os FiG. 71.

Section cqnatoriale du globe oculaire de l'homme; partie antérieure, vue de d'arrière — Pc, procès ciliaires formant la couronne ciliaire. — Os, ora serrata (d'après Merkel, Graefe et Sœmisch, Handb., VIII, p. 2H).

Mais, à l'exception des fibres les plus antérieures, qui se portent en droite ligne vers la face antérieure, et des plus postérieures qui se rendent directement à la surface postérieure du cristallin, elles se croisent de telle sorte que

FiG. 72.

Insertion de a zone de Zinn au cristallin, vue de face. Le pigment des procès ciliaires non détache's est resté adhérent à la partie non plissée (a) de U zone de Zinn. Les fibres de la partie plissée (b) se dirigent vers l'équateur du cristal in, où elles s'insèrent en faisceau à la capsule antérieure et postérieure c. (Arnold, in Graefe et Ssemisch, loc. cit., I, p. 307.)

celles qui viennent d'en arrière s'attachent à la surface antérieure, celles qui viennent d'en avant, à la surface postérieure du cristallin.

[1 n'existe donc pas de canal circulaire autour de l'équateur du cristallin (canal de Petit), comme ce serait le cas, si la zone de Zinn était représentée par deux membranes correspondant aux deux surfaces du cristallin. Il n'y a que des lacunes laissées libres entre les fibres, qui se croisent plus ou moins

haut. C'est à peine si l'on peut parler d'un espace de Petit, comme d'un espace de Fontana, à la base de la chambre antérieure (fig. 67).

L'insertion des fibres de la zone de Zinn à la face antérieure du cristallin se trouve à 3 millimètres environ de l'axe, et forme un cercle dentelé. Cette dentelure provient de ce que l'insertion se fait par faisceaux de fibres qui laissent libres entre eux de très tins interstices (fig. 72). C'est ainsi que s'explique la communication que Schwalbe et d'autres auteurs ont constatée entre la chambre antérieure et l'espace de Petit. Ce sont çà et là les lacunes entre les fibres zonulaires qui communiquent entre elles.

L'insertion de la zone de Zinn à la capsule postérieure semble être située un peu plus périphériquement (1). La réunion de la zone de Zinn avec la capsule du cristallin est une véritable fusion, le tissu des fibres zonulaires ayant les mêmes propriétés histochimiques que celui des membranes homogènes.

Nous n'avons pas besoin de rappeler la structure du cristallin, composé de fibres plates réunies entre elles par la dentelure de leurs bords, et allant d'une face à l'autre en se courbant fortement à l'équateur. La figure 73, empruntée à un travail de M. Arnold, représente le cristallin d'un nouveau-né vu de côté, la face antérieure à gauche, la postérieure à droite. La figure 74 montre la surface postérieure du cristallin d'un adulte, suivant le même auteur (2).

Le cristallin à l'état normal est compressible, élastique, capable de se bomber ou de s'aplatir plus ou moins. Dans l'intérieur de l'œil vivant, c'est à l'état de repos que le cristallin a sa forme la moins convexe, parce qu'il est soumis à la traction de la zone de Zinn, qui l'aplatit. Lorsqu'il est sorti de l'œil, ou seulement délivré de l'influence de la zonule, comme cela arrive par la rupture de cette dernière et la luxation du cristallin, il s'abandonne à son élasticité et prend la forme la plus convexe.

(1) Gerlach, loc. cit., p. 55-68.

(2) Graefe et Ssemisch, loc. cit., l, p. 299, fig. 9.

Fig. 73.

FiG. 74.

Mécanisme de raccommodation.

Après avoir trouvé le principe de l'accommodation, Helmlioltz conçut une théorie des plus ingénieuses sur son mécanisme, ef l'exposa, en 1807, dans son ouvrage classique iVOptique physiologique. Elle est basée essentiellement sur l'élasticité du cristallin. L'éminent physiologiste pense que ce qui se produit à l'état pathologique, lorsque le cristallin est soustrait à l'action de la zone de Zinn, se fait à l'état normal par un relâchement de ce ligament suspenseur et tenseur du cristallin. Ce relâchement de la zone de Zinn se produirait, suivant Helmholtz, grâce à la contraction du muscle ciliaire, dont l'origine fixe se trouve à la base de la cornée (ligament tendineux de Gerlach). C'est vers ce point qu'il attire le corps ciliaire. L'origine de la zone de Zinn se trouverait donc avancée, et la traction qu'elle exerce, relâchée. Le cristallin, abandonné à son élasticité, deviendrait d'autant plus bombé que la contraction du muscle ciliaire est plus forte, la zone de Zinn plus avancée et plus relâchée (1).

Sa théorie a été depuis confirmée surtout par les expériences de Henseii et Voelckers et de Goccius.

Hensen et Voelckers (2) ont opéré sur le chien, sur le chat, le singe et un œil humain fraîchement énucléé. Le globe oculaire fut mis à nu à son côté externe, afin de pouvoir atteindre, sur l'animal vivant, le ganglion ophthalmi(iue. Les nerfs ciliaires venant de ce ganglion furent excités par un courant électrique.

Voici, en résumé, ce que les deux savants ont observé, comme effet de l'excitation des nerfs ciliaires: La pupille se resserre énergiquement ; le bord périphérique de l'iris se rétracte, tandis que la partie pupillaire se bombe.

Le muscle ciliaire se contracte et attire la choroïde vers le bord cornéen, qui forme donc son origine fixe.

Celte importante observation fut faite, d'une part, à l'aide d'une fenêtre taillée dans la partie périphérique de la cornée et de la sclérotique, au niveau du muscle ciliaire. On voyait ainsi directement la contraction du muscle et l'avancement de la choroïde. D'autre part, des épingles introduites perpendiculairement dans différentes parties de la choroïde indiquaient, par le mouvement de bascule de leur extrémité libre, que cette membrane est attirée dans son ensemble vers la partie antérieure du globe, sous l'influence de la contraction du muscle ciliaire.

(1) Helmlioltz, Optique physiologique, t^, 110 de l'original, p. 150 de la traduction française.

(2) Hengn et Voelckers, Experimentalimtersuchung iiber den Meehanismus der Accommodation, Kiel, 1868, et Arcfi. f. Ophth., XIX, 1, 1873.

En n'excitant qu'un seul nerf ciliaire, la contraction de l'iris et du muscle ciliaire et l'avancement de la choroïde ne s'opèrent que sur une partie isolée, et la pupille affecte la forme d'une poire, dont la pointe est dirigée du côté du nerf excité.

Les changements de forme du cristallin produits par l'excitation des nerfs ciliaires ont été les mêmes que ceux signalés par Langenbeck, Cramer et Helmhollz, comme cause de l'accommodation. Hensen et Voelckers ajoutèrent seulement aux variations des images de réflexion des surfaces cristalliniennes d'autres preuves concluantes à l'appui de l'augmentation de courbure de cet organe :

Ils introduisirent, à travers la sclérotique et la cornée, des aiguilles dont une extrémité touchait la surface antérieure ou postérieure du cristallin.

En électrisant le muscle ciliaire, l'extrémité libre de l'aiguille antérieure se portait en arrière, celle de l'aiguille postérieure, en avant. Cela prouve évidemment que les deux surfaces du cristallin augmentent de courbure pendant l'accommodation. L'augmentation de convexité était plus forte pour la surface antérieure que pour la postérieure ; cette dernière était cependant assez prononcée pour pouvoir être observée directement à travers l'ouverture pratiquée dans la sclérotique.

L'équateur du cristallin n étant pas accessible à l'examen direct, c'étaient encore des aiguilles qu'on y avait implantées qui indiquaient qu'il avance sous l'influence de la contraction du muscle ciliaire.

La rétine accompagne la choroïde dans ses mouvements, ce dont on peut se convaincre par l'observation de ses vaisseaux. Ces mouvements de la rétine, sous l'influence de l'accommodation, semblent prouvés également par le phosphène d'accommodation, phénomène observé par Purkinje et Czermak : Lorsque, dans un espace obscur, on relâche brusquement son accommodation, on remarque l'apparition d'un cercle lumineux à la périphérie du champ visuel. Cette sensation de lumière entoptique doit être attribuée à une irritation des parties périphériques de la rétine. Les expériences de Hensen et Voelckers pourraient bien en expliquer le mode de production : au moment où la traction du muscle ciliaire cesse (relâchement de l'accommodation), la zone de Zinn se tend de nouveau promptement, tandis que le cristallin ne suit que lentement la traction que celleci exerce sur lui. De cette façon, le bord de la rétine, intimement uni à la zone choroïdienne, se trouve tiraillé par le relâchement brusque de l'accommodation, jusqu'à ce que le cristallin ait repris sa forme aplatie.

Le mouvement de la choroïde, que les deux savants ont constaté, est du plus haut intérêt pratique. On comprend, en effet, quelle influence fâcheuse l'accommodation doit avoir dans les affections des membranes profondes de l'œil. Nous la verrons surtout dans la production et l'augmentation de la myopie, qui est presque toujours attribuable à une inflammation chronique

de la choroïde (1). D'autre part, ces expériences rendent compte de l'action favorable, calmante, qu'exerce l'atropine dans ces affections, par la paralysie du muscle ciliaire et l'immobilisation de ces membranes.

La zone de Zinn fut examinée d'une façon analogue, c'est-à-dire à l'aide d'un fil de verre introduit à travers la sclérotique et la cornée, et appliqué contre elle. L'extrémité libre de ce fil faisait des excursions en arrière chaque fois que les nerfs ciliaires étaient excités. Cela prouve que la zonule est attirée en avant par la contraction du muscle ciliaire.

Quant aux procès ciliaires, ils n'étaient pas nettement visibles à travers l'ouverture de la sclérotique, et c'est plutôt indirectement que les deux observateurs concluent à leur avancement pendant l'accommodation.

Cette lacune a été d'ailleurs largement comblée par les expériences de Coccius. Ses observations, ayant été faites d'une façon tout à fait différente de celles de Hensen et Voelckers, les complètent admirablement. Coccius observa des yeux sur lesquels une iridectomie large et péri-

1 phérique avait été pratiquée. Par cette ouverture, il put examiner directement les procès ciliaires, la zone de Zinn et l'équateur du cristallin. Pour rendre l'observation plus exacte, Coccius se servit, d'une part, d'un microscope muni d'un miroir ophthalmoscopique, d'autre part, d'un ophthalmoscope binoculaire avec éclairage oblique.

' La lumière et l'instrument étant bien dirigés, il fit fixera la personne d'abord un objet très éloigné, puis il provoqua un effort d'accommodation

i en rapprochant l'objet.

I Notre figure schématique 75 représente les phénomènes que Coccius a , pu observer lorsque l'œil passait de l'état de repos (R) à celui d'accommodation (A). Nous l'avons soumise à l'appréciation de l'auteur, qui a bien voulu nous fournir de plus amples détails et nous communiquer, par j lettre, que les faits par lui publiés il y a plusieurs années se sont j confirmés en tous points par ses observations ultérieures. En voici les j résultats :

Pendant l'accommodation, les procès ciliaires {pp, fig. 75) avancent et se gonflent. Ce gonflement est dû probablement à la compression des veines, conséquence de la contraction du muscle ciliaire ; l'avancement, à la traction qu'il exerce sur le corps ciliaire.

La zone de Ziun se porte en avant ; l'espace compris entre l'équateur du cristallin et la périphérie de la zonule s'élargit (CJ et C'J')-

Le bord équalorial du cristallin CC et C'C devient plus large, fait qui avait aussi été signalé par G. Becker.

La zonule se présente, à l'observateur, sous la forme d'une série de bandelettes rayonnantes, alternativement claires {a) et obscures {h). Les premières, c'est-à-dire les claires, correspondent aux fibres de la zonule qui

(1) Landolt, De la myopie {Revue internat, des sciences, déc. 1879, et R. London Ophth. Hosp. Rep.,déc. 1879).

sont situées le plus en avant, et, par conséquent, exposées à la lumière de l'éclairage oblique ; les obscures, aux plis rentrants de la zonule, qui ne sont pas éclairés.

Les plis de la zonule ne sont pas en rapport direct avec les procès ciliaires. Ces derniers sont entièrement libres dans l'humeur aqueuse de la chambre postérieure; ils sont, en outre, moins nombreux que les plis de la zonule.

Lorsque l'œil exécute un effort d'accommodation, les bandelettes formées

KiG. 75. — Représentation sciiématique des changements observés parCoccius clans l'œil pendant l'accommodation.

Moitié gauche (R) état de repos, — Moitié droite (A) état d'accommodation. — PP et P'P', bord pnpil- Jaire. — PJ et P'J', bord de l'iridectomie. — ce et c'c', équateur du cristallin. — p, procès ciliaires. — a, partie avancée de la zone de Zinn (éclairée). — b, pli rentrant de la zone de Zinn (dans l'ombre).

par la zone de Zinn deviennent plus longues (C'J'), parce que le cristallin diminue dans ses diamètres équatoriaux, et les stries foncées (b) deviennent plus larges.

Le changement de forme que subit l'équateur du cristallin, se manifeste par l'élargissement du cercle foncé qui caractérise son bord (C'C), et qui est dû à la réflexion totale de la lumière. L'équateur du cristallin reste toujours éloigné des procès ciliaires, et cela d'autant plus que l'accommodation est plus forte. Il ne saurait donc être question d'une compression exercée par les procès ciliaires sur les bords du cristallin. Mais Coccius pense que les procès ciliaires, par leur avancement et l'augmentation de leur

volume, pressent sur la partie antérieure du corps vitré qui, à son tour, pourrait comprimer l'équateur du cristallin et contribuer au changement de forme de celui-ci.

ïl y a encore un changement qui se produit dans l'œil sous l'influence de l'accommodation, et qui est plus facile à percevoir que les phénomènes que nous venons de décrire : la pupille se conU^acte pendant l'accommodation (P'P', fig. 75), se dilate quand celle-ci se relâche (PP).

Si nous n'avons pas parlé de ce phénomène, connu depuis longtemps, c'est que, contrairement à ce qu'on avait supposé autrefois, l'iris ne joue qu'un rôle très secondaire dans l'accommodation.

La preuve en est que la faculté de l'adaptation optique cesse entièrement, lorsque le cristallin est éloigné de l'œil ou soustrait à l'influence du muscle ciliaire. D'autre part, elle existe même dans des cas d'absence complète de l'iris (de Graele).

On pourrait supposer que les variations du diamètre de la pupille, tout en ne prenant pas une part directe à l'accommodation proprement dite, ont néanmoins leur utilité en modifiant l'intensité lumineuse de l'image rétinienne proportionnellement à la distance de l'objet fixé. Mais les calculs d'Olbers (1) prouvent que, lorsque l'objet se rapproche de 756 à 108 millimètres, la contraction pupillaire fait diminuer l'intensité lumineuse dans la proportion de 37,3 à 17,5, alors qu'elle n'augmenterait quede 1,012 à 1,073 si la pupille restait immobile.

Donders (2) a observé d'ailleurs que la contraction de la pupille n'est pas absolument synchrone avec l'accommodation, mais qu'elle se produit un peu après celle-ci.

L'expérience prouve que la production de l'accommodation exige un peu plus de temps que son relâchement. Ainsi Vierordt (3) trouve que le changement d'adaptation de 18 mètres à 0,1 mètre exige 1,18 seconde, tandis que le relâchement correspondant ne demande que 0,87 seconde. Aeby (4) a compté 2 secondes pour porter sa vision de 430 à 115 millimètres et seulement 1,2 seconde pour produire le changement inverse.

Toutes les expériences et toutes les observations confirment la théorie de Helmholtz sur le mécanisme de Taccommodation, que nous répétons ici :

La contraction du muscle ciliaire fait avancer la zone de Zinn et diminue ainsi la traction que celle-ci exerce sur le cristallin. Ce dernier, abandonné à lui-même, prend la forme naturelle qui lui est assignée par Vélasticité de ses fibres, et devient plus convexe, surtout à sa surface antérieure.

(1) Olbers, De mutationihus oculi mternis. Diss. inauguralis. Gôttingen, 1780.

(2) Donders, Pupilbeiueging bij Accommodatie. Arch. v. Genees- en Natuurk., II.

(3) Vierordt, Arch. f. pliijsiol. Heilk. N. F. I., p. 17, 1857.

(4) Aeby, Zeitschrift f. rat. Medicin., N. F. Xi, p. 300, 1861.

Lorsque Vinnervation cesse, le muscle ciliaire est relâché; les procès ciliaires se retirent et tendent la zonule qui, à son tour, aplatit le cristallin, en exerçant sur lui une traction dans la direction de son équateur.

Les nerfs de l'accommodation, c'est-à-dire du muscle ciliaire, se trouvent renfermés dans la troisième paire (moteur oculaire commun), qui contient en même temps les fibres qui se rendent au sphincter de la pupille. Leur origine semble, suivant Hensen et Voelckers (1), être située dans le plancher du quatrième ventricule.

L'excitation de la i^diViie antérieure de ce dernier i^rodmiV accommodation; celle d'une partie située plus en arrière, la contraction de la pupille, et, lorsqu'on excite la partie où le quatrième ventricule entre dans V aqueduc d Sylvius, on provoque la contraction du muscle droit interne.

Les fibres qui dilatent la pupille proviennent, comme on sait, de la partie cervicale du grand sympathique. Suivant Hensen et Voelckers, toutes ces fibres ne traversent pas le ganglion ophthalmique.

Mesure de l'accommodation. — Amplitude d'accommodation.

L'accommodation est due à un effort musculaire, ensuite duquel la force réfringente de l'œil augmente.

A l'état de repos, le système dioptrique de l'œil présente sonminimum de force réfringente ; l'œil est adapté au point le plus éloigné qu'il puisse distinguer nettement, à son punctum remotum.

Pendant ï accommodation maximale, au contraire, le système dioptrique a acquis le maximum de force réfringente dont il est susceptible, et l'œil est adapté au point le plus rapproché qu'il puisse voir nettement, à son punctum proximum.

La totalité de V accommodation qu'un œil puisse mettre en jeu, V amplitude d' accommodation, est donc représentée par la différence entre la réfraction de l'œil à l'état de repos et la réfraction pendant l'effort maximum d'accommodation.

Nous avons vu que la réfraction de l'œil est inversement proportionnelle à la distance de l'objet qu'il voit nettement. Elle doit être d'autant plus forte pour réunir sur la rétine les rayons qui proviennent de l'objet, que la distance qui sépare celui-ci de l'œil est plus petite.

Si nous appelons R la distance du punctum remotum à l'œil, la réfraction à Yétat de repos est :

C'est la réfraction statique de l'œil, que nous désignerons dorénavant parr.

(l) Hensen et Voelckers, Arch. f. Ophth., XXIV, I.

Si P est la distance du punctum proximum, la réfraction à l'élat du maximum d'accommodation est:

La différence entre les deux, Vamplitude d'accommodation , est donc :

^ i F' ~" ïï

ou

Or l'accommodation a le même effet qu'une lentille convexe qu'on aurait ajoutée à l'œil. Supposons un œil dépourvu d'accommodation : il est adapté à son purxtum remotum R (fig. 76), et ne pourra pas voir nettement à plus courte distance, par exemple, à la distance du point P. Les rayons

FiG. 76.

qui émanent de ce point sont trop divergents pour être réunis sur la rétine de cet œil. Pour rendre possible la vue à la distance P, il faut diminuer la divergence des rayons émanés de P, et leur donner une direction telle qu'ils semblent provenir du point R, pour lequel l'œil est adapté.

Ou encore, ce qui revient au même, il faut augmenter la force réfringente de l'œil d'une quantité telle qu'il puisse faire converger sur la rétine des rayons divergeant d'un point plus rapproché que du punctum remotum. On obtient cet effet en ajoutant à l'œil une lentille convexe, qui diminue la divergence des rayons émanés de P juste assez pour qu'ils semblent provenir de JR, ou, en d'autres termes, qui comble le déficit de force réfringente de l'œil.

Si P est le punctum proximum de l'œil, la lentille qui lui rend possible la vision à la distance HP a donc le même effet que l'accommodation, et rien n'est plus naturel que d'exprimer l'amplitude d'accommodation par la lentille qui en est l'équivalent.

L'analogie entre l'accommodation et une lentille convexe est d'autant plus complète qu'on peut considérer l'augmentation de courbure du

cristallin pendant cet acte comme un ménisque convexe qui serait venu s'ajouter au cristallin en repos , et appliqué à sa surface antérieure (fig. 67).

Il est vrai que, pour être tout à fait comparable à Tamplitude d'accommodation, la lentille devrait être placée dans l'œil même. Cependant, nous ne commettons pas une grande erreur en l'appliquant tout à fait contre la cornée, de sorte qu'elle peut être considérée comme ne formant qu'un tout avec le système dioptrique de l'œil. Nous comptons alors sa distance focale à partir de la cornée (plus exactement, du premier point principal H' de l'œil), comme nous l'avons fait pour la réfraction à l'état de repos (p. 120).

Étant assimilable à une lentille, l'amplitude d'accommodation peut donc être exprimée, comme une lentille, soit par l'inverse de sa distance focale, soit en unités de réfraction, en dioptries, si la distance focale est mesurée par le mètre.

Appelons A la distance focale de la lentille, dont l'effet est égal à l'amplitude d'accommodation, et nous aurons pour cette dernière la formule suivante :

C'est la forme que Donders a donnée à l'expression de l'amplitude d'accommodation (2).

Les trois termes de cette formule représentent donc des lentilles : ^ est la lentille qui correspond à l'état de repos de l'œil lorsqu'il est adapté à son punctum remotum, ^ la lentille qui lui correspond pendant qu'il fixe son punctum proximum, et - la lentille qu'il faut ajouter à la première pour obtenir la dernière, la lentille qui change l'adaptation au punctum remotum en adaptation au punctum proximum, la totalité du changement de réfraction dont l'œil est susceptible, l'amplitude d'accommodatiou.

Les valeurs A, P et R sont des valeurs linéaires, que nous pouvons exprimer en millimètres, en centimètres ou en mètres. Si nous les mesurons par

(1) Ceux de nos lecteurs qui ont lu le premier chapitre voient tout de suite que cette formule est identique à celle des foyers conjugués des lentilles (15 6, p. 46, et 15 c, p. 59). Le punctum remotum el le punctum proximum sont, en effet, des foyers conjugués. Dans l'exemple choisi

(myopie), la lentille - ne fait pas converger les rayons émanés du punctum proximum P

vers le punctum remotum B ; mais elle donne aux rayons émanés de P la même direction que s'ils provenaient de R, ce qui, en principe, revient au même. Seulement, dans ce cas, les deux foyers conjugués se trouvent du même côté de la lentille, et c'est pour cela que le troisième terme de l'équation porte le signe — . Dans l'hypermétropie, au contraire, nous trouverons P el R le plus souvent aux côtés opposés du système et les trois membres de l'équation positifs.

(2) Donders, Anomalies, etc., p. 28, édition anglaise; p. 25, édition allemande.

I mètres, nous obtenons la valeur des lentilles exprimée en dioptries (p. 70 et 73). Nous avons alors pour Vamplitude de V accommodation la formule :

1 où « = nombre de dioptries que représente l'amplitude d'accommodation ; j p = nombre de dioptries que représente l'œil adapté à son punctum I proximum ;

j r = nombre de dioptries que représente l'œil à l'état de repos. Prenons un exemple :

I Un œil à l'état de repos voit nettement à 50 centimètres, en d'autres I termes, son punctum remotum (R, fig. 76) se trouve à 50 centimètres, la I distance R est égale à 50 centimètres. En mettant en jeu tout son pouvoir accommodateur, il peut encore distinguer nettement des objets fins situés à 9 centimètres : c'est là que se trouve son punctum proximum, P. P est donc = 9<^n\

L'amplitude d'accommodation équivaut, chez notre sujet, à une lentille - = ~ — ^— z:=: . Ces 40,97cm représentent la distance locale (A) de la lentille qui exprime l'amplitude d'accommodation.

En notant nos distances au moyen du mètre, nous obtenons, pour O^'ïi = ^1^, donc p = 11,1 D, et pour 50 ' = ^, r = 2 D, donc a = 11,1

j — 2 = 9,11 dioptries.

En effet, un œil qui, à l'état de repos, est adapté à — est un œil qui a une

myopie de 2D; et si, avec son maximum d'accommodation, il est adapté à 1 9 centimètres, il représente 11,1 dioptries de réfraction positive. La différence de force réfringente entre les deux est l'amplitude d'accommodation. On peut alors se servir de la forme que nous avons donnée à la formule de I Donders, a = p — r, où a^ p et r représentent des dioptries.

Amplitude d'accommodation du myope. — Supposons qu'un myope de 3 dioptries voie nettement jusqu'à 111 millimètres, c'est-à-dire à quelle est son amplitude d'accommodation?

A l'état de repos, sa réfraction est représentée par r = 3 D ; à l'état du maximum d'accommodation, parp = 9 D.

Nous avons donc :

Inversement : Quel est le degré de myopie d'un œil qui, avec une amplitude d'accommodation de 4 dioptries, voit jusqu'à 5 centimètres? 5 centi-

(1) Landolt, L'introduction du système métrique dans VOpkthalmologie, 1876, et cet ouvrage, I, p. QQH.

mètres correspondent à 2l) D. Nous pouvons donc poser la question ainsi : quelle a dû être la réfraction (r) de Toeil à l'état de repos, si, en y ajoutant 4Dpar l'effort maximum d'accommodation, elle est devenue = 20 D? — Elle a été moindre de 4 dioptries : r = 20 — 4 = 16D. Nous y arrivons aussi par notre formule r = p — a, ou encore par la 1 i 1

formule classique : - = - — La distance focale A de la lentille qui

correspond à une amplitude d'accommodation de 4 dioptries est égale à 25 centimètres.

Nous mettrons donc :

En exécutant le calcul : g^^, nous obtenons en effet 16 dioptries.

La distance A de la formule pour racconimodation n'a pas de signification directe. Elle ne représente que l'inverse de la force réfringente qui équivaut à l'accommodation; mais il ne faudrait pas la confondre, par exemple, avec la distance qui sépare le punctum remotum du punctum proximum. Cette dernière distance, RP, dans notre figure 76, qu'on peut appeler Vespace d'accommodation, représente l'étendue que l'œil domine, dans lequel l'œil peut distinguer nettement, depuis l'état de repos jusqu'à son effort maximum d'accommodation. Mais cette distance elle-même ne donne pas encore une idée juste de la force accommodatrice de l'œil. Ainsi, un emmétrope qui, de l'infini, voit jusqu'à 25 centimètres, a un espace d'accommodation énorme, puisque son punctum remotum R est situé à rinfini. Son amplitude d'accommodation, par contre, n'est que a=p — r, oùp = Ad; r = 0, donc a = A dioptries. Un myope de 6D, dont le punctum remotum est situé à 16 centimètres, et qui voit jusqu'à 5 centimètres, en mettant en jeu toute son accommodation, ne domine que 16 — 5 = 11 centimètres; mais son amplitude d'accommodation est a = 20 — 6 = 14 D, donc beaucoup plus grande que celle de notre emmétrope. Il faut plus de force réfringente pour faire varier l'adaptation de 16 à 5 centimètres que de l'infini à 25 centimètres.

Amplitude d'accommodation de V emmétrope. — Lorsque l'œil est emmétrope, son punctum remotum est situé à l'infini, R = oo, et la lentille par laquelle on peut exprimer la réfraction de l'œil à l'état de repos devient

Nous avons donc pour V amplitude d'accommodation chez Vemmétrope :

ou

L'amplitude d'accommodation est donc, dans ce cas, égale à la réfraction que présente l'œil lorsqu'il est adapté à son punctum proximum.

Nous pouvons exprimer la même chose encore autrement.

Le punctum remotum de l'emmétrope étant situé à l'infini, la lentille qui remplace l'accommodation en adaptant l'œil à son punctum proximum, doit donner aux rayons qui proviennent du punctum proximum une direction parallèle, comme s'ils provenaient de l'infini. Ceci n'est possible que lorsque le foyer de la lentille et le punctum proximum coïncident. La distance focale A de la lentille qui représente l'amplitude d'accommodation et la distance P du punctum proximum sont donc égales dans ce cas : A = P, et, par conséquent, la force réfringente de la lentille (p), qui représente l'œil lorsqu'il est adapté à son punctum proximum, est égale à l'amplitude d'accommodation : a = p.

Prenons un exemple :

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