‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 96 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (HYPERMÉTROPIE TYPIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (HYPERMÉTROPIE TYPIQUE

normal, ou affecté d'une hypermétropie modérée, et l'amplitude d'accommodation, en pareil cas, est généralement restreinte; si bien que cette fonction est presque toujours insuffisante pour corriger les images rétiniennes imparfaites, produites sur la rétine par un appareil dioptrique insuffisant.

Ce serait là déjà, en somme, une explication suffisante de l'inaptitude des yeux fortement hypermétropes à une vision soutenue. Il en faut cependant chercher la cause principale dans l'infériorité de l'appareil nerveux, qui participe également de la formation incomplète de l'œil. Malgré la correction la plus parfaite du vice de réfraction, non seulement l'acuité visuelle est réduite d'une façon souvent considérable, mais les yeux sont incapables de fonctionner pendant un certain temps, sans éprouver aussitôt une sensation de fatigue, qui les force à interrompre leur travail. On dirait que la provision de substance nerveuse nécessaire à une vision prolongée est plus faible que chez d'autres et qu'elle s'épuise avec plus de rapidité.

L'ophthalmoscope donne d'ailleurs souvent des indices très accusés des imperfections de l'appareil nerveux. La papille se présente sous la forme d'un disque tantôt d'une pâleur anormale, tantôt au contraire d'une coloration foncée, qui tranche à peine sur les environs. Ses limites manquent de netteté et sont souvent irrégulières.

Ce qui caractérise surtout les degrés élevés d'hypermétropie, et nous autorise à en faire un groupe à part, c'est la façon particulière dont s'accomplit leur vision.

La vision des hypermétropes est variable suivant le degré de leur défaut de réfraction. Nous nous rappelons que celle-ci ne diffère pas beaucoup de la normale dans les degrés faibles, qu'avec l'âge seulement survient la nécessité d'éloigner le livre, ou de recourir à des verres convexes, tandis que la vue est encore longtemps parfaite à distance. Nous avons vu que, dans les degrés moyens, la tendance caractéristique à éloigner l'objet de fixation, ou l'asthénopie qui résulte de l'insuffisance de la réfraction dynamique par rapport à la réfraction statique, sont plus marquées encore, à moins que l'hypermétrope ne renonce à la vision binoculaire, en tombant dans un strabisme convergent non moins pathognomonique.

Tout autres sont les phénomènes que présente l'individu affecté d'une forte hypermétropie. Loin de reculer le livre dans lequel on veut le faire lire, il j l'approche, au contraire, tout près de ses yeux, bien en-deçà de son punctum I proximum, de façon à en imposer pour un véritable myope. Cette erreur I est vite dissipée par l'examen des globes oculaires, qui présentent une peti- I tesse marquée, ou en tout cas une forme bien différente de celle que I devraient avoir des yeux myopes, lisant à un punctum remotum aussi rapj proché. L'hypermétrope, en effet, applique, pour ainsi dire, ses yeux sur le I papier; incapable d'obtenir des images rétiniennes nettes, il cherche au I moins à les obtenir aussi grandes que possible. Les cercles de diffusion ne sont pas un obstacle pour lui, car d'abord leur diamètre^, généralement

limité par l'étroitesse des pupilles, n'augmente qu'en proportion de la racine carrée de la diminution de la distance, tandis que la grandeur de l'image augmente proportionellement à cette diminution elle-même. En second lieu, il existe chez lui une aptitude singulière à analyser des images rétiniennes imparfaites et à se rendre compte de la forme de l'objet, malgré les cercles de diffusion dont se compose son image.

Cela ne l'empêche pas de recourir à tous les moyens possibles pour les réduire. Ainsi, il recherchera de préférence une très forte lumière, qui rétrécit sa pupille ; il limitera la grandeur de cette dernière encore en clignant des paupières, ou, lorsqu'il ne se sert que d'un œil, en portant l'objet du côté opposé de la ligne médiane, de façon à le voir par-dessus le nez. Le dos de ce dernier intercepte une partie des rayons lumineux et restreint ainsi les cercles de diffusion.

Une seconde différence capitale, qui existe entre la deuxième et la troisième catégorie d'hypermétropes, c'est que le strabisme convergent est exceptionnel chez les personnes qui ressortissent à cette dernière.

Ce fait a beaucoup surpris par sa singularité, à tel point que MM. Stellwag et Mauthner se sont demandé si la statistique ne nous avait pas trompés en ce point, si la rareté du strabisme dans l'hypermétropie élevée n'était pas due à la faible fréquence de cette dernière elle-même, ou si elle n'avait pas été méconnue dans nombre de cas de strabisme convergent hypermétropique.

D'autres auteurs, sans s'arrêter à ces scrupules, ont vu dans ce phénomène une contradiction formelle de la théorie de Donders. Ils pensent que, si le strabisme convergent des hypermétropes est réellement dû à l'effort considérable d'accommodation qu'ils sont obligés de faire pour corriger l'insuffisance de leur réfraction, et qu'ils achètent au prix d'une convergence exagérée, cette convergence devrait augmenter proportionnellement au défaut de réfraction, c'est-à-dire au degré de l'hypermétropie. Si bien que, parmi les hypermétropies les plus élevées, on devrait rencontrer aussi la plus grande fréquence et les degrés les plus forts du strabisme convergent.

Donders a déjà répondu à cet argument, en disant que l'hypermétrope dont le défaut de réfraction est très considérable renonce à la tentative même de le neutraliser par le moyen indirect d'une convergence exagérée, à cause du sentiment de son impuissance à le corriger entièrement.

On a fait alors une objection nouvelle : l'hypermétropie, même forte, dépasse rareuient un degré qui ne pût être largement couvert par l'accommodation dont dispose l'individu à l'âge oû le strabisme convergent se développe d'habitude. Ainsi, en supposant que l'amplitude d'accommodation, qui est de 14- dioptries à 10 ans, soit au moins aussi puissante avant cet âge (on ne l'a pas mesurée chez des individus plus jeunes), elle suffit amplement pour corriger une hypermétropie de 8 dioptries et pour amener encore le punctum proximum jusqu'à la distance focale de 14 — 8 = 6 dioptries, soit 16,6 centimètres.

Mais ici on a oublié deux choses. D'abord, un hypermétrope de 8 dioptries

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