‹ Traité complet d'ophthalmologieChapitre 97 sur 327 · PARTIE CLINIQUE (VISION DES HYPERMÉTROPES · texte numérisé non relu

PARTIE CLINIQUE (VISION DES HYPERMÉTROPES

est obligé de fournir un travail accotnmodateur qui est toujours de 8 D plus fort que celui de l'emmétrope. Si à chaque dioptrie d'accommodation correspond un angle métrique de convergence, ces 8 angles métriques représenteraient, pour un individu jeune, à ligne de base de S?"''", i3° de convergence (voy. p. 184). — Et si, comme cela se fait généralement, la déviation se localise tout entière sur l'œil exclu de la vision, les objets fixés étant tenus droit en face de l'autre, l'œil strabique aurait à fournir, déjà dans la vision au loin, une convergence de 2 x 13 = 26% et une bien plus forte encore dans la vision rapprochée. La convergence nécessaire aurait ainsi vite dépassé, et de beaucoup, les limites qu'un œil ou même les deux yeux peuvent atteindre.

Mais même les degrés moindres de convergence ne sont pas si faciles à réaliser qu'on semble le croire. Nous avons déjà fait remarquer (p. 173 et suiv.) que, pour soutenir un travail pendant un certain temps, il faut posséder en réserve une certaine quantité de la force qui le produit. Cette quote est très grande pour la convergence. Il est donc facile de comprendre que, quand même l'individu parviendrait encore à réaliser, pour un instant, le degré de convergence nécessaire pour sa parfaite accommodation, il ne saurait le maintenir. Car ce degré pourrait bien représenter la totalité de son amplitude de convergence ou, en tous les cas, une fraction trop grande pour un fonctionnement prolongé.

Le strabisme convergent ne se produit donc pas dans ces cas, simplement parce qu'il est rendu impossible par la faiblesse absolue ou relative des muscles droits internes.

Quelque chose d'analogue peut se produire avec l'accommodation. Quelle que soit la supériorité de la force du muscle ciliaire sur celle des muscles extrinsèques de l'œil, l'accommodation n'est néanmoins pas à la disposition absolue de l'individu. Il est certain que, plus est grande la quote d'accommodation déjà dépensée, plus sa production coûte de peine. La dernière dioptrie d'amplitude d'accommodation exige indubitablement une somme d'innervation et de travail musculaire beaucoup plus grande que la première. L'accommodation mise en jeu, pas plus que la convergence, ne peut donc être évaluée pfar le nombre absolu de dioptries,^ mais par des quantités relatives à la totalité de l'accommodation dont l'individu dispose, par des quotes en un mot.

Or, si le travail oculaire doit s'accomplir pendant une certaine durée, il faut qu'il n'exige qu'une certaine quote d'accommodation, en laissant une autre en réserve. Si l'hypermétropie est très forte, il est parfaitement possible que l'accommodation exigée soit trop élevée pour le muscle ciliaire, surtout si ce dernier est encore insuffisamment développé. L'individu se dispense donc d'un effort exagéré de convergence non seulement parce que celle-ci est trop faible, mais encore parce que son accommodation ne suffirait quand même pas. C'est peut-être là encore une des raisons pour lesquelles ces hypermétropes prennent l'habitude de renoncer à l'adaptation o^) tique, et rapprochent les objets si près de leurs yeux.

Si le strabisme convergent est exceptionnel chez les hypermétropes des degrés les plus élevés, on ne rencontre pas rarement chez eux le strabisme divergent.

Ce phénomène ne nous surprendra pas, si nous nous rappelons la constitution et le fonctionnement de ces yeux. Ils sont très imparfaitement développés, avons-nous dit, et fonctionnent mal à tous les points de vue. On dirait qu'ayant déjà assez de peine à voir de chaque œil séparément, ces hypermétropes renoncent à la tâche bien plus compliquée de la vision binoculaire.

Il est fort possible que la tendance au fonctionnement combiné des deux yeux, qui est le privilège des races supérieures, soit elle-même aussi peu développée que les moyens de la satisfaire dans ces organes visuels, produits d'une évolution incomplète.

En tout cas, ces yeux étant amblyopes, quelquefois à un très haut degrés ils doivent facilement prendre la direction que suivent d'habitude les yeux amblyopes, la divergence. Celle-ci semble, en effet, la véritable position d'équilibre pour des yeux hors de fonction. L'explication que nous avons donnée de ce fait(l), en disant qu'on pourrait y voir un phénomène d'atavisme, une réminiscence des races inférieures, où les axes des yeux divergent, comme ceux des orbites, cette explication ne se trouverait nulle part mieux justifiée que dans les cas de strabisme divergent des yeux fortement hypermétropes, qui se rapprochent à tant d'égards des yeux de races inférieures.

Que le désir de la vision binoculaire existe ou non, celle-ci est d'ores et déjà exclue, et la divergence, au moins relative, déjà établie chez les hypermétropes qui rapprochent les objets en-deçà du punctum proximum de leur convergence. Il n'y a pas à s'étonner non plus si cette divergence relative devient absolue, c'est-à-dire subsiste pour toutes les distances, même pour l'infini. Le strabisme divergent des hypermétropes extrêmes est, en effet, plus facile encore à expliquer que le strabisme convergent des myopes.

Symptômes et diagnostic de F hypermétropie typique. — Les symptômes et le diagnostic de l'hypermétropie résultent d'une façon toute naturelle des faits que nous venons d'exposer. Pour en donner une description aisée à comprendre et répondant aux faits cliniques, nous maintenons toujours notre division des hypermétropes en trois catégories.

L'hypermétrope de degré faible et d'âge moyen présente la plus grande ressemblance avec un emmétrope. De même que ce dernier, il voit bien à distance; si son accommodation est encore forte, il voit également bien de près, et rien dans son anamnèse ne peut le faire distinguer d'un emmétrope. L'hypermétropie ne deviendra suspecte au premier

(1) Landolt, article Strabisme in Dictionnaire Encyclop. des Sciences méd., de M. Dechambre, p. 268.

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