LIV. — BROME , Br
Le brome à la température ordinaire se présente sous la forme d'un liquide brun-rouge foncé, presque noir, d'une odeur particulière, désagréable, qui ressemble à celle du chlore. Il est beaucoup plus lourd que Peau : sa pesanteur spécifique est de 2,97. Tl bout à environ 63°; mais il se volatilise même à la température ordinaire. Si on le conserve dans un flacon de verre qui n'est pas tout à fait plein, la portion du vase qui se trouve au-dessus du brome liquide , se remplit d'une vapeur brun-rouge de brome. La couleur de la vapeur de brome est plus foncée que celle du gaz nitreux et que celle du soufre. A une basse température, à — 7#,3, le brome liquide se solidifie en une masse cristalline qui a presque Péclat métallique et qui est d'une couleur gris de plomb.
La plupart des métaux se combinent avec le brome et se transforment en bromures. Le brome, en réagissant sur les hydrates des oxydes alcalins fixes, donne naissance à des bromures et à des bromates alcalins. Si Pou traite le brome par un excès de liqueur ammoniacale, il se forme du bromure d'ammonium en même temps qu'il se dégage du nitmgène à l'état gazeux et la liqueur est immédiatement décolorée.
Le brome blanchit comme le chlore les matières colorantes végétales,
BBOME. 593 niais avec beaucoup moins d'énergie; il détruit par suite la couleur de l'indigo et du tournesol.
Le brome se combine avec une petite quantité d'eau pour former un hydrate cristallin qu'une température de -f- 15* suHit pour décomposer eu brome et en une dissolution aqueuse de brome. Le brome peut se dissoudre dans une grande quantité d'eau. La dissolution, quoiqu'elle ne contienne pas beaucoup de brome, possède une couleur rouge-hyacinthe et blanchit le papier de tournesol. De même que l'eau de chlore, l'eau de brome précipite la dissolution de nitrate d'argent ; il se forme du bromure d'argent et du bromate d'argent. La couleur rouge de la dissolution d'hypermanganale de potasse est détruite par l'eau de brome; la dissolution prend une couleur qui ressemble à celle de l'eau de brome même; elle devient seulement encore plus foncée et dépose avec le temps de l'hydrate d'oxyde de manganèse. Le bichromate de potasse n'est pas décomposé par l'eau de brome.
Le brome à l'état libre forme avec Vamidon une combinaison jaune, tirant sur le rouge-orangé : on doit employer pour ces essais de l'empois d'amidon. Cette réaction du brome est caractéristique, mais n'est pas très sensible et ne peut pas être comparée, sous le rapport de la sensibilité, avec celle qu'exerce l'iode sur l'amidon. On peut cependant, au moyen de l'amidon, distinguer le brome libre du chlore qui ne colore pas l'amidon. Par l'action de la chaleur, la coloration du bromure d'amidon devient plus faible ; mais elle reparaît avec son intensité antérieure par le refroidissement. La couleur disparait immédiatement par l'action d'une dissolution d'hydrate de potasse ; mais elle se reproduit lorsqu'on sursature par un acide.
Lorsqu'on agite avec du chloroforme une dissolution aqueuse de brome libre, le chloroforme se colore en rouge-brun plus ou moins foncé suivant la quantité de brome que contenait la dissolution, et, en laissant reposer, le chloroforme brun-rouge contenant du brome se rassemble au fond du vase au-dessous de l'eau qui a été décolorée. Si l'on agite le tout avec une dissolution d'hydrate de potasse, le chloroforme se décolore complètement; mais il reprend la couleur brun-rouge que possède le chloroforme contenant du brome, lorsqu'on sursature par un acide quelconque, par l'acide sulfurique étendu , par l'acide chlorhydrique ou par l'acide acétique par exemple.
De la même manière que le chloroforme, le sulfure de carbone se colore en brun-rouge par l'action du brome. Si on agite le sulfure de carbone avec l'eau de brome et si on laisse reposer le tout , l'eau devient incolore et le sulfure de carbone coloré par le brome se rassemble au fond du vase. Si on agite le fout avec une dissolution d'hydrate de potasse et si on laisse le sulfure de carbone se déposer, on observe une décoloration complète*; mais le sulfure de carbone reste incolon; lors même qu'on sursature le tout par un acide quelconque (par l'acide sulfurique étendu, l'acide chlorhydrique ou l'acide acétique, par exemple).
Acide bromiiyurique, HHr.
L'acide broinhydrique se présente à l'état pur sous la forme d'un gaz qui a beaucoup d'analogie avec le gaz chlorhydrique. Le gaz broinhydrique dégage au contact de l'air des vapeurs incolores qui sont plus épaisses que celles qui sont produites par le gaz chlorhydrique. Le gaz broinhydrique est décomposé par le gaz chlore qui lui enlève son hydrogène : le brome devient alors libre et se présente sous la forme de vapeurs rougeâtres, ou, lorsque la quantité de brome est plus grande, sous la forme d'un précipité liquide composé de gouttes rougeAtres. — Le gaz broinhydrique est excessivement soluble dans Peau; la dissolution est incolore; et ressemble, tant à l'état concentré qu'à l'état étendu, à l'acide chlorhydrique liquide concentré et étendu. Si cependant le gaz broinhydrique contient du brome libre, l'acide» liquide possède alors une couleur rougeâtre foncée, parce que l'acide broinhydrique liquide dissout le brome libre.
La dissolution aqueuse concentrée de gaz broinhydrique laisse dégager du gaz broinhydrique lorsqu'on la fait bouillir; dans une dissolution étendue, cela n'a pas lieu. La dissolution d'acide bromhydrique qui contient du brome libre, perd, lorsqu'on la fait bouillir, le brome et une partie de l'acide bromhydrique qu'elle contient, et il reste alors comme résidu un acide incolore, étendu.
L'acide bromhydrique se comporte à l'égard des métaux comme le gaz chlorhydrique (p. 574).
Une dissolution aqueuse de c/ilore, ou bien un courant de gaz chlore, colorent en rouge l'acide bromhydrique liquide : en même temps le brome devient libre. — L'acide nitrique n'agit pas rapidement sur l'acide bromhydrique ; mais lorsqu'on chauffe, le brome devient libre immédiatement : on obtient parce moyen une liqueur qui ressemble à l'eau régale.— L'acide sulfurique peut aussi , par l'action de la chaleur, enlever l'hydrogène à l'acide bromhydrique d'une certaine concentration : en même temps, il se produit de l'acide sulfureux. — Le peroxyde de manganèse, Yoxyde rouge et Yoxyde puce de plomb, aussi bien que les autres peroxydes, dégagent la vapeur de brome de l'acide broinhydrique, lorsqu'on les chauffe ensemble.
L'acide bromhydrique forme avec les oxydes métalliques des bromures qui ressemblent sous beaucoup de rapports aux chlorures. Les combinaisons du brome avec les métaux dont les combinaisons oxygénées sont des acides énergiques, sont volatiles ; cependant elles sont toujours moins volatiles que les combinaisons correspondantes du chlore ; elles se comportent du reste de la même manière en présence de l'eau.
Les bromures solubles dans l'eau peuvent, lorsqu'ils sont dissous, être reconnus au moyen des réactifs de la même manière que l'acide bromhydrique libre.
L ue dissolution de nitrate d'argent produit dans les dissolutions des bromures un précipité blanc de bromure d'argent qui est insoluble dans
IMOME. SOt
l'acide nitrique étendu : ce précipité est soluhle dans l'ammoniaque, cependant il y est moins soluhle que le précipité blanc de chlorure d'argent. Comme le chlorure d'argent, le bromure d'argent noircit sous l'influence de la lumière, un peu plus lentement cependant que le chlorure d'argent. Lorsqu'on l'agite, le bromure d'argent forme des flocons caillebottés qui ressemblent à ceux que donne le chlorure d'argent dans les mêmes circonstances. Il se distingue du chlorure d'argent eu ce que sa couleur tire un peu sur le jaune. Si l'on fait passer à une température élevée du gaz chlore sur le bromure d'argent, il est complètement transformé en chlorure d'argent, en même temps le brome devient libre. Il se produit une décomposition analogue lorsqu'on verse de l'eau de chlore concentrée sur du bromure d'argent humide : le bromure d'argent, aussi bien que la liqueur, deviennent brun-rougeàtre, et, par l'action de la chaleur, le brome devenu libre se dégage à l'état de vapeurs, que l'on peut observer nettement, même pour de petites quantités, dans l'espace vide du vase de verre dans lequel se fait l'expérience. — D'autre part, le bromure d'argent n'est pour ainsi dire point décomposé, même à chaud, par l'acide chlorhydrique, ou n'est décomposé par cet acide qu'à un très faible degré. Il s'en dissout seulement une très petite quantité qui se précipite de nouveau lorsqu'on étend d'eau. Si, au contraire, on traite le chlorure d'argent par une dissolution de bromure de potassium, il s'opère pour un excès de bromure une décomposition complète et tout le chlorure d'argent est complètement transformé au bout de quelque temps en bromure d'argent (Field). Si l'on agite à la température ordinaire du chlorure d'argent humide avec une petite quantité d'une dissolution de bromure de potassium et si on fdtre ensuite, la dissolution filtrée est au bout de quelque temps complètement exempte de brome et ne contient plus que du chlorure de potassium. — Dans une dissolution qui contient en même temps un bromure et un chlorure, une dissolution de nitrate d'argent ne produit d'abord qu'un précipité de bromure d'argent qui est entièrement exempt de chlorure d'argent. Le chlorure d'argent n'est précipité que lorsque tout le bromure, contenu dans la dissolution, a été transformé en bromure d'argent par l'action du nitrate d'argent.
Une dissolution de nitrate de proloxyde de mercure produit dans les dissolutions des bromures et dans la dissolution d'acide bromhydrique un précipité de protobromure de mercure, qui est de couleur blanche tirant un peu sur le jaunâtre. Ce précipité n'est pas soluhle dans l'acide nitrique étendu; mais il se dissout dans l'eau de chlore en produisant une liqueur jaune-rougeâtre.
Une dissolution de nitrate de plomb donne un précipité blanc. Ce précipité est soluble dans une grande quantité d'eau; il l'est cependant moins que le chlorure de plomb p. 132). L'ammoniaque produit dans cette dissolution un précipité. Si l'on ajoute une dissolution d'hydrogène sulfuré à la dissolution de bromure de plomb, moins cependant qu'il n'en faut pour transformer la totalité du plomb en sulfure de plomb, il s<« tonne un pré-
598 ANAI.YSK QUALITATIVE.
cipité rouge-brun analogue à celui qui se forme dans les mêmes circonstances lorsqu'il y a du chlorure de plomb dans une dissolution (p. 131). La dissolution du bromure de plomb, additionnée d'alcool, devient seulement opaline.
Une dissolution de bichlorure de platine ne produit pas de précipité dans les dissolutions des bromures, même par un contact prolongé ou par l'action de la chaleur. — Dans une dissolution de bromure de potassium, le bichlorure de platine forme un précipité jaune de chlorure double de potassium et de platine.
Une dissolution de protochlorure de palladium ne produit pas non plus de précipité dans les dissolutions des bromures, même par un contact prolongé ou par l'action de la chaleur. — Une dissolution de nitrate de protoxyde de jtalladium, au contraire, produit un précipité rouge-brun de bromure de palladium. Si la proportion du bromure dissous est très faible, le précipité ne parait qu'au bout de quoique temps et se dépose en partie sur les parois du vase. Ce n'est que pour de très faibles traces de bromure qu'il ne se produit pas de précipité, même par un contact prolonge. Le bromure de palladium est très soluble dans les dissolutions des chlorures, et spécialement dans celles du chlorure de sodium. C'est parce motif que le protochlorure de palladium ne produit pas de précipité de bromure de palladium dans les dissolutions des bromures, et que le précipité ne s'opère qu'au moyen du nitrate de protoxyde de palladium.
Si l'on ajoute une dissolution de sulfate de cuivre à une dissolution un peu concentrée d'un bromure alcalin, il ne se produit pas de modification; mais si l'on ajoute alors, sans agiter, une quantité assez considérable d'acide sulfurique concentré, il se forme un abondant précipité noir qui est soluble dans l'eau. Ce précipité est formé de bromure anhydre de cuivre qui s'est formé de la même manière que le chlorure anhydre de cuivre, de couleur jaune-brunâtre, dans les mêmes circonstances p. 578). — Si l'on mélange avec du sulfate de cuivre la dissolution d'un bromure alcalin, et si l'on met sur une lame d'argent une ou deux gouttes de la liqueur mélangée, la lame d'argent noircit au bout de quelque temps, comme cela arrive pour la dissolution d'un chlorure dans les mêmes circonstances (p. 579).
Si Ton ajoute de Vacide nitrique aux dissolutions des bromures, et si l'on chauffe, il se dégage des vapeurs jaune-rougeâtre de brome gazeux. Si la dissolution du bromure était incolore, elle devient jaune-rougeatre, ou bien si elle était étendue, elle n'est colorée qu'en jaune. Mais si l'on ne chauffe pas, la dissolution du bromure ne subit pas de modification sensible par l'action de l'acide nitrique.
Si l'on ajoute de Vacide chlorhydrique à la dissolution d'un bromure, le bromure est transformé en chlorure en même temps qu'il se forme de l'acide bromhydrique ; mais la liqueur reste incolore. Si cependant le bromure contient une petite quantité d'un bromate, comme cela peut se présenter si le bromure est alcalin et s'il a été préparé par l'action de l'oxyde alcalin
MiOME. 59»
sur le brome, il se sépare du brome libre qui colore la liqueur en jaune ou en brun.
Si Ton mélange une dissolution de chlorate dépotasse avec la dissolution d'un bromure alcalin et si l'on ajoute de l'acide sulfurique étendu , la liqueur prend une couleur jaunâtre : par l'action de la chaleur, il s'en dégage des vapeurs de brome. — Si l'on mélange une dissolution de perchlorate de potasse avec la dissolution d'un bromure alcalin, et si l'on ajoute ensuite de l'acide sulfurique étendu, la liqueur prend également une couleur jaunâtre à la température ordinaire ; mais la coloration est très faible : par l'action de la chaleur, il s'en dégage un peu de vapeur de brome.
Si Ton fait passer du gaz chlore dans une dissolution incolore d'un bromure, elle se colore en jaune ou en jaune-rougeâtre par suite de la présence du brome qui devient libre. L'eau de chlore et le chlorure de chaux produisent la même réaction lorsqu'on les ajoute à une dissolution de bromure qui a été rendue acide au moyen d'un acide quel qu'il soit.
Le chlore est le réactif le plus sensible pour retrouver les plus petites quantités de bromure ou d'acide bromhydrique dans une dissolution ou dans un mélange de plusieurs combinaisons salines. Cependant, pour découvrir au moyen du chlore de très petites quantités de bromures, il est nécessaire de séparer au moyen de Yêther le brome devenu libre. On opère alors de la manière suivante : On place, dans un vase de verre blanc qui peut être bien fermé, la liqueur ou la dissolution concentrée du mélange salin que l'on suppose contenir une petite quantité d'un bromure, et on y ajoute assez d'éther pour qu'il en surnage une couche de quelques lignes au-dessus de la liqueur après l'agitation. On ajoute ensuite avec précaution de l'eau de chlore (pour de petites quantités de brome, seulement quelques gouttes), on ferme le tlacon et on agite. Après que l'éther s'est sépare, il parait brun par suite de la présence du brome qu'il tient en dissolution : pour de petites quantités de brome, l'éther parait seulement jaunâtre ; s'il n'y a pas de brome, l'éther reste incolore. Par un contact prolongé de plusieurs jours, le brome contenu dans une dissolution éthérée de brome se transforme en acide bromhydrique et l'éther devient complètement incolore; mais si l'on ajoute de l'eau de chlore, la coloration antérieure reparait. Lorsque, dans cette expérience, l'éther parait trop peu coloré, en sorte qu'on puisse douter s'il y a du brome dans la liqueur à analyser, il est bon de faire une expérience comparative avec* une autre dissolution saline dont on soit sur qu'elle est exempte de brome : ou la traite de la même manière par la même quantité d'eau de chlore et d'éther, et on observe si l'éther parait tout à fait blanc à côté de celui qui a été employé pour l'autre expérience. Si, au lieu d'employer l'eau de chlore, oti fait passer du gaz chlore dans la liqueur à essayer, il peut se dissoudre assez de chlore libre pour que l'éther qu'on y ajoute prenne une couleur jaunâtre sans qu'il y ait du brome. — Il faut seulement observer ici qu'un iodure dissous se comporte à l'égard de l'eau de chlore et de l'éther de la même manière qu'un bromure.
600 ANALYSE QlALlÎATlVK
11 faut encore observer que, si l'on ne trouve pas de brome d'une manière nette dans un mélange salin en opérant de eette manière, on doit faire digérer le mélange avec de l'alcool un peu étendu. On évapore ensuite l'alcool, on dissout dans une petite quantité d'eau le résidu desséché, et on traite la dissolution par l'eau de chlore et l'éther de la manière qui a été indiquée.
Si Ton ajoute une dissolution d'amidon aux dissolutions incolores des bromures, il ne s'opère aucune modification. Mais si l'on ajoute ensuite un peu d'eau de chlore, on voit apparaître la coloration jaune, tirant sur le rouge-orangé, qui caractérise le bromure d'amidon Ip. 594) : celte coloration disparaît de nouveau lorsqu'on ajoute une plus grande quantité d'eau de chlore. Si l'on ajoute de petites quantités de dissolution d'hydrogène sulfuré ou de dissolution d'acide sulfureux , la coloration se reproduit; mais elle disparaît dè nouveau par l'action d'une plus forte proportion de ces substances réductrices. Lorsqu'on ajoute de l'acide nitrique à une dissolution de bromure de potassium, à laquelle on a ajouté de l'empoisd'amidon, elle se colore en brun-rouge; mais cette coloration n'est pas très caractéristique, et on se sert d'amidon plutôt pour distinguer les bromures des iodures que pour reconnaître avec certitude la présence des premiers dans les dissolutions. — Le brome, à l'état de combinaison, ne peut du reste être bien reconnu au moyen de l'amidon que lorsque la combinaison est exempte d'iode.
Si l'on ajoute du chloroforme à une dissolution de bromure de potassium, il ne se produit pas de modification lorsqu'on agite : si on laisse reposer, le chloroforme se sépare à l'état entièrement ineolore au fond du vase ; mais si l'on ajoute un peu d'eau de chlore, le chloroforme se colore en brun-rouge lorsqu'on agite, tandis que la liqueur qui surnage paraît incolore. Si l'on ajoute une plus grande quantité d'eau de chlore, le chloroforme est décoloré peu à peu , cependant avec un peu de difficulté . La couleur brun-rouge du chloroforme reparaît lorsqu'on ajoute une petite quantité d'une dissolution d'hydrogène sulfuré ; la liqueur qui surnage au-dessus du chloroforme, devient alors laiteuse : une plus grande quantité de dissolution d'hydrogène sulfuré produit une décoloration complète. Avec l'acide sulfureux, au contraire, on ne réussit pas bien à annuler la décoloration du chloroforme contenant du brome produite par un excès d'eau de chlore, et à reproduire le chloroforme coloré en rouge-brun.
Le sulfure de carbone se comporte comme le chloroforme a l'égard d'une dissolution de bromure de potassium. Il ne se produit une modification que lorsqu'on a ajouté un peu d'eau de chlore, et lorsque ensuite on a agité : le sulfure de carbone qui se sépare alors est coloré en rouge-brun. Une plus grande quantité d'eau de chlore décolore le sulfure de carbone en rougebrun : il est cependant difficile d'arriver ainsi à une décoloration complète. On ne réussit à reproduire la coloration brun-rouge ni au moyen de l'acide sulfureux, ni au moyen de la dissolution d'hydrogène sulfuré.
Si l'on mélange avec du carbonate alcalin le bromure d'argent, le bro-
Il ROM K. G01 mure de plomb et les autres bromures non volatils, ils sont décomposés comme les chlorures correspondants (p. 579), et il se forme un bromure alcalin.
Si l'on met les bromures à l'état solide dans un tube de verre blanc bouché à une de ses extrémités, si l'on verse ensuite de Yacide sulfurique concentré et si l'on chauffe, la plupart d'entre eux laissent dégager du brome dont les vapeurs remplissent la partie froide du tube, et qui peut être reconnu très bien à la lumière du jour, moins bien à la lumière d'une lampe, par sa couleur jaune qui ressemble à celle de l'acide nitreux.ïl se forme en même temps dans ce cas de l'acide sulfureux et de l'acide bromhydrique. Quelques bromures ne sont pas décomposés par l'acide sulfurique : de ce nombre est le bibromure de mercure, par exemple. — Au lieu d'acide sulfurique, on peut se servir de bisulfate de potasse et le faire fondre avec le bromure dans un petit tube bouché : de cette manière, il se produit, outre l'acide sulfureux et l'acide bromhydrique, des vapeurs de brome que Ton peut facilement reconnaître à leur couleur. — Si l'on ajoute de l'acide sulfurique étendu à une dissolution d'un bromure alcalin , elle devient jaunâtre, même à la température ordinaire : il faut que la liqueur soit très étendue pour qu'elle paraisse incolore. Mais, même dans ce cas, elle peut décolorer une dissolution d'indigo même à la température ordinaire.
Si l'on pulvérise les bromures avec du chromate neutre ou du bichromate de potasse, si on verse ensuite sur le mélange de l'acide sulfurique concentré, ou mieux de l'acide sulfurique fumant, si l'on met ensuite le tout dans une cornue tubulée, et si l'on chauffe modérément, il passe à la distillation , comme cela arrive pour les chlorures dans les mêmes circonstances (p. 580) , une liqueur rouge de sang qui est formée de brome pur et qui, traitée par un excès d'ammoniaque, donne une dissolution incolore qui ne contient que du bromure d'ammonium. Si cependant le bromure employé contient unepetite quantité de chlorure, l'ammoniaque est colorée en jaune plus ou moins foncé, par suite de la présence du chromate d'ammoniaque : en effet, outre le brome libre, il passe alors à la distillation de l'acichloride de chrome. Cette méthode est la seule qui permette de retrouver avec certitude un mélange de chlorure dans un bromure. Les plus petites quantités de chlorure mélangées avec un bromure peuvent être retrouvées de cette manière.
A chaud les bromures paraissent se comporter comme les chlorures.
Les bromures, mélangés avec le chlorure d'ammonium, ne subissent qu'une décomposition partielle par la calcination. Même après neuf calcinations du bromure de sodium avec le chlorure d'ammonium , il ne s'est transformé qu'un peu plus de la moitié du bromure de sodium en chlorure de sodium. k
Au chalumeau, un bromure que l'on a ajouté à une perle de sel de phosphore qui contient du bioxyde de cuivre en dissolution , donne à la flamme une coloration bleue , comme cela arrive pour les chlorures dans les mêmes circonstances ; seulement la coloration de la flamme produite
par les bromures tire plus sur le verdàtre, spécialement sur les bords (Beraelius).
On reconnaît l'acide bromhydrique et les bromures en dissolution aux précipités que les dissolutions dp nitrate d'argent et de nitrate de protoxyde de mercure forment dans ces dissolutions. Le bromure d'argent se distingue, comme le eblorure d'argent, par son insolubilité dans l'acide nitrique étendu, de tous les précipités que forme le nitrate d'argent dans les dissolutions des substances dont il a été question jusqu'ici. On a indiqué précédemment p. 596), comment le eblorure et le bromure d'argent se distinguent l'un de l'autre. — On peut reconnaître la présence du brome dans les bromures insolubles dans l'eau par la métbode qui a été indiquée pour le bromure d'argent p. 596). On peut encore en séparer le brome qu'ils contiennent en les faisant fondre avec un carbonate alcalin.
Acide bromique, UrHj5.
L acide bromique forme, a l'état hydraté, une liqueur incolore, souvent faiblement rougeatre, qui ne peut être ni évaporée ni distillée à une température élevée, sans être décomposée entièrement, ou en très grande partie en brome et en oxygène. L'acide bromique rougit le papier de tournesol et le blanchit ensuite, lorsqu'on les chauffe ensemble.
L'acide bromique se décompose, de la même manière que l'acide chlorique (p. 589;, par l'action de Yacide chlorhydrique, de la dissolution d'%drogène sulfuré, de Yacide sulfureux et de Yacide sulfurique : le brome 'qu'il contient devient alors libre. — L'acide bromhydrique le décompose également en déterminant la séparation du brome.
L'acide bromique forme des combinaisons qui sont peu solubles ou insolubles, avec quelques bases qui donnent avec l'acide chlorique des sels solubles dans l'eau.
Le chlorure de baryum ne produit pas de précipité dans la dissolution du bromate de potasse ; mais, au bout de peu de temps, il se dépose un précipité abondant, cristallin, de bromate de baryte.
Le chlorure de calcium ne produit pas de précipité.
Une dissolution de nitrate d'argent forme, même lorsque le bromate d'argent ne contient pas de bromure, uu précipité blanc; qui est presque entièrement insoluble dans l'acide nitrique étendu. Il est presque insoluble, mais pas complètement insoluble dans l'eau. 11 est soluble daus l'ammoniaque : si on sursature par l'acide nitrique étendu la dissolution ammoniacale, il se forme d'abord seulement un trouble opalin ; même pour des quantités considérables de bromate d'argent en dissolution, mais au bout de quelque temps il se produit un précipité : en même temps, la liqueur devient brun-rougeàtre par suite de la présence du brome libre qu'elle contient. Ce précipité se distingue de celui du chlorure d'argent en ce qu'il noircit plus lentement par l'action de la lumière : si l'on verse de
BKOME. 003
l'acide chlorhydrique sur le précipité, il se transforme en chlorure d'argent ; en même temps le brome devient libre et se dégage par l'action de la chaleur à l'état de Yapeurs rougeàtres : ce précipité se distingue en outre du chlorure d'argent en ce que, mélangé avec le charbon, il détone comme les bromates par l'action de la chaleur.
Une dissolution de nitrate de protoxyde de mercure produit un précipité blanc qui n'est pas soluble à froid dans l'acide nitrique : cependant, par un contact prolongé, il s'y dissout. Le précipité est soluble dans l'acide chlorhydrique : la dissolution contient du bichlorure de mercure et donne avec l'hydrate de potasse un précipité jaune.
Une dissolution de nitrate de plomb donne un précipité blanc dans les dissolutions concentrées des bromates ; mais elle n'en produit pas dans les dissolutions étendues. Cependant, au bout de quelque temps, il se forme dans une dissolution de ce genre des cristaux de bromate de plomb.
Si l'on ajoute de Yacide sulfurique concentré a la dissolution d'un bromate, elle se colore immédiatement en rouge-brun, même à froid, et il se dégage des vapeurs de brome qui remplissent l'espace vide du vase où se fait l'expérience. Une dissolution, même étendue de bromate, se colore légèrement par l'action de l'acide sulfurique étendu, et il faut que les liqueurs soient excessivement étendues pour que la coloration ne soit pas sensible, pour que la dissolution reste incolore et pour qu'elle ne soit pas colorée faiblement en jaune par l'action de la chaleur. Cependant une dissolution incolore de cette nature peut encore décolorer une dissolution d'indigo, même à la température ordinaire. Si Ton ajoute un peu de chlorure de sodium à la dissolution incolore, elle peut rester encore incolore à la température ordinaire, mais elle se colore immédiatement en jaune par l'action de la chaleur. — Si l'on verse de l'acide sulfurique concentré sur les bromates à l'état solide, il s'en dégage immédiatement du brome a l'état de vapeur et du gaz oxygène. Le brome, même en petite quantité, peut être reconnu à sa couleur. 11 ne se forme pas ici de perbromate. Dans quelques bromates, comme le bromate de baryte, par exemple, l'acide bromique n'est pas décomposé de la manière indiquée lorsque ces bromates sont en dissolution; ce n'est que lorsqu'ils sont à l'état solide.
Vacide nitrique décompose la dissolution d'un bromate de la même manière que l'acide sulfurique, mais seulement avec moins d'énergie.
La dissolution d'un bromate devient immédiatement jaune-verdàtre par l'action de Yacide chlorhydrique; il se produit une effervescence , et il se dégage une odeur d'acide chloreux. — Si Ton ajoute à une dissolution de bromate de potasse du chlorure de sodium et de l'acide sulfurique étendu, la liqueur devient faiblement jaunâtre à la température ordinaire, mais elle devient d'un jaune plus foncé à l'aide de la chaleur : cependant il ne s'en dégage que du chlore, et l'empois d'amidon n'est pas coloré en rouge-orangé.
Le gaz hydrogène sulfuré décompose, même à froid, la dissolution du
bromate de potasse. Il se forme de l'acide bromhydrique et de l'acide sulfurique, et il se dépose du soufre.
Si Ton ajoute à la dissolution d'un bromate alcalin de l'acide sulfurique assez étendu pour que la dissolution reste encore incolore, et si on la mélange ensuite avec une dissolution incolore d'un bromure alcalin à laquelle on a ajouté de l'acide sulfurique très étendu , le mélange prend immédiatement, même à la température ordinaire, une couleur jaune très prononcée. —Les bromates alcalins se combinent avec les bromures alcalins en proportions simples bien définies pour produire des combinaisons cristallines. Une dissolution très étendue d une combinaison de cette espèce devient ordinairement jaune, même à la température ordinaire, lorsqu'on lui ajoute de l'acide sulfurique très étendu.
Les bromates à l'état solide se décomposent par la calcination de la même manière que les eblorates : il se dégage du gaz oxygène, et les bromates sont transformés en bromures. Il n'y a pas ici de période intermédiaire de décomposition dans laquelle il se formerait un perbromate. Dans quelques bromates, la base est séparée par la calcination à l'état d'oxyde ; ils donnent en même temps naissance au dégagement d'un mélange de gaz oxygène et de vapeur de brome.
Les bromates détonent presque avec la même force que les eblorates lorsqu'on les ebauffe en présence des corps combustibles. Mélangé avec le soufre et le ebarbon et broyé fortement dans un mortier de fer, le bromate de potasse produit, comme le chlorate de potasse, une très forte explosion.
Les bromates ont, par conséquent, beaucoup d'analogie avec les chlorates. Ils s'en distinguent en ce que la dissolution de nitrate d'argent produit un précipité dans leurs dissolutions, et en ce que, traités à l'état solide par l'acide sulfurique concentré, ils ne donnent pas un gaz jauneverdAtre, mais ils donnent un gaz brun-rouge. Ils se distinguent des autres sels en ce que, mélangés avec les matières combustibles, ils détonent violemment lorsqu'on les chautfe ou lorsqu'on les broie avec force dans un mortier de fer.