LV.— IODE, I
L'iode est, à la température ordinaire, un corps solide, cristallin , de couleur noire. Il est plus lourd que l'eau ; sa pesanteur spécifique est de h, 9k 7. Son odeur a de l'analogie avec celle du chlore, mais elle est bien plus faible. Il est très mou, friable, et peut èlre pulvérisé. 11 fond à une température un peu plus élevée que telle de l'eau bouillante, à environ 107% en une liqueur d'un brun-noirâtre qui bout à environ 180° et se vola-
IODE. 605 tilise : la vapeur d'iode a une belle couleur d'un rouge-violet qui est caractéristique. Même, à la température ordinaire, l'iode se volatilise légèrement : il s'en volatilise encore plus à 50°. Lorsqu'on conserve un peu d iode dans un grand vase de verre blanc, l'espace vide du vase, surtout pendant les mois d'été, est coloré très faiblement en violet.
L'iode est excessivement peu soluble dans l'eau; la dissolution a une couleur faiblement brunâtre. L'iode se dissout, au contraire, plus facilement dans l'eau lorsqu'elle contient des combinaisons salines, et notamment des iodures : la couleur de la dissolution devient alors brun-foncé par suite de l'iode qu elle tient en dissolution. Dans les dissolutions de l'iode qui ont une couleur brune, l'iode est retenu par une affinité si faible qu'on peut le considérer comme de l'iode libre : en effet, l'iode contenu dans les dissolufions brunes se comporte, au moins avec les réactifs, comme de l'iode libre. L'iode détruit les matières colorantes végétales, mais pas à beaucoup près aussi fortement que le chlore et le brome : il se combine avec plusieurs substances organiques, notamment avec l'amidon, le chloroforme, etc. L'iode colore la peau du corps humain en jaune comme l'acide nitrique : cependant cette coloration disparait spontanément au bout de quelque temps. La couleur d'une dissolution d'indigo n'est détruite qu'au bout d'un temps très long, à la température ordinaire, par l'iode en suspension dans l'eau : à chaud , la décoloration est rapide. Le papier de tournesol n'est pas blanchi par l'eau iodée : il n'est pas blanchi non plus par la dissolution alcoolique d'iode. La couleur de la teinture de tournesol n'est pas détruite non plus à froid par l'iode en suspension dans l'eau.
L'iode se comporte comme le chlore et le brome à l'égard des métaux , et aussi à l'égard des dissolutions des hydrates des oxydes alcalins. Avec l'ammoniaque, il forme de l'iodure d'ammonium et de l'iodure de nitrogène iodure d'azote) qui se sépare sous la forme d'une poudre noire, insoluble, qui détone très facilement et avec force lorsqu'on la comprime.
La couleur rouge de la dissolution d'hypermanganate de potasse n'est pas détruite d'abord par l'iode ; mais, au bout de quelque temps, la liqueur devient brune, et dépose de l'hydrate d'oxyde de manganèse. La décomposition est accélérée par l ebullition.
Les plus petites quantités d'iode libre peuvent être reconnues au moyen de ['amidon à la production de la combinaison bleue d'iode et d'amidon , qui esttrès caractéristique. La dissolution de l'amidon dans l'eau chaude (que l'on appelle empois d'amidon) est le meilleur réactif pour reconnaître l'iode libre. La combinaison bleue se produit non-seulement par l'action de l'iode libre solide, mais aussi par l'action des dissolutions dans lesquelles l'iode est retenu par une très faible affinité, comme par exemple les dissolutions de l'iode dans l'alcool , dans l'acide iodhydrique, dans l'iodure de potassium et dans les autres dissolutions salines. Si l'on ajoute à l'empois d'amidon , qui peut être étendu d'une grande quantité d'eau, une petite quantité d'une dissolution d iode dans l'alcool ou dans les autres dissolvants, le tout devient immédiatement bleu foncé. Ce n'est que pour des quantités
im ANALYSK yt'ALITATlVK.
excessivement faibles d'iode li!)reque la couleur peut paraître rougeàtre ou violette ; pour de grandes quantités, au contraire, la couleur bleue est si intense qu'elle parait noire. S'il y a une quantité trop faible d'amidon par rapport à la grande quantité d'iode libre sur laquelle on opère, la couleur de la combinaison n'est pas bleue, mais vert foncé. Si on traite par une dissolution alcoolique d'iode l'amidon en suspension dans l'eau froide, les grains d'amidon se colorent seulement en bleu noir : par suite il vaut toujours mieux, pour ces réactions, employer l'empois d'amidon.
La combinaison bleue n'est pas soluble dans l'eau qui retient en dissolution des* sels ou des acides; mais elle est soluble dans l'eau pure, en partie seulement, et communique à la dissolution une couleur bleue; si on étend d'une très grande quantité d'eau, l'iodure d'amidon se dépose au fond du vase. Si l'on place dans un ballon la combinaison bleue à l'état très étendu, et si l'on cbautfe, sans cependant aller jusqu'à l'ébullition, elle perd sa couleur bleue et devient incolore ; mais, après le refroidissement, la couleur bleue reparait. On peut répéter plusieurs fois cette expérience avec le même succès; mais si l'on chauffe le tout trop fortement, jusqu'à l'ébullition par exemple, ou si l'on fait bouillir pendant quelque temps, la couleur bleue ne peut plus reparaître après le refroidissement (Lassaigne; .
Si on ajoute une dissolution d'hydrate de potasse à la combinaison bleue qui a été obtenue au moyen de l'empois d'amidon et d'une dissolution alcoolique d'iode, la couleur bleue est détruite immédiatement, et la liqueur devient incolore ; mais un acide quelconque, même faible, comme, l'acide acétique par exemple , reproduit immédiatement la coloration bleue; l'eau de chlore ou l'eau de brome ne le font pas. Par l'action de l'hydrate de potasse sur l'iode libre, il se forme de l'iodure de potassium et de l'iodate de potasse, dont il se sépare, par l'action de l'acide libre, de l'iode qui reproduit, en s'unissant à l'amidon, la combinaison bleue. — L'eau chlorée et l'eau bromée détruisent également la couleur bleue de l'iodure d'amidon. Lorsqu'on a décoloré l'iodure d'amidon en ajoutant peu à peu de l'eau chlorée, la liqueur devient d'abord d'un rouge-vineux, avant d'être complètement décolorée ; mais si on décolore l'iodure bleu d'amidon en ajoutant peu à peu de l'eau bromée, la liqueur devient brun-rouge avant d'être décolorée. Si l'on ajoute avec précaution une dissolution d'hydrogène sulfuré, de l'acide sulfureux, du protochlorure d'étain , de l'acide phosphoreux, de l'acide arsénieux ou d'autres corps réducteurs, on peut reproduire la couleur bleue ; mais un excès de ces substances la réduit de nouveau. Lorsqu'on détruit de nouveau, en ajoutant de l'eau de chlore, la combinaison bleue reproduite par la dissolution d'hydrogène sulfuré, la liqueur incolore devient laiteuse par suite de la présence du soufre qui se sépare. — t'ne dissolution de bichlorure de mercure détruit également la couleur bleue de l'iodure d'amidon. — Dans toutes ces expériences et dans celles qui suivent, on doit employer un empois d'amidon excessivement liquide, qui ne tienne pas de grumeau en suspension.
I0DK. 607 On peut découvrir l'iode en très j>etitc quantité en employant d'autres substances, mais en suivant une méthode analogue à celle qu'on emploie pour le découvrir au moyen de l'amidon. On peut spécialement employer le chloroforme : mais ce réactif est un peu moins sensible que l'empois d'amidon. L'iode libre se dissout dans le chloroforme avec une très belle couleur pourpre ; si on mélange la dissolution avec de l'eau et si l'on agite, le chloroforme contenant de l'iode se sépare au fond de la liqueur avec sa couleur pourpre, tandis que l'eau qui surnage est incolore. Si on mélange avec un peu de chloroforme une dissolution alcoolique d'iode de couleur brune, ou une dissolution d'iode dans une dissolution d'iodure de potassium , la dissolution reste d'abord brune; mais si l'on ajoute une plus frrande quantité de chloroforme, la dissolution devient de couleur pourpre, et si l'on agite le tout avec de l'eau, le chloroforme qui contient l'iode se sépare avec sa couleur pourpre, tandis que l'eau parait incolore lorsqu'on a ajouté une quantité convenable de chloroforme. Si l'on ajoute une dissolution d'hydrate de potasse et si l'on agite, le chloroforme devient incolore ; mais si l'on sursature par l'acide sulfurique étendu ou par l'acide chlorhydrique, le chloroforme reprend sa couleur pourpre, mais il n'est pas aussi coloré qu'auparavant, surtout lorsque la dissolution de potasse a été employée très étendue.
Le sulfure de carbone se colore en pourpre par l'action de l'iode , de la même manière que le chloroforme. Si l'on agite avec une grande quantité d'eau la dissolution de couleur foncée de l'iode dans le sulfure de carbone et si on laisse reposer, le sulfure de carbone qui contient l'iode et qui est de couleur pourpre se dépose au fond du vase : la liqueur aqueuse incolore surnage le sulfure de carbone coloré. Si l'on mélange avec une dissolution d'hydrate de potasse le sulfure de carbone contenant de l'iode, il se décolore entièrement par l'agitation. Si l'on sursature par l'acide sulfurique étendu ou par l'acide chlorhydrique, le sulfure de carbone incolore se colore de nouveau en pourpre ; mais sa couleur est bien plus faible qu'elle n'était avant le traitement par l'hydrate de potasse.
La réaction du sulfure de carbone sur l'iode est encore plus sensible que celle du chloroforme pour reconnaître des quantités excessivement petites d'iode ; elle est même plus sensible dans quelques cas que celle de l'amidon-.
Acide iodhybrique, HL
L'acide iodhydrique est gazeux à l'état pur et ressemble au gaz acide chlorhydrique et au gaz acide bromhydrique : cependant il se décompose plus facilement par l'action des substances qui ont une tendance à se combiner avec l'hydrogène. 11 peut même être décomposé, plus facilement que les deux autres gaz, par quelques métaux, comme le mercure par exemple, qui se combinent avec l'iode en déterminant un dégagement de gaz hydrogène.
liU8 ' ANALYSE QUALITANN K.
Le gaz acide iodhydrique se dissout excessivement facilement dans l'eau ; la dissolution est incolore et ressemble à l'acide chlorhydrique et à l'aciSe bromhydrique liquides. Far l'ébullition, il se dégage du gaz iodhydrique et la dissolution devient plus faible. L'acide iodhydrique liquide se colore d'abord en jaune au contact de l'air, puis il devient peu à peu brun foncé : en même temps l'hydrogène s'oxyde par l'action de l'oxygène de l'air et l'iode devenu libre se dissout dans l'acide non décomposé.
L'acide iodhydrique se comporte à l'égard des métaux dans plusieurs cas de la même manière que l'acide chlorhydrique ( p. 574).
L'acide iodhydrique aqueux est modifié par le chlore, Yacide nitrique et Yacide sulfurique de la môme manière que les dissolutions des iodures dont il sera question plus loin. Les peroxydes métalliques, comme le peroxyde de manganèse, Yoxyde rouge et Yoxyde puce de plomb, enlèvent à l'acide iodhydrique son hydrogène de la même manière que cela arrive *pour l'acide chlorhydrique (p. 575) et l'acide bromhydrique p. 596), et en séparent l'iode.
L'acide iodhydrique forme avec les oxydes métalliques des iodures; les iodures ressemblent sous certains rapports aux chlorures et aux bromures : cependant beaucoup d'ioduresse distinguent des bromures et des chlorures correspondants par leur insolubilité dans l'eau. Il n'y a que les combinaisons de l'iode avec les métaux alcalins, avec les métaux terreux et avec quelques autres métaux qui se dissolvent dans l'eau. Ces dissolutions sont incolores ; mais elles peuvent dissoudre beaucoup tl'iode et elles prennent alors une couleur brune. Les iodures insolubles dans l'eau ont souvent une couleur caractéristique ; c'est pour cela qu'on emploie la dissolution d'iodure de potassium comme réactif pour caractériser les dissolutions de certains oxydes métalliques. La manière dont la dissolution d'iodure de potassium se comporte avec ces oxydes métalliques, a déjà été indiquée précédemment : du reste, Fiodure de potassium ne peut pas être employé comme réactif dans tous les cas, parce que les précipités qu'il produit sont plus ou moins solubles dans un excès du précipitant.
Les combinaisons de l'iode avec les métaux dont les oxydes sont des acides énergiques, sont volatiles, mais bien moins que les combinaisons correspondantes du brome et du chlore.
Une dissolution de nitrate d'argent produit dans les dissolutions des iodures un précipité jaunâtre d'iodure d'argent dont la teinte jaune est plus prononcée que celle du précipité de bromure d'argent. La production de ce précipité peut permettre de reconnaître les dissolutions des iodures et l'acide iodhydrique libre. En effet, comme le chlorure d'argent, le bromure d'argent, le bromate et l'iodate d'argent, le précipité d'iodure d'argent est insoluble dans l'acide nitrique étendu ; il se distingue des quatre autres précipités en ce qu'il ne se dissout presque point dans l'ammoniaque libre, mais en ce qu'il prend seulement dans ce cas une couleur blanche (p. 166). — Lorsque la dissolution d'un iodure contient en même temps un chlorure, on peut reconnaître très facilement la présence de