‹ Traité complet de diplomatie; (volume 2)Chapitre 5 sur 82 · CONSEILS A UN JEUNE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

CONSEILS A UN JEUNE VOYAGEUR

Payais des conseils à donner à tin des jeunes élèves dn Jwnislère, qpi vient d'êère chargé d'une mission temporaire poor le Brésil. J*ai demandé à celui d'entre eux, qui préside aux travaux de tous (le vicomte de C***), des iQstractions telles qu'il se les ferait àlui-^même s'il avait été ^objet du choix du ministre , pour remplir cette mission : uiae les a remises j ce travail est bien 5 il présente des vues "tgéoieuses et justes; mais ses recommandations ne sont pas àPasage de tout le monde ; il faudrait , h celui qui aurait «fcssuifre , l'avide curiosité , l'activité d'esprit , et l'essor «imagination de celui qui les a conçues , et cette réunion w^Iitës est peu commune. Heureusement , pour les afiaif», elle n'est pa» un besoin.

J'attends du Toyage du jeune élève à qui j'adresse les

iBiennes, des résultats plus substantiels et plus Êiciles à ^eilUr. Ce ne sont pas des émotions vives et de poétiques ^i^^ptions que je lui demande. Je le laisse aller à Roche- ™rt, s'embarquer, passer la mer et débarquer. Je crois bien f'une pourra rien faire de mieux, dans cet intervalle de ^ps> que d'écrire un journal 011 , se laissant aller à ses Frères impressions , il se rende compte à lui-même de toutes celles qu'il aura reçues des objets qui attireront son

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attention et des situations fort diverses oU il se tronvera saccessiyement place en coorant snr les grands chemins, on en yisilant les ports ^ les chantiers , les arsenaux d'une Tille maritime, et en naviguant sur la haute mer. Â l'ëgardr de tous ces sujets d'observation , je ne puis que lui conseiller de s'astreindre à écrire tous les jours quelques pages , et de suivre , dans ce travail , les indications qu'il trouvera dans les instructions de son ami.

C'est à Rio-Janeiro que commencent les miennes : là , ce que je lui recommande d'observer, ce n'est pas la nature si belle y si nouvelle pour lui > si riche en merveilleux effets de perspective, et dont le premier aspect excitera en lui un premier sentiment d'admiration et de surprise. C'est pour les hommes que je veux qu'ail réserve tout son intérêt ; pour les hommes uniquement ; pour leurs mœurs et pour les différences , surtout, qui existent entre ces mœurs et celles de l'Europe. Je veux , enfin , qu'il s'attache particnlièrement à trouver dans la recherche, l'étude attentive et le discernement de toutes ces différences , la raison de celles qui , sous le rapport de l'état moral, social , religieux et politique, distinguent de tous les autres peuples celui qu'il va se trouver en position d'observer.

Il y a pour les nations , sous quelque climat et sous quelque forme de gouvernement qu'elles vivent, des moeurs domestiques , des mœurs sociales et des mœurs politiques* Les premières diffèrent peu d'un peuple à l'autre; les grandes différences se font remarquer parmi eux dans les secondes , et quant aux troisièmes, le plus grand nombre de peuples n'en a point. Notre jeune voyageur ne doit jamais perdre de vue ces données de fait, dans ses observations sur les mœurs des diverses classes des Brésiliens.

Ces classes , non-seulement au Brésil ^ mais encore dans tous les pays dont se forme la vaste étendue de la partie méridionale du nouveau monde , sont plus distinctes qu'en

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Enrope. L'attention qae le voyageur est toujours dispose à donner à ce qui lui semble nouveau , y est y sur ce point , incessamment et fortement attirée par des contrastes. Les dbtances qui séparent les classes, le caractère moral de chacune d'elles , leur ignorance ou leurs lumières compantiyes , et tout ce qui résulte de toutes ces inégalités relati-< Tement à l'empire , à l'ascendant des classes élevées ou à la conditioa excessivement subordonnée des classes inférieu- Tcs, sont les sujets d'observation qui doivent le plus occoper le jeune voyageur. Ce n'est qu-'en recueillant sur tons ces points des informations exactes, détaillées et complètes y qu'il pourra se voir en mesure de se faire , n terme de sa mission, une idée exacte de la position ictaelle de ce pays , et de former des conjectures plausibles nr l'avenir que la providence lui destine. •

Après ce sujet d'observation , celui qui doit être le premier , le principal , et je dirai presque l'unique objet de ion attention^ c'est l'administration publique^ c'est-àfire , l'ensemble des rapports de tout genre que toutes les elasses des sujets ont ayec le pouvoir, et le bien qui , dans la combinaison régulière de ces rapports^ unit l'intérêt paUic avec tous les intérêts privés. Ce sujet est grave, âeré, et on ne peut se flatter d'en embrasser l'ensemble fone manière étendue, et d'en connaître les détails dans un Toyage de courte durée; mais à l'aide d'une bonne méthode, on peut espérer de recueillir des notions utiles , instructires, et qui, plus tard, vériGées et enrichies par de bonnes lectures , peuvent atteindre le but que tout voyageur réfléchi doit avoir eu vue. Je recommande particulièrement à celui pour qui j'ai rédigé ces instructions, d'interroger les personnes qui lui seront indiquées , comme les plus propres ^ lui donner des renseignemens sur les diverses branches de l'administration du pays. Je vais les passer

successiyeinent en rey ue y et indiquer brièyement les questions qui doivent lui être proposées.

i<> Le système financier, qui comprend lies recettes annuelles, leurs yariétës , les modes de prëlèyement, de répartition, leur somme totale; les dépenses, leurs espèces diverses, les sommes de chacune, les accrotssemens , les de'croissemens d'une année aux autres , leur cause , et enfin la règle et le contrôle de ces recettes et de ces dépenses.

2^ Le système judiciaire, qui comprend la législation, les tribunaux , les degrés de juridiction , le personnel et sa hiérarchie , la marche plus ou moins lente , et plus ou moins dispendieuse , de l'administration de la justice ; le crédit des cours dans l'opinion de toutes les classes des justiciables , le nombre* des procès et celui des peines dans toute leur diversité , çt la proportion de ces nombres avec celui des justiciables ; les prisons , le nombre moyen des dé tenus; administration actuelle , améliorations espérées ; police , ses magistrats , ses agens , sa force armée , le bien , le mal qu'elle produit ou peut produire.

50 Le système militaire de terre et de mer, qui comprend la législation de cette importante branche de Tadmi^ nistration publique , la composition des corps des diverses armes , leur nombre , leur force , le recrutement, la milice, le caractère moral de l'officier, du soldat , sous le rapport surtout de Tinstruction , du courage, de la discipline et de l'honneur; les écoles pour l'admission; les règles pour l'avancement et pour la retraite; les asiles pour la vété^rance ; le matériel , les arsenaux , les magasins , les chantiers , les ports , les rades , les forteresses , les projectiles , . les approvisionnemens , les vaisseaux armés^ de tout rang; enfin la navigation marchande , de cabotage et d'expéditions lointaines , premier élément de la navigation armée.

4» Le système de l'admintstration intérieure , qui comprend lerëgime municipal, les privilèges, les rapports de tout genre entre les classes 5 le bien , le mal qui en rësaltent; le caractère propre de l'esclavage , de la domination , des conditions moyennes de Paristocratie : les amëliorations à tenter, à espërer , les dangers à craindre; l'instractiôn publique; l'ëtat de l'agriculture , du commerce ; les mines , les ^briques , la pêche , la navigation intérieure, les routes; les hospices, les hôpitaux , la mendicité; prodnctions principales du pays , celles qui excèdent les besoins, celles dont la somme leur est inférieure; débouchés des premiers , moyens d'échange pour la valeur des importations; prix des objets de consommation , prix des journées des ouvriers dans toutes les professions.

Je suis à regret forcé de passer à la hâte sur cette foule JPobjets si divers , si importans , si utiles à bien connaître; et je prie le jeune voyageur de bien peser les expressions des quatre paragraphes qui précèdent , et des deux paragraphes qui vont suivre. Ce n'est pas un livre que j'ai prétendu faire pour lui , mais bien plutôt une table de chapitres, et c'est à lui qu'il appartient de les remplir. Je renx donc lui dire , avant de suivre le cours de ces indications, qfue dans ces paragraphes, il ne trouvera pas une expression qui ne puisse, qui ne doive être le sujet d'un grand nombre d'observations; elles sont, dans le fait, prises isolément, le titre réduit d'autant de chapitres dont chacun lui offrira le texte de cent interrogations diverses , et des réponses qui doivent l'éclairer sur l'objet de chacune d'elles. Je reviens à mon énumération.

5" Le système religieux. La religion de l'État ; les cultes , le clergé , ses classes en haut clergé , et clergé du second ordre, en clergé séculier et régulier; établissement de chaque classe , sous le rapport des moyens d'existence , influence des uns sur les autres , influence de chacune sur

— suie gouTernement, sur l'opinion ^ leurs droits politiqaes, le degré , le caractère de leur dépendance de la cour de Rome ; moralité , instruction , dispositions actuelles à Pé« gard des changemens surrenus et des changemens h snryenir ; séminaires , églises , paroisses , éréchés ^ chapelles y etc.

6^ Tableau de la population. Répartition de la richesse publique sur ses classes; ses rapports avec l'étendue du territoire ; différences de caractère , de mœurs y de langage , dans les villes , dans les campagnes ^ selon les professions , selon les origines et selon les âges ; ces différences dans les diverses provinces de l'immense territoire; mésintelligences et sympathies; accord ou opposition de droits et d'intérêts; classes qui sont dans un cours de progression ascendante ; émigrations , migrations passées , présentes et futures; le point de départ des uns , le but des autres ; les plus utiles^ les plus fâcheuses, les plus nombreuses ; leur influence probable sur le présent , sur l'avenir.

Sur cette partie du sujet des observations^ et même sur toutes les autres , j'ai maintenant à prévenir le jeune Toja* geur contre le danger d'un écueil sur lequel le plus grand nombre de ses devanciers , non-seulement en Amérique , mais dans les autres parties du monde , dès le début même de leur carrière , n'ont jamais manqué d'échouer. Partout un voyageur est et sera toujours un objet d'inquiétude et de défiance , ne fut-ce que par les motifs qu'on suppose à sa curiosité; le moindre inconvénient qui en résulte' est une froideur qui repousse y ou une dissimulation qui échappe à la pénétration de l'observateur , et qui f sur toutes choses , lui fait commettre les plus grandes méprises. Le moyen le plus sûr de se prémunir contre ce danger , c'est de modérer, et surtout de voiler le désir de savoir ; de n'exprimer sur rien de ce qu'on voit , ni désapprobation ni Surprise , de paraître toujours confiant y satisfait et reconnaissant; d'être

lobre en interrogations , et surtout enfin , de bien choisir les personnes de qui on attend de sincères et vraiment instmctiyes informations*

Il reste un dernier sujet d'information : c'est celui de la notoriété , qui , dans les diverses classes de la population , fail ressortir des masses les personnes à qui leurs talens, iear caractère y leurs services assurent toujours un degré proportionné de crédit sur la classe à laquelle elles appartiennent, et quelquefois sur toutes les autres. Ce que le jeune voyageur doit se dire , c'est qu'il ne pourra of&ir rien depluscarieux au ministère, au terme de sa mission, qu'une biographie du Brésil , dans laquelle doit figurer , en première ligne , le souverain régnant, le feu roi , leur famille ; Tiennent ensuite les ministres du souverain , ses entours et les leurs* De cette région élevée, il doit , autant que les occaâons et le temps lui en donneront les moyens, descendre, parcourir tous les degrés de l'échelle sociale , et s'arrêter sur tous les points où il trouvera le compte à rendre d'une renommée qui s'élève , ou d'une renommée acquise , et des titres sur lesquels elles se fondent* Le Brésil , tout le monde le sait et le voit , est loin d'être dans une position stationnaire; et, dans les perspectives d'un avenir plus ou moins âoigné , les notoriétés les plus subordonnées peuvent pren* dre y à la faveur des circonstances , une importance et un édatqui , aux yeux du ministère , doivent un jour donner le plus grand prix aux informations que ses agenslui au* ront antérieurement transmises* Il y a des pays qui sont habités par des nations sans avenir , et qui ne laissent rien à prévoir; le voyageur les observe sans intérêt, les quitte ans regret, et dit, en s'éloignant , qu'elles sont historique- I ment finies; il y en a qui n'ont point de passé , qui n'éveillent anc^m souvenir , mais qui offrent un grand avenir à la prévoyance. Ces pays forment proprement le domaine des observations du voyageur qui aspire ^ s'engager dans la car- TOME m* 3

rière de la politique; car ceux quicultiTent celte science, n'étudient le temps qui est passée etn'obsenrent celai qui passe, que pour apprendre à lire dans les temps qui doivent yenir.

— Quant an moyen d'ordre , il faut couper un grand nombre de feuillets de papier tellière en quatre parties, et les destiner à recevoir des notes écrites sur tout sujet donné et à tout moment opportun. Quand on a une observation à consigner , on prend son crayon , on met en tête du carré de papier, à droite et en majuscule, le nom du sujet, c'està-dire , soit finances , soit justice, soit guen*e ou marine, soit intérieur , soit rapports politiques , soit relations commerciales , soit population , soit en6n biographie , et en tête de gnucbe , l'espèce particulière du sujet d'observation, c'est-à-dire en parallèle du timbre finances , soit impôt indirect , soit dépense , soit règle ou contrôle de la dépense , et ainsi de suite pour les timbres de justice , d'intérieur, de biographie , etc. Il faut avoir soin de mettre la date entre les deux timbres. Je joins à ces instructions quelques exemples de ces notes indicatives , et l'une d'elles indiquera de quelle manière elles peuvent être remplies.

Ces feuillets, ainsi marqués, peuvent , quand ils ont été remplis selon les indications des timbres, être jetés pêle-mêle dans un portefeuille , et, au départ du pays, il ne s'agit plus que de rassembler les mêmes timbres d'espèces, les mêmes timbres de genre , et de les ranger pc^r ordre de date. On prend à part un sujet; à l'aide des notes on recueille tous les souvenirs qui se rattachent à ce sujet ; on médite, .on prend la plume , et on en fait un chapitre; on prend les matériaux d'un autre chapitre , on les passe tous ainsi en revue pour mettre de la même manière tous les matériaux en oeuvre ; et c'est ainsi qu'on arrive au but de composer méthodiquement un mémoire utile , instructif et complet dn voyage qu'on vient de faire.

Ces conseils ont été faits pour un voyage au Brésil , et

poarune mission de courte durëe ; mais l'approbation qu'ils ont reçue, m'autorise à penser que les règles qui y sont tracées sont applicables à d'autres pays et à de plus longues absences. Toute mission , quels qu'en soient le but et le point de départ, me paraît donc pouvoir offrir un sujet pratique Application de ces règles , à celui qui en sera chargé ; et , enefiet , à quelque classe du ministère qu'il appartienne , après Tacquit de ses devoirs^ il lui restera toujours une assez grande marge de temps pour qu'en sa qualité de voyageur , il en puisse utilement disposer à son gré, et dans Punique bat de s'instruire; il en estainsî, même des secrétaires de lé- ^tion et d'ambassade ; il en est ainsi encore des diverses dasses d'agens consulaires qui , pendant leur séjour en pays étranger , peuvent s'y regarder comme des voyageurs sédentaires ; et je me persuade qu'eux aussi pourront agréer ces instructions , et s'en approprier les règles dans l'emploi qtt*à ce titre ils voudront faire de leur temps.

Dès lors, l'objet de ce travail me semblerait pouvoir prendre une étendue pour ainsi dire indéfinie. Il embrasse réellement tout ce qui peut être un objet d'étude dans des pays où une foule d'objets de toute nature offrent aux reéercbes d'un observateur attentif. des rapports plus ou moins importans h découvrir , à apprécier , à définir , soit arec le système général de la politique et du commerce , soit avec le système particulier de la politique et du commerce de la France. Sur tous ces points si étendus et si divers, je le sens , il faut qu'un voyageur se restreigne à des objets de dioix , et ces objets seront probablement ceux qui offriront plus d'attraits à sa curiosité, ou sur lesquels des connaissances antérieurement acquises lui auront donné plus d'aptitude pour en acquérir de nouvelles dans un intervalle de temps plus ou moins limité.

J'ai dit plus haut que les meilleures instructions étaient celles qu'un voyageur s'attachait à se faire pour lui-même.

Voici, je crois , qaelle est la manière la plus sûre et la plas fiicile de procëder avec quelque espérance de succès à ce genre assez difficile de travail.

Je ferai moi-même le choix d^un sujet, et je supposerai que le yoyageur est dispose, par des goûts et une aptitude qui lui sont propres , à recueillir des données de fait étendues et précises sur la population d'un pays , et qu'il lui est permis d'y faire un assez long séjour pour atteindre , sur ce point , le but qu'il se sera proposé dans ce genre de recherches.

Il doit d'abord se présenter son sujet sous tontes les faces ; et, en premier lieu , il faut qu'il porte son attention surk population générale du pays. Cet aspect la fait voir en masse; il n'y a point encore de détails , de variétés , d'inégalités à observer. Mais cette population doit être observée à diverses époques: les recherches qu'il doit faire dans ce bat donnent lieu à un certain nombre de questions , et elles doivent être tracées d'avance. Un bon cadre de questions sur tous lés aspects sous lesquels un sujet peut être envisagé, est, à mon gré , la meilleure méthode d'observations qu'un voyageur puisse tracer. Chacune de ces questions étant inscrite sur des feuillets tels que j'en ai précédemment indiqué la forme , et avec les timbres qui sont propres à leur objet , seront ensuite remplis , soit à la suite des interrogations qu'il aura adressées aux personnes les plus capables de l'instruire , soit à la suite des lectures qu'il aura fsiites dans le même dessein*

Les questions à faire d'avance sur ce premier point de yne du sujet , ne sont pas nombreuses.

1^ Y a-t-il eu un cens qui ait été fait par l'ordre du gou*vernement, sous quelle direction, dans quel système? Et les résultats ont-ils obtenu, ou doivent-ils obtenir quelque créance ?

a^Ya-t*ileu un tel c^ns qui ait été renouvelé à plu-

•ienrs époqaes? Qaels résnltats prësente lear comparaison? A quelles causes doirent être attribuées les âîffërences ?

Le second aspect de la population me semble devoir être le rapport du nombre ayec Tétendue du territoire: ce point de Tue ne donne encore lieu qu'à un petit nombre de questions.

Quel est le nombre des habitans^e tontes classes par pro** TÎnces et par leurs subdivisions , par lieue carrëc , en déterminant la mesure de la lieue et en retranchant le nombre des militaires absens, qui ne doivent pas être compris dans le rapport?

Si la population a été estimée à diverses époques , quelles lontles différences qui résultent de la comparaison , sous le npport da nombre à Pétendue , et quelles sont les causes de ces différences ?

Le troisième aspect du sujet présente la division de la population par familles ; leur nombre , les conmiunes urbaines^ les communes rurales ; lois municipales.

Cet aspect du sujet fournit matière à un grand nombre de questions. J'indiquerai désormais les objets par voie de simple énumératipn et sans leur donner la forme interrogatoire; le voyageur y suppléera sans peine. Ainsi le nombre des fiimilles formant la population totale au moyen de cinq îndividns par famille ; les communes de cinq cents babitans et au-dessous , de cinq cents à mille , de mille et au-dessus > et par une mesure progressive quelconque jusqu'à celle de la popolaticm de la ville la plus peuplée ; maisons éparscs d'habititions, de propriétaires exploi tans ou fermiers, ou métayers ou ouvriers, maisons d'agrément; rapport de la population runile à la population urbaine ; de la population agricole à la population industrielle; de la population laborieuse à la population oisive; différences observées dans les progrès du temps et par suite du développement du système commercial , du perfectionnement de FagricuUnre et de l'accrois*

tement des fortanes mobiliaires ; iaflaence 4^ ces çUa^gemens sur le système fiscal, et par induction sur la fortune panique*

Le quatrième aspect du sujet, est lemouyenientde la population. Ici se présentent encore les objets divers ,et43urieux d'un grand nombre de questions. Recensement deç naissances et des morts; ^rapports entre elles avec la popn^ lation ; augmentation ou diminution des unes et des autr^ aux divers mois de l'année ; causes alléguées et plausibles des variations ; naissances illégitimes j rapports ; nombre des morts et des naissances par sexe ; décès par âges i moyennes de tous les rapports qui peuvent être comparés. Mariages ; rapport avec la population ^ avec les naissances, avec les décès ; variations ^ leurs causes , leurs effets. Age moyen des mariages ; secondes noces ; divorces , dans les pays où cet immoral usage est admis; variations dans les nombres à diverses époques; causes et effets sous le rapport des mœurs, , de l'ordre social et de la richesse publique.

Le cinquième aspect du sujet çst la division de la population par les sexes : les questions relatives à ce point de vue [ du sujet sont importantes ; leur but est de faire connaître le nombre des hommes, des femmes, et dans ces nombres, les mariages, les. veufs, les veuves, Ips célibataires au-dessous et au-dessus de 4o ans ; les enfans , les militaires , leSjabsens. Copiparaison de tous ces nombres sur deux années* ' Le sixième aspect du sujet est la division de la. population par les âges de ceux qui vivent et de ceux qui meurent dans l'année. Les questions de ce titre, ont pour but de cqnnaître les nombres sur toutes les personnes de cinq ans e|i cinq ans , depuis zéro jusqu'à cent. Différences observées dans la comparaison de deux années ; causes présumées.

Le septième aspe<^t d\x, sujet^^est la division de la population, sous le rappqr^ des situations sociales.. Les recherches à faire sur ce titre tirent tout leur intéi^et de la comparaison

^'il importe de feire entre leurs résultats reeueillisà différentes ëpoqnes. Les questions doivent en eaibrasser au moins deux, et s'il se peut* à dix ou quinze années d'intertalie Fane de l'autre* Les diverses parties du système social , les longues guerres de la fin d'un siècle et du commencement d'un antre; le mouvement extraordinaire qui a été imprimé aux esprits par les événemens; tout a concouru à produire des changemens dont les populations se sont partout ressenties, et ces changemens ont particulièrement porté sur les moyens d'existence des classes dont elles se composent. Les questions doivent avoir pour objet de connaître , quant ai^ nombres 9 les familles des propriétaires d'immeubles, et panni elles, celles qui viventuniquement du revenu des biens fonds ; celles qui vivent des travaux du fermage 5 celles dont le revenu se compose de deux sortes de produits;, celles qui joignent à l'une ou à l'autre de cette* nature de produite ou à toutes les deux un revetiu en argent. Les questions Toat ensuite rechercher le nombre des rentiers , des employés qui sont payés par l'État, des Commerçans^ des chefs d'ateliers ; et, prmi ces familles, celles qui joignent au fruit de leur industrie un revend en immeuble ou en argent; les Êonilles d'ouvriers , demanouvriers , de journaliers et de domestiques des deux sexes; et, enfin , les mendians , homipes et femmes vivant dans les dépôts ou errans^ <,.

Ce titre est de tous ceux qui appartiennent aA sujet , celui qai donne .lieu a^x rapprochçnaiens les plu^ insl;ructi6s et qui ^oit procurer au royag^ur les pju9 npn^l^reux .ei; les plus utiles renseigU'êmei)S4 Icij dans> la comparaison des diverses époques, il n'y a pas une différence dont les causes, s'il a le mérite de les découvrir, ne lui fassent connaître les influences que la politique généiçale ,' le système, général du

commerce et celui des pays qu'ilobserve , exercent sur l'éta.^ des peuples et «ur la condition des diverses classes dont ils se coinposent.' Il doit dimc observer avec soin toutes ces

diflërences et sMtttdier à en connaître surtout les causes. Les recherches qu'il fera dans ce but, lui fourniront le texte. d'une foule de questions curieuses ; il me suffit ici de lui en avoir indiqué le but et l'objet.

Enfin le huitième aspect du sujet est le tableau de la cons* titution physique et celui de la constitution morale des habitans du pays.

Le premier de ces deux tableaux comprend, entr'autres objets dès questions à poser, la stature , les formes , la force des habitans des villes et de la campagne; les différences d'un sexe à l'autre, et de chacune des grandes divisions dn pays à toutes les autres; l'ëpoque de la nubilitë, le tempérament dominant , la fécondité moyenne des mariages, celle des professions industrielles, aux travaux desquelles les femmes et les enfans participent; l'âge auquel ceux-ci commencent à se rendre utiles; la durée delà vie laborieuse des hommes et des femmes; la vie moyenne^ les exemples de la longévité; les maladies; celles qui sont' les plus fréquentes ; les saisons oh, elles se multiplient , les causes ; les épidémies , la petite vérole , la vaecine.

Le second tableau comprend l'éducation des enflins , les mœurs générales; celles de chaque classe , le caractère reKgicux du peuple^ de ses diverses classes ; les changemens survenus; viennent ensuite les usages, les fêtes , les amusemens publics , les théâtres ; les coutumes des habitans des campagnes, des villes, le régime diététique , les repas , les habi-» tations , le luxe; enfin , la langue , son origine', seti changemens , son état actuel, le langage populaire; l'état des seiences et des arts. '

Je ne porterai pas plus loin cette énumération'; elle pourrait être plus détaillée , plus étendue et plus complète ; mais mon but n'a été que de présenter un exemple et d'indiquer un mode technique d'investigation, facilement applicable h tous les sujets d'observation et d'étude qui peuvent attî-

rer et fixer l'attention da voyageur. Ce qne je viens d'estayersor la population d'an pays et sur tons les aspects sous lesquels elle peutélre envisagée par celui qui a un intérêt de cariosîtë ou d^insfraction à la bien connaître, peut tout aussi &cilement être fait à l'ëgard de tout autre objet local d'observation et d'étude , soit qu'il s'agisse des ânances , de son agriculture , de son commerce , de son industrie , de ses institutions poli tiques, civiles , administratives et militaires. Chacun de ces sujets , d'après cette méthode , doit fournir un thème à un nombre indéterminé de questions. Ces ques-» tiens doivent être inscrites en tête d'autant de feuillets datés et timbres du nom générique de leur objet et de l'espèce particulière qui dislingue celui auquel la question se rap-* porte ; et on conçoit facilement que , si ces questions , lors- ^'elles sont suivies de réponses désirées , présentent l'ensemble de tons les objets qui peuvent intéresser un voyageur; les mille notes indicatives qu'il aura journellement recueillies , pouvant facilement , à l'aide des timbres , être comparées , combinées et bien classées , devraient , au terme de son voyage , le mettre en mesure de se rendre compte des observations les plus légères qu'il aura pu £Eiîre à tous les momens du jour , et d'en fiiire ensuite le sujet d'un ouvrage méthodicpie et véritablement instructif sur le pays qu'il pourra enfin se flatter d'avoir vu et observé en véritable voyageur.

De tous les avantages que l'on pourra retirer de cette mé« tkode , le premier , à mon gré , et celui auquel j'attache le plus de prix, est un préservatif contre le danger de toutes les occasions qui tentent le voyageur à dissiper son attention, et lui font perdre la trace de l'impression qu'a faite sur loi un objet nouveau qui ne l'a frappé que momentanément, qne pour le livrer immédiatement après à l'attrait d'un nouvel objet, sans qu'il reste aucun souvenir de cette succession d'impressions, jfugitives. L'habitude de tout observer ,

pour toat retenir , lui fera d'abord un trésor d'obserTatîons de ce qui j sans cette habitude , n'aurait été qu'un rain et stérile emploi du temps: ensuite cet assujettissement sera pour lui un moyen d'acquërir peu à peu la fiicilité de conceyoir rapidement et d'exprimer facilement ses idées : cette facilité a , dans le service , un prix incalculable* Un autre avantage est celui qui doit résulter de l'usage de se faire , sur tous les sujets qu'on a intérêt à bien connaître , des questions qui embrassent tous les points de vue , sous lesquels ce sujet doit être envisagé. Une question bien posée est, pour ain^t dire , h moitié résolue. Une série de questions bien ^ites , sur quelque nature d'objets d'étude que ce soit, sur une science , un art , une doctrine , un établissement y est comme une collection complète des germes de tout ce qu'il importe de savoir : les réponses qui doivent les féconder sont quelquefois aussi instructive» pour celui qui les donne que pour celui qui les reçoit ; c^est particulièrement dans ce but que je recommande au jeune voyageur de se faire d'avance autant de séries de 'qucAtions qu'il le pourra sur* ce qu'il a le désir d'apprendre , et surtout de les ordonner d'après une méthode qui lui donne quelque assurance qu'elles seront aussi précises que complètes. De tontes les facultés de l'esprit humain , la curiosité est celle qui est là plus féconde ou la plus stérile en résultats électifs, selon qu'elle est bien ou mal dirigée.

J'ose concevoir l'espérance que la méthode que je propose pourra produire le bon «ffet de faire sentir aux jeunes gens , qui en feront l'essai , de quelle importance il est pour eux de bien régler l'usage de cette Êicnlté, et qu'ils y trouveront un moyen certain de retireir de l'application exacte et constante de ces règles, fous les avantages qu'ils peuvent en attendre. Il y a> dan& la pratique de cette méthode, deux genres principaux d'exercice qui seront pour eUx d^une grande utilité présente, en ce qu'ils leur assureront nn

moyen facile et sûr de co&serrer la trace de tontes les impressions fugitives qa'ils auront momentanëment reçues , et dont le souyenir serait à jamais perdu sans l'usage de cette méthode j et d'une utilité réelle d'ayenir , en ce qu'ils leur feront contracter à la fois l'babitude d'écrire beaucoup , celle d'écrire facilement , et celle d'écrire yite , habitudes qui , je leur en donne . l'assurance , ne peuyent manquer de leur £iire acquérir le talent de bien écrire y ou qui tout au moins feront paryenir à son plus haut point de développement ce talent , dans toute la mesure où il leur a été dpnné de l'étendre. Je ne sais si je me trompe y mais je pense que la facilité et la rapidité sont , en même temps y et les meilleurs moyens et les meilleurs indices d'une bonne rédaction. J'ai yu beaucoup écrire, j'ai donné beaucoup h écrire, j'ai même beaucoup écrit , et il in'a toujours semblé que. les personnes qui , dans ce genre de travail , remplissaient mal la tâche qui leur était donnée , avaient plus de peine y et mettaient plus de temps à mal écrire , que ceux qui avaient acquis par une longue habitude la facilité de bien remplir la leur. Je ne peux donc qu'engager nos jeunes voyageurs à toujours avoir les yeux ouverts , à tout observer et tout voir, à multiplier leurs remarques» , et à- remplir leurs notes de tout ce qui aurait fait naître des idées ou excité des souvenirs dai^s leur esprit. Je leur recommande surtout de ne s'inquiéterni du choix des expressions , ni de la nature et de Vimpor lance des objets âfi leurs observations habituelles. L'exercite des yenx> de la main , de l'attention , de la mémoire , de la réflexian , sont ici un premier avantage dont; le prix est toUt-à-fai t. indépendant des effets qu'il doit produire* Les notes inutiles ou mal £iites ne sont pas une surcharge bien incommode dans le portefeuille d'un voyageur , et il ensera fait justice au terme du voyagjÇ,. par le triage sévère, qui d^vra en précéder, k classification finale par Ojcdre de date ^ d'objets. , et du genre et de l'espèce de ces objçts« Je crois pouvoir garantir à nos

jeaneaobsenrateurs , qa'après senlement trois ou qaatre mois d'une pratique intelligente et assidue de cette méthode , ils s'apercevront que leur manière d'écrire est en même temps naturelle , plus facile , plus élégante et plus correcte qu'elle ne l'était avant qu'ils Feussent connue et adoptée*

Les formes qui suivent , sont celles que j'ai annoncées à la page 16, et où j'ai indiqué par quel motif et dans quel but )e les présentais comme exemple à suivre à l'égard des notes que les voyageurs auront à consigner sur tous les objets de leurs observations.

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