INSTRUCTIONS
Donne'ès au baron de Bretbuil j ministre de France
à St Pélersbourgm
Toute correspondance était interrompue depuis plusieurs années entre la France et la Kussie , d'où le Roi avait rappelé le ministre et le consul que. S* M. y entretenait. On n'avait pas même conservé à Pétersbourg de ces liaisons indirectes qu'il est d'usage de se ménager dans les autres pays , lors même que des raisons politiques font cesser les relations publiques et avouées. Ainsi on ignorait entière-
ment à Versailles toat ce qui poayait ayoir rapport aa gonvainement msse, anx dispositions de rimpëratrice,anx mes de son ministère ,lorsqu'en 1765, cette princesse , exci ttfe soit par ses sentimens personnels pour S. M. , soit par les conseils da comte de Woronsow , alors son yice-chancelier, fit parvenir au roi les assurances du désir qu'elle avait de rétablir entre la France et la Russie l'intelligence la plus parfaite*
Ces insinuations avaient été Mtes dès 1 y55 ^ mais on n'avait pas cru alors qu'elles fussent assez autorisées* Plusieurs avis particuliers ayant confirmé successivement la sincérité de ces premières ouvertures , le roi se détermina enfin à faire passer à Pétersbourg le sieur Douglas , pour vérifier* si ces avis avaient un fondement assez solide pour mériter quelque confiance de la part de S. M.
Un premier voyage , qu'il ne parut faire que par un simple motif de curiosité, le mit à portée de constater l'existence réelle des dispositions qu'on avait annoncées au roi de la part de la Russie. S. M. jugea convenable, en conséquence , de renvoyer à la même cour le sieur Douglas, avec le titre de chargé de ses afiàires', en même temps que le sieur de BickteiefF vint en France, avec la même qualité, de la part de l'impératrice de Russie.
Cette démonstration de réunion entre les deux cours fiit bientôt suivie du rétablissement éclatant de leurs correspondance par la nomination qu'elles firent de leurs ambassadeurs respectifs , pour résider à Paris et à Pétersbourg.
Le roi confia cette importante commission au marquis de L'Hôpital , qui par ses talens et parsoo zèle a parfaitement justifié le choix de S* M. Mais cet ambassadeur^ dont la santé a été considérablement altérée en Russie, ayant en plusieurs occasions témoigné le besoin qu'il aurait de repasser en France pour y prévenir les suites de ses incommodités , le roi a bien voulu avoir égard à ses représenta-
lions 9 et laî a hissé la liberté de continaer les fonctions de son ambassade , on de revenir auprès de S* M. , suivant qu'il le jugerait lui-même le plus à propos pour le succès des négociations dont il est chargé , et pour sa convenance personnelle*
Le roi prévoyant en même temps Vinconvénient qui pourrait résulter pour le bien de son service , du retour du marquis de L'Hôpital y si cet ambassadeur n'était pas remplacé immédiatement par un autre ministre de S. M* » elle a jeté les yeux , pour cet effet, sur le baron de Breleuil , mestre-de-camp de cavalerie , qu'elle a nommé son ministre plénipotentiaire auprès de l'impératrice de toutes les Rossies.
Les preuves qu'il a déjà données à S. M», non- seulement ^e son intelligence et de sa dextérité dans l'administration des affiiires qu'elle lui a confiées , mais aussi de sa sagesse et de sa prudence dans la conduite quMl a constamment tenue dans les emplois militaires et politiques qu'il a remplis , lui ont mérité la préférence que le roi a daigné lui accorder en cette occasion , et à laquelle le marquis de L'Uopi tala lui-même applaudi avec les témoignages les moins équivoques de satis£aiction*
Pour mettre le baron de Breteuil en état de s'acquitter, conformément aux vues de S. M*, du ministère dont elle vent bien l'honorer , il est nécessaire qu'il soit exactement instruit de l'état actuel de la cour de Pétersbonrg, de la situation des affaires générales par rapport à la Russie, et aux engagemens qu'elle a pris , surtout depuis le commencement de cette guerre , enfin du système de conduite qu'il devra suivre tant vis-à-vis de l'impératrice, de sa cour et de son ministère , que vis-à-vis du marquis de L'HôpitaL La communication qui a été donnée au baron de Breteuil de tonte la correspondance relative à la cour de Pétersbourg , l'aura déjà informé de la nature , de l'objet , de l'é-
tendue et de la suite des nëgociations dont le marquis de L'Hôpital a ëtë charge, et des instructions et désordres que le roi a fait adresser à cet ambassadeur. Cependant il ne sera pas inutile de remettre ici sous les yeux du baron de Breteuil un tableau raccourci et fidèle de tout ce qui s^est passe à cet égard.
Le roi , en terminant ayec modération et généro&itë , en 1748, la guerre occasionée par la mort de l'empereur Charles vi, s'était non-seulement proposé de procurer à ses peuples une paix qui leur était devenue nécessaire , mais encore de rétablir sur des fondemens solides et durables le repos de l'Europe et l'intelligence la plus sincère entre tous les souverains qui la gouvernent. S. M. aurait eu cette satisfaction si les autres puissances , animées des mêmes principes d'équité et d'humanité , avaient voulu concourir à des vues si salutaires ; maïs elle ne tarda pas c^ s'apercevoir qu'elle était presque la seule de bonne foi , et avec des in* tentions pures et désintéressées. Le système politique qae l'Angleterre parut d'abord disposée à suivre fit soupçonner que cette couronne n'avait désiré la paix que par l'impossibilité absolue où elle était de continuer la guerre , et qu'elle ne profiterait de l'intervalle du calme que pour se préparer à une nouvelle guerre. L'événement n'a que trop justifié celte conjecture.
La cour de Londres , pour mieux masquer ses vues d'ambition et de cupidité , consentit à nommer des commissaires pour travailler de concert avec ceux du roi , et conformément à l'article 8 du traité d'Aix-la-Chapelle, à concilier les points de discussion que l'activité avec laquelle la paix avait été négociée et signée, n'avait pas permis de régler parle même traité.
. Une fut pas difficile de remarquer, dès les premières conférences, que l'Angleterre ne cherchait qu'à gagner da temps , pour se mettre en état de se procurer par la force
ies armes ce qu'elle pfëroyait parfaitement ne devoir ni ne pouToir obtenir par les raisons de droit*
£n>effet , les Anglais ne tardèrent pas à dëvelupper , par les mesares qa'ils prenaient soit en Amérique , soit en Europe , les vastes projets qu'ils avaient formes , et qa'ils ont ensuite exécutes , en qranqoant Avec autant de violence que d'injustice et de mauvaise foi^k toutes les lois et è foutes les bienséances.
Us commencèrent la ffierre sans la déclarer; elle roi, forcé de venger sa gloire personnelle , espéra que cette goerre ne s'étendrait point jusqu'au continent de l'Europe. Bien loin de vouloir associer aucune antre puissance à sa querelle particulière^ S. M. invita même la plupart des souverains à se renfermer dans les bornes d'une exacte neutralité; mais la cour de Londres, animée par des principes absolument contraires y ne négligea rien pour rendre la gnerre générale, afin que la France ^ obligée d'employer BHe partie de ses forces de terre ^ fut moins en état de résister aux entreprises que PAngleterre disait sur mer*
Le roi de Prusse , excité par des vues personnelles d'am* bition, se livra sans ménagement à la passion des Anglais; et après avoir envahi la Saxe par les procédés les plus odieux et les plus violens , il attaqua injustement les états de l'impëratrice-reine de Hongrie et de Bohême.
Le roi, engagé par un traité défensif à secourir cette princesse, et par sa qualité de garant des traités deWestphalie à maintenir les droits des princes de l'empire et ies constitutions et libertés germaniques , ne pouvait pas sans manquer à ces deux devoirs essentiels , abandonner l'impé* ratrice-reine et le roi de Pologne, électeur de Saxe. S* M* a même , pour remplir ces deux objets, sacrifié son intérêt le plus inamédiat aux sentimens d'honneur et de fidélité qui prévaudront toujours dans son cœur sur toute autre considération.