TOME III. J
Le tratë définitif conclu entre le roi et l'impëratricerei ne avait ëtë signe le i" mai tjSSi et LL. MM. araîcnt jugé à propos d'inviter l'impëratriee de Sassîe à y accéder. I/acte de cette accession fut signé le 1 1 fanyier 1^67. Le roi avait exigé absolument com«ie une condition sine tpiâ non 9 «[ue les Turcs fussent nommément exceptés du cas de l'alliance défensive de sa part ; et cette exception , dont Pomissîon avait été faite dans le traité du \^^ mai i^SS, et qui a indisposé la Porte ottomane contre la France , fut explicitement énoncée dans l'acte d'accession de la Bussîik Mais le sieur Douglas , sans ordre $ et formellemest centre ses instructions , prit mal à propos sur lui y de signer en même temps , par le conseil du comte d'Esterhazy, one déclaration qui devait être , disait-on ,'très secrète , et qui détruirait entièrement l'exception stipulée en faveur des Turcs. Le roi refusa de ratifier cette déclaration, et elle doit être regardi^ comme nulle.
Cependant la Russie , en exécution du traité conclu en 1756 entre elle et les cours de Tienne et de Saxe, avait envoyé une armée auxiliaire sous les ordres - du inarédial Apraxijtl , pour attaquer le royaume de Prusse.
Tel était l'état des choses , lorsque le marquis de L'Hôpi^ tal partit au commencement de 1767 y pour se rendre à Pé«* tersbourg , où il n'arriva que dans les premiers ^urs de juillet.
Le mémoire remis à cet amblissadear pour lui servir d^ns* traction , lui reconmiandait prtneipalement :
10 De travailler à fortifier l'inteUtge&cè rétablie entre les deux cours, et à se concilier la cbz^iiGe de l'impén^ triceet du ministère de Rusne y
â* De se rendre aussi agréable qu'il serait possibb aa ^âd-«âuc et à la ^ande^duchesse de &«ssie y et ^ leur inspirer des seiitimens conformes à runion constante des deux empires ;
— «ae —
i^ De s'occuper à détmiee, on <ln mokisà aif&lblir l'inflaence des Anglais à la cour «le Pëtersbourg, par rapport à la politique et au coouKierce y et de fiiire < sentir qu^ ces deux égards Talliancè de la Russie avec la France est susceptible de inoins d'inconvéïUens ^ et est plus arantageuse^
4» D'étudier ayec l'attentioa la plus suivie, quelles étaient les Téritables dispositions du ministère russe relatÎTcment à la Turquie , à la Suède et à la Pologne ;
5^ Dans tout ce qu'il aurait à négocier , de se oondiiire confonnéâient aux dësifs de l'impératrieé de Kussio', dont les mîmatres aTaient Cail entendre , e» plusieurs oocamnsi ^'elle serait blessée si l'on admettait un tiers da^ ce* qui ne devait éijre traité que directement et excluisivement entre deux paîsvances si réspeétobles ; . « !
6® D*apporter tous ses soins à vérifier le degré d^intimité et de confiance qui subsiste entre les deux tmpératrâoes ^ et jusqu'à quel point elles portaient le concert établi ^tre elles^ soit poiM^ 1^ con&mation de la. guextre pi^édente'y doit pour les couditiox^.de la paix future ;
^o ])'eni|)lQyer t0u|e sa dej^térité à pénétrer W di^posir tiens intécieures Ws plus générales sur le successeur désigné au trône de Russie et quels sont ses partisans,' ou cens dn |eni^ prince Y.van. , . .^
hea mâmes. objets di^iv^ent fixer l'appUeatidu dn baron de Bretenil^ et. êirè les sujets de^sejEf observetionê les:plus Ap« profondie$« .' -, .. • , .• -! • J>* : ; m •; •.>
Les di^-bnit premiers mois deiséjoar du msirq^is de L'Hàpîtal en Russie n'otit été marqiéés par aucun événement cqu* sidér^ble , si l'ou e)cceq;>te k dis^ftce éclatanliç ^ comte de Bestucheff, grand chancelier de Russie , qui depuis plusieui'S auâ^ft «basait de la confiimce.ëntière 4<^nt l'impéralf icii sa maîtresse.Bbonorait* •> . >!• '
, Il y a miâme beaucoup dîappanence.. que c'est (à la mau* ▼aise intiention et aux inanége^ antifirîeux de .•oe-, ministre
— «eo —
qu'on doit les campagnes aussi peu honorables qne peu utiles que Parmëe rasse a feites en 1767 et en 1758*
On n'a commence qn'en 1769 à démêler le système poli' tique de la cour de Pëtersbonrg : mais ce système a varié sniyant les circonstances 9 et c'est ce qu'il importe de&ire connaître au baron de Breteuih
On avait en en France des avis qui y étaient venus successivement de plusieurs endroits > et par lesquels on avait appris que les Anglais cherchaient à. inspirer à la Russie des pensées de paix , ou à l'engager du moins à déterminer la cour de Vienne à se réconcilier avec le roi de Prusse* Oa ajoutait , avec beaucoup de vraisemblance , que ce prince avait demandé la médiation de l'impératrice de Htissie.
Le ministère de Pétersbourg avait même déclaré bien précisément en plusieurs occasions au marquis de L?Hopi^I, que cette princesse désirait k paix» et qu'il fallait y travailler.
Cette déclaration ainsi réitérée^ et combinée avec ce que le roi savait d'ailleurs , parut mériter une attention d'autant plus sérieuse que la Russie n'avait retiré ni gloire ni profit des opérations de son armée; que la ]|Prance n'avait éproaTë que. des revers pendant la campagne de 1768; qu'il y avait peu de concert et beaucoup de jalousie entre les généraux autrichiens et les généraux russes 5 et qii^on ne pouvait pas douter que les cours de Londres et de Berlin n'eussent encore un parti puissant en leur feveur à la cour de Pétersbourg. Toutes ces considérations engagèrent le roi à former un nouveau plan pôlHique , également convenable à sa dignité, à ses intérêts, et à sa fidélité à l'égard de ses alliés. :.'!
S* M. avait conclu, le Sodécembre 1758 , arvec Fimpératrice-reine de Hongrie et de Bohême > un nouveau traité par lequel la France setfwqifBijb dans la nécessité de continuer la guerre en Allemagne aussi long-temps que cette
princesse voudrait mesurer ses forces avec le roî de Prusse pour reconquérir la Silésie.
Le roi ne pouvait donc plus , sans rendre sa bonne foi et ses intentions suspectes , exciter la cour de Vienne h faire son accommodement avec S. M* prussienne. D'ailleurs l'alliance du roi avec la maison d'Autriche ne pouvait être utile qu'autant qu'elle serait durable , et il était essentiel de ne pas avoir pour cette maison des procédés qui To- Uigeraient à reprendre ses anciennes liaisons avec les en- Demis de la France.
La Russie n'ayant ni les mêmes ménagemens à observer JuIes mêmes dangers à craindre , pouvait sans inconvénient proposer une médiation armée à laquelle les cours de Vienne et de Berlin seraient forcées de déférer*
Il était naturel de penser que la cour de Pétersbourg saisirait cette idée avec ardeur , et chercherait à se procurer par la paix une réputation qu'elle ne pouvait guère se flatter alors de se procurer par le succès de ses armes.
D'un autre coté, le roi désirait sincèrement de faire cesser la guerre avec les Anglais , devenue par les événemens trop onéreuse aux finances et à la marine de S* M*,/ à la navigation et an commerce de ses sujets. -
Le roi d'Espagne venait de lui offrir sa médiation pour réconcilier la France avec l'Angleterre ; et S* M. l'avait acceptée avec autant d'empressement que de confiance dans l'amitié de ce prince.
Il y avait donc apparence que le repos public ponvait être bientôt rétabli ; d'un c6té ,' par la réconciliation du roi avec le roi d'Angleterre , sous la médiation de S* Af • C. ; et de Vautre y par la paix de l'impératrice-reine avec le roi de Prusse , sous la médiation de l'impératrice de Hussie*
D'après ce système , lé roi fit adresser des instructions an niarquis de L'Hôpital, Dès le 8 juillet de l'année dernière, S. M* lui ordonna de profiter de la première occasion que
le ministère russe lui fournirait ponr exposer légèrement ,. et comme de lui-même , le projet qu'on vient d'indîqner.
Soit que le comte de Woronzow y devenu grand chancelier de Kussie , n'eut pas mis le marquis de L'Hôpital à por« tëe d'exécuter ee qui lui avait été prescrit ; soit que l'ambassadeur du roi eût jugé qu'il fallait pour cet e£fet attendre des circonstances plus fiiTorables , il n'aurait ûiit aucun usage du plan en question , lorsque deux victoires remportées par les Russes sur l'armée prussienne , parurent opérer mi changement considérable dans le système et les vues politiques de la Russie*
Jusqu'à cette époque cette puissance , dans tout ce qu'elle avait &it pour le soutien de la cause commune en Allemagne , ne paraissait agir que par un motif d'amitié et de générosité en faveur des cours de Vienne et de Dresde , et par fidélité aux engagemens particuliers qu'elle avait contractés en 1746 avec rimpératrice->reine et le roi de Pologne, électeur de Saxe.
Le ministère dePétersbonrg^ qui s'était borné à représenter de temps en temps que les dépenses que la guerre lai oceaûonait étaient excessives, n'avait jamais parlé de dédommagement à stipuler pour la Russie , aux dépens du roi de Prusse, lorsqu'on négocierait la paoi6cation de l'Allemagne. Cette prétention n'a été produite que sur la fin de l^nnée derrière , lorsque le roi eX l'impératric&4*eine ayant invité l'impératrice de Russie à accéder au traité du 5ode décembre i^SB, entre les cours de France et de Vienne, et au traité du 4 ^^ ^^i ^c la même année , entre les couronnes de France et de Danemarck , la cour de Pétersboorg fit remettre successivement un mémoire le 26 «P^ctob^ et une note le i^ de décembre 1759*
Oes pièces s'expliquent fort clairement sur le dédommagement prétendu de la Russie pdur les frais de la guerre. Cette puissance demande formellement la cession , en sa 6-
veur, du royaume de Prusse , du moins jusqu'à ce qu'elle soit remboursée des dépenses qu'elle a faîtes; et elle fait entendre assez clairement que son inteution est de faire dépendre son accession aux deux traités dont on Tient de parler, des en§Bgemens qu'elle voulait ûiire prendre aux cours de France et de Vienne relatÎTement au dédommagement dont il s'agit*
Le roi a senti d'abord toutes les conséquences et les dangers d'une pareille prétention , dont l'objet est de convertir Due accession simple et des stipulations purement défensives , en un nouveau traité à conclure , dont les suites éloigneraient nécessairement la pacification , et prolongerai' nt les malheurs de la guerre au-delà des bornes que S» M. désirait de leur donner , et au-delà de ce qu'exigeraient d'elle tes alliances actuelles.
Le roi a une guerre personnelle, et il l'a constamment soutenue par ses propres forces , sans avoir stipulé dans aoeun de ses traités nulle espèce de secours ni en troupes , ni en yaisseaux, ni en argent, de la part de ses alliés* S. M. n'a même demandé aucun avantage pour elle^ par rapport à b guei^re d'Allemagne ; et quoique cette guerre ait été et soit encore beaucoup pins onéreuse à ses finances qu'à celles de la Russie , le roi continue de secourir , avec la plus grande vigueur , ses alliés dans l'empire , sans autre fruit que lu gloire de remplir , avec la fidélité la plus scrupuleuse et la plus giraiide générosité , les eng^gemens qu'elle a contractés soit avec le corps germanique par les traité^i de Westphalie, soit avec la cour de Vienne par le traité défensif du i«^ de mai 17S6. Enfin S* M« n'a a^cun intérêt secret à continuer la guerre ; elle désire très sincèrement la paix ; et comme ses vues sont remplies d'équité et de modération , sa façon de procéder ^st conforme à ses sentimens.
Rien n'est plus contraire à de pareilles di^positipns que la prétention ^e la Russie , à qui les snccès oqt fait conce-
Toîr des projets de capiditë qui ne pourraient peut-être avoir leur éxecution qu'après plusieurs campagnes heureuses.
Dans cet état des choses , le roi y après avoir mûrement rëflëchi sur les objets essentiels , a pris le seul parti qui convenait à sa dignité , et qui concilie ses principes personnels avec ses alliances , et avec les ménagemens que S. M* vent avoir pour l'empire de Russie.
Le roi a fait remettre au ministre russe une réponse £àr^ melle et ministérielle eu mémoire et à la note de la cour de Pétersbourg; et c'est d'après ces pièces que le baron deBre^ teuil dirigera , avec la plus grande précaution , son langage et sa conduite.
Il y verra , i« que S. M. persiste invariablement dans la distinction qu'elle doit et veut mettre entre sa guerre centre les Anglais et la guerre d^Allemagne; et que , par une suite nécessaire, les négociations de la France pour sa future réconciliation avec l'Angleterre , seront absolument indépendantes et séparées de celles qui auront pour objet la pacification de l'Allemagne.
2» Que par rapport aux négociations relatives à l'Allemagne , le roi sera constamment disposé à se concerter ayec ses alliés, et à concourir à tons les moyens qui seront jugés convenables pour pacifier cette partie de l'Europe à des conditions honorables et solides.
5*^ Que pour le dédommagement demandé par la Russie, c'est avec la cour de Vienne que celle de Pétersbourg doit négocier. L'impératrice- reine est seule partie principale et directe dans la guerre qu'elle soutient contre le roi de Prusse 3 le roi et l'impératrice de Russie n'y jouent que le rôle d'auxiliaires. Nous avons contracté avec la cour de Vienne seule nos engagemens défensifs , et nous avons ensuite invité conjointement la Russie à y accéder. Il feut que cette dernière couronne suive la même ivéthode , c'esf-
à-dire qu'elle stipule sur ses avantages personnels arec ta coar de Vienne y et qae ks deux impératrices invitent le roi à accéder au traité qu'elles auront conclu ; mais ces princesses sont trop équitables pour exiger de S. M* des .eogageroens dont le poids rendrait intolérable la double ^erre qu'elle a à soutenir.
Le roi ne refusera de se charger de nouvelles obligations à remplir , que parce qu'elles le mettraient dans l'impossi* bilité d'exécuter les anciennes , et parce que ses forces et ses finances ne suffiraient pas pour fournir à des entreprises plas étendues et à des dépenses plus considérables. C'est d'après ces observations que le baron de Breteuil s'expli* qnera sur les sentimens du roi; et si la réponse que le marquis de L'Hôpital a dû remettre à la cour de PéterbOurg, y est accueillie avec la même bonne intention qui l'a dictée, l'impératrice de Russie, n'en sera pas moins disposée à accéder aux traités du 4 de mai et du 5o de décembre 1758* ••••
Il est heureux pour la Russie , ajoutent les instructions , d'avoir eu des souverains qui ont travaillé avec succès à faire disparaître successivement les restes de barbarie qui sabsistaîent encore vers la fin du dernier siècle; noais la saine politique ne doit pas permettre qu'on laisse la cour de Pétersbourg profiter des avantages de son état actuel pour augmenter sa puissance et étendre les bornes de son empire. Un pays presque aussi étendu que les états réunis des plus grands princes de l'Europe , et qui , n'ayant besoin que d'un petit nombre d'hommes pour sa sûreté particulière , peut avoir au*dehors de ses frontières des armées formidables; on pays dont le commerce s'étend jusqu'à la Chine 9 et qui est à portée de s'enrichir en se procurant de l'Asie , facilement et en peu de temps , les denrées que les autres nations ne peuvent en tirer qae 'par de longues et dangereuses na« TÎgatîons; un pays dont les troupes sont aujourd'hui aguer-ries, et dont le gouvernement est absolu et presque despa<p
tiqae ^ doit avec raison paraître redoutable à ses voisins actuels , et successiTement aax peuples qui le deyiendront an moyen de ses nouTelles conquêtes.
Ou peut assurer sans exagération, que la puissance des Russes est presque augmentée de moitié depuis la mort de Pierre I, et l'on peut juger par le rôle qu'elle joue aujourd'hui y de celui qu'elle jouerait sur la scène du monde , si de nouyelles acquisitions la portaient à un pk»< haut degré de grandeur et de pouToir. Les cours éclairées ont s^oiti , lorsque les armées moscorites parurent pour la première fois en Allemagne, combien il était dangereux de les y avoir introduites, et combien il était intéressant pour* tous les souverains, de veiller avec attention sur les vues et sur les démarches d'une nation dont la puissance commençait déjà à devenir redoutable ; mais la cour de Vienne ne consulta que le besoin du moment présent, «lorsqu'elle appela les Russes à son secours dans les deux dernières gjuerres ocotsionées , Pune par la mort du roi de Pologne , Auguste n , et l'autre par la mort de l'empereur Charles yi. L'impëratriee-reine de Hongrie et de Bohème s'est conduite dans h présente guerre par le même motif Sf et qui sait , tt elle , ou du moins ses successeurs, n'auront pas à se repentir quelque jour d'avoir eu recours à de pareils auxiliaires?
L'impératrice qui occupe aujourd'hui le trône de Russie n'a pas vraisemblablement des intentions qui puissent et doivent être suspectées d'une ambition démesurée ^ mab elle ne régnera pas toujours, et sa modération parsonoelle lie fait pas cesser an danger plus réel et plus durable qae Ia vie de cette princesse. '
Lés violences que k Russie exerça en Pologne , en i735 et 1754 , son entreprise contre la ville de Daatzick , qu'elle assiégea contre toutes les lois de la justice et de la bienséance , et qu'elle punit ensnite sévèrement d'avoir voulu défendre sa liberté et ses droits; un ambassadeur de France
et trois bataillons français retenus dans une humiliante et dure captivité contre la teneur d'une capitulation formelle ^ mais artifîciensement interprétée ; un antre ambassadeur du roi , traité avec l'indécence la plus injurieuse $ la hauteur a?ec laquelle la Russie a exigé le titre impérial des souverains qui n'ayaient pas encore eu la complaisance de le lui accorder , le peu de fidélité qu'elle a fait paraître dans Pexécation de son dernier traité avec les Turcs , qui se plaignent de ce qu'elle a établi un fort et une colonie sur un terrain qui leur appartient y et de ce qu'elle retient beaucoup de sujets de l'empire ottoman à qui la liberté devait être rendue immédiatement après la paix de Belgrade; Fautorité qu'elle a prétendu exercer sur le gouvernement intérieur de la Suède -, la façon dont elle se conduit avec les Polonais depuis trois ans; les rues qu'elle a déjà annoncées par rapport à une fixation de limites entre l'empire russe et la Pologne ; enfin le système et la conduite de la Russie , la forme de son administration et son état militaire , doivent fiiire craindre l'agrandissement de cette puissance à tous les princes qui ont à coeur la sûreté et le repos pubUc Ce motif suffirait pour Élire désirer au roi que Fimpératrice de Russie 86 désktât de ses prétentions sur la Prusse ducale ; quand même 8« M. n'aurait pas une raison plus pressante et plus procteiiie de ^tourner un projet qui ne pourrait que multiplier les calamités de la guerre ' et les embarras de la paix*
Le baron de Breteuil sentira aisément qu'il ne doit faire usage de ces détails que pour, veiller ayec attention sur les desseins de la Russie relativement à tous ces objets ^ et sur leb mesures qu'elle pourrait prendre ou préparer pour en assurer tôt on tard l'exécution.
Cette vigilance est d'autant plus nécessaire , que la cour de Pétersbourg a un plan de politique bien formé dont elle ne s'écarte pas , et qui paraît bien lié dans toutes ses parties;
mais qu'elle ne dëyeloppe que saccessiyement , et à mesiire qae les ëTënemens et les circonstances lui en fournissent l'occasion. D'ailleurs ses ministres dëfians et soupçonneux joignent à la dissimulation naturelle à leur nation, la suite la plus méthodique dans leurs propos , dans leurs écrits et dans leurs démarches.
On a déjà dit qu'ils ont souvent témoigné au marqnis de L'Hôpital le désir qu'a l'impératrice de Russie de négocier \ directement arec le roi et indépendanunent de la cour de
Vienne. Ils tiennent vraisemblablement le même langage à celle-ci ; et leur intention est sans doute de ménager la France et l'Autriche , et de les contenir l'une par l'avtre pour les faire servir également au succès des vues d'ambition qu'on peut Içur supposer , du moins quant à l'influence à se procurer dans les affaires générales de l'Europe.
Il n'est rien moins qu'impossible que la cour de Vienne se conduise suivant les mêmes principes , vis-à^vis de la France et de la Russie.
Le soin d'éclairer ce jeu politique doit être un des principaux objets de l'application du baron de Breteuii; et il doit rendre le compte le plus circonstancié et le plus fidèle de tout ce qu'il pourra démêler sur une matière si intéressante. Le roi veut maintenir son alliance avec ces deux puissances , mais sans déroger à la dignité qui convient à sa couronne.
Il serait superflu de faire ici le portrait des principanx personnages delà cour de Pétersbourg. Le baron deBreteoil qui a vu ce qui se trouve à ce sujet dans les relations du marquis de L'Hôpital , examinera par lui-même si les notions qu'elles renferment des talens , du caractère et des intentions des princes y ministres ou courtisans russes , sont fondés sur des connaissances assez approfondies et assez impartiales, et il étudiera à loisir, avec le discernement dont il est très capable , les bonnes et les mauvaises quali-
iés , la capacité , le gënie , les inelinations et le crédit des personnes arec lesquelles il doit Tirre et négocier*
Le roi lai ordonne plus pariicnllèrement encore de s'ap-* pliqner ^ connaître, ayeo autant de précision qu'il sera possible y quelles sont les affections et les rues du granddac et de la grande-duchesse , et de travailler , mais sans marquer ni affectation ni trop d'empressement » à se concilier leor bonté et leur confiance. Le marquis de L'HApital , par des motifs que la droiture de ses intentions justifie ^ n'a point cultivé cette jeune cour; et il a surtout indisposé contre lui la grande-duchesse , à l'occasion de la part qu'il a eue aa rappel du comte Foniatowski , pour qui cette princesse paraissait avoir un goût décidé et une inclination très rive. Le baron de Breteuil , à qui sans douté elle ne numquera pas de faire porter indirectement quelques plaintes à cet ^gard , profitera de cette occasion et de celles qui se présenteront par rapport au même objet, pour insinuer avec dextérité , qu'il connaît assez le sentiment du roi pour le grand^uo et la grande-duchesse , pour assurer que S* M« serait aise de contribuer à leur satisfaction , et que s'il leur était agréable de, revoir à Pétersbourg le comte Ponia« tovrski, non-seulement S» M. n'y forttierait aucune opposition, mai« serait même disposée à concourir au succès des mesures qu'on croirait devoir prendre pour engager le roi de Pologne à le charger de nouveau de- ses affaires en Russie*
Le baron de Breteuil a trop d'usage du monde pour ne pas s'expliquer sur cette matière avec la plus grande circonspection , de &çon à ménager scrupuleusement la délicatesse et Famour-propre de la grande-duchesse , etc.
Observations sur la position de la France et de la Russie,
Ce qui constitue une alliance , ce sont les traités et les engagemens mutuels ; ce qui la rend solide et durable , c'est le rapport des intérêts et la réciprocité des avan-
iages* Dans ce sens, l'oa peut diise qfie la France n'a point d'alliance avec la Kos^îe* Ces denx puissances sont l'une à regard de l'antre conune denx personnes indiffé* ifentes entre elle«, qui ont un ami comnuin ^ et qxn agissent de concert pour Pintërét de cet ami 9 mais qni n'ont an-* cune liaison directe sur tout ce qui lui est étranger. Telle est jusqu'à présent la situation politique de la France TÎs-à* vis de la Russie. La cour de Vienne est le point de rëunioii de ces deux puissances , et l'unique lien de leur amitié. On peut faire à ce sujet deox réflexions : la première 5 que b cour de Vienne a un intérêt essentiel à maintenir cfttle position , et à conserver denx puissans alliés toojonrs prêU à s'armer en psL favev|r , sans se dJinoerter entre eux pour leurs avantages réciproques. Anasî voyons-nous qu'elle met toute son attention è rendre ses traités communs entre la France et la Russie y et tonte son adresse k n'y stipuler que ^on agrandissement personnel.
La seconde y c'est que la Russie a presque loajoars été l'ennemie de nos aç^s et l'amie de nos ennemis. CettsJiizarirerie apparente est cependant très aatnrelLs , et provient nécessairement de la révolution snbUe qni s'est fiiite dans notre système politique y où non* avons vonln allier k« contraires, et ;de ee que nous n'avons iavee elle qiiPune nmoâ indirecte et précaire : de là naissent les ohaeariVis et.les embarras de nos négociations à Pétersbourg , et l'espèce de défiance qui règne entre deux cours nonvelleanent unies , dont l'amitûé n'a aucun point d^sfpni y et "qui sont respectivement dans nue situation équivoque.
D'après cette exposition , il parait qu'il n'y a que deux moyens de se faire un système fixe et décidé vis*à-vis de la Russie ; le premier, c'est de regarder cette puissance comme une alliée indirecte et accessoire , de s'en tenir à ce point de vue y de ne point rechercher avec elle une union plus intime , et de n'attendre d'elle que des secours relatifs à l'ai-
liance en général , sans compter qu'elle paisse nous être d'ancane utilité particulière et personnelle. En embrassant ce système d'indifférence , nos négociations h Pétersbourg deriennent fort simples et peu intéressantes* C'est à la cour de Vienne ) uniquement intéressée à cette alliance, à éclairer la conduite de la Russie ; et nos ministres ne sont que les adjoints de ceux de l'impératrice-reihe pour le fiiit de Palliance.
Le second , c'est de nous attacher cette puissance par des liens directs , et de faire arec elle des traités y au lieu d'accéder réciproquement à ceux de la cour de Vienne» Ces traités ne peuvent atoîr que deux objets : celui du corn-» merce que nous pouvons faire en Russie , et celui des af« ÊMres do continent ; car il ne faut pas croire qu'il s'y mêle jamais des <Ajet8 maritimes ni des intérêts que nous pour^ cîons avoir à débattre dans les autres parties du monde* Avant de se déterminer pour ce dernier système , et de se lier directement avec la Russie , il convient d'en exposer mûrement les avantages et les inconvéniens*
Les avantages ne paraisseirt pas douteux du câté du commerce. Tous les négpcians en tombent «Faccord , et l'on sait que les Anglais y font des profits conridérables. Ainsi , en partagéaiUf ce commerce avec eux, la France ferait certainement un bon marché*
Le coté politique est d'un examen plus étendu et plus difficile* Il ^epré4ei|te d'abord une première objectiion^ savoir^ qu'une alliance avec la Russie pourrait nous brooillér avee la Porte* Hous avons déjà éprouvé que notre, pésitiim avec la cour de Vienne a beaucoup diminué notre crédit à Gdnstantinople.
Il est vrai que nous ne manquerions pas de stipuler une exception en faveur de la cour de Constantinople ; mais alors la Russie demanderait réciproquement une parQÎJUe exception en faveur de l'Angleterre, et il faut convenir
que nous ne serions guère fondes à b refaser^ D^ilears , cette exception , en prévenant la rupture entre la Porte et l«i France , nVmpécherait peut-être pas les Turcs de prendre de l'ombrage de nos liaisons avec la Russie $ et pour ane alliance nouvelle , douteuse , et dont les avantages ne sont pas bien décides ^ nous pourrions nous exposer à en perdre une ancienne , solide, et dont nous ëprouTons depuis long* temps l'utilité. Cependant, avec de la dextérité et de là droiture tout à la fois , on ne croit pas <ju'il fut impossible de concilier les deux alliances^
Une seconde objection , c'est l'ambition que développe la cour de Pétersbourg , qui pourrait , par la suite , nous donner de l'embarras vis^à-vis de nos alliés. On pourrait prévenir ces inconvéniens en stipulant dans le 4raité une garantie de maintenir le Nord dans l*état oh U est at^ota^ d*hui j ainsi que le gouvernement de la Pologne , et h fi^ berté de la ville de Dantzick.
Une troisième, est l'instabilité du gouvernement russe) qui peut retomber dans la barbarie d'un moment à l'autre par une révolution \ ou tout au moins dont les principes peuvent changer à la mort de l'impératrice régnaiiteé
Passons à présent aux arantages de cette alliance.
£n considérant d'abord l'état de fiiiblesse oik ^ trouve à présent la Suède , l'on peut penser qu'il serait de l'in* térêt de la France d'acquérir un allié prépondérant dans le Nord. En second lieu , Pimpératrice*reine serait bien plus dans notre ' dépendance si nous étions liés directement avec la Russie , et que nous eussions à Pétersboarg l'influ:^nce que nous pourrions nous y procurer. La cour de Vienne alors , au lieu d'être comme aujourd'hui le centre de cette triple alliance , et de disposer des forces de ses alliés pour ses seuls intérêts , se trouverait gênée dans sa politique , bornée dans ses projets , et subordonnée à leur volonté.
Il y a même sur cet article une obserration importante à faire. C'est qu'ea supposant notre union arec la Russie une fois établie , consolidée et affermie par les traités , par le temps et par la confiance , nous aurions bien moins d'occasions de refroidissement et d'altercations ayec cette cour qu'ayec celle de Vienne , puisque nous n'avons point d'intérêt à démêler ayec la première, et qu'au contraire la proximité de nos possessions , les affaires de l'Allemagne , et la jalousie de prépondérance dans l'Empire , et d'infiaence dans les affaires de l'Europe , sont des matières toujours existantes de tracasserie et de discussion avec la seconde.
En troisième lieu, il est probable qu'en maintenant une alliance directe avec chacune des deux impératrices, nous pourrions établir dans le Nord et dans l'Allemagne un système politique qu'aucune puissance ne serait en état de troubler ; et il nous serait aisé de modérer les vues d'agrandissement de cesdeui: puissances , en tempérant l'ambition de l'une par celle de l'autre. Enfin , s'il arrivait jamais {ce qui n'est pas à présumer ) que la cour de Vienne eût envie de renouer avec les Anglais, notre influence à Pétersbourg serait capable de la retenir, parce que l'alliance avec la Russie est fondamentale et nécessaire pour elle ; au lieu qu'elle peut opter , suivant les circonstances , entre la nôtre et celle de l'Angleterre. Il s'ensuit de cette discussion , que la conduite que nous avons à tenir avec la cour de Pétersbourg est assez délicate, et qu'il n'appartient qu'aux lumières supérieures du roi et de son conseil de résoudre ce problème. Il paraît cependant que l'on pourrait , sans inconvénient , tenter de faire une alliance et un traité de commerce avec la Russie , pourvu qu'on ne s'y livre qu^avec beaucoup de circonspection. Il paraît même , par tout ce qui nous revient de nos ministres en cette cour , qu'elle le désire, qu'elle en serait flattée , et qu'elle compte par-là