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INSTRUCTION D'UN AMBASSADEUR A SON FILS QUI SE * DESTINAIT A LA CARRIÈRE DES NÉGOCIATIONS.
Je toache y mon cher fils , à ma dernière heure ; souffrez que j'emploie le peu de momensqui me restent, à y oas tracer quelques préceptes qui pourront vous être utiles dans la carrière que tous allez parcourir.
Attaché depuis trente ans au ministère , j'ai ébloui sans persuader , et mes succès ont été l'effet du hasard , bien plus qae de la politique et de la saine raison* ^
Les instructions que je tous donne ici , feront tout à la fois la critique de ma conduite et la base de celle que tous devez tenir dans la place que tous allez remplir.
Persuadé delà dignité de votre titre, feites respecter Fambassadeur, mais ne compromettez jamais la personne ; je ne yeux pas dire par-là que , minutieux observateur de Pétiquette ministérielle, on ne trouve en vous que l'homme du prince sans y rencontrer Thomme aimable. Quand vous Terrez un ministre concentré sans relâche dans une gravité méthodique , tout plein de lui-même , et occupé des formalités accessoires de sa place , prononcez hardiment que cet homme est un esprit médiocre , qui n'ira jamais au grand ; il saura très bien comment un fauteuil doit être placé , à qui il doit donner la main , et composer soft visage à l'aspect
du ministre <Fnne puissance ennemie , neutre , ou iadëcise , mais toute sa pënëtration, bornée au fiiste , ne pourra s'ëtendre sur un traité essentiel , en saisir Tcsprit , en prévoir les motifs, et en déterminer les conséquences.
Depuis que la plupart des souverains sont convenus de n'observer que les traités qui leur sont avantageux , on a quitté les grandes règles de la négociation j, et on a voulu substituer la supercherie àPétude de h- politique et du droit des gens.
Voyez toutes les négociations du quinzième et du seï^ zième siècle, celles que l'équité , laboune foi, et le code dî« plomatiqne ont civientées, ont passé jusqu'à nous dans toute leur intégrité 5 au lieu que les conventions des princes qui n'ont eu pour base que la surprime et FégoXsmc, sont anéanties ; elles ne subsistent dans les écrits des publicistes que pour y déposer contre la gloire de ceux qui les ont si« gnées. J'en doiç excepter cependant tous les traités conclus par Louis %î , i^oi de France. Ce monarque , appelé par tous les auteurs de sa nation superstitieux et fourbe y n'accorda janiais une clause de réciprocité ou d'échange dans une négociation , qu'il n'en jurât m petto la violation au moment de la signature ; Louis XI réussit y parce qu'il n'avait contre lui que des souverains qui avaient de la bonne foi , ou dont les forces étaient inférieures aux siennes.
Ce prince qui , pour me servir des expressions de Mezerai y fut le premier qui tira les rois hors de page , ne doit point servir de modèle , parce que les succès , fondés sur laviolationdesloia, sont toujours odieux«,
Quand je lis l'histoire du dernier siècle , je suis surpris que le cardinal de Richelieu , qui avait le sens droit et Pâme élevée , ait employé , pour réussir , toutes les petites finesses qu'un esprit médiocre met en œuvre; la subliniité de son génie et les grands hommes qu^il trouva à son avènement an { trône (c'est ainsi qu'on doit appeler le ministère de Riche*^
lien) auraient dû lai ëpargoer loates les sonplesses dont il seserTit, et qui deyaient répugner ii la hauteur de son caractère et de ses sentîmens. Je crois, moucher fils, trouTer les motifs de h conduite du cardinal , dans les inquiétudes apà agitèrent son ministère ; son autorité Payait feit baïr. Qae cek ne tous étonne point : tout homme éleyé par ses (iignilés ou par son mérite au-dessus des autres, encourra Il haine des sots qui forment la moitié de l'unÎTers. La rie ^Richelieu fîit exposée à une itf nité de conjurations toujoors terrassées et toujours renaissantes, et l'embarras et k soin de conseryer tout à la fois ses jours et sa fayeur , ne lu permettant pas d'employer les grands moyens pour réussir, il Ait toujours obligé de faire jouer de petits ressorts foi le menèrent à son but par des yues obliques.
Mazarin lui succéda; et , malgré l'étalage pompeux que le président Hénaait lait des talens de ce premier ministre , Hazarinnepouyait pas être un grand homme, il était ayare | indépendamment de ce yice , odienx dans une place sapé» nenre, le cardinal n'ayait pour lui que l'art de feindre ; ramputetpelit, quand il doutait du succès, il n'était orgueilbx que quand il ayait réussi. Tout plein de cette astuce italieiine , il ayait l'art de tromper , misérable talent qui affiche t foQîberie et la médiocrité,
Hy a cependant , mon fils , deux époques glorieuses dans l^Biinistère Mazarin;mais si yous réfléchissez sur lesob-
jets qni occupaient alors l'Europe, et que yous rapprochiez leaëyénemens des circonstances, yous verrez que le l«ulé de Westphalie et la paix des Pyrénées , contribuèrent P^à la gloire du cardinal. Les qualités éminentes du comte <lA?Bni firent l'un, et la mauvaise foi de Mazarin signa l'an- ^« Don Louis de Haro , génie éclairé et négociateur très inpérienr au ministre français, fut trompé, parce qu'il ^li de la bonne foi et qu'il crut que la renonciation à la ^^^nne d'Espagne était réelle. Philippe TV, son maître ,
prtDce borné , appek la renonciation nne pétaradas ^ et il devina juste; poarqaoi? C'est qu'il pensait en roi, etcpe son ministre ayait raisonne en homme.
Fuyez donc ces détours subtils qui décèlent la sécheresse de Tesprit , et ôtent à la fin la confiance.
Un ministre des afiSiires étrangères écrirait à nn ambassadeur de sa cour: Promettes toujours , mais nous ne tiendrons rien. Celui-ci , qui connaissait ses forces , et qui devait encore moins à rétendu% de ses talens qu'à sa probité, la réputation dont il jouissait , répondit : « Je ne promettrai point , parce que je ne veux point me déshonorer, vous ne tiendrez rien, puisque je ne vous engagerai point; mais je réussirai sûrement avec de la bonne foi , voilà ma seule finesse ; si vous voulez en employer nn autre , rappeles-moi, parce que je ne veux pas perdre dans un instant le fruit de vingt années de travaux et de confiance ». Iljest à remarquer que celui qui s'expliquait de la sorte , n'échoua dans aucune négociation , et ses succès le firent parvenir au^ ministère» Il eut la faiblesse d'accepter cette place , et la honte de ne pouvoir s'y soutenir, parce que son esprit, porté vers un seul objet , le remplissait parfaitement ; mais l'étendue de la machine et la quantité de ressorts qu'il fallait faire mouvoir dims toutes les branches de son département^ le rebutèrent ; il voulut substituer la finesse et la séduction aux grands principes; il dérangea l'État en payant des espions et en achetant des créatures dans toutes les cours ; chacun le trompa, parce qu'il voulait tromper, moins par mauvaise foi que par l'impuissance oii il était de réussir par d'autres moyens; ainsi il fut forcé de quitter sa place, chargé de la haine de sa patrie et du mépris des étrangers.
Que cet exemple soit toujours devant vos yeux*
Que d'empires sauvés ! que de batailles gagnées , si des guerriers, excellens pour conduire dix mille hommes an plus, n'avaient pas présumé trop de leurs forces, en se chargeant
dacoininaodement d'ane armée I Fardeàa cpi^ ^ yanitë al« lège aax jenx de celai, qui doit le porter , mais qm n'en a pas moins un poids réel qae la médiocrité ne pent soutenir*
lien est, mon cher fils, de la partie politique du Gou- Temement comme dç la partie militaire : tel peut suiyre i?ec intellîgeace l'esprit d'une cour dans laquelle il est resserré , qui échouera , quand il Toudra étendre sa négocialion et porter ses yues trop loin.
Connaissez-yous , et n'emhrassez que les ohjets que vous pouvez remplir dignement; j'ai yu toutes les cours, et au noment oii j'écris cette instruction , je ne connais que trois immmes en Europe capables d'être à la tête du département desafgiires étrangères dans un royaume yaste; yous y oyez par-là que je ne yeux point roxm parler de ces princes dont k train de domination se monte comme une pendule à laquelle on rend l'actiyité , quand les poids a{&isés suspen- <lentle mouyement des ressorts*
Quand je yous ai recommandé plus haut de fuir, dans les négociations don^ yous serez chargé , tout ce qui tient au flibterlage et à la finesse, je n^ai pas prétendu yous dire par- Ade renoncer & l'^rt de cacher yotre secret en cherch&nt à pénétrer celui des autres ; il y a des occasions où il est essentiel de mettre en ayant une proposition singulière , chi« nériqoe , et quelquefois réyoltante , pour juger , par l'impression qu'elle &it sur celui qui l'écoute , de l'esprit et ^ l'intention de sa cour. Un ambassadeur, homme de ^Qcoup d'esprit et de talens, disait en parlant de cette Bttnière de se conduiire t c'est jeter une sottise à terre pour ^ qui courra après. Ces procédés sont dés ruses de l'art qa'on pent employer sans être taxé de perfidie ; ce sont enfin de ces finesses que le plus fameux des poètes latins met à coté du talent : Dohtsan virtus quis in horte requirat? Le soin de composer sa physionomie , doit sans doute entrer
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dans Part da nëgociatenr ; mais an homina «apërienr aaua ae soustraire à cet apprentissage pmëril , quoique nëcessaîrei s'il conserre toujours le même yisage gai ou triste , serein ou flegmatique. Le duc d'Oliyarès, écriTait un Français, qui était à Madrid , n'a jamais changé de yisage : que les Espagnols soient battus ou Taiuqueors, sa physionomie est la même, et jamais yisage ne fut moins baromètre que le sien. Croyez , mon fils , que de pareils ministres , qui joi* gnent une sage discrétion à cette égalité d'humeur , seront toujours impénétrables , et que le secret que des ambassadeurs étrangers croient leur arracher , n'est qu'une chose qu'il est essentiel qu'ils sachent pour l'honneur de celui qoî fait la confidence*
Les Espagnols, que le climat et l'orgueil rendent fleg« matiques , se laissent rarement deyiner j pénétrent sans peine ceux qui yenlent les approfondir y et ik ont déjà yotre secret quand yous cherchez le leur.
Le talent ne consiste pas dans le flegme , mais une présence d'esprit silencieuse réunie au mérite , contribue beaucoup ao succès, et triomphera toujours, à coup sûr, de cet esprit superficiel qui consiste dans un assemblage de grands mois qui annoncent moins un politique qu'un homme fastueux, qui croit que l'Europe doit être tranquille quand il a dit grayement , le Roi mon Maître.
Gardez-yous d'ayilir jamais yotre dignité^ mais n'allez pas donner dans une autre extrémité , en affectant toujours de monter sur des échasses et de compromettre yotre souyerain en le plaçant partout; soyez ministre dans le cours des affiiires soumises à yotre négociation , mais ne prenez point le ton d'un ambassadeur dans la société oii yous êtes entraîné par la nécessité de yous distraire du travail et de chercher de h dissipation.
La grayité ministérielle est un fiirdeau qui deyient incommode à mesure que yous le portez mal à propos» J'ai yu, ^
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k coar de TnriDy nn ambassadear qui ne prenait jamais son Aocoht qae son maître d'hôtel , qui Papportait » ne fût prëcédé de deux ëcuyers et suivi de yingt valets de pied; ce pénible service était à peine fini que le ministre ëconduisant Ain geste tonte cette livrée , se plaignait du joug superbe lequel sa dignité Tasservissait ; grimace dont personne n'était h dupe, parce que l'on ne plaint point un honune qui se met kt-méme dans les fers.
Efitez aussi ces cérémonies d'éclat qui , tenant de la son- Tcraineté, sont an-dessus de la qualité d'un représentant, dont les fonctions sont toujours motivées , quoique snboriloDnéesaux circonstances; n'allez pas imiter cet ambassa*^ ktt qai , voulant parodier son maître dans une cérémonie respectable , lavait tous les Jeudis-saints les pieds de douze [Korres; acte apparent d'hmnilité, qui affichait l'orgueil le plos ridicule.
Respectez les lieux oii vous êtes : le représentant d'un sonvenin, que dis- je! un souverain même , ne peut , dans une Cour étrangère ^ exercer aucun acte d'autorité sur ses propres njetst
L'ambassadenr d'une certaine puissance fit pendre à Constetinople, vers le milieu du siècle dernier , un de ses gens ^i la cour de son palais ; le grand-visir ne s'en plaignit point, parce qu'il dit que c'était un chrétien de moins; mais À cet attentat avait été commis dans toute autre Cour de f^Enrope, il pouvait entraîner une guerre, dont la tèCe de 'ttibassadeur indiscret aurait répondu*
Je sais, mon fils, que des ministres ont prétendn iîtablir ■falidité du prétendu droit déjuger leurs gens, mais ils <^tea tort; je vous renvoie , pour n'en pas douter , à ce qui vn?a sons Louis XIV , lorsque cette femme , trop fameuse 5 fti quitta la religion de ses pères par inconstance , et le ^ône par singularité , viola l'asile que le monarque français ^ aiait donné à Fontainebleau* Christine condamna le
marquis Monaldescfai , son premier ëcajer , à mort , et k fit périr dans la salle des Cerfs , oit les mars , teints encore du sang de ce mâlheureuv ^ déposent contre la reine de Suède.
Le Roi très-chrëtien , instruit de cette forme illicite de procéder , priva Christine de la retraite honorable qu'il lui BTnit donnée, et lui fit savoir qu'aucun souverain n'avait k droit de juger ^ encore moins celui de fiiire exécuter un de SCS sujets j dans les états d'un tiers ; le prince , moins modéré 9 aurait pu ajouter que Christine ne régnait plus , et qu'elle venait d'agir moins en reine qu'en femme galante , qui termine une inti*igue amoureuse par un assassinat*
Or , si la prérogative de condamner n'appartient pas à un souverain hors de sa domination , je demande s'il e$t possible qu'un ambassadeur puisse raisonnablement la réclamer.
Vous serez toujours certain de ne point vous écarter des maximes reçues , quand joignant l'intelligence que je vous connais à l'étude du droit des gens , vous pèserez (Fune main équitable les principes que nos grands auteurs et quelques publicistes modernes ont établis sur le droit public I combiné avec celui de la nature.
Une intelligence supérieure, un esprit vrai et indépendant de tous les préjugés^ la connaissance du droit des geps , et surtout une étude réfléchie du code diplomatique et de tons les traités y voilà , mon fils , tout ce qu'il faut pour former un ministre accompli ; s'il ne faut que cela , me direz-vons sans douce , pourquoi voit-on si peu de bons ministres ?
Ma réponse vous compromettrait , et quoique l'état languissant où je me trouve^ doive me mettre bi^nt6t à l'abri du ressentiment des y i vans, je dois me taire par considération pour vous ; sachez cependant , qu'il y a trois personnages au moins dans l'Europe , dignes des principales places qu'ils occupent à la cour de leurs maîtres , et qu'on 4n>mpte
anjouriFhQi , dans FanÎTei^s policé , douze reprësentans de leurs soayeraîns , capables de négocier utilement y et d'honorer à la fois leurs nations et leurs places ; le nombre en serait plus considérable y si les événemens pouvaient être subordonnés aux principes , mais ils sont presque toujours au-dessus des lois écrites; et privé alors des ressources que les préceptes fournissent y il faut qu'un ministre ait une supériorité de génie pour se décider , diaprés lui , et pour prendre un parti victorieux dans l'objet soumis à sa sagacité.
Faites un bon choix des livres relatifs à vQ.s fonctions ; mais n'allez pas errer par excès de bonne foi y en vous rapportant vaguement aux titres des ouvrages qu'on vous présentera.
Gardez-Tous bien de recevoir de ces aventuriers , qui simpatronisent dans les maisons des ambassadeurs , pour troaver , à l'abri de cet appui j les moyens de faire des dupes, se déshonorer , et vous compromettre.
L'inconvénient dont je vous entretiens , est moins cornfflaa depuis que l'usage a été introduit de ne recevoir que des personnes munies de lettres du bureau des affaires étrangères; cette précaution a procuré deux avantages aux ambasadears : i^ en ce qu'elle écarte de leur table unç foule de parasites qui^ pour être nés à Vienne , à Paris, ou à Ma- ^d, croient avoir un couvert fon^é chez l'ambassadeur de leur nation ; ^^ en ce qu'elle évite des désagrémens à un représentant y sujet à être trompé, et par conséquent à se compromettre.
Il ne faut pas qu'une circonspection trop grande vous Kode inac<^essible aux sujets de votre maître^ à qui vous poavez être utile; jugez y pour les protéger , de leur mente , de leur honnêteté plutôt que de leur naissance y et ne kor &ites point acheter , par des bassesses et des humilia^ ^s^ l'avantage que vous pouvez avoir de les servir; soufr
tiret encore moins que les copistes de tos secrétaires tendent Tos bons offices , comme cela se pratique chez pins d'un mi-* nistre, et ne permettent à un homme de yotre nation de changer de climat , ^u'en lui faisant payer d'avance l'air qu'il Ta respirer ailleurs ; je parle des passe-ports an bas desquels presque tous les ministres ont soin de faire mettre le mot gratis , et que beaucoup de commis font payer malgré cela. Veillez donc avec soin sur ce désordre , parce que de tels abus soufferts chez tous, tous compromettent.
N'allez pas surtout, plein d'nn orgueil déplacé, tous effiroucher d'un mot , et quitter Totre ambassade de Totre propre mouTement ; un ministre ne doit point abandonner la Cour auprès de laquelle il est euToyé , que le Roi son Maître n'ait été insulté dans sa personne , et qu'on n'ait point réparé l'insulte. Telle fut la conduite du duc de Créqui aTec Chigi, pape sous le nom d'Alexandre YII. Ce pontife , Tictime de l'insolence du prince Mario son ncTCu, osa manquer i Louis XIV qui respecta l'Église , et mortifia Rome, en la forçant de Tenir s'humilier à Versailles ; ce qui a fait dire que les Français baisaient les pieds du Pape, et saluaient lui lier les mains; ayez toujours l'exemple du duc de Créqui dcTant les yeux, et songez que tous ne ponTCz décemment tous éloigner, que dans des circonstances équiTalantes à celles que je viens de citer , c'est-à-dire , lorsque la dignité du souverain est TÎTcment attaquée dans son représentant; n'allez jamais immoler la gloire de TOtre caractère à on premier mouvement.
Il faut que la même circonspection qui guide tos actions, règle aussi vos paroles ; le représentant d'un Roi n'est pas un souverain, et il ne £iut jamais franchir tout-à-JEsiit fintervalle qui vous sépare du trône du prince auprès de qui TOUS êtes accrédité; quand je vous recommande une extrême tempérance dans vos actions et dans vos propos , je ne pré-r
tends pas que vous essayiez . sans répliquer , ia mauvaise homear ou les bons mots d'un souverain.
Un prince d'Italie à qui les saillies ne réussirent jamais , parce qu'il y mettait plus d'aigreur que d'esprit y étant un joar sar un balcon avec un ministre étranger qu'il cherchait àhomilier^ lui dit : C^est de ce balcon qu'un de mes aïeux fit sauter un ambassadeur, jipparemment , répondit sèchement le ministre , quê les ambassadeurs ne portaient point l'épée dans ce temps-là» La répartie est vive , mais le prince ayaitbien mérité qu'on la lui fît , parce qu'en voulant man« qaer à un seul homme , il avait offensé les représentans de toutes les puissances.
Souvenez-vous, si vous vous trouvez jamais dans le cas de répondre à des saillies , de consulter auparavant votre naturel, et de ne vous livrer à un bon mot, que quand vous apercevrez que le projet du souverain, qui vous adresse la parole , a été de vous attaquer personnellement.
Un roi du Nord^ qui passa pour cruel , demanda un joui lion ambassadeur d'Angleterre , s'il haranguerait le peuple en cas qu'on le pendit ou qu'on lui tranchât la tête. Le ministre, sans se déconcerter, répondit , qu'il avait toujours son discours prêt et ses gants blancs dans sa poche. Je voudrais bien vous entendre , repartit le monarque.
L'ambassadeur s'étant mis alors dans l'attitude d'usage , parla ainsi : « Vous me voyez , messieurs , au moment de perdre le jour; je ne regrette point la vie; mais je vois 3Tec peine que ceux qu'on ne devrait connaître que par des actes d'humanité et de bienfaisance , viennent jouir avec avidité d'an spectacle cruel qu'ils ont mendié ; ces scènes tragiques sont faites pour la barbare 'populace , mais les cœurs Tertueux et sensibles devraient rougir d'entendre de sangfroid...... £n voilà assez, monsieur l'ambassadeur , dit le
. foi , qui reconnut alors que le but de la harangue était de uii reprocher une curiosité qui le dégradait.