TOME III
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• Ces 0iaiiière8 de faire sentir TOtre ressentiment à un prince qui a voulu tous humilier , sont tolérables ^ quand on ne les emploie qu'ayec discrétion, et dans des cas indispensables.
Je dois aussi, mon cher fils, vous recommander de ne point avilir votre place en faisant des dettes ; mesurez votre dépense et vos plaisirs sur vos revenus, et n'imitez point ces ministres dont l'antichambre n'offre aux yeux de» étrangers , que des usuriers et des bouffons , qui , se voyant préférés aux honnêtes gens, jouissent, avec insolence, des premiers mpmens de Paudience : bannissez les usuriers, estimez les comédiens qui auront des mœurs , ne voyez les antres que sur la scène , et n'allez point entraîner l'Excellence dans les loges des actrices , qui riront de votre bonhomie avec le fat qui vous supplante.
Ne donnez jamais de prise aux épigrammes du public, en vous extasiant sur les talens d'une actrice ou d'une danseuse, au point de faire cabale et de former nn parti en sa feveur; ces manœuvres ne conviennent qu'à des étourdis qui vont acheter, par ces singularités déshonorantes, la fevcur d'une beauté mercenaire qui , à défaut d'or, se paie de la réputation d'un fils de fiimille.
Je sais , mon cher fils , qu'un négociateur habile ne regarde pas comme purement frivole le commerce avec les flemmes. Il est des pays oh elles ont une influence directe dans les affaires , et d'autres où elles en paraissent exclnses , mais oh leur ascendant n'en est peut-être que plus puissant. Le prince qui règne , le magistrat qui gouverne , est sonvent asservi à l'empire d'une beauté. Quand même le souverain serait insensible aux attraits de l'amour , ou jaloux de son autorité, trop prudent, trop sage pour la partager avec une compagne vertueuse ou avec une maîtresses séduisante , ses ministres , ses généraux , ses favoris , ses conseillers , en nn mot y tous ceux qui l'environnent sont-ils
exempts de Caiblesses ? La politiqae puise ses préceptes dans la nature. Elle dit que tant que la terre sera habitée par deoz sexes dîfférens, ils auront toujours la même prière à se fiiire, et la même reconnaissance à exiger de leur complaisance mutuelle. Un tendre sentiment est payé quelquefois par une confidence sérieuse , par une insinuation écoutée y par an conseil demandé ou suiyi , dans une affaire importante» Les objets les plus graves ne sont souyent portés dans les cabinets des princes les plus austères, qu'après ayoir p^saé par la bouche des femmes; et il serait rare qu'un négociateur qai aurait le sexe en général contre lui , parvînt à réissir. Vous derez donc tâcher de plaire aux femmes par tontes sortes de politesses, de prévenances et d'attentions ; méritez leur estime et leur amitié par une conduite égalemei^t sage et agréable ; et formez avec elles des liaisons fii pourront vous devenir utiles , lorsque vous saurez profiter de leur habileté comme de leurs faiblesses.
Sachez , mon fils , que les querelles qui s'élèvent entre itni ministres , pour des objets qui n'ont aucune analogie Heur mission y ont souvent brouillé leurs maîtres, parce qae l'ambassadeur le plus honnête, ne pouvant écarter la prévention qui l'anime contre celui à qui il croit avoir des torts à imputer , n'épie plus ses* démarches de sang*iroid et W donne aux yeux de sa cour , une tournure , qui , aigrissant les esprits , engage à des partis violens.
La dignité qui doit régler toutes vos démarches , ne veut P^ ^e vous fréquentiez ces maisons ouvertes aux joueurs , ^Qs lesquelles la bonne foi succombe sous les coups de l'aise. Si vous êtes soupçonné, vous êtes perdu ; en vain chercherez-vous à vous justifier en implorant des témoitoagesqni attestent votre probité ^ un homme en place est ^honoré dès qu'il est forcé de donner son apologie dans ^ cas aussi grave ; si je connaissais moins vos sentimens ^ je vons rapporterais ce qui est arrivé à un ministre , le plus
ehëtif et le plus opulent' de tous ceux qui sont rëpandtis sur la surface des cours* '
Je croirais manquer à vos sentimens y si je tous entretenais ici des dangers d'une passion ayeugle et d'une alliance déshonorante ; la place que vous occuperez , ne vous mettra jamais au-dessus des règles reçues , et si vous osiez tous marier sans le consentement de yotre maître , tous perdriez Totre ëtat et TOtre fortune , et la considération attachée à l'un et à l'autre.
Voilà y mon cher Fils , tout ce que le temps me permet de TOUS écrire ^ TÔtre esprit suppléera à ce que j'ai omis , et TOtre juste défiance tous garantira des pièges dans lesquels je suis tombé; adieu...», adieu