‹ Traité complet de diplomatie; (volume 2)Chapitre 73 sur 82 · PRBBUERE LETTRE AU ROI · texte numérisé non relu

PRBBUERE LETTRE AU ROI

A la Haye i le 7 mai 1709.

Sire,

Depuis hier que je suis arrivé ici, j'ai vu deux fois le Pensionnaire. Je descendis chez lui en descendant dans la ville. Je me fis présenter par un n^archand correspondant dé Tourton , qui m'avait amené de Eotterdam. Je crus cette voie plus secrète encore que celle du sieur Petteknm , et cette première conférence dura depuis sept heures jusqu'à neuf heures et demie.

Après les premiers complimens, nous entrâmes bientôt en matière, quoique le Pensionnaire me dît toujours que, n'étant point autorisé pour traiter , et que les États ayant nommé deux commissaires pour traiter avec M. Rouillé, c'était à eux et. non pas à lui , simple officier de la province de Hollande , à parler sur les matières de la paix ; que si je voulais cependant lui ûiire quelque proposition , il en rendrait compte ; et qu'il croyait qu'on l'autoriserait à m'entendre. Cette réserve , qu'il ne me fut pas difficile de combattre par de fortes raisons, ne nous empêcha pas, Sire, d'agiter généralement toutes les matières comprises sous le nom d'articles préliminaires ; et , parlant avec une apparente ouverture, je me plaignis, d'une manière à ne lui pas donner lieu de s'offenser, de toutes les variations que Votre Majesté

avait remarquées dans les demandes que Messieurs Buys et Wanderdussen avaient faites à M. le président Rouille.

Ce point fut le principal de cette conférence , car il donna lieu au Pensionnaire de rappeler les temps passés , de re« prendre les projets que la République avait feits depuis plusieurs années j et le conseil que le feu roi Guillaume lui ayait donné autrefois pour sa sûreté , pour me prouver que la prétention de conserver Lille n'était point une nouvelle idée; que cette place était plus nécessaire qu'aucune autre pour la solidité de la barrière ; et que si les Provinces-Unies n'avaient pas été en état jusqu'à présent d'obtenir qu'elle y fftt comprise , il était aujourd'hui de leur prudence de profiter d'une conjoncture singulière et inespérée , qui mettait entre leurs mains ime ville qu'ils avaient déjà demandée avant la paix de Riswick , mais alors inutilement y à cause de la supériorité des armes de Votre Majesté. Nous parlâmes de toutes les places que les Hollandais demandaient présentement pour la sûreté de cette prétendue barrière ; nous les regardâmes ensemble sur la carte. Enfin y Sire , je n'oubliai rien pour combattre ces prétentions , et pour lui lEaire voir que Furnes , Ypres , Menin et Condé suffisaient pour la sûreté de la barrière. Je ne m'étendis pas davantage , parce que le Pensionnaire me disait toujours qu'il n'était pas autorisé, et qu'il rendrait compte aux Etats de Hollande des propositions que je lui ferais. Il ne convenait pas de les prodiguer sans en espérer aucun fruit ; et je voulais aussi savoir ce qu'il pensait sur Ihs autres articles nommés préliminaires , avant que de faire de plus grandes avances. Nous passâmes à celui de l'Espagne; je le trouvai ferme à soutenir que ses maîtres , étant engagés par des traités avec leurs alliés » ne pouvaient s'écarter des conditions dont ils étaient convenus ensemble; que la monarchie d'Espagne devait être conservée en son entier , et la couronne transférée dans la maison d'Autriche sans aucun démembrement;

quM fallait satis&ire à cette parole , et que les Hollandaîis auraient mauTaise grâce de proposer à leurs allies de se relâcher, lorsque Fëtat florissant de leurs affaires passait de bien loin leurs espérances. 11 ëtala leurs forces , les succès qu'ils araient lieu d'attendre de la campagne prochaine ; et lorsque je lui fis voir, par les exemples prëcëdens , combien les ëyënemens étaient incertains, et qu'il était de la prudence d'un Etat comme celui de la Hollande de ne pas se remettre toujours à des succès douteux , il me dit que le bonheur précédent avait tellement éleyé le courage des peuples, que bien des gens murmuraient des conditions dont les députés s'étaient expliqués à M. Rouillé , presque tout le monde étant persuadé qu'il fallait profiter autrement du bonheur de la République.

Je trouvai la même résistance sur tous les autres articles : un refus constant de laisser les royaumes de Naples et de Sicile au roi d'Espagne ; nulle condescendance à la proposition de Naples ou de la seule Sicile , les traités avec les alliés étant toujours l'excuse qu'il m'alléguait pour ne rien démembrer de la couronne d'Espagne.

La satis&ction de l'empereur et de l'empire fut demandée de sa part ayec autant de précision ; et cette satisfaction ne ne se réduisit pas au traité de Munster tel qu'il est , mais tel qu'il devrait être pour la sûreté des princes et États de l'empire. Ainsi l'on demande que Strasbourg redevienne ville impériale ; mais on ne veut rendre à Votre Majesté ni Pbilisbourg , ni même Landau.

Je ne vous ennuierai pas de tout ce que je crus devoir dire pour combattre l'injustice de ces prétentions. J'ose assurer à Votre Majesté que je n'oubliai rien, et qu'il me semble que la justice de la cause me fournissait une foule de raisons incontestables , si j'avais eu affiiire à gens moins prévenus du bon état de leurs affaires , et de ce qu'ils devaient espérer d'une campagne dont les préparatifs sont déjà fai(sj

car il me fut inutile de laisser ei^treyoir la crainte que la Hollande devait elle-même ayoir des succès de ses allies pousses trop loin.

On regarde comme on effet de modération de ne pas demander laj paix des Pyrdnëes 9 et l'on croit l'obtenir aisément si la campagne commence. Je ne me pressai donc pas y Sire , TOjant l'inutilité de mes raisons , de faire aucune offre au Pensionnaire , parce qu'il n'était pas autorisé à les accepter. Je lui dis an contraire qu'il ne seryîrait de rien qu'il prît la peine d'informer les États de Hollande de mon arrivée , et de recevoir d'eux aucun ordre sur mon sujet, lorsqu'ils s'assembleront vendredi prochain ; que je prévoyais que ceux qu'ils lui donneraient ne produiraient qu'une négociation traînante y et que les affaires dont Votre Majesté veut bien me confier le soin, ne me permettraient pas de demeurer si long-temps éloigné d'elle pour faire les fonctions de négociateur ; qu'elle m'avait commandé de m'adresser directement à lui, soit pour terminer l'ouvrage de la paix , soit pour être éclairci des intentions des Etats-généraux ; que le premier point ne pouvant s'accomplir, j'avais au moins les lumières que je désirais sur le second , f t qu'il ne me restait qu'à m'en retourner incessamment auprès de Votre Majesté*

Le Pensionnaire me parut plus vif pour me retenir qu'il ne l'avait été pour entrer en matière ; il me dit que quoiqu'il ne fût pas autorisé , il pouvait y suppléer en appelant chez lui MM. Buys et Wanderdussen , autorisés à traiter. Je le refusai , et lui dis que Votre Majesté m'avait expressément commandé de m'adresser uniquement à lui , et que je ne commencerais pas une négociation dans les formes lorsqu'il ne s'agissait que d'en terminer une déjà commencée. U insista , me représentant qu'au moins ces messieurs m'instruiraient de ce qui s'était passé avec M. Rouillé. J'hésitai encore , quoique j'eusse résolu d'accepter la conférence , TOME III. a4

parce que c'était le seal moyen de m'ouTrir sur les ordres que j'ai ; et comme le Pensionnaire devait en être , j'accomplissais ce me semble , les intentions de Votre Majesté. Il m'était d'ailleurs impossible de l'obliger à fermer sa porte à des gens qu'il aurait youlu admettre.

Nous convînmes donc de nous assembler aujourd'hui à neuf heures du matin chez le Pensionnaire. Les mêmes matières de la yeille ont été agitées jusqu'à deux heures après midi. M. Bu js a rendu la conyersation encore plus yiye ; mais cependant les disputes n'ont rien eu d'offensant , et je souhaiterais , Sire, que l'essentiel répondit aux procédés. Mois y pour informer Votre Majesté en peu de mots de l'état de l'afiàire, j'aurai l'honneur de lui dire qu'ils demandent, pour former la barrière , les même places dont ils se sont déjà expliqués , savoir: Lille, Tournay etMaubeuge, pour joindre à celles que M* Rouillé est convenu de leur abandonner*

Sur l'article de l'Espagne , ils demandent la monarchie entière.

Ils prétendent , pour la satisfieiction dé l'empereur et de Tempire , que Strasbourg soit rétablie en la qualité de ville impériale , sans donner aucun équivalent à Votre Majesté de toutes les cessions qu'ils exigent d'elle*

J'hésitais à m'expliquer sur les offres que Votre Majesté m'avait commandé de faire , voyant tant d'éloignement dans les articles qui ne regardent pas la barrière ; car c'est celui que j'ai traité le premier , et j'ai vu par différentes observations que , malgré la force des engagemens que ces messieurs objectent toujours en faveur de leurs alliés, cet article de. la barrière , si important , déterminera vraisemblablement les Hollandais à faire la paix. Je me suis donc ouvert sur Maubeuge. L'oSre en a été reçue comme d'une petite partie de ce que les Hollandais prétendent , mais non comme une sûreté suffisante» Je n'ai pas été plus loin , en disant

qu'il était inutile de conyeair sar Partiele de la barrière , si l'on m'arrêtait ensuite sur les autres* J'ai dëclarë que la paix ne pouvait se faire , si les royaumes de Naples et de Sicile n'étaient conservés au roi d'Espagne*

Quand je pourrais me souvenir assez précisément, Sire, de tout ce qui a été dit sur ce sujet , pour le rapporter fidèlement à Votre Majesté , je ne ferai que la fatiguer d'un récit très inutile* Toat se réduit à ce que le Pensionnaire prétend que les Hollandais sont engagés par ienrs traités à procurer à l'archiduc la monarchie d'Espagne en son entier; qu'iU ne peuvent donc , sans manquer à leur parole y en stipuler le moindre démembrement ; qa'îls savent d'ailleurs que les Anglais s'y opposent , à cause de leur commerce du Levant* J'ai combattu cette dernière raison en le faisant souvenir qae le roi Guillaume ^ à qui elle avait déjà été représentée lors du traité de partage , avait répondu que l'Angleterre aurait toujours les ports de Gènes et de Livoume , si celui de Messine lui était fermé pour son commerce* Il a répliqué que ce prince avait bien changé de sentiment , depuis que ce même motif du commerce des Anglais.au Levant l'avait obligé de stipuler dans la suite avec Votre Majesté l'échange des royaumes de Naples et de Sicile avec les Etats du duc de Savoie ; et qu'enfin on avait vu les reproches que la nation anglaise , irritée contre les ministres qui avaient signé le traité de partage , leur en avait Élit depuis dans le parlement. Le Pensionnaire et les sieurs Buys et Wanderdussen , impatiens de revenir à l'article de la barrière, ont quitté celui de Naples et de Sicile, pour me demander ce que Votre Majesté voulait donc faire pour les Hollandais* Après avoir évité long-temps de m'ezpliquer , comme de chose inutile , puisqu'ils ne voulaient pas céder sur Naples et sur la Sicile, j'ai cru , Sire , qu'il fallait enfin leur faire voir ce qu'ils perdraient , si l'amour excessif de l'intérêt de leurs alliés les empêchaient de profiler

des fiiTorables dispositions <le Votre Ma j este. Je lear ai donc dit que s'ils me Toulaient restitaer oa Manbeage que je Tenais de leur céder , on Condé , ils auraient Tournay. Je crois m'étre aperçu que la proposition de Tournaj commençait à produire un bon effet; car ils s'attendent bien que je me désisterai de la prétention de retirer Condé ou Maubeuge pour équivalent. II m'a paru depuis plus de vivacité dans les instances qu'ils m'ont faites de ne me pas impatienter , et d'atlendre ici le duc de Marlborougb , qui doit ou qu'on croit y revenir d'Angleterre dans deux jours. Ils sont bien aises que l'article de Naples et de Sicile soit discuté avec lui , parce que les Anglais y sont principalement intéressés. Je crois voir aussi qu'ils ne sont pas fâcbés que l'article de Dunkerque , qui me paraît leur être assez indifférent , soit réglé avec milord Marlborougb. Enfin , Sire, je crois qu'ils ne sont véritablement toucbés que de l'article de leur barrière ; mais ils n'en insistent pas moins fortement sur les autres, et c'est moins par affection pour leurs alliés, dont ils ressentent les manquemens à leur égard, que par la crainte qu'ils auraient de ne les plus trouver dans une occasion pressante , si la B épublique les abandonnait y quand ils la croient en état d'accomplir les promesses qu'elle leur a faites en traitant avec eux. Je n'ai pas eu peine , Sire, à témoigner une extrême impatience de retourner auprès de Votre Majesté , et beaucoup de regret de perdre ici mon temps inutilement, voyant des difficultés qu'ils me disaient insurmontables sur un article tel que celui de Naples et de Sicile, dont je ne pouvais me désister après qu'eux-mêmes en étaient convenus* Ils ont nié ce consentement : nous avons long- temps dispuié sur ce fait , et toujours ils ont prétendu qu'ils avaient seulement dit que l'article de Naples et de Sicile pourrait se réserver , poar en traiter dans les t^onférences publiques pour la paix. J'omettrai , Sire , tout ce que j'ai dit pour relever l'injustice d'une pareille propo-

sitioQ» et l'absurdité de laisser Pëtatdu roi d'Espagne incertain , pendant qae Votre Majesté accorderait de sa part des conditions telles que celles qu'elle veut bien donner pour la paix. Je n'ai point demandé de nouvelles conférences > mais eux-mêmes m'en ont proposé une pour demain au matin; et n'étant ici. Sire , que pour presser et parler , j'accepterai avec plaisir toutes celles qu'ils voudront que nous ayons ensemble , jusqu'à ce que les voyant inutiles , je parte pour me rendre auprès de Votre Majesté. J'aî cependant résolu d'attendre milord Marlborough, s'il n'y a point de retardement à son retour ; car il me parait que , dans la disposition où sont les affaires , il en déterminera le sort, et qu'il y a des moyens de le faire décider à la paix. Si mon séjour ici pouvait y contribuer , je n'aurais nul regret au temps que je me propose d'y demeurer, et que je pousserai , s'il est possible, jusqu'à la fin de la semaine prochaine. Alors j'aurai vu sûrement ce que je puis attendre des offres que j'aurai Êiites en conséquence des ordres de Votre Majesté* J'ai constamment insisté sur la restitution de Lille. Il y a telles facilités que Votre Majesté m'a permises , que je n'emploierai que lorsqu'elles détermineront l'affaire : Je me suis même expliqué aujourd'hui (et ces messieurs euxmêmes l'ont' trouvé bon) que tout ce que je leur disais , aussi bien que les offires de M* Rouillé , serait nul , si la négociation venait à se rompre.

Je leur ai demandé la permission pour M* Rouillé de ve-^ nir ici : ils y ont témoigné quelque peine, croyant que son arrivée et la mienne causeraient trop de jalousie à leurs alliés. Je n'ai pas insisté; j'ai même été bien aise du soin qi;^ils ont de cacher encore cette négociation , et je leur ai promis de me cacher moi-même autant qu'ils le souhaiteraient. Je doute que je le puisse encore long-temps : il me paraît nié- ;ne étonnant d'être arrivé dans un lieu tel que La Haye , rempli de ministres étrangers attentifs à la moindre ombre

de négociation , et d'aToir eu- deux conférences ayec le Pensionnaire et avec deux dëpatës de PÉtat , sans qne depuis TÎngt-quatre heures personne n'en ait rien su que Pettekum , à qui je Pai dit^ et le marchand correspondant de Tourton , qui me conduisit hier chez le Pensionnaire. Cette Toie me parut plus mystérieuse encore que celle d'arriver ici par les voitures publiques, et de me fiiire mener par Pettekum, que j'aurais eu peine à trouver. Il m'a paru, Sire, que le Pensionnaire était bien aise du secret de mon voyage. Il en avait eu cependant quelques avis de Bruxelles , mais il n'y ajoutait pas foi ; et ces avis lui avaient été donnés par Jaupin , directeur de la poste de cette ville , qui avait pénétré ce secret quoique j'eusse évité de passer à Bruxelles.

Après la conférence de demain, j'aurai l'honneur d'infor* mer Votre Majesté des contestations réciproques, et des termes où nous en serons demeurés ; et je lui dépêcherai un courrier pour cet effet, quoique je n'attende point d'elle de nouveaux ordres, et que je l'ai déclaré plusieurs fois au Pensionnaire.

Quoique je n'informe pas Votre Majesté en détail de tont ce que j'ai dit sur l'article de Naples et de Sicile , j'ose la supplier de croire que je n'ai rien oublié pour Ëiire voir que Votre Majesté ne pouvait , quand même elle le voudrait, obliger le roi 'd'Espagne à céder tous ses États; et que, n'ayant plus à perdre que la vie , il aimerait infinin[ient mieux la risquer en demeurant en Espagne , que de la conserver en descendant du trftne sans le moindre partage.

Parmi plusieurs mauvaises raisons, qui sont plus puissantes que les bonnes lorsqu'elles sont employées par les gens qui ont la force en main , Buys m'a cité l'exemple du roi Auguste , qui a cédé la Pologne pour conserver la Saxe. Je lui ai dit que j'avais ce même exemple incessamment devant les yeux, et que le sort de ses deux ministres , enfermés par son ordre après la signature d'un traité désavantageux.

devait retenir ceux qaî étaient charges d'aussi mauvaises commissions*

Ha été parlé de l'article du commerce, de celui du nen- ▼ième ëlectorat, de Tafiaire de Nenchitel , de Paccommodementfait entre les princes de Hesse pour la possession de Rhinfeld. Votre Majesté ayait déjà donné ses ordres sur tous ses points j aucun n'a fait difficulté.

Orange , ni les gens de la religion prétendue réformée, n'ont pas seulement été nommés. Je ne Tois nul changement que je puisse espérer à l'égard de l'électeur de Bavière et de celui de Cologne*

J'ai toujours traité l'article de Savoie comme une offense personnelle qu'il paraissait qu'on voulait feîre Êiire à Votre Majesté , M- le duc de Savoie étant d'ailleurs suffisamment dédommagé des places , dont il prétend faire valoir la démolition comme mie raison d'insister sur un dédommage-ment* J'ai expliqué à ces messieurs ce qu'il retirait présentement de la partie du Milanais qu'ils lui ont feit céder ; et cette augmentation d'États qu'ils lui ont procurée m'a servi d'argument pour leur faire voir que les engagemens , dont ils me parlaient sans cesse comme d'une loi inviolable pour eoz , ne les avaient pas empêchés de démembrer la monarchie d'Espagne , puisqu'ils donnaient au duc de Savoie desprovinces de cette couronne , comme ils en donnaient aussi d'un antre ts&té au roi de Portugal*

J'aurai demain un nouveau compte à rendre à Votre Majesté , la dépêche d'aujourd'hui contenant ce qui s'est passé de plus essmitiel dans les deux conférences*

Suite de la Lettre au Rou

8 mai 1709*

J'ai trouvé dans la conférence de ce matin les mêmes difficultés que dans les deux précédentes : une égale opposi*

tion à laisser au roi d'Espagne les royaumes de Napleset de Sicile ; mêmes instances sur la restitution de Strasbourg, aussi bien que sur la démolition du Fort-Louis , dont il n'ayait pas encore été parlé. Ces messieurs soutiennent ce^ pendant que chaque proposition nourelle quMls ayancent a éié déjà faite à M* Rouillé ; qu'ils sont obligés par leurs traités à veiller aux intérêts de leurs alliés y à procurer une barrière à l'empire; et qu'il n'y en aura point tant que Votre Majesté , dont ils affectent en certaines occasions de relever la puissance , aura sur le Rhin des places y et une ville aussi importante que Strasbourg. Je disais hier au Pensionnaire que j'étais étonné de voir le zèle de la République pour les États de l'empire , après avoir vu les lettres fulminantes qu'elle leur écrit tous les ans pour se plaindre de leur nonchalance. Il me dit , et il me l'a répété encore aujourd'hui , qu'on distinguait fort ici les cercles de Souabe et de Franconie des autres £tats de Pempire; et que les alliés devaient tant à ces deux cercles, qu'il était nécessaire d'assurer leur état , en les délivrant , suivant les traités , de la juste crainte que Strasbourg leur causait; que la demai^de n'était pas pouyelle , la même place ayant déjà été comprise dans les préliminaires de la paix de Riswick. II est convenu , de ce que je lui ai dit , que Votre Majesté aurait conservé , en la rendaqt , Philisbourg , Brisach et Fribourg ; et j'ai ajouté qu^à ces mêmes conditions j'oserais lui conseiller de rendre Strasbourg.

Ce point, bien moins sensible pour les Hollandais qae celui de la barrière des Pays-Bas^ a été laissé i et M. Bny^ a remis sur le tapis l'état où nous en étions demeurés hier sur cette barrière. J'ai vu , Sire , que ma dernière proposition n'avait Êiit aucune impression , que l'affaire languissait, et que , soutenant pendant troiç conférences un point que je ne pouvais emporter , je perdais inutilement un temps précieux , et dont il fallait pi'ofiter pour €iire connaître aux IloUandais , ayant le retour de M. Marlborough , les ayan-

tages qu'ils troayeraient à la paix* Pai donc , après one heure de dispute , abandonné Toumay , sans retenir aucune des deux plaqes dont je demandais une pour la cession de Tournay. Enfin j'ai juge qu'il était temps de céder aussi sur Lille, étant impossible d'engager les Hollandais à procurer la paix, s'ils n'étaient contens sur leur barrière. Le consentement que j'ai donné à ce fâcheux article a été ménagé par degrés; et j'ose assurer Votre Majesté que je n'ai cédé que lorsque j'ai TU la rupture certaine et imminente , si je ne consentais pas absolument ceux qui doivent donner le principal mouyement à l'affaire. Si elle finit, je n'aurai point passé les ordres de Votre Majesté; et s'il est impossible de la conclure , les offres que j'ai faites demeurent nulles* J'ayaîs dessein de les prolonger plus long-temps; mais je pouyais perdre un moment fayorable^ et je ne découvrais aucun fruit à le risquer.

Les Hollandais contens, presseront plus vivement M* de Marlborougb à son retour : s'ils n'avaient pas satisfaction sur sur leur barrière^ je les trouverais encore plus ardens à soutenir les intérêts de leurs alliés. J'ai parié très décisivement sur les autres articles en contestation. J'ai déclaré , sur celui de Naples et de Sicile , que tout raisonnement était inutile ; que Votre Majesté voulait ce partage pour le roi son petit-fils; qu'elle m'avait donné ses onlres, et que le pouvoir qu'elle m'avait confié était pour les exécuter , et non pour les passer.

J'ai parlé de même sur l'article du duc de Savoie , et j'ai dit à peu près la même chose sur Strasbourg ; j'ai refusé la démolition de Dunkcrque. S'il est question de s'en relâcher, comme je n'en puis douter , mon projet est d'attendre l'arrivée de M. de Marlborougb, p^r m'en expliquer alors à lui-même; car, de cette manière les Anglais et les Hollan* dais étant contens, ils emporteront facilement la balance, et l'opposition des autres alliés ne pourrait empêcher la paix.

On parle diversement ici sur les sentimens da public sur sa condu^iont si j'en crois le Pensionnaire et messieurs Buys et Wanderdassen y les dépenses pour la campagne étant imites, il y a peu de gens qui ne yeuillent en voir la di^cision. On ne craint point les suites des progrès des allies i on dit que TAngleterre ne yeut point faire des conquêtes en France ; que la maison d'Autriche est trop £iîble pour appréhender ses entrepri^s ; qu'ainsi les succès de h campagne ne sauraient être trop ayantageux; qu'ils prôdui* rout le traite des Pyrénées , et que jusqu'à ce que là. France soit renfermée dans ses anciennes bornes , sa puissance sera toujours formidable ; car on élèye ou l'on abaisse la puissance de Votre Majesté , selon qu'il conyient à ceux qui yeulent appuyer leurs difTérensraisonnemens. S'agît- il d'obtenir des États et des places? la France est la seule puissance unie en elle-même que le reste de l'Europe doiye craindre; et par conséquent ses ennemis doivent prendre contre elle des précautions assurées pour l'avenir. Faut-il persuader de censentir à des demandes excessives ? On dit qu'il est de la sagesse de la France de considérer sa faiblesse présentera force de ses ennemis , et de ne pas s'exposer aux affreuses suites d'un événement malheureux.

Je fais connaître , Sire , qu'on se trompe ici et sur la puissance et sur la prétendue faiblesse de la France ; que l'une eist certainement diminuée par une longue suite de guerres contre toute l'Europe ; qu'il Ëiut bien des années pour faire respirer les peuples , et que rien ne le prouve davantage qUe les offires que Votre Majesté veut bien faire pour là paix , puisque en d'autres conjonctures elle n'aurait jamais consenti à de pareils sacrifices, que ses ennemis n'auraient même osé les lui demander ; maïs je dis qu'on ne se trompe pas moins quand On croit la France assez abattue pour subir des conditions honteuses , plutôt que de s'exposer aux hasards d'une caàfipagne; que les mêmes Fraiiçâis

qui disent et qui écrivent pendant Thiver qu'il faut faire la paix à quelque prix que ce soit feront peut-êtj*e changer entièrement la face des affaires, si l'on en vient à une bataille 5 que le sort est entre les mains de ï)ien ; que ce ne serait pas la première fois qu'il aurait jeté au feu les verges dont il se sert pour châtier les nations, et que si les Hollandais font réflexion sur la campagne dernière , ils conviendront qu'ils ont trem* blë plusieurs fois pendant le siège de Lille. Ceux qui souhaitent la paix disent tous qu'il faut qu'elle soit solide, et que pour la rendre telle, il faut premièrement une barrière $ mais je crains qu'ils n'y joignent encore la monarchie eiitière d'Espagne.

Il ne me revient rien de bon des propositions cPAiûsterdam : yéritablement je n'en ai point encore de relation bien sûre. Je croirai peu celles de Melos , quoique je le fasse avertir de venir ici. J'ai dit ce matin au Pensionnaire que je ne doutais pas qu'il y vînt aussitôt qu'il apprendrait mon arrivée. Ses démarches attirent peu d'attention : il est , ce me semble, regardé comme un homme qui aime à faire croire qu'il a des connaissances et des accès que véritable-^ ment il n'a pasi

Bujs a traité dans la conférence de ce matin l'article de6 relîgionnaires français qui sont actuellement retenus sur les galères de Votre Majesté : il a demandé leur liberté, et le Pensionnaire celle de quatre ministres enfermés en Fratice en différens châteaux. Sans alonger encore ma lettre pour vous informer , Sire , de mes réponses , j'ose vous assurer qu'il ne sera plus parlé de cet article.

Celui du roi d'Angleterre fut traité hier et remis à Far* rivée de M. de Marlborough. La proposition d'établir à La Haye le séjour de ce prince effraya le Pensionnaire et les deux autres.

Ils m'ont proposé une nouvelle conférence pour demain au soir ; je l'ai acceptée , et nous serons ensemble à sept

heures. Le lendemain , le Pensionnaire rendra compte aux États de Hollande de tout ce que nous avons dit jusqu^à présent. Cette démarche est bonne; le succès et Parrîyëe prochaine de M. de Mariborongh m'éclairciront, ayant qn^ii soit pen de jours , de ce que je dois attendre de mon voyage : je ne puis encore en faire de jugement certain. Les honnêtetés continuent de la part de ceux avec qui je traite , mai^ sans aucune démonstration hors de la maison du Pensionnaire ; je ne suis sorti de la mienne que pour aller chez lui ; et je continuerai tant qu'il voudra de me tenir caché , quoique la nouvelle de mon arrivée soit présentement répandue, et celle de mon passage aux environs de Bruxelles mise dans les gazettes.

Il m'a dit aujourd'hui qu'il ne tenait qu'à moi de feire venir ici M. Kouillé ; qu'il le prie seulement d'y demeurer le plus secrètement qu'il lui sera possible. Je compte qu'il y sera demain au soir , et que je profiterai du secours de ses bons conseils pour mieux exécuter les ordres de Votre Ma* jesté. Je ne la fatiguerai pas plus long-temps par des assurances superflues d'un zèle égal à mon devoir , à ma respectueuse reconnaissance ^ et à la profonde vénération avec laquelle je suis , etc«

9 mai.

Je sors , Sire , de la quatrième conférence , oh les mêmes matières traitées dans les précédentes l'ont encore été , et les prétentions des Hollandais en faveur de leurs alliés soutenues avec la même vivacité par le sieur Buys, qui fait toujours la fonction d'orateur. Toutefois, malgré son opiniâtreté sur les articles d'Exilles , de Fenestrelle et de Strasbourg , je commence à croire que mon voyage ne sera pas inutile. On mollit , ce me semble , sur l'article de Impies et de Sicile; on témoigne de l'empressement à me retenir chaque fois que je dis que je n'ai qu'à partir , puisque j'ai

ëpoisë mes pouTOÎrs , et qne mes propositioas n'étant point acceptées , je sois éclairci des intentions de la Képablique*

Le Pensionnaire a fait beaucoup plus d'instance qu'à l'ordinaire à ce qne je lui ai dit dn changement qu'nne bataille donnée , comme elle le serait , an commencement de la campagne , apporterait aux conditions dont je me suis expliqué : il m'a demandé dans la suite du discours , de quel moyen l'on poarrait user pour empêcher les armées d'agir. Je lui ai répondu qu'il savait mieux que moi les mesures qu'il devait prendre pour cet effet j et nous sommes presque convenus que lorsque M. de Marlborough en serait d'accord, ils s'embarrasseraient médiocrement des plaintes des alliés* On l'attend ici lundi prochain ; au moins l'on sait qu'il doit s'embarquer samedi , et sa venue est regardée comme devant décider.

Le Pensionnaire m'a dit que la réponse des Etats de Hollande serait prompte; qu'aussitôt qu'il l'aurait^ il me ferait avertir. Ce sera vraisemblablement demain au soir , pour après-demain. Je lui ai demandé si je pouvais mener M. Kouillé aux conférences : il y a consenti sans peine et de bonne grâce. Enfin, Sire, je dirais que je crois une apparence plus riante , s'il était possible de se réjouir de conclure au prix qu'il doit en coûter à Votre Majesté.

J'apprends que les manèges de M. le duc de Lorraine ne sont pas cessés. Le Pensionnaire ne me Fa pas caché ; mais je n'en sais pas assez les particularités pour en rendre un compte exact à Votre Majesté : elle saura d'ailleurs que l'ordre pour l'assemblée de l'armée ennemie est donné pour le 28 de ce mois»

A la Haye , le la mai 1709*

Le Pensionnaire a fait rapport de nos conférences aux Etats de Hollande : il en a rendu compte aux Etats-généraux par la Toie des députés aux a£&ires secrètes; enfin il en a

donne part aux loînistret des allies de sa République* Il nous le dit , à M* le président Rouille el à moi , dans la conférence que nous eûmes le 1 1 de ce mois avec lui et arec les sieurs Bujs et Wanderdussen» Il nous fit entendre , sans l'exprimer bien précisément , que les États de Hollande étaient contens pour eux-mêmes des conditions que Votre Majesté youlait bien leur accorder; mais il ajouta qu'ils ne le pouvaient être du refus constant que j 'avais fait è l'égard des demandes de leurs alliée. Il s'étendit sur les obligations des traités; il reprit ce qu'il m'avait déjà dit , que les Hollandais ne pouyaient se dispenser d'y satisfaire pleinement, lorsque l'état florissant de leurs affaires ne leur permettait pas d'alléguer aucune excuse valable pour se relâcher de leurs engagemeus. Je combattis ce raisonnement , Sire , en lui répétant plusieurs des mêmes raisons que j'avais employées dans les conférences précédentes , j'y ajoutai ce que je crus de plus fort pour faire comprendre que la satisfaction que leur alliés obtenaient était infiniment plus grande qu'ils n'osaient l'espérer en commençant la guerre* J'aurais persuadé des gens qui n'auraient cherché que la justice ; mais il fallut soutenir de nouveaux combats de la part du sieur Buys* Il prit la parole , et défendit avec plus de véhémence que jamais la prétention du duc de Savoie sur ExiUes et Fenestrelle* Le Pensionnaire l'appuyait de temps en temps , toujours sur le fondement de leurs traités j et sur la nécessité de procurer une barrière à un allié qui , s'étant sacrifié pour eux , devait , après ce qu'il a &it , craindre un ressentiment implacable de la part de Votre Majesté. Enfin y ces messieurs continuèrent d'employer les motifs du bon état de leurs afiàires , et de l'appréhension qu'ils ont eu y et leurs alliés de la puissance de Votre Majesté»

La conclusion de tous leurs discours était qu'il faUait profiter de la situation présente pour vivre en sûreté à l'avenir ; que si leurs alliés n'avaient , aussi bien qu'eux ,

des barrières suffisantes , ils seraient attaques aussitôt que la France aurait repris ses forces ; et qu'il était de la prudence de garantir L'Europe d'une nouyelie guerre.

Ces propositions générales , aisées à renv^erser, ne de-* meurèrent pas sans réponse de notre part : mais aussitôt que nous les détruisions , le sieur Buy s , à son ordinaire , abandonnait la matière agitée pour sauter à un autre article. C'est ainsi qu'il ^en a usé depuis que je traite avec lui. Il passa donc sans conclure de l'article du duc de Sayoie h celui des royaumes de Naples et de Sicile. M. le président Rouillé était le meilleur témoin que je pusse employer pour me plaindre des yariations que Votre Majesté ayait remarquées dans le procédé que les députés de Hollande ayaient eu en cette occasion. Je le laissai donc parler ; mais les faits éclaircis , nous ne fûmes pas plus avancés. Mêmes instances de la part^de ces messieurs pour obtenir que le sort des royaumes de Naples et de Sicile ne serait décidé que dans les conférences solennelles pour la paix , et même instance de notre côté à soutenir qu'il était absurde de prétendre que l'état du roi Gatboliqne demeurerait incertain pendant que celui de l'arcbiduc serait réglé j que les Hollandais seraient contens de leur barrière , et que les Anglais jouiraient de la plus grande partie de leurs demandes.

Au milieu de cette contestation très yiye, Buys nous demanda si Votre Majesté ayait par écrit le consentement du roi d'Espagne pour acquiescer aux royaumes de Naples et de Sicile, au lieu de l'Espagne et des autres dépendances de la monarchie espagnole. Nous lui répondîmes que yous étiez bien éloigné , Sire , d'ayoir proposé au roi Catholique d'accorder prématurément un pareil consentement; que Votre Majesté s'était contentée de lui faire connaître les partis qu'elle serait peut-être obligée de prendre pour le bien de la paix ; mais qu'il était impossible d'obtenir son ayeu d'un échange que les Hollandais contestaient encore

ayec font d'opiniâtreté , quoique la nëgociation eût été entamée sur ce fondement* Buys reprit que ce manque de pouvoir était une défectuosité; qu'en yain nous traiterions ici sur les autres conditions , si nous n'étions pas autorisés sur la principale ; et qu'il serait impossible de prendre des mesures justes pour empêcher Touyerture de la campagne. Ce qu'il exagéra pour lors de la supériorité de leurs troupes, de leur confiance , de leur ardeur, et des grands avantages qu'ils attendaient , serait infini et très ennuyeux à rapporter. Je dirai seulement qu'ayant déjà remarqué en d'autres occasions qu^'il voulait profiter du désir extrême qu'il croyait que nous avions d'éviter la campagne , je lui fis connaître encore qu'il serait pins glorieux et plus avantageux pour la France de faire la paix aux conditions du traité des Pyrénées après une bataille perdue , que de l'acheter présentement aux conditions que les Hollandais demandaient pour leurs alliés.

Qnajit au consentement du roi d'Espagne , nous leur dîmes, M. Bouille et moi , que nous avions lieu d'être surpris de cette nouvelle demande , puisqu'un moment auparavant ils nous assuraient que Votre Majesté n'avait qu'à parler; et que la déférence du roi son petit-fils pour ses volonté était telle , qu'il céderait sans peine toute sa monarchie aussitôt que Votre Majesté lui dirait qu'il le devrait faire j que puisque la simple parole de Votre Majesté leur suffisait lorsqu'il était question de faire abandonner au roi Catholique toute la monarchie d'Espagne , cette même parole devait être encore plus forte quand vous procuriez, Sire, au roi votre petit-fils une espèce de dédommagement des États qu'il abandonnerait. M. Bouille fit souvenir les sieurs Buys et Wanderdussen qu'ils lui avaient tous deux Êiit la même demande dans leur première conférence; que dans la seconde il les avait assurés que Votre Majesté se faisait fort du consentement du roi Catholique ; qu'ils avaient été cod-

tend de cette promesse ; qa'ils étaient par conséquent mal fondés à renoayeler présentement nne difficulté aplanie de leur propre consentement.

Nous proposâmes cependant de convenir pr un article du traité que le roi d'Espagne aurait trois mois pour délibérer ; qu^au bout de ce terme il serait déchu de toute prétention de partage , s'il refusait d'accepter celui dont on serait demenré d'accord. Ils objectèrent tons trois de concert que cet interyalle consommerait tout le temps de la campagne , et que cependant leurs armées j dont ils attendaient des effets surprenans, demeureraient inutiles. Enfin je n'ai pas encore yu tant d'opiniâtreté ni tant d'enyie que Buy s en a marqué de faire naître de nouvelles difficultés. Votre. Majesté aura-la bonté d'examiner si elle croit devoir faire pré* sentement quelque démarche auprès du roi d'Espagne pour leyer ce dernier embarras , et pour avoir son consentement conditionnel , en sorte qu'on puisse le produire quand il en sera temps. Nous soutiendrons cependant que le temps de l'exiger n'est pas venu , et que ces messieurs ne sont pas en droit de nous faire pareille instance quand de leur c6té ils ne nous apportent aucun consentement , ni de l'empereur ni de l'archiduc } sur les conditions qui regardent la maison d'Autriche.

Après beaucoup de disputes sans conclusion , le Pension» naire reprit , avec beaucoup de sagesse et de flegme les points que nous avions agités. Il dit que les disputes étaient inutiles , qu'on ne se persuaderait de part et d'autre ni contre les ordres des maîtres ni contre leurs intérêts ; que nous étions instruits, M. Rouillé et moi , de leurs engagemens et des égards qu'ils devaient avoir pour leurs alliés , la République n'étant point autorisée à traiter pour eux ; qu'ils nous priaient d'examiner jusqu'à quel point nous pourrions encore nous . relâcher , comme eux de leur câté feraient des réflexions sérieuses sur les propositions que TOME m. a5

nous leor Aurions fiiîtes, et sur celles que nous refnsioDs de passer.

Ils comptent que nous réseryons d'acquiescer à la démolition de Dunkerque , pour cëder encore cet article à M. de Mariborough ; ils ne se relâchent point de celui de Strasbourg ! quant à l'Alsace , il me semble qu'il n'y a que le public et ceux qui Teulent la guerre , qui en parlent. Les intentions du Pensionnaire me paraissent bonnes , et sa manière de négocier fort droite. Il proposa d'ayertir M. le prince Eugène de se rendre ici , afin que les principales parties intéressées à la guerre pussent en quelque façon se parler ; il conclut ensuite qu'il yalait mieux attendre l'arriyëe de M. de Mariborough. Gomme ils seront ici tous deux dans le cours de la semaine ^ je saurai yraisemblablement à quoi m'en tenir ayant qu'elle se passe, et j'espère pouvoir partir d'ici au commencement de Tautre semaine : Dieu Tenillc qae ce soit de manière que Votre Majesté puisse être contente de mon yoyage !

Les envoyés de Suède , de Danemarck et de Lorraine m'ont rendu visite. J'ai parlé au dernier des bruits que j'ai trouvés répandus au sujet du dédommagement du Montfer« rat y qu'il demande , à ce qu'on assure , aux dépens de Votre Majesté. On m'avait dit encore depuis peu de -jours qu'il prétendait obtenir pour cet effet les Trois-Évécfaés , et le gouvernement perpétuel de l'Alsace, rendus par la paix à la maison d'Autricbe. Il s'est fort défendu de ces suppositions, que je traitais moi*méme de chimères en lui parlant; il m'a ditquMl sollicitait à la vérité, comme Votre Majesté le sait, un dédommagement du Montferrat pour son maître , mais sans spécifier aucun État , proposant seulement le duché de Mantoue , comme celui dont l'empereur disposerait présentement le plus aisément.

Aureste^ je l'ai trouvé assez instruit du plan de cette République et de ses alliés pour la paix ; ce qii'it m'en ^àf dit se

rapporte à ce que le Pensionnaire et les deux autres m'ont rëipëtë plusieurs fois dans no» confërences»

Ce plan est de satisfaire h leur traite avec Fempereur , en procurant à Farchiduc , comme ils y sont obliges , tous les États d'Italie; de satisfaire aux propres intérêts de la Hollande' et à ceux de FÂngleterre . en obtenant PEspagne et les Indes pour le même prince, d'accomplir leurs traites avec le roi de Portugal et avec le duc de Savoie , en sVpposàht h tout démembrement de la monarchie espagnole , hors ceux dont ils sont convenus , avec ces deux princes ; de former une barrière qu'ils prétendent nécessaire ^our l'empiré, en insistant sur la cession de Strasbourg. Et le même envoyé de Lorraine assure que l'électeur de Brandebourg et les cantons protestans pressent aussi pour <lemander la cession de l'Alsace et de la Franche-Comté, comme une barrière pour eux* Enfin , Sire , on n'entend parler que de barrière, terme si inconnu dans les anciennes négociations, que le Pensionnaire avouait hier qu'ils avaient été fort embarrassés à l'exprimer en latin dans leurs derniers traités. - Toutes les nattons paraissent conjurée^ contre Vôtre Majesté, et se font un titre de la frayeur qu'elles affectent de sa puissance , pOar s'eûrichîr à ses dépens dans une conjoncture qu'elles croient i&vorable à leurs prétentions. " Le prince Eugène est arrivé.

Le 14 mai*

L'animosité augmente , et les lettres qu'on reçoit' de France excitent les peuples à faire encore une campagne , dont'ils attendent de grands succès. Un'homme que j'aurai Fhonnear de nommer à Totré Majesté' lorsque je me servirai d*une voie plus sûre qiie celle dé la poste, nous fit avertir avant-hier , M.'1B.ouillé et moi , que nous n'âvbns pas un moÉnentà pterdrè^ si nous voulions conclure ; que les esprits s'aigrissaient , et que la forme présente du gouvernement

tftait telle 9 que le nombre , et non le meilleur parti , décidait des plus importantes affaires* Nous crames qu'il yonlait nous effrayer , et nous résolûmes d'attendre l'arrivée de M. de Marlborough.

Le lendemain , qui était hier , nous parlâmes chacun séparément au même homme. Ses intentions nous parurent si bonnes , et le détail qu'il fit de ce gouTernement nous persuada tellement de la solidité de ces raisons » .que je crus devoir prévenir l'arrivée de M* de Marlborough , pour parler au Pensionnaire. J'allai chez lui dès le soir même , et le trouvai seul. Je lui confiai les derniers ordres que Votre Majesté m'a donnés , lui faisant voir en même temps qu'il était impossible que Votre Majesté p&t se désister de demander un partage pour le roi d'Espagne , et qu^il n'y en avait point de plus simple et de plus naturel que celui des royaumes de Naples et de Sicile.

Cet article et celui de Fenestrelle et d'Exilles furent contestés comme dans les autres conférences ; et le Pensionnaire conclut en disant qu'il fallait nécessairement attendre M* de Marlboi:ough , dont l'arrivée ici n'était relardée que par le vent contraire . Il me dit cpi'il avait trouvé le prince Eugène fort raisonnable èur le sujet de la paix. Le bruit d'une négociation est le motif du voyage qu'il a fait ici. Le Pensionnaire avait voulu le détourner d'y venir; mais le prince Eugène lui a dit qu'il avait promis à M. de Marlborough de s'y trouver lorsque ce dernier reviendrait d'Angleterre ; qu'il avait prévenu ce terme de quelques jonr$, et qu'il l'avait fait d^autant plus aisément que tous les ordres sont donnés pour la campagne ,• et que son absence ne peut y causer aucun préjudice. Le Pensionnaire me dit qu'il irait aujourd'hui voir M. le prince Eugène; que demain nous nous parlerions encore le Pensionnaire et moi ; et que M. de Marlborough , arrivant , on pourrait bien avancer les affaires dans le reste de la semaines

Je suis honteax, Sire , qu'elles ne le soient paé davantage y après ayoir employé tous les moyens que Votre Majesté m'avait donnés pour les terminer. J'étais persuadé qu'avec de pareilles armes je surmonterais la difficulté constante que je trouve sur le partage du roi d'Espagne ; mais , au lien d'entrer dans la justice de mes raisons sur cet article , on me répond que Votre Majesté peut donner un autre établissement an roi son petit*fils ; et quand je demande quel est cet autre établissement, on me propose comme un expédient sans réplique, de démembrer la Franche* Comté , et de la donner en souveraineté au roi Catholique.

Ce que je souffre, Sire, de ces sortes de propositions intéresse peu le service de Votre Majesté; mais je puis l'assurer que jusqu'à présent la patience ne m'a point échappé, et que je la conserverai jusqu'à ce que je parte d'ici, la croyant nécessaire pour l'exécution de vos ordres. Comme ils seront accomplis, soit que les affaires soient portées à nne conclusion , soit que je voie clairement qu'il soit impossible que la paix prévienne la campagne , je compte partir au plus tard la semaine de Pentecôte; et quoique j'espère me rendre en quatre jours auprès de Votre Majesté , je lui dépécherai cependant un courrier après que j'aurai parlé à M. de Marlborongh , afin de l'informer plus promptement de l'état où seront les affaires.

Je suis avec un profond respect , etc.

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