‹ Traité complet de diplomatie;Chapitre 11 sur 89 · VIII. — DES DISœURS · texte numérisé non relu

VIII. — DES DISœURS

Les discours, en diplomatie, sont de simple formalité , et les ministres ont rarement Foccasion d'en prononcer hors de la première et de la dernière audience: Cependant , il est d'usage dans plusieurs Çiours de complimenter le souverain , soit aux anniv^saires , soit lors de quelque grand événement ; et , dans ces circonstances , le nonce du pape est ordinairement Torgane du corps diplomatique.

Le style de ces discours doit être noble et grave, sans affectation et sans apprêt : les périodes se-^ront coupées et naturellement unies ; la concision et la brièveté serviront à faire ressortir la force et la clarté des paroles.

La marclie du discours que tient un ministre en présentant ses lettres de créance , est à peu près ainsi tracée. L'Envoyé commence par les assuran-

ces des seatîmens d'estime et d'amitië de son Maître pour le prince , et il modifie ses expressions selon les égards qu'exigent le rang et les intérêts des deux gouvememens^ ou les liens du sang existant entre leurs cours. Quelquefois il fait mention des intérêts communs ^ de l'union et de la franchise , qui garantissent la sincérité de l'amitié, de l'affection, de Testime de sa cour. Il parle ensuite de sa lettre de crâmce qui exprimera mieux qu'il ne saurait le faire , les sentimens de son Maître. En terminant^ enfin , le ministre ajoute en peu de mots les assurances de son dévouement et de son respect personnel pour le souverain auquel il adresse son discours : il témoigne la satisfaction^ le bonheur qu'il éprouve d'être honoré de la mission dont il est chargé, le désir qu'il a de bien répondre aux intentions de son Maître, et le zèle qu'il emploiera à maintenir autant qu'il sera en lui, l'union etlabonneintelligence des deux États. Le style de ces discours doit être noble , sans afféterie, et respectueux, sans flatterie recherchée. Si le ministre était chargé de quelque négociation ou affaire particulière , il le mentionnerait , mais seulement en peu de mots.

Lorsque la mission du ministre est terminée , il remet ses lettres de rappel , et à cette occasion prononce son discours de congé. Il annonce l'or^

drede départ qu'il a reçu, et réitère les assurances contenues dans les lettres qu'il présente j de Finyariable estime et de IHnaltërable amitië de son Maître : il ajoute qu'il fera un rapport exact et fidèle des témoignages de réciprocité de ces sentimens de la part du prince, auquel il parle., et des dispositions favorables aux intérêts de son souverain dans lesquels il l'a trouvé* Enfin, il exprime en termes respectueux sa reconnaissance des bontés et des grâces dont il ajout durant sa mission, les regrets qu'il a de quitter une Cour où il s'est vu ainsi comblé, et la satisfaction VH>nsolatrice qu'il ressent du succès de sa mission , de la situation des affaires, et de l'intimité et parfaite intelligence qui r^e entre les deux Etats.

Si l'Envoyé n'avait pas réussi dans sa négociation , et . qu'il restât quelque sujet de m&intelli* gence , il s'en montrerait afiligé , et emploierait quelques phrases conciliatrices , tout en justifiant sa cour, sans blesser le prince dont il quitte la résidence. Ordinairement les souverains répopdent eux-mêmes aux discours que leur tiennent les Envoyés , d'autres fois, ils y font répondre par un de leurs ministres. Ils les prient de témoigner à leur prince le retour de leurs sentimens d'affection et d'estime, de même que le d^sir qu'ils ont d'entretenir et de resserrer les rapports établis : Ils

ajoutcmt quelques expressions de bienveillance et d'estime particulière pour le ministre, en Tassu* rapt du plaisir qu'ils ont de le voir charge de la mission qui lui est confiëe, ou, au dëpart du ministre, de la satisfaction qu'ils ont eue de sa conduiti;, et du regret qu'Us ëprouyent de le voir s'ëloigaer* Les discours de première audience que le ministre tient aux membres de la famille du souyerain, ne consistent qu'en complimens flatteurs et en assuraiices d'estime et d'affection du prince , et de soumission respectueuse du ministre ; et , lors de son audience de congé, il fait part de son rappel, assure les princes et princesses de la continuation des sentiments de son maître , exprime sa reconnaissance personnelle pour les bontës dont ces princes l'ont comblé, et les supplie de lui continuer leur bienveillance»

Si le ministre avait à faire un discours de fâicitation , il devrait , en faisant mention de l'heu reux ëvénement auquel se rapportent ses paroles, tëmoigner le plaisir que sa cour en ressent , et la part qu'elle prend aux nouvelles qui lui ont été transmises des succès et du bonheur du prince auquel il parle. Il termine par quelques expressions batteuses , et par des vœux pour la constante pros-^ périté de l'État et de la Cour auprès de laquelle il est awrédité.

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— Nous oserions à peine ajouter ici, qu'il est nécessaire qu'un ministre soit parfaitement sûr de sa mémoire , si un exemple frappant ne nous autorisait à faire cette remarque. Nous le trouyons rapporté dans les mémoires d'un pair de France^ qui fut ambassadeur à la cour de la grande Catherine , et chez lequel un talent supérieur s'alliait à toutes les grâces de l'esprit et aux plus aimables qualités du cœur.

Voici comment sexprime M. le comte de Ségur ;

« J'obtins enfin mon audience , et peu s'en fallut que mon début ne devînt malencontreux : j'avais , conformément à l'usage , donné au vicechancelier la copie du discours que je devais pro* noncer; arrivé au palais impérial, le comte de Gobentzel , ambassadeur d'Autriche , vint me trouver dans le cabinet où j'attendais le moment d'être présenté.

« Sa conversation vive^ animée , et l'importance de quelques affaires dont il me parla , m'occopèrent assez pour, me distraire complètement , de «orte qu'à l'instant où l'on m'avertit que l'impératrice allait me recevoir , je m'apei^çus que j'avais totalement oublié le discours que je devais lui adresser,

« 3e cherchais vainement à me le rappeler en

« et n'alla pas plus loin; enfin , la troisième fois, « venant à son secours , je lui dis que depuis « long-temps je connaissais Famitië du roi son « mahre pour moi. Tout le monde m'a assure « que c'était un homme d'esprit , et cependant a sa timiditë me laissa toujours contre lui une « prévention injuste , et que je me reproche , « comme vous le voyez , un peu tardîve-

« ment. « Au reste , si la prévention que Catherine laisse

ici paraître y nuisait à ceux que la nature n'avait pas doues d'un talent facile , elle s'exerçait aussi à l'avantage de ceux qui en faisaient preuve . Voici j en effet , comment on raconte la fortune de Besborodko.

Ayant reçu ordre^ un jour, de rédiger un certain oukas, il l'oublia, et reparut chez l'impératrice, sans l'avoir écrit. Elle le lui demanda :. Besborodko , sans se déconcerter , tira de sa poche une feuille de papier blanc , où il se mit à lire y comme si l'oukas en question y eût été transcrit. Catherine, contente de la rédaction, demanda la feuille pour la signer , mais elle fut fort étonnée de ne voir que du papier blanc. Cette facilité à composer sur le champ , la frappa , et , loin de reprocher au secrétaire sa négligence ou sa supercherie , elle le fit ministre d'État.

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