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n^aie cherché à gagner les sujets de votre luonarque , pour me dédommager des complots que lui et ses ministres trament tous les jours contre moi, mais on ne prouvera jamais que je me sois servi de la voie des ambassadeurs.
« Les Archiducs se sont servis de Terrail pour conspirer contre moi , sans considérer qu^il était attaché à ma personne et à celle du Dauphin, d'une manière particulière. Le gouverneur de Perpi*gnan a voulu employer Lucquesses et ses complices pour s'emparer de Narbonne et de Beziers. Jîgnore tout ce dont on accuse La Boderie, au sujet des comtes de Wandembergue repu* tés Allemands , quoique sujets des Archiducs. Je ne vous blâme pas , du reste , M. Fambassadeur , de chercher à servir votre maitre , pourvu que ce ne soit pas par des voies telles que celles qui s'employaient avec Mairargues et Lucquesses , et qui ne tendraient rien moins , qu'au renversement et à la ruine de mes Etats. »
« En supposant la vérité de ces complots , répondit l'ambassadeur , on trouvera que ce ne sont que de^ représailles de la violation du traité de Vervins par Votre Majesté ?
« Elle y a porté atteinte , non-seulement depuis qu'il a été publié , mais dans le moment même qu'elle le signait ; elle promettait à des rebelles
et à des hérétiques, de les aider secrètement contre un roi catholique , c^est ce qu'elle a fîdè* lement exécuté. Mon maître n'avait fait la paix que pour pouvoir les dompter plus aisément; et la facilité qu'il espérait , s'est convertie soudain en obstacle.
Henri IV termina la conversation en disant :
« Je ferai informer sur la vérité des grieâ dont on accusç voti*e secrétaire y et je vous en remettrai le résultat^ M. l'ambassadeur, pour prendre sur votre réponse une résolution définitive. »
De nombreuses dispositions ayant attesté la trahison de Mairargues et son intelligence avec le secrétaire Bruneau , et même javec l'ambassadeur Zuniga, il fut condamné à avoir la tête tTdnchéeet à être écartelé ^ le 19 décembre i6o5. Ses biens fiirent confisqués. Le roi néanmoins en fit remettre une grande partie à sa veuve. Quant t au secrétaire de l'ambassadeur d'Espagne , il fut convaincu , malgré ses dénégations , de ce dont <m l'accusait ; le roi voulut bien arrêter les suites du procès, et il le renvoya en Espagne. Mais à peine Mairargues avait-il été exécuté, qu'on découvrit que le comte du Barrault , ambassadeur de France^ près la cour de Madrid, entretenait des intelligences à Pampelune , contre l'Espagne ; ce qui prouve que de part et d'autre , on se
conduisait avec une haine assez mal dissi-* mulëe.
— Le second fait que nous devons rapporter , présente un résumé de la conspiration de Cellamare , une des manœuvres les plus hardies de la politique d'Albéroni.
On sait que la fortune de ce dernier ministre était l'ouvrage du duc de Vendôme , qui Payant vu en Italie , et ayant apprécié ses talens , Tavait emmené avec lui en Espagne ^ ou le duc de Panne le nomma son agent auprès de Philippe V, et qu'Âlbéroni dès lors conçut le dessein de marier Elisabeth Famèse , fille unique du duc de Parme avec le roi d'Espagne , mariage qui amena l'élévation d'Âlbéroni à la pourpre , et au poste de premier ministre. Maître de l'espritdePhilîppeV , et surtout de celui de la reine , qui lui devait le trône , Albéroni forma alors trois grands projets.
Le premier était de faire une révolution en Angleterre j en faveur de la maison de Stuart ; le second , de faire recouvrer à l'Espagne les états qu'elle avait perdus par la paix dlJtrecht et celle de Bade; le troisième, de provoquer en France une révolution qui ôtàt la régence au duc d'Orléans et la fit passer au roi d'Espagne.
Pour l'exécution du premier projet, Albéroni s'était concerté avec le roi de Suède , Charles XÎI^
lequel devait faire une desceote en Ecosse ; mais ce dessein fut évente par le Rëgent qui en donna avis au roi Georges I.
Pour forcer l'Empereur de rendre à l'Espagne ses possessions d'Italie j le cardinal avait conclu une alliance avec la Porte , qui devait opérer une diversion en Hongrie, tandis que la cour de Madrid ferait attaquer l'empereur en Italie.
Pour ôter la régence au duc d'Orléans, et la faire passer au roi d'Espagne j Âlbéroni avait imaginé de faire arrêter le Régent et de le faire trans • porter subitement en Espagne. L'exécution de ce dernier dessein fut confiée à l'ambassadeur d'Espagne en France, Antonio del Giudice, ducdeGiovenazzo, prince de CeUamare, lequel avait été, en 1712, ministre du cabinet en Espagne. En 17 1 5 , il avait été nommé ambassadeur extraordinaire en France. A la nouvelle certaine du traité delà triple alliance, le prince de Cellamare alla s'en plaindi'e avec humeur , mais sans succès , au maréchal d'Huxelles , auquel il rappela les anciens principes de la maison de Bourbon sur la nécessité d'abaisser l'Autriche , et la convenance d'une union étroite entre la France et l'Espagne.
Le cardinal Albéroni fit dire au Régent, par le prince de Cellamare, que s'il voulait rompre avec la cour de Londres , Philippe Y se réunirait si TOME II. 11
intimement à la France, quMl en rësulterait les plos grands avantages pom* le duc d'Orlëans luimême. La cour de Madrid observait que le traite qui se ménageait à Londres, en brouillant les deux branches de la maison de Bourbon , que la politique de Louis XIV avait si bien rëunies , n'ëtait qu^un pot-pourri f une erreur et un véritable as^euglement , qui faisait perdre à la France l'occasion d'affaiblir la puissance autrichienne. Mais les reproches et le mécontentement du cabinet espagnol furent sans mesure , quand il reçut des mains du marquis de Nancré , envoyé extraordinaire du duc d'Orléans à Madrid , le projet de traité de la quadruple alliance, si contraire à toutes ses vues sur l'Italie. Cest alors que la cour de Madrid , tout occupée du désir de se venger du duc d'Orléans , chercha à lui ôter les rênes du gouvernement. La légèreté et l'inconduite de ce prince favorisaient ce parti rigoureux. CSe prince était dépouillé de la plus grande partie de sa considération par ses mœurs dissolues, et par la confiance qu'il donnait à l'abbé Dubois , à Law et & M. d'Ârgenson. Le changement des monnaies , l'énorme poids des impôts , Thumiliation du parlement et la d^radation du duc du Maine, avaient fiiît au Régent une multitude d'ennemis dans toutes les classes. Le ministère espagnol crut le mo-
ment favorable pour lui enlever une autcnrité peu respectée ^ et il chargea de cette commission dëli<cate le prince de Gellamare. Celui-ci gi^a la duchesse du Maine , le cardinal de Polignac , des évéques^ des magistrats, et des seigneurs du plus haut rang. Il n^y eut que le militaire qui resta neutre , le duc d'Orléans ayant toujours eu pour lui les plus grands ménagemens. Le projet de la faction ennemie de ce prince , était de se saisir de sa personne , la veille de Noël y à la messe de minuit, au moyen de trois cents personnes déguisées en gardes-du-corps , et de le conduire aussitôt en Espagne, pour Fenfermer danâ une prison d'Etat.
Pour atteindre à Texécution de ce dessein hardi , le prince de Cellamare fut obligé de multi[^er les mémoires qu'il fallait distribuer aux chefs de la révolution , et de se confier à des écrivains mercenaires et inconnus. Un d'eux nommé Buvat , alla tout dévoiler à l'abbé Dubois, qui donna pour instruction au copiste de continuer à travailler chez l'ambassadeur d'Espagne, et de prendre la liste des conjurés. Buvat fit savoir, un soir, qu'il avait copié en entier le projet de la révolution , compris en cinquante mémoires différens, dbnt il donna les sommaires ; et que ce projet devait être porté à la cour d'Espagne , par labbé
Porto-Garrero , qui se rendait à Madrid; labbé Dubois fit suivre Porto-Carrero , et on Farréta à Poitiers, le a décembre 1718. On trouva dans ses papiers le plan détaille pour ôter la régence au duc d^Orlëans.
Le prince de Gellaïuare , à la nouvelle >de Farrestation de Porto-Garrero , incertain encore si on avait saisi ses papiers , se rendit chez le ministre de la guerre , Leblanc , pour s'assurer des faits. Mais après une courte explication j le ministre qui avait déjà reçu des ordres du Régent, dit à M. de Gellamare : « Suivez-moi , Monsieur, j'ai ordre de faire la visite de votre hôtel, en présence de Fabbé Dubois et de divers officiers ; si vous obéissez de bonne grâce, il ne vous sera fait aucun mal ; mais si vous résistez , de plus grandes forces sont prêtes pour vous soumettre à la volonté du roi. » L'ambassadeur voulait balbutier quelques paroles sur le droit des gens et les prérogatives de sa personne. D'un ton plus élevé encore , on lui répartit qu'il avait dégradé sa dignité, en sorte qu'il fut contraint de suivre le ministre Leblanc et Fabbé Dubois à l'hôtel de la légation d'Espagne , qui était déjà investi par un détachement de mousquetaires. L'ambassadeur soutint d'abord avec gravité la visite de ses papiers , qui fut faite en sa présence , mais le dépit s'empara
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de lui quand on visita la cassette où i} conservait quelques billets doux , et il s^exhala en sarcasmes contre Fabbé Dubois. Le scelle fut mis sur les. papiers de Fambassadeur , et il fut lui-même consigne dans son hôtel ^ et confît à une garde de mousquetaires.
Le prince de GeUamare , sans se déconcerter , écrivit le lo de décembre à tous les ministres étrangers à Paris , une lettre sur Fattentat commis en sa personne , et sur Fouverture de son secrétaire. Mais le a3 janvier 1719 , il partit pour Blois^ sous escorte ^ et y resta jusqu'au 6 de mars de Fannée suivante où il fut reconduit à la frontière*
Telle fut Fissue d'une entreprise fort au-dessus des moyens et de Fesprit du prince de GeUamare. Ce n'était guère qu'un simulacre d'ambassadeur. C'était un de ces hommes taciturnes par caractère plutôt que par prudence , dont le corps et l'esprit étaient aussi embarrassés que pesans. Il n'avait d'autre talent que celui de bien représenter, entendant à merveille le cérémonial des ambassadeurs , mais sans aucune des qualités nécessaires au chef d'un complot aussi hardi que celui dont il s'agissait. Il recevait indistinctement tous les mécontens de la régence ; écoutait leurs grieÊ y promettait sa protection ; il allait , au nom du roi d'Espagne^ rechercher les grands , et. sollicitait
leur amitié, sans s'apercevoir que cette conduite devait donner des soupçons et des inquiétudes à l'abbé Dubois , si habile dans l'art de dévoiler une intrigue.
Avant qu'on eut arrêté le prince de Cellamare, le cardinal Âibéroni avait donné ordre an duc de Saint- Aignan , ambassadeur de France , de quitter Madrid dans vingt-quatre heures; le duc de Saint* Aignan partit. Le cardinal ayant appris sur ces entrefaites, l'arrestation du prince de Cellamare, envoya des gens à la poursuite de l'ambassadeur de France pour le ramener. Celui-ci , qui soupçonnait les iotenti(»]8 du cardinal, ne fut pas plutôt arrivé sur les frontières de la Haute-Navarre , qu'il gagna , avec la dudiesse son épouse , SUT des mulets, SaintJean-Pted-de-Port, en laissant dans' son carrosse , une femme et on valet de chambre intelligens , avec ordre de se faire passer pour l'ambassadeur ou l'ambassadrice, si l'on Tenait les arrêter , et de crier bien haut contre la violence qu'on leur faisait.
Les gens que le cardinal avait envoyés à la poursuite de l'ambassadeur, joignirent bientôt l'équipage. Les prétendus ambassadeur et ambassadrice jouèrent très bien leur rôle ; et ceux qui les arrêtèrent , les ramenèrent à Madrid, pleins de joie de cette capture. Quand Albéroni sut qu'il
était dupe, il en fut très mortifié. Le duc de Saint-Aignan continua heureusement sa route, et parvint en France sans accident. Mais le procédé d'Albéroni n'en fiit pas moins jugé indécent , et contraire au droit des gens.
A Tinstant où le cardinal s'occupait à faire arrêter le duc de Saint Aignan, il écrivait au pnnce de Gellamare y un billet , dans lequel il llii disait, pour le rassurer, que ce qui s'était passé , à l'égard du duc de Saint-Aignan , ne devait , en aucune manière , être un exemple pour en user de même envers lui ... ; qu'il avait été nécessaire de prendre ce parti , parce qu'il n'avait plus de caractère , à cause de sa mauvaise conduite.
« Votre excellence , disait le cardinal , continuera d'être ferme à demeurer à Paris , et elle n'en sortira que lorsqu'elle y sera contrainte par la force. En ce cas , il faudra céder , en faisant auparavant les protestations requises au roi très chrétien , au parlement et à tous les autres quUl conviendra, sur la violence que le gouvernement de France tierce contre la personne et le caractère de votre excellence. Supposé qu'eUe soit obligée de partir, elle mettra auparavant le feu à fautes les mines » . Cette expression indique assez la violence des desseins arrêtés.
Le ministre des affaires étrangères , fit passer ,,
le iodÂ:embre, au corps diplomatique, la circulaire snÎTaate, au sujet des mesures de rigueur que la Cour venait de prendre envers l'ambassadeur d'Espagne.
■ Gomme ce qui se passa hier , Monsieur^ & r^ard de M. le prince de Gellamare , a dû vivement frapper votre attention, j'ai ordre devons faire savoir que ce n'est qu'avec beaucoup de peine que S. M. s'est portée à prendre cette rësolutiou, quoique accompagnée de tous les égards et de tontes les marques de considération possibles, à r^ard de l'ambassadeur d'nn prince dont l'amitié lut sera toujours chère , et qui est incapable d'entrer dans des desseins aussi pernicieux, etc.
Une circonstance reste à noter. Le ministre des affaires étrangères écrivit plus particulièrement, sur la découverte de la conspiration, au comte de Stairs, ambassadeur d'Angleterre, l'invitant à se rendre auprès du Régent, que l'étiquette empêchait de voir depuis long-temps pour le fait suivant : le R^nt étant allé un jour voir l'ambassadeur qui vint le recevoir au bas de l'escalier, le R^ent ne voulut pas sortir de sa voiture, à moinsqueH.de Stairs ne lui donnât la main pour descendre de carrosse. Celui-ci lui fit dire , que s'il venait chez lui , en qualité de