‹ Traité complet de diplomatie;Chapitre 58 sur 89 · III. — DE LA GUERRE COMMUNE · texte numérisé non relu

III. — DE LA GUERRE COMMUNE

Lorsque des puissances s^unîssent et joignent leurs forces pour combattre un ennemi commun j elles forment rëellement une association de guerre. Ce sont de yëritables alliés opposés au m^e adversaire. Leurs rapports avec lui sont les mêmes, leurs conquêtes, leurs pertes sont communes; Tune et Fautre doivent participer à la paix ; et si une semblable alliance a été contractée d^avance, soit eu général , soit contre un Etat détermine, ou pour un cas particulier, l'agression dont une de ces puissances est menacée, est aussi regardée comme dirigée contre les autres.

Mais autant leurs rapports sont simples avec Fennemi , autant ceux qui existent entre elles sont compliqués et engendrent de nombreux et graves différends. Dans ces occurrences , plus les

contèstatioiis sont sérieuses et multipliées, plus elles démontrent que Talliance en elle-même était impolitique et contraire aux intérêts réciproques. LMvqu'un avantage réel , et non un vain ^caprice diplomatique , la fait contracter , on obtient l'union ; et Pégoïsme, aux vues étroites, disparaît devant un intérêt majeur.

Si dans la guerre de 1734, Louis XV, Phi* lippe \ et Charles Emmanuel III se fussent mis à la tête des armées qu'ils envoyaient contre Charles YI , comme on a vu François, Alexandre et Frédéric Guillaume III commander les leurs contre Napoléon , il est fort douteux que la même intelligence eût régné parmi les premiers. En général , il est presque toujours avantageux , pour la cause commune , que dans les opérations combinées , les souverains ne soient pas présens. Ce ne fut pas seulement le caractère personnel des trois monarques que nous venons de nommer , ce fut encore le grand but qui les réunissait, qui maintint entre eux cette concorde, peut-être unique dans l'histoire.

Des préjugés politiques forment souvent des alliances par anticipation : il est rare qu'elles aient un résultat avantageux , à cause de l'instabilité des relations sur lesquelles elles se fondent. Combien de débats se sont élevés sur la question

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de savoir si^ et quand le cas de l'ail iaDce ( atsus Jœderis ) existe ? C'est bien plus souvent l'interprétation littérale du traité , d'après l'intérêt da moment , que la franchise et la bonne foi , qui décide dans ces sortes de dbcassions.

Au début de la guerre , il est nécessaire de convenir du généralissime qui commandera les armées coalisées. Les opérations militaires doivent être également discutées et arrêtées en commun. C'est ici le lieu de consigner une remarque pénible à faire, mais fondée sur l'autorité des exemples. On a vu dans beaucoup de circonstances , et lors de l'exécution des plans les mieux combinés ^ la vanité , la jalousie , et des passions plus répréhen^ sibles encore , manquer de compromettre l'exis* tence et le bonheur des nations. C'est donc un motif de plus de ne former des alliances , que lors* qu'un même intérêt est le garant de leur durée.

Dans les armées réunies , le butin est commun comme il le serait parmi les troupes d'un, seul souverain. Il en est de même des conquêtes et des pertes. Mais il s'ouvre encore ici un vaste champ aux discussions : si les nations reconnaissaient un juge au-dessus d'elles, sans doute elles soumettraient à son arbitrage les répartitions diverses; les avantages que chacune acquerrait, seraient en raison de la part qu'elle aurait prise dans la

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guerre ; et , par consëquent , la nation qui aurait causé quelque préjudice , serait responsable des torts ou des négligences qui auraient déterminé le dommage. Mais il n'en est point ainsi. Il est donc important que l'homme d'Etat avise à ce que le traité détermine d'avance les possibilités. La perte de l'un des alliés et le gain de l'autre , doivent , il est vrai , dans la paix subséquente , être balancés ; cependant , la difficulté d'établir une juste proportion , eu égard aux efforts plus ou moins grands qui auraient été faits des deux côtes, n'en subsisterait pas moins.

Le droit de postliminie s'exerce également entre les alliés y et de la même manière qu'entre les sujets du même souverain. Si leurs lois diffèrent sur ce point, il nous semble conforme aux règles de l'équité , de faire prévaloir les principes adoptés à cet égard par le gouvernement dont les troupes auraient repris le butin sur l'ennemi , car ces lois peuvent seules déterminer à quelles conditions le soldat restituera ce qu'il a gagné au péril de sa vie.

Les alliés doivent apporter, réciproquement, le même soin à tout ce qu'exige le salut de leurs armées et de leurs pays. C'est ainsi que leurs magasins fournissent indistinctement aux diverses troupes , sur des reconnaissances , les munitions de guerre et de bouche dont elles peuvent avoir

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besoin. Par la rakon que ces puissances combattent pour la même cause , aucune d'elles ne peut conclure sëparëment un armistice , encore moins la paix , et charger ainsi son allie seul de tout le fardeau de la guerre.

Cependant Tëquitë , aussi*bien que le droit j admettent plusieurs exceptions à cette régie.

Les chances de la guerre peuvent d^abord amener le cas de nécessite. Si un État est menace de sa destruction , ou , en général y de malheurs impossibles à prévoir lors de la conclusion de Falliance, et que, par conséquent , en la mainte* nant, il s'expose à des sacrifices qui ne pouvaient être dans Kntention des contractans , on ne saurait considérer le refus de s'y soumettre comme la violation d'une promesse, qui, dans le fond, n'a pas été faite , ainsi que nous l'avons déjà observé en parlant des traités.

En second lieu, le manque de foi , de l'une des parties, donne le droit à l'autre de traiter séparément de la paix. Cependant, l'opinion publique se déclarera toujours contre celui qui voudrait scruter, avec une excessive sévérité, les moindres circonstances , pour en prendre prétexte de se soustraire à ses obligations.

Mais il est surtout permis de conclure une paii séparée : lorsque notre allié rejette des conditions

équitables , et propres à c<»icilier les intérêts com« muDs ; lorsque le but de Falliance est atteint j ou que Timpossibilitë 4'y parveuir étant manifeste , cet allie s'obstine à ne pas cëder^ au point de prétendre que nous sacrifiions toutes nos forces pour seconder son opiniâtreté. D'un autre côté, il serait contraire aux principes , également consacrés par la justice et la politique , de séparer , sans motif valdUcy notre cause de la sienne; et Fhistoire dânontre, par de nombreux exemples, que le manque de foi retombe tôt ou tard sur le parjure , surtout lorsqu'il abandonne le jdus faible dans une guerre contre un plus puissant.

Dans le cas même où une puissance serait fondée à conclure une paix s^arée , il est de son de^ Toir de stipuler^ en faveur de son allié , des conditions aussi avantageuses qu'il est possible , et de lui alléger les charges d'une guerre que dorénavant il doit seul supporter.

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