‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 111 sur 373 · CONCLUSIONS ANATOMICO-PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS ANATOMICO-PHYSIOLOGIQUES

Je me résume donc et je dis : d’après la structure anatomique de la rate et l'aspect microscopique du liquide contenu dans ses vésicules, on peut établir, sur les fonctions de ce viscère, les propositions suivantes, qui, sans préciser positivement, et dans un sens absolu, les fonctions de la rate, mettent néanmoins sur la voie de cette détermination, et marquent le but auquel doit atteindre, mais que ne doit pas franchir, un travail d'anatomie microscopique, c’est-à-dire le point de transition intermédiaire de l'anatomie à la physiologie.

1° La rate me paraît être un organe d'élaboration sanguine fractionné en deux parties :

RATE. 29

À. Un appareil sécrétoire vésiculaire opérant directement sur le sang artériel, mais dont le produit est repris en partie par les lymphatiques, et en partie par les veines.

B. Un appareil lymphatique, travaillant, d’une part, sur le sang qui lui est fourni par les nombreuses artérioles glandulaires; d’autre part, sur les résidus liquides de l'élaboration de l'appareil vésiculaire qui lui sont apportés par les lymphatiques.

2° Ces deux appareils ne semblent liés anatomiquement et juxta. posés, organule à organule, que dans le but d'exercer des fonctions communes, les résidus veineux des deux appareils se rendant également dans le foie, tandis que le seul résidu des glandes lymphatiques est transporté dans l'appareil du même nom.

5° Comme résumé synthétique des propositions précédentes, les deux portions dans lesquelles se partage le liquide vésiculaire splénique sembleraient l’une et l’autre avoir pour destination finale de servir à l'hémastose. L'une, absorbée par les lymphaticules et travaillée de nouveau par les glandules spléniques , irait se confondre avec les produits hétérogènes de l'appareil Iymphatico-chylifère, pour être versés en commun dans le sang veineux de la circulation générale, à cette extrémité de l'arbre veineux Où les divers liquides sanguins et lymphatiques, si différens entre eux, circulent sous le nom générique de sang noir, et n’ont plus qu’à se mélanger dans le cœur droit pour se transformer, dans les poumons, en sang rouge homogène, sous l'influence de la respiration.

L'autre portion de liquide splénique, absorbée par les veines, ne serait que préparatoire à une ou plusieurs autres élaborations qui auraient leur siége dans le foie, où le sang veineux splénique est porté avec celui des organes digestifs.

4° Quant à la détermination spéciale du genre d'élaboration opéré par les organules spléniques :

(a) Modification des élémens organiques du sang, reformation directe de ses globules; (b) fixation dans ce liquide d'un principe excitateur des centres nerveux; (c) comme dernier résultat, élaboration d’un sang veineux préparatoire aux fonctions du foie, mais seulement au même titre que celui des autres organes de l'abdomen. Telles sont, d’après les faits de diverse nature consignés dans ce mémoire, les trois fonctions qui me semblent devoir être attribuées à la rate.

5° L'analogie de texture et de fonctions entre la rate et les glandes lymphatiques ne donne pas la preuve évidente, mais fait naître le soupçon légitime que ces deux genres d'organes puissent, jusqu'à un certain point, se suppléer ; ce qui expliquerait l’apparente innocuité de l'extirpation de la rate.

Si ces indications de fonctions ne. donnent encore que des aperçus probables, si elles ne font que tracer la filiation des actes organiques sans en déterminer irrévocablement la nature, du moins la question de la rate, comme organe sécréteur opérant en vue de l'élaboration sanguine, me paraît-elle jugée quant à l'anatomie. C’est à la chimie par ses analyses, mais surtout à la physiologie par ses expériences positives, et à la pathologie par ses preuves négatives, à corroborer ou à infirmer l’assertion tirée de l'anatomie. Ce n’est pas trop du concours de ces trois sciences, auxiliaires obligées les unes des autres, pour nous dire avec certitude le rôle que joue le liquide splénique dans l'organisme,

Toutefois, de cet ensemble d’efforts et de témoignages, en supposant même que les résultats en fussent certains et consciencieux, il ne pourrait encore ressortir que des notions partielles, bien restreintes et confuses, relativement au grand acte général de l’hématose.

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La tâche de l'anatomie n’est donc que commencée par un point arbitraire du cercle que représente l'organisme. La structure interne de la rate réclame celle des glandes lymphatiques et du foie, que déjà, par extension et analogie, en ne faisant que suivre les produits spléniques, on peut considérer aussi comme des organes d’hématose. Ces nouvelles notions anatomiques, élucidées par le secours des sciences auxiliaires, exigeront , à leur tour, des recherches sur d’autres organes, et successivement ainsi, de proche en proche, jusqu’à ce que, le cercle de l’organisme étant épuisé, toutes les notions partielles puissent se grouper et se généraliser en un ensemble.

Quel est donc le dernier mot de tout ce travail ? Que l’on ne sait presque rien encore, et que tout est à faire en anatomie physiologique, la partie de la science pourtant qui domine tout le reste. Pourquoi faut-il que ce soit là, si souvent, le résultat le plus net des travaux consciencieusement faits(r)?

Depuis le travail de M. Bourgery ont paru les recherches de M. Hlasek (2), qui ont surtout porté sur la disposition vasculaire de la rate et qui feraient considérer cet organe comme une espece de tissu caverneux comparable à celui du placenta utérin. Voici, du reste, à quoi peut se résumer le travail de M. Hlasek :

La rate est un organe composé d’un système de veines qui se distribue en deux parties : l’une, appelée par M. Hlasek système caverneux, reçoit le sang des vaisseaux capillaires artériels; l'autre, composée de la veine splénique et de ses ramifications jusqu'aux racines des veines, emmène de nouveau le sang de la rate en traversant les corpuscules de Malpighi.

De ces deux parties, la première, le système caverneux, parait de beaucoup la plus importante. Les cavernes, situées principalement entre les cloisons de la rate, forment ce que M. Hlasek appelle le parenchyme de la rate.

Les rameaux de la veine splénique, qui servent à emmener le sang de la rate, se répandent entre les cavernes qu’elles traversent en divers endroits.

Dans ces derniers cas, quand les veines qui amènent le sang pénètrent ces cavernes , il arrive souvent qu'entre la caverne et la veine il y a une paroi beaucoup plus épaisse, une cloison dont une face regarde l’intérieur de la veine, l’autre regardant la caverne.

Il semble que ce système de cavernes n’existe que dans la rate de l’homme et de la plupart des mammifères.

Les élémens de la rate qui sont connus sont : une tunique propre, un système épais de cloisons, de grandes artères, des veines avec des parois complètes, des vaisseaux lymphatiques, des nerfs, une pulpe avec de petites cloisons visibles seulement au microscope, et des vaisseaux capillaires; enfin des cellules élémentaires et des noyaux de diverses espèces. Tous ces élémens entrent pour leur part dans la constitution des parois du système veineux.

Ce qui est remarquable, c’est que la veine splénique reçoit dans ses parois une artère, des nerfs, et probablement aussi des vaisseaux lymphatiques, ce qui forme une trame nouvelle au milieu de la trame des parois : c’est ce que M. Hlasek appelle la tunique adventive de la veine splénique. Avec les ramifications de la veine splénique, il y a aussi des artères et des nerfs qui pénètrent dans les parties internes de la rate.

(1) Anatomie microscopique de la rate dans l'homme el les mammiferes ; par J.-M. Bonrgery, lu à l’Académie des Sciences, 6 juin 1842.

(2) De lienis textur&. 1852.

La disposition de la veine splénique n’est pas complétement la même chez l’homme et les divers animaux. En effet, chez le bœuf la tunique adventive de la veine splénique, au moment où cette veine envoie ses nombreux rameaux, se résout en un système de faisceaux dont la plupart, allant continuellement en décroissant en largeur et en longueur, finissent par venir constituer une matière pulpeuse; les plus gros faisceaux restent séparés, contenant toujours des artères et des nerfs. Dans l’homme, au contraire, les parois des veines restent intactes, conservant leur tu-

nique adventive jusque dans leurs plus petites ramifications.

Selon M. Hlasek, la rate du chien et du porc offre les mêmes dispositions que la rate de l’homme; celle du cheval ressemble au contraire à celle du bœuf.

Les parois des cavernes diffèrent des parois des veines qu’encombrent le sang, en ce qu’elles sont la majeure partie constituées par une substance pulpeuse que M. Hlasek appelle la pulpe du parenchyme. Le microscope fait voir dans cette pulpe un grand nombre de petites cloisons.

Les cavernes font place à la superficie; elles sont limitées par la trame inférieure de la tunique propre de la rate.

Dans les parois de tout l'organe veineux on voit des cellules et des royaux. M. Hlasek affirme qu'il n’y a pas de vraies cellules parenchymateuses , que personne n’en a trouvé. Ce qu’on a pris, dit-il, pour ces cellules, sont ou des masses formées par des vaisseaux sanguins et lymphatiques, ou des corpuscules sanguins ayant subi une transformation diverse, tantôt incolores, tantôt infiltrés d’hématosine, ou bien encore des cellules renfermant des globules de pigment, ou enfin de l’épithélium des vaisseaux.

Un élément constant dans les parois des veines, c’est l’épithélium.

Les vésicules de la rate ne semblent être qu’une dépendance du système des vaisseaux lymphatiques.

Les artères rappellent les vasa vasorum : elles courent dans les parois du système caverneux des veines, et vont verser le sang qu'elles contiennent à la face interne des parois caverneuses. Les 2er/s suivent le même parcours que les artères.

M. Hlasek soutient qu’il n’y a pas de vrais fibres musculaires dans aucune partie de la rate. Les fibres qu’on a cru exister dans les vaisseaux spléniques, dans la tunique moyenne des artères, et surtout dans la tunique adventive du système des veines, ne sont, d’après cet auteur, autre chose que les cellules fusiformes de l’épithélium des vaisseaux.

Il existe encore sur les textures de la rate différens travaux, ceux de M. Sanders, de M. Koœælliker, etc. ; mais comme ces auteurs n’ont traité que de l’anatomie microscopique des élémens de la rate, nous renvoyons l'examen de leurs travaux au tome VIIT, où nous traiterons en détail l'anatomie microscopique.

Développement de la rate après la naissance.

La rate ne peut point être considérée comme un organe de la vie embryonnaire qui disparaïtrait ensuite chez l'adulte; car bien que la rate apparaisse de très bonne heure chez le fœtus, son développement, et sans doute ses fonctions, ne commencent réellement qu'après la naissance, ainsi que le démontre le tableau suivant, d’après Huschke :

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