‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 115 sur 373 · FONCTIONS DE LA RATE · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE LA RATE

Il serait excessivement long et sans aucun profit d'exposer, méme en résumé, toutes les théories qui ont été données sur les fonctions de la rate. Il nous suffira d’indiquer quelques propriétés de la rate, qui ont été constatées expérimentalement, mais qui sont loin de donner une idée complète des usages de cet organe.

Certaines substances ont la propriété, lorsqu’elles sont injectées dans le sang, de faire contracter la rate; la strychnine est particulièrement dans ce cas, et on voit, sur un animal dont la rate a été mise à découvert, que, au moment où le tétanos est produit par le poison, il y a un raccourcissement très évident de la rate dans tous ses diamètres : M. Piorry attribue au sulfate de quinine le même effet sur la diminution du volume de la rate. Le camphre, l’acétate de morphine, ont le même effet, suivant M. Defermon. L'application directe de l'électricité sur la rate produit aussi son raccourcissement ; toutefois, ce résultat est beaucoup mieux marqué chez le chien et le chat que chez les autres animaux. Cette influence de l’électricité s'expliquerait, d’après Kællicher, par la présence de fibres musculaires de la vie organique , toutes spéciales, qui se rencontrent dans l’enveloppe de la rate chez le chien et le chat.

On a signalé d’autres circonstances qui, au lieu de le faire diminuer, font au contraire augmenter le volume de la rate. On a signalé comme étant particulièrement dans ce cas, l’introduction des boissons dans l’estomac. Les expériences de M. Goubaux, professeur à l'École Vétérinaire d’Alfort ont établi ce fait d’une manière expérimentale. La distension de l'estomac produit les mêmes effets, quand même cette distension est opérée seulement par de l’air.

On a surtout suivi deux procédés pour rechercher les fonctions de la rate. Le premier consiste à enlever l'organe tout entier; dans le second, on examine le sang avant l’entrée dans la rate et après sa sortie de cet organe. Les extirpations n’ont rien appris, parce que, après cette opération, les animaux offrent encore les apparences d’une santé parfaite ; ce qui prouve, tout au moins, que les fonctions de la rate ne sont pas immédiatement indispensables à la vie.

De l'examen du sang à la sortie de la rate, on a déduit des opinions trés différentes. MM. Donné, Mandl, etc., admettent que dans la rate, les globules blancs du sang se transforment en globules rouges: Kællicher, au contraire, à montré que dans le parenchyme de la rate, les globules du sang se détruisaient. M. Béclard a constaté également, que les globules rouges avaient diminué dans le sang qui sort de la rate, et que l’albumine, au contraire, avait augmenté. Enfin une autre opinion, qui a encore été émise dans ces derniers temps, consiste à regarder la rate comme agissant sur le sang à la manière des ganglions lymphatiques; M. Benett d'Édimbourg, qui admet cette manière de voir, pense que la rate est destinée à produire les globules du sang, et que, dans les cas de maladie de cet organe, il se forme dans le sang une très grande quantité de globules blancs, qui ne peuvent plus être transformés par la rate en globules rouges. C’est à cette maladie, qu’il a donné le nom de ZÆuco-cythémie.

On a encore cherché à regarder la rate comme organe acces-

soire à l’estomac ou au foie, parce que d’une part, les vaisseaux Courts paraissaient lier les fonctions de la rate avec celles de l’estomac, et que d’une autre part, le sang de la veine splénique allant, chez tous les animaux sans exception, se rendre dans le foie, on supposait que ce sang avait un rôle à remplir dans la production de la bile. C’est sur des considérations semblables qu'on a dit (Eusinger) que la présence de la rate était nécessaire à la sécrétion du suc gastrique ou à la formation de la bile; mais ces suppositions n’ont aucun fondement, car après l’extirpation de la rate, le suc gastrique et la bile continuent à être sécrétés tout aussi bien qu'avant l’extirpation.

FOIE

Le foie, qui constitue la glande la plus développée du corps, est situé dans l’abdomen où il se trouve placé, entre le système veineux abdominal de la veine-porte et le système veineux général représenté par la veine-cave inférieure. En même temps, cet organe verse dans l'intestin la bile, produit de sa sécrétion. Le foie doit être successivement étudié dans le rapport de sa forme, de ses moyens de fixité, de sa consistance, de sa couleur, de ses fonctions, etc.

1° Situation.

Le foie occupe dans l’abdomen l'hypochondre droit, qu'il remplit en totalité; il s’avance vers l’épigastre jusque dans l’hypochondre gauche; il est séparé en haut des organes thoraciques par le diaphragme, en bas il repose sur le duodénum, l'estomac, le colon et le rein droit, Il se trouve maintenu suspendu par différens ligamens. Le foie est fixe à sa partie postérieure; sa partie antérieure, plus mobile, peut successivement monter et descendre dans les différens mouvemens de la respiration. Dans la position assise, le foie descend plus bas que quand on est debout; dans la position couchée, il est complétement caché derrière les fausses côtes. Le bord antérieur du foie, qui est sa partie la plus mobile, devient très saillant à travers les tégumens du ventre, sous les cartilages costaux, à chaque inspiration ; il remonte, au contraire, à chaque expiration.

2° Moyens de fixité et rapports.

Le foie est maintenu dans la position qu’il occupe par des adhérences celluleuses qui existent vers son bord postérieur, et de plus par des replis du péritoine. Les adhérences celluleuses correspondent à la région du bord postéro-inférieur où se trouve le sillon de la veine-cave, et les ligamens sont le ligament coronaire et le ligament suspenseur.

1° Ligament coronaire. Le ligament coronaire est un repli du péritoine qui s'étend de droite à gauche dans toute la longueur du foie, descend de la face inférieure du diaphragme à l’extrémité postérieure de sa face supérieure, et se continue en même temps avec la tunique séreuse et son ligament suspenseur. Le ligament coronaire s’élargit aux deux extrémités du foie, et y forme deux plicatures triangulaires qui ont reçu le nom de Zgamens triangulaires droit et gauche. Le ligament gauche est plus long, ce qui rend l'extrémité gauche du foie plus mobile que l'extrémité droite. Du reste, les trois ligamens coronaire et

triangulaires servent à fixer le foie au diaphragme en arrière et en haut.

2 Ligament suspenseur où falciforme. Le ligament falciforme, qui contient la veine ombilicale dans l’état fœtal, est un long et large repli triangulaire du péritoine qui monte de l’ombilic à la face inférieure et antérieure du foie, où il plonge dans l’échancrure de la veine ombilicale du bord antérieur, et sert de limite entre les lobes droit et gauche du foie. Ce ligament n’est pas situé verticalement, il est un peu tourné en haut par sa face droite, et en bas par sa face gauche. Il a deux bords : le supérieur regardant à gauche, l’inférieur à droite. Le bord supérieur du ligament falciforme s'attache à la ligne médiane des parois abdominales, au-dessus de l’ombilic, et regagne de là le diaphragme, à droite de la ligne médiane; le bord inférieur, au contraire, s’écarte de plus en plus à droite et s’attache sur le foie jusqu’au ligament rond ou coronaire, puis à la face supérieure du foie, entre le lobe droit et le lobe gauche. Le ligament falciforme a deux extrémités : l’une inférieure et antérieure qui est située à l'ombilic; à partir de ce point, elle va en s’élargissant jusqu’à la face supérienre du foie, puis elle se rétrécit jusqu'à son extrémité postérieure et supérieure.

Le ligament falciforme est composé de deux feuillets qui sont intimement unis l’un à l’autre dans la plus grande partie de leur étendue, et qui s’écartent d’autant plus qu'ils se rapprochent davantage de la face supérieure du foie, où ils laissent entre eux un espace triangulaire rempli par du tissu cellulaire. Le feuillet gauche parvient, ainsi qu’il a été dit, au bord postérieur du foie, et se continue avec la moitié gauche du ligament coronaire, tandis que le feuillet droit se continue avec la moitié droite de ce même ligament. On trouve entre les deux feuillets du ligament falciforme des nombreux vaisseaux lymphatiques situés à la partie la plus élevée du ligament; puis au-dessous du foie on remarque de la graisse , et le ligament rond qui n’est autre chose que la veine ombilicale du fœtus oblitérée. Ce ligament rond monte de l’ombilic à la fosse longitudinale gauche du foie, en suivant le bord droit du ligament suspenseur. Le ligament suspenseur du foie maintient cet organe, en même temps qu’il soulève obliquement à gauche son lobe droit, et qu’il tient les deux lobes dirigés un peu en arrière. Il sert en outre de conducteur pour le paquet médian des lymphatiques superficiels, qui vont de la face supérieure du foie au diaphragme.

À la face inférieure du foie on trouve encore le petit épiploon, qui unit le sillon du canal veineux et le sillon transverse avec l'arc supérieur de l’estomac et le ligament hépato-duodénal, le ligament hépato-colique, le ligament hépato-rénal : ces deux derniers ligamens descendent, le premier, de la face inférieure du corps de la vésicule biliaire, au commencement du colon transverse, et le second, qui est le plus petit, s'étend de la face inférieure du lobe droit au rein droit.

3° Forme.

Le foie est un organe dont la forme très irrégulière a été comparée à celle d’un carré long comprimé du haut en bas, et courbé en manière de coquille (Huschke). M. Cruveilhier compare le foie à un segment d’ovoide obliquement coupé, suivant sa longueur, épais à son extrémité droite, et qui va progressivement en diminuant à mesure qu’on avance vers son extré-

mité gauche, qui se termine en languette. Du reste, le foie

moule jusqu’à un certain point sa forme sur les parties environnantes. M. Cruveilhier a montré que l’usage des corsets, fortement serrés produit sur le foie un étranglement circulaire et un épaississement fibreux au niveau de la portion du foie qui correspond à la base du thorax. Il en résulte que, par suite de cette déformation, le diamètre transversal et le diamètre antéro-postérieur sont diminués, son diamètre vertical étant au contraire augmenté ; il déborde alors la partie inférieure du thorax, et peut descendre jusqu’à la fosse iliaque droite, et même atteindre le détroit supérieur, sans que, du reste, il y ait des lésions dans la substance même de l’organe. M. Cruveilhier en conclut que c’est chez l'homme qu’il faut chercher la forme normale du foie.

Le foie se compose de deux moitiés latérales nommées lobe droit et lobe gauche. Il présente deux surfaces, l’une supérieure, l’autre inférieure ; deux bords, l’un antérieur, l’autre postérieur ; deux extrémités, l’une droite et l'autre gauche.

1° Face supérieure. Cette face est convexe irrégulièrement, et elle s'élève d’arrière en avant, de dedans en dehors, et de gauche à droite. La convexité de cette face du foie correspond toujours au diaphragme, dont elle occupe les portions costales droite et seudimeuse, ainsi qu’une certaine étendue de la portion costale gauche. Cette face supérieure n'offre rien de particulier, si ce n’est le ligament supérieur qui s'y attache en le parcourant obliquement de droite à gauche, de bas en haut et d'avant en arrière. C'est ce ligament suspenseur qui partage la surface supérieure du foie en deux moitiés, l’une droite, l’autre gauche.

2° Face inférieure. Ta face inférieure est beaucoup plus compliquée que la précédente. On y rencontre des éminences, des sillons, des scissures, qui l’ont fait diviser en plusieurs compartimens. C'est par cette face que pénètrent les vaisseaux et nerfs hépatiques. Du reste, cette face affecte une direction inverse à celle de la face supérieure : elle se porte en bas, en dedans, à gauche et en arrière. Elle est en rapport avec le duodénum, le rein droit, le colon, la surface antérieure de l'estomac et les deux faces du petit épiploon. On y remarque trois scissures ou fosses ayant la forme d’un H dirigée d'avant en arrière. Ces scissures divisent la face inférieure du foie en quatre lobes, dont trois, le lobe droit, le lobe carré et le lobe caudé, appartiennent à la moitié droite du foie, tandis que le quatrième, le lobe gauche, constitue à lui seul la moitié gauche du foie. Les deux jambages parallèles de l’H portent le nom de sillons longitudinaux distingués en droit et gauche. La barre transversale de l’'H est appelée sillon transverse, ou sillon de la veine-porte. La moitié antérieure du sillon antéro-postérieur droit loge la veine ombilicale chez le fœtus, et le cordon qui résulte de son oblitération chez l'adulte, et la moitié postérieure, loge le canal veineux du fœtus remplacé chez l’adulte également par un cordon fibreux. La moitié antérieure du sillon de la veine ombilicale est beaucoup plus profonde que la moitié postérieure, et elle est souvent convertie en un canal complet par une espèce de pont formé par un prolongement de la substance du foie. Quand ce pont est incomplet, il avoisine toujours le sillon transverse. La moitié postérieure du sillon antéro-postérieur s'incline pius ou moins obliquement à gauche, vers le lobule deSpiegel, et donne attache, commele sillon transverse, à l’épiploon gastro-hépatique. La face inférieure du foie présente encore différentes particularités. Sur le lobe droit on aperçoit deux dépressions, l’uneantérieure, l’autre postérieure, qui sont séparées par une sorte d'élévation transversale. La dé-

FOIE

pression antérieure est due à l'empreinte du rein droit, qui s’applique sur le foie, par sa face antérieure et supérieure. La seconde dépression est en rapport avec la courbure droite du colon. Souvent on voit, dans les maladies, cette portion du colon contracter des adhérences avec le foie et la vésicule biliaire , et par suite d’une ulcération, donner lieu au passage de calculs biliaifes dans le grosintestin. Le colon est, du reste, maintenu dans ses rapports avec le foie, par le ligament hépato-colique : on aperçoit, en outre, des espèces de petites fentes plus ou moins profondes, au fond desquelles marche quelquefois une branche de la veine-porte et qui, d’après Huschke, ne sont que des traces d’une lobulation incomplète du foie.

Le sillon transverse du foie est une fosse de 27 millimètres d’avant en arrière, et de 54 millimètres d’un côté à l’autre: c’est la plus profonde de toutes les scissures du foie ; elle sert de point de réunion à tous les principaux vaisseaux et nerfs du foie, savoir : le canal hépatique qui est placé en avant, l'artère hépatique placée un peu plus à gauche, puis la veine-porte, un peu plus à droite, ensuite la gaine du tissu cellulaire , appelée capsule de Glisson, et qui enveloppe spécialement la veine-porte ; enfin, les nombreux vaisseaux lymphatiques du foieetles filets du plexus hépatique. Le sillon transverse peut, en conséquence, être appelé la racine ou le Aile, ou la scissure vasculaire du foie. Ce sillon se trouve tout entier sur le lobe droit du foie, et ne s’avance nullement sur le gauche qui, comme on le sait, est bien moins considérable. Le sillon transverse n'occupe pas non plus le milieu de la face inférieure du foie, d'avant en arrière; il s'éloigne plus du bord antérieur mince que du bord postérieur épais ; sa position correspond à peu près au point de réunion du 1/3 postérieur avec les 2/3 antérieurs de la face inférieure du foie.

Le foie présente en outre plusieurs bords, qui sont :

1° Le bord antérieur est mince, tranchant, s'incline obliquement en avant et en bas, il s'étend de gauche à droite entre les deux hypochondres, faisant saillie au-dessous des 7° 8° et 10° cartilages costaux. Dans toute cette étendue le bord antérieur ou tranchant du foie offre deux échancrures; l’une, à gauche, est le commencement de la fosse de la veine ombilicale; l’autre , qui est peu profonde et quelquefois inconstante , est due à un prolongement de la vésicule du fiel.

2° Le bord postérieur, beaucoup plus épais que l’antérieur, présente au niveau du lobe droit du foie, une épaisseur qui va jusqu’à 25 à 27 millimètres, et qui se rétrécit peu à peu en allant à gauche. Le bord postérieur du foie, appelé encore bord obtus, Par opposition avec l’antérieur qui est tranchant, décrit une sorte d'arcade de droite à gauche : il est maintenu fixe par une couche

“épaisse de tissu cellulairequi s'attache à Ja portion tendineuse du diaphragme, ce qui empêche conséquemment le péritoine de recouvrir les portions adhérentes du bord postérieur. D’après Huschke, on aurait cherché à expliquer la raison pour laquelle le bord postérieur est obtus et le bord antérieur tranchant, en disant que le bord antérieur seul éprouve une pression contre les fausses côtes pendant les mouvemens respiratoires. Les deux extrémités du foie sont situées , l’une dans l’hypochondre droit, l’autre dans l’hypochondre gauche.

1° L’extrémité droite ou inférieure correspond au rein droit, elle est placée beaucoup plus bas que l'extrémité gauche, et elle a à peu prés 27 millimètres d'épaisseur.

2° L'extrémité gauche, appelée encore extrémité aigué ou supérieure, peut être considérée comme la continuation du bord

tranchant du foie: elle correspond au cardia et au voisinage de la rate, où elle est maintenue par le ligament triangulaire. On admet quatre lobes dans le foie, bien qu’ilsnesoient apparens qu’à la face inférieure ; ces lobes sont : le lobe droit et le lobe gauche, le lobe carré et le lobe caudé.

1° Le /obe droit, qui comprend la partie la plus épaisse du foie, a la forme d’un carré long : il s’étend depuis l'extrémité droite jusqu’au sillon longitudinal droit.

2° Le lobe gauche, à peu près triangulaire, est terminé par un point qui regarde à gauche: il est limité à droite par le sillon longitudinal gauche, en avant et en arrière, par les deux bords du foie. Ce lobe forme environ le quart du foie entier, tandis que le lobe droit forme les trois autres quarts restans.

3° Le lobe carré, encore appelé lobe antérieur ou anonyme, est Compris dans la face inférieure du lobe droit : il est borné par les portions antérieures des deux sillons longitudinaux, en avant par le bord antérieur du foie et ses deux échancrures, en arrière par le sillon transversal,

4° Le lobe caudéou de Spiegel, se trouvelimité en avant parle sillon transverse du foie, en arrière par le bord postérieur du même organe ; à droite par la fossette de la veine-cave, et à gauche par celle du canal veineux. Ce lobe se distingue des trois autres lobes en ce qu'il se trouve placé derrière le petit épiploon ; on lui donne la forme d’un V dont le sommet regarde la sortie des veines hépatiques, et dont les deux branches portent les noms de tubercule papillaire et de tubercule caudé; le tubercule papillaire répond à la hanche gauche, et se dirige vers le petit épiploon et la petite courbure de l'estomac; le tubercule caudé est plat et s'étend à droite, dans le lobe droit, derrière l'angle droit du sillon transverse. Il traverse l’hiatus de Winslow dont il forme la voûte, et, en passant dans le lobe droit, il circonscrit la fosse de la veinecave.

4° Consistance et Couleur.

La couleur du foie, qui peut varier, est généralement rougebrun , tirant un peu sur le jaune. Cette couleur, ainsi qu'on le verra dans l'anatomie de texture, dépend de la proportion des différens élémens anatomiques, sang, bile, graisse, tissu cellulaire, etc., ainsi que de la disposition rétiforme particulière des vaisseaux sanguins et des canalicules biliaires, Le genre de mort peut contribuer à donner une coloration différente au foie : chez les asphyxiés, chez le fœtus, chez le nouveau-né et dans l’âge avancé, le système veineux est rempli, ce qui donne au foie une teinte foncée, qui le rapproche plus ou moins de la couleur de la rate. Chez les suppliciés ou les animaux morts d'hémorrhagies, au contraire, le foie exsangue présente une coloration jaune pâle. Dans les diverses maladies, la coloration du foie peut également varier : il est jaune dans certaines affections, et en général chez les vieillards il acquiert un aspect comme argileux. En général, une coloration brun-jaunâtre indique la présence de la graisse : c'est ce qu'on remarque dans le foie des phtisiques, dans celui des individus atteints de cyrrhose, et dans le foie blanc des oiseaux engraissés. Dans ces derniers cas, on constate que le tissu du foie renferme une très grande quantité de graisse libre. Huschke avance que ce dépôt de graisse, dans le tissu du foie, a généralement d'autant plus de tendance à se produire, que les poumons sont

plus dépourvus de graisse. La bile, en pénétrant le tissu glandulaire, et même le tissu cellulaire que forme la capsule de Glisson, peut donner au foie des colorations différentes. Comme la bile offre chez les animaux des colorations différentes, il en résulte nécessairement qu’elle doit donner aux tissus du foie, des aspects divers; par exemple, le foie des animaux peut offrir toutes les nuances, en passant par le blanc, le jaune, le bleu, le gris, le vert et le rouge, etc.

Chez l’homme, d’après Huschke, le foie a une consistance qui surpasse celle des autres organes glandulaires du corps, le rein excepté. D’après M. Cruveilhier, le tissu du foie serait un des plus fragiles de tons les tissus du corps, en ce qu’il ne saurait être comprimé avec quelque force,sans déchirure, d’où le danger des contusions sur la région du foie, et les préceptes donnés par les accoucheurs, pour garantir de toute compression l'abdomen du fœtus pendant les manœuvres d’un accouchement laborieux. Le tissu du foie est donc en même temps compacte et fragile, offrant très peu de flexibilité, ce qui tient au peu d’abondance du tissu cellulaire, à la disposition, et à la petite quantité des conduits sécrétoires comparée à la quantité considérable des ascini ou cellules hépatiques.

La fragilité du tissu du foie et sa masse considérable expliquent comment, des commotions ou des contusions, peuvent déterminer des déchirures par contre-coup, alors même que les tégumens et les muscles de l'abdomen n’ont subi aucune lésion. La même cause, d’après Huschke, expliquerait aussi la tendance du foie à l’induration.

ho Volume et Poids.

Le foie est le plus gros de tous les organes abdominaux. Son diamètre transversal est de 0" 27 à 0" 32, l’antéro-postérieur est de 0",16 à 0",20. Toutefois , ce diamêtre antéro-postérieur n'a que 0,10 ou 0",13 dans l'extrémité gauche. L'épaisseur du foie ou son diamètre de haut en bas, est de 0",05 à 0",08, dans la portion la plus épaisse du lobe droit, et va toujours en diminuant vers la gauche, où il se termine en un bord excessivement mince, comme tranchant.

Le volume total du foie est de 0",22 à 0",26 centimètres cubes, en moyenne 24 cent. c. Sœmmering remarque que le foie est d’autant plus petit que l’homme est en meilleure santé, et que cette glande grossit avec la maladie. Le foie devient aussi très volumineux chez les individus accoutumés à un régime succulent, et dans les individus atteints de maladies des organes digestifs ou du poumon. M. Bernard a fait remarquer que le foie devient plus volumineux pendant la digestion, pendant la course, etc., et que chez les animaux surexcités, par exemple, cet organe est presque doublé de volume, ce qui est dü, sans doute, à l'accumulation et à la stase d’une plus grande quantité de sang dans ces différens états. Le poids absolu du foie, d’après Huschke, serait au moins de 4 livres, pouvant aller jusqu’à 6 livres et même plus; les nombres pris sur des cadavres morts de maladies, sont probablement exagérés, car M. Bernard rapporte le poids du foie, chez des suppliciés, poids qui se trouve bien au-dessous de celui donné par Huschke, comme le montre le tableau suivant emprunté au memoire de M. Bernard :

1° Homme adulte. Poids du foie. 1 300 grammes,

20 — — — 1 330 grammes.

3° 3 LL — — 1175 grammes.

4° — — — 1 200 grammes 6° — = — — 1 175 grammes.

6 — = — — 1 575 grammes.

Toutes ces observations , dont les 5 premières sont relatives à des suppliciés et la dernière à un individu mort subitement d’un coup de fusil, doivent donner des nombres qui se rapprochent plus de la vérité, que ceux que l'on prend sur des foies d'individus morts de maladies.

Le rapport du poids du foie avec le poids du corps entier serait, d’après Huschke , comme 1:25,37; d’après le tableau qu’on vient de citer, on voit que la proportion doit être beaucoup plus grande.

La pesanteur spécifique du tissu du foie varie d’après Huschke et Kraus, entre 1,0625, 1,0660, et 1,083. D'après M. Cruvei- Jhier, Sæmmering et Huschke, cette densité serait différente, et serait à 1,50. Meckel regarde ce dernier nombre comme erroné. Toutes les parties du foie, d’après Huschke, n'auraient pas une pesanteur spécifique égale. Il a trouvé un foie, dont la pesanteur spécifique totale était de 1,0623, tandis que celledu lobedeSpiegel était de 1,0841. Il explique cette différence par la diversité d'abondance du sang, ou de consistance du parenchyme aux différentes régions du foie. La densité peut encore varier suivant la proportion de graisse. Chez une femme dont le foie était très gras , la pesanteur spécifique du foie était de 1,0228. Les foies atteints de cyrrhose, au contraire, ont une pesanteur spécifique beaucoup plus grande, à cause de l’abondance du tissu cellulaire, plus dense qu’à l’état normal.

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