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par les veines sus-hépatiques en est toujours abondamment chargé.
L'absence du sucre dans le sang de la veine-porte, avant le foie, prouve que ce principe ne vient pas des alimens, et sa présence constante dans le sang des veines sus-hépatiques amène à conclure forcément que le sucre est produit dans le foie. Cette expérience donne une démonstration qui ne laisse rien à désirer.
M. Bernard ne s’est pas borné à constater cette propriété remarquable du foie, seulement chez quelques animaux. Par un autre procédé moins direct, mais le seul applicable dans certains cas, il l’a démontrée pour l’homme et pour un très grand nombre d'animaux choisis dans presque tous les ordres de la série z0ologique. Il à fait voir, en effet, expérimentalement que, chez l'homme et les animaux, le tissu du foie était le seul des organes qui fût normalement imprégné de sucre. Un des caractères de la production du sucre dans le foie est d’être, comme les sécrétions en général, influencé en plus et en moins par des causes qui portent leur action sur le système nerveux. M. Bernard a montré que la section des deux nerfs pneumo-gastriques, dans la région du cou, fait disparaître la matière sucrée dans le sang et dans le tissu du foie.
D'un autre côté, M. Bernard est arrivé à instituer une expérience très curieuse, qui consiste à piquer un animal mammifere, chien, chat, lapin, etc., dans un espace très limité de la moelle allongée, après quoi le sucre se répand avec profusion dans tout l'organisme, au point que le sang en est fortement chargé et que l'urine en élimine des quantités considérables.
En résumé, M. Bernard a fait connaître une fonction du foie entièrement nouvelle, et il a montré que la production du sucre appartient au règne animal comme au règne végétal (1). »
Ainsi M. Bernard a établi que le foie est un organe normalement et constamment sucré et cela indépendamment de toute alimentation. Si un individu prend des alimens féculens, son foie fera du sucre aux dépens de ces alimens et aux dépens du sang; s’il ne se nourrit d’aucun féculent, son foie fera toujours du sucre, seulement fourni exclusivement aux dépens du sang.
Quelques expérimentateurs ont voulu répéter les expériences de M. Bernard, et ont dit qu'ils ne trouvaient pas de sucre dans le foie des individus dont ils faisaient l’autopsie. Leurs résultats n'ont rien d'étonnant, ils ont toujours analysé le foie de personnes mortes de maladies plus où moins longues. Est-ce qu’on ne sait pas que, dans toute maladie qui se termine par la mort, les organes cessent peu à peu leurs fonctions : pourquoi le foie ferait-il exception ? Les fonctions ont été peu à peu perverties, il est naturel qu’à l’autopsie on ne trouve pas de sucre dans le foie.
Mais si on prend des individus morts de mort violente, des suppliciés, par exemple, on trouve constamment le foie sucré; ce qui est vrai pour tous les animaux qu'a examinés M. Bernard, chien, lapin, chat, bœuf et cheval, etc., est également vrai pour l’homme. Voici, du reste, ce qu’a dit M. Bernard lui-même à ce sujet, dans un mémoire dont nous extrayons un passage (2) :
« C’est ordinairement par une mort violente et dans les conditions normales de santé qu'il faut surprendre l'organisme pour constater la présence du sucre dans le foie de l’homme et des animaux. Quand la mort survient lentement, par suite d’une maladie qui amène un trouble profond dans les phénomènes nu-
(1) Extrait du Compte-rendu de l'Arad. des Sciences, séance du 22 mars 1852.
(2) Nouvelle fonction du foie considéré comme organe producteur de malière sucrée chez l'homme et les animaux.
tritifs, la fonction formatrice de sucre du foie disparaît comme toutes les autres. On comprend dès lors que dans les cadavres humains le cas le plus ordinaire soit l'absence du sucre dans le foie, parce qu’ils appartiennent le plus généralement à des individus morts de maladies.
Pour que mes observations sur l’homme fussent comparables à celles que jai faites sur les animaux, il fallait donc les établir en dehors de tout état maladif, et dans les conditions habituelles de santé; ces conditions ont été réalisées dans les observations suivantes, qui toutes ont été recueillies sur des suppliciés ou sur des individus atteints de mort violente.
1 Observation. Le 22 mai 1850, je fis l'ouverture d’un supplicié (Aymé) vingt-quatre heures après la décollation. Le sujet, âgé de 42 ans, était d’une taille moyenne et très fortement musclé. Il était à jeun depuis la veille, et n’avait pris avant d’aller au supplice qu’un petit verre d’eau-de-vie. L’estomac était vide.
Le tissu du foie était d’une couleur jaune päle; son tissu était dense et contenait peu de sang. Le foie, débarrassé de la vésicule du fiel, pesait 1,300 grammes ; son tissu était imprégné de sucre dont voici les quantités dosées :
Sucre pour 100 gr. de tissu de foie frais . . 14,75 Sucre calculé pour la totalité de l'organe. . . 25 ,27
La vésicule biliaire était modérément distendue par de la bile verte, qui ne donnait aucune des réactions particulières au sucre.
Le tissu du foie seul contenait du sucre. Plusieurs autres organes du corps, tels que la rate, les reins, les muscles, examinés sous ce point de vue, ne renfermaient aucune trace de matière sucrée.
2° Observation. Le 1° février 1851, j'examinai le foie d’un supplicié (Bixner) vingt-quatre heures environ après la mort. Le sujet, âgé de 45 à 5o ans, était d’une force de constitution et d’un embonpoint assez marqués; la veille de son exécution, le condamné avait mangé le matin, à 8 heures, un peu de pain et de viande et avait bu du vin. Le jour du suppliceil n’avait rien pris, si ce n’est un petit verre d’eau-de-vie : il était donc à jeun depuis à peu près 24 heures, lorsqu'il fut exécuté : était-il complétement vide d’alimens.
Le foie, complétement exsangue et pâle, pesait 1,330 gr. y compris la vésicule du fiel ; le tissu hépatique contenait beaucoup de sucre; il offrait seul cette particularité. D’autres organes du corps, tels que la rate, le pancréas, le poumon , soumis comparativement à la même recherche, ne renfermaient pas de traces de principe sucré.
aussi l’estomac
3° Observation. En 1851, j'eus à ma disposition le foie d’un supplicié (Lafourcade) très peu d’heures après la mort; le sujet était à jeun depuis la veille. Le foie pesait 1,175 gr., son tissu broyé dans une décoction légèrement opaline, dont on retira de l'alcool par la fermentation et la distillation. Aucun autre organe du corps ne contenait de sucre,
4° Observation. En 1851, j'ai examiné le foie d’un supplicié
(Viou), que j'ai extrait du corps le lendemain de l’exécution. Ce sujet, âgé de 22 ans, était d’une constitution grêle, mais bien musclé , d’un embonpoint assez marqué. Le jour même de son exécution, il avait mangé du pain et de la viande et pris du vin, une portion du mélangealimentaire était encore dans son estomac, et le tout offrait une réaction très acide.
Le foie était exsangue comme à l'ordinaire, et pesait 1,200 gr. La décoction du tissu hépatique broyé était opaline, laiteuse et sucrée. Voici les quantités dosées :
1° Sucre pour cent grammes du foie frais,
2° Sucre calculé pour la totalité du foie,
Le pancréas, la rate, ne contenaient qu'une trace de principe sucré dans leur tissu.
5e Observation. En 1851 , j'ai examiné le foie d’un supplicié (Courtin), qui avait été exécuté pendant la période digestive. Le foie exsangue et pâle pesait 1,175 gr. Le tissu de l'organe fut broyé et réduit en pulpe: il donna une décoction trouble, jaunâtre, comme laiteuse, dans laquelle on ajouta de la levure de bière. Le mélange, placé dans des conditions convenables, donna lieu à la fermentation, d’où il résulta de l'acide carbonique et de l'alcool, en quantité suffisante pour en constater aisément les caractères.
6° Observation. Le 8 juin 1850, j'examinai le foie d’un homme de 30 ans, tué et mort subitement d’un coup de fusil. Cet individu, au moment où il fut tué, était assis à boire, chez un marchand de vins. À l’autopsie,qui fut faite judiciairement par M. Ambroise Tardieu, on ne trouva dans l'estomac que du vin avec très peu d’alimens. La température était très chaude, et comme l’ouverture du corps ne fut faite que deux jours après la mort, le foie m'arriva déjà altéré et dans un état de putréfaction commençante ; cependant il contenait encore du sucre dans les portions les moins altérées.
Le foie pesait 13079 986
La quantité de sucre pour cent grammes de tissu du foie choisi dans les portions les plus saines, était de 17,10;
Le sucre calculé pour la totalité du foie, ht LE
Nous avons dit plus haut que, dans le foie provenant de cadavres morts de maladie, le sucre à généralement disparu, par suite de l’anéantissement des fonctions nutritives avant la mort. Cependant je dois dire, que lorsque la mort est assez rapide pour que les facultés nutritives aient été suspendues peu de temps, il reste encore du sucre dans le foie. C’est ainsi que j’en ai trouvé chez quelques phthisiques morts à la suite d’une courte agonie et chez des diabétiques morts presque subitement, par des engorgemens pulmonaires. J’en ai également rencontré chez un individu mort en quelques heures, à la suite d’un empoisonnement par l’arsenic.
Il y aurait une étude intéressante à faire pour rechercher s’il existe des maladies qui respectent plus spécialement cette formation du sucre dans le foie. Plus tard, j'aurai l’occasion de revenir sur cette question ; mais pour le moment, la seule conséquence que je veuille tirer des observations rapportées, c’est que dans l’état physiologique, Le foie, à l'exclusion de tous les autres tissus du corps, renferme de la matière sucrée.
ORGANES GÉNITAUX