DES ENVELOPPES TESTICULAIRES ET DU TESTICULE
Lorsque les testicules ont acquis une partie de leur développement, et qu’ils sont sortis de l'abdomen, ils sont attachés à un faisceau qu’on appelle cordon spermatique, et renfermés chacun dans un petit sac particulier auquel on donne vulgairement le nom de bourse. Ces enveloppes sont constituées par plusieurs couches membraneuses superposées les unes aux autres. Chacun des testicules a ses enveloppes distinctes, à l'exception de la plus extérieure qui leur est commune; ils sont séparés par une cloison membraneuse qui empêche les petits sacs dans lesquels ils sont contenus de communiquer ensemble.
Les enveloppes testiculaires sont fixées supérieurement au bassin, elles sont libres et pendantes dans le reste de leur étendue; placées à la région antérieure du tronc au-dessous du pubis, elles répondent sur les côtés à la partie interne des cuisses, en avant à la verge, et sont séparées de l’anus par un intervalle de deux ou trois travers de doigts qu’on appelle le périnée. La bourse du côté droit est assez ordinairement plus élevée que celle du côté gauche, par suite de la brièveté plus grande du cordon spermatique correspondant.
Les couches qui constituent les enveloppes testiculaires sont, en procédant de dehors en dedans, 1° l'enveloppe cutanée ou scrotum ; 2° le dartos; 3° la tunique érythroïde ou muscle crémas-
ter; 4° la tunique fibreuse; b° la tunique vaginale ou membrane séreuse.
1° Scrotum ou enveloppe cutanée.
Le scrotum (1) est l’enveloppe la plus extérieure ou cutanée, commune aux deux testicules; elle a la forme d’une poche ou d’une bourse, elle est très mince, et glisse facilement sur les organes sous-jacens, ce qui lui donne beaucoup d’analogie avec la peau des paupières et de la verge, disposition qui dépend du peu d'épaisseur de son chorion. Chez quelques individus, on peut y démontrer une couche de matière colorante analogue à celle du nègre. Sur sa ligne médiane elle présente une ligne saillante qui se continue en arrière avec le raphé, et en avant sous la verge jusqu’à son frein. Le long de cette saillie le scro. tum adhère plus intimement aux parties sous-jacentes que dans le reste de son étendue, d’où il résulte que dans l’état de relàchement du dartos il ne descend pas aussi bas au milieu quesur la partie latérale au milieu de laquelle on observe une gouttière profonde, qui disparaît lorsque le dartos vient à se contracter. On donne le nom de suture à cette ligne saillante, parce que le scrotum étant fendu sur la ligne médiane durant les premiers temps de la vie intra-utérine, cette ligne doit naissance, ainsi que la cloison qui sépare les deux testicules, à la réunion des deux parties latérales jusqu'alors vides et analogues aux grandes lèvres de la vulve.
La surface externe du scrotum est parsemée de poils peu nombreux, moins longs, mais de même espèce que ceux du pénis; ils sont implantés obliquement et laissent voir à leur extrémité adhérente, des follicules volumineux qui font relief sous l’épiderme, et font paraître le scrotum rugueux. Dans l’état ordinaire, lorsqu'il est exposé à une chaleur humide, il est pour l’ordinaire relâché, mou, pendant, et laisse exhaler une légère vapeur. Cet état se rencontre aussi habituellement chez les vieillards et les individus faibles, mais chez les jeunes gens forts et vigoureux sous l'influence du froid , pendant l'érection et pendant le coit, il se resserre, se crispe, se couvre de rides, s'applique contre le testicule, et acquiert un degré remarquable de fermeté. Le scrotum a beaucoup plus de capacité qu’il ne faut pour loger les testicules, mais cette disposition était non-seulement nécessaire à
(1) En latin scrotum, sac ou bourse de cuir. En grec ëyew, d’où le mot oschéocèle, désignant toute tumeur développée dans les bourses.
cause du resserrement dont il est susceptible, mais encore pour qu’il pût recouvrir la verge dans l’état d’érection. Dans certaines maladiesil peut acquérirune dilatation considérable. Ainsi, dans les hernies scrotales , les hydrocèles, l’éléphantiasis des Arabes, on l’a vu quelquefois descendre jusqu'aux genoux, et ses vaisseaux sanguins parvenir à un haut degré d’hypertrophie.
La structure de cette membrane est la même que celle de la peau en général, seulement ainsi que nous l'avons dit, son chorion est très mince.
Les artères du scrotum viennent de la honteuse externe, de la branche périnéale, de la honteuse interne, de l'épigastrique et du plexus-lombaire. 1° Z4 honteuse externe qui vient de l’artère fémorale, fournit deux petites branches, l’une supérieure qui passe au devant du cordon des vaisseaux spermatiques, et donne quelques rameaux à la partie supérieure de la peau des bourses, l’autre inférieure descend sur les côtés du scrotum, et se ramifie sur la partie latérale de cette enveloppe membraneuse ; 2° la branche périnéale née de la honteuse interne, entre le bulbe de l’urètre et la racine du corps caverneux , se porte de là en avant sur la cloison du scrotum , et parvient jusqu’au raphé, où elle s’anastomose avec la honteuse externe; 3° l’épigastrique fournit une branche qu’on appelle scrotale tout près de son origine. Cette branche, après avoir envoyé un rameau sur les côtés de la symphyse pubienne, et un autre au muscle crémaster, descend à la partie interne et supérieure de la cuisse, et à la partie postérieure du scrotum où elle s’anastomoseavec la branche périnéale et la honteuse externe. Enfin la branche musculo-cutanée supérieure, ou ilio-scrotale de Chaussier, fournit plusieurs filets au scrotum.
Les veines du scrotum sont accolées aux artères correspondantes. La veine honteuse externe se jette dans la fémorale dans la région de l’aine, la veine périnéale se rend dans la honteuse interne, entre le bulbe et la racine du corps caverneux, enfin, les veines de la partie postérieure du scrotum se réunissent à la veine épigastrique. Ces veines sont sujettes à devenir variqueuses. Boyer a distingué les varices du scrotum de celles du cordon, et a désigné celles du premier sous le nom de cirsocèle, et celles du second sous celui de varicocèle, nom sous lequel on les confond généralement aujourd’hui.
Les vaisseaux lymphatiques de l'enveloppe scrotale du testicule sont très-nombreux et très-développés, ils vont se jeter dans la glande inguinale, au-dessous du ligament de Fallope.
Les nerfs du scrotum proviennent du premier et du deuxième nerf lombaire, du nerf périnéal et du honteux interne. Ces nerfs ont déjà été décrits dans le troisième volume; d’ailleurs, nous reviendrons sur quelques-uns d’entre eux en traitant du cordon spermatique.
2° Dartos.
Rien n’est plus variable que les descriptions qui ont été données par les auteurs, de la couche sous-cutanée des bourses, qu’on désigne généralement sous le nom de dartos(r). Les uns l'ont considérée comme de nature musculeuse, les autres comme celluleuse, et d’autres enfin comme un tissu d’une nature particulière,
(1) En grec d'aprce, de Séo, j’érorche.
ORGANES GÉNITAUX
nous verrons plus loin, en traitant de la structure, ce que nous devons en penser. M. Velpeau a indiqué un fascia sous-cutané placé entre l'enveloppe cutanée et le dartos ; mais cette couche, si elle existe, n’est que du tissu cellulaire ordinaire qui sert à les unir et non un fascia méritant une description particulière.
Voici la disposition que le dartos affecte dans l'âge adulte: suivant M. Velpeau (Manuel d’anat. chirurg., p. 334, 1837) il y a un dartos pour chaque côté, comme l'avaient déjà dit Ruysch et les anatomistes qui lui ont succédé. Chaque dartos forme une poche particulière séparée de la poche voisine par une cloison, et ne communiquant pas avec elle. Suivant M. Cruveilhier, au contraire, il n’y aurait qu’un dartos, dans l’intérieur duquel sont logés les deux testicules, séparés seulement par une cloison ; cette différence d'opinion vient de la manière différente de considérer la terminaison supérieure de cette membrane. D’après M. Velpeau (loc. cit., p. 334), les attaches du dartos sont bien arrêtées; ainsi supérieurement il se fixe à la moitié interne du ligament de Poupart, et aux bords de l’anneau inguinal , au-dessus du pilier interne; du côté de l’abdomen, les fibres passent entre la couche profonde du fascia sous-cutané, et ont l’air de s’entrelacer avec l’aponévrose du grand oblique, et de se continuer avec les fibres du muscle droit. Chaque dartos forme un sac à part pour le testicule et le cordon du côté correspondant ; l'adossement de ces deux sacs constitue la cloison des bourses qui manque lorsque celles-ci sont séparées sur la ligne médiane. Enfin en haut, le dartos forme la portion superficielle du ligament suspenseur de la verge. M. H. Cloquet, qui considère les deux -dartos comme deux membranes cellulo-filamenteuses, les fait implanter aux branches des pubis et des ischions, d’où ils descendent vers le raphé auquel ils adhèrent intimement, se réfléchissent de bas en haut, s'adossent en formant une cloison, et viennent se terminer à la partie inférieure de l’urètre en séparant les deux testicules l’un de l’autre. Suivant M. Cruveilhier (Anat., t. 2, p. 925), le dartos n’a pas d’attaches fixes, il enveloppe les deux testicules, et fournit un prolongement qui s’interpose à ces deux organes, pour constituer la cloison qui les sépare ; sur les parties latérales il est brusquement interrompu, et remplacé par le tissu cellulaire adipeux de la cuisse, en avant il se termine de chaque côté de la verge, où il se continue avec le tissu adipeux du pubis, et en arrière il se prolonge sur la ligne médiane par une extrémité anguleuse jusqu’au sphincter de l'anus. Toutefois, ces différences sont plus apparentes que réelles, le dartos, ou les dartos constituent bien réellement deux sacs, séparés sur la ligne médiane par une cloison de même tissu, formée soit par un seul feuillet membraneux, soit par deux feuillets soudés ensemble de manière à ne plus en former qu’un seul.
M. Cruveilhier prouve l’isolement des deux dartos par une expérience très simple : sous le dartos d’un côté, du côté droit, par exemple, il introduit un petit tube et insuffle de l'air; le dartos droit devient très fortement emphysémateux, le dartos gauche ne recevant pas une bulle d’air.
Quant aux attaches des dartos, elles ont lieu soit directement, soit par du tissu cellulaire dense qui les continue, aux branches ascendantes des ischions, descendantes du pubis, et aux environs de l’orifice externe du canal inguinal , où elles se perdent dans le fascia superficialis.
Par sa face externe, le dartos est en rapport avec la face interne du scrotum à laquelle il adhère intimement dans la plus grande partie de son étendue; cette adhérence est si intime que Huschke pense qu’on peut considérer le dartos comme la couche interne
moins dense de cette enveloppe cutanée, qui par conséquent suit exactement tous ses mouvemens. La face interne du dartos correspond aux enveloppes sous-jacentes par un tissu cellulaire très lâche, qui lui permet de glisser sur elles avec la plus grande facilité.
Texture du dartos. Nous avons déjà dit que les auteurs n’étaient pas d'accord sur la nature du tissu du dartos. On a pensé longtemps qu’il était de nature musculaire, et analogue au pannicule charnu qui existe au-dessous de la peau de beaucoup d’animaux, on admettait aussi que c'était par son intermédiaire que s’opérait le resserrement du scrotum; mais actuellement les opinions sont partagées à ce sujet : Bichat, M. Roux, À. Cooper, H. Cloquet, disent qu’on ne remarque aucune apparence de fibres charnues au-dessous du scrotum. Ce qui a pu induire en erreur, dit M. Roux, c’est la présence de beaucoup de vaisseaux lymphatiques, de vaisseaux sanguins et de nerfs ramifiés au-dessous de la peau et dans la cloison. C’est en vain qu’on voudrait arguer des mouvemens de retrait du scrotum, car, suivant Ast. Cooper, ces mouvemens ne résultent point d’une action musculaire, cesont des contractions vermiculaires, graduelles et non instantanées, qui ne sont pas soumises à l'empire de la volonté ; cesmouvemens sont un effet des variations de température, et paraissent tenir à la diminution de diamètre des artères et des veines de la partie, et par suite à la diminution du sang contenu dans les vaisseaux. (OEuvres d’Ast. Cooper, trad. par Chassaigne et Richelot, p.410.) M. Roux croit que cette contraction tient à une tonicité ou contractilité organique de la peau, plus développée dans les bourses que dans les autres parties du corps, où elle se manifeste seulement à l’état qu'on désigne sous le nom de chaïr de poule; pour lui, c’est tout simplement du tissu cellulaire condensé, analogue à celui qui se trouve plus profondément, mais plus dense. Pour A. Cooper, c’est un tissu réticulaire ayant beaucoup d’ampleur et de laxité, mais dont la contexture réticulaire prévient l’accroissement trop considérable de la graisse. M. H. Cloquet lui attribue aussi une structure purement cellulaire qui ne présente aucune apparence de fibres musculaires. Malgré cette masse d’opinions réunies contre la structure musculaire du dartos, et ses propriétés toniques et contractiles, un anatomiste des plus distingués, M. le professeur Cruveilhier, a soutenu avec beaucoup de talent, qu’il n’y avait aucune analogie de structure entre le dartos et le tissu cellulaire, qu'il en différait essentiellement par son aspect, et que ses fibres isolées présentent beaucoup plus d’analogie avec la fibre musculaire; ce qui, pour M. Cruveilhier, augmente encore cette analogie, c’est qu’il pense que le dartos possède des propriétés vitales qui lui ont été refusées par la plupart des anatomistes modernes; ainsi suivant lui, il jouit d’une contractilité très active, qui se manifeste par le resserrement du scrotum , par les mouvemens vermiculaires qui s’observent chez les individus exposés au froid , ou qui sont sous l'influence de la frayeur ou de l'orgasme vénérien. Enfin , cette contraction augmenterait beaucoup sous l'influence d’une injection irritante dans la tunique vaginale; cependant, malgré cette analogie d’aspect avec le tissu musculaire, malgré la propriété contractile qu’il accorde au dartos, M. Cruveilhier ne conclut pas à sa nature musculaire; pour lui c’est un tissu particulier, un tissu spécial tenant le milieu entre le tissu cellulaire et le tissu musculaire, un tissu qu’il nomme dartoique, qui ne se rencontre pas seulement dans les enveloppes testiculaires, mais encore dans plusieurs autres parties du corps, et surtout dans le vagin, dans l'épaisseur
FT. Ve
du mamelon, et dans les parois des veines dont il paraît constituer la membrane externe.
Depuis quelque temps les anatomistes, sans accorder au dartos toutes les propriétés indiquées par M. Cruveilhier, semblent vouloir adopter l'opinion que le dartos est un tissu spécial. Des études comparatives sur la manière dont il se comporte avec les agens chimiques pourraient éclairer la question. Il faut toutefois remarquer que les expériences et les études microscopiques faites récemment sur cette membrane, par Jordan, Valentin, Huschke, etc., tendent à prouver qu’elle est de nature cellulaire (Æncyclop. anat., t. vin , p. 362).
Chaussier et F. Lobstein avaient pensé que les dartos n’existaient point dans le scrotum, avant que le testicule y fût parvenu. M. Breschet ayant fait des recherches sur le fœtus, crut pouvoir confirmer cette assertion; ses recherches sont consignées dans le Dictionnaire des Sciences médicales ,t. vux , p. 10. Suivant cet auteur, «pour se faire une idée nette du dartos, il faut le considérer chez le fœtus avant la formation du scrotum et comme un fragment du fascia général, alors on voit qu’ilenvoie dans l’abdomen, à travers le canal inguinal, un prolongement canaliculé jusqu’au testicule, qui en descendant repousse ensuite peu à peu cette espèce de doigt de gant devant lui, de manière à l’épanouir complétement quand il est tout à fait tombé dans les bourses. Alors les dartos constituent véritablement deux poches indépendantes l’une de l’autre, adossées seulement par la partie interne de leur face externe, pour former la double cloison qui sépare les testicules au-dessous de l’urètre et de la verge. » —Si les choses se passaient véritablement ainsi, on voit que le dartos ne serait qu’une transformation du gubernaculum testis. Mais des recherches ultérieures faites avec le plus grand soin, ont prouvé que le dartos existait chez le fœtus avant la descente du testicule, et, d’une autre part, une pièce provenant d’un adulte chez lequel le testicule n’avait point encore franchi l’anneau, a été montrée par M. le docteur Manec à la Société Anatomique, et sur cette pièce, il fut possible de constater que le dartos et le gubernaculum existaient isolément et indépendamment l’un de l’autre.
Dans l’état ordinaire, le dartos est filamenteux , rougeûtre, et parcouru par beaucoup d’artères, de veines, de vaisseaux lymphatiques et de nerfs. 1° Les artères viennent de deux sources, savoir : des deux artères honteuses externes et des périnéales ou artères superficielles du périnée qui sont fournies par les honteuses internes; ces deux dernières, parvenues dans l’épaisseur du dartos, sur les côtés de la ligne médiane, prennent le nom d’artères de la cloison. 2° Les veines accompagnent rigoureusement les artères, et se jettent dans les veines fémorales et dans les honteuses internes. 3° Les vaisseaux lymphatiques se rendent tous dans les ganglions inguinaux. 4° Les nerfs du dartos viennent principalement de la branche inférieure ou périnéale du nerf honteux interne; ce nerf répond à l'artère superficielle du périnée, il l'accompagne, et vient se terminer dans la cloison et dans le scrotum ; dans son trajet il fournit un rameau qu’on appelle périnéal externe, qui longe la racine du corps caverneux de la verge, et se jette dans le dartos et dans le scrotum.
C’est dans la couche sous-cutanée ou dans le dartos que siége l’hydrocèle par infiltration, laquelle peut, comme on sait, résulter du contact permanent de l'urine, ce qui arrive fréquemment chez les enfans, ou d’une affection de cœur, ou d’une infiltration des membres inférieurs, etc. L’œdème local, essen-
tiel, s’observe aux E urses, à la verge, aux paupières, et dans
tous les lieux qui contiennent un tissu analogue au tissu dartoique.
3° Tunique érythroide ou musculaire.
Le mot érythroïde est formé de deux mots grecs isufpès, rouge, #3», aspect, ce qui indique que la tunique érythroïde présente un aspect rougeûtre; on lui a encore donné le nom de muscle crémaster (de »epasrño, qui suspend, du verbe wepéw, je suspend s), parce qu'elle est constituée par des anses musculaires qui suspendent le testicule; ces anses musculaires viennent presque toutes du muscle petit oblique ou oblique interne, et du muscle transverse dont néanmoins les anses les plus inférieures, quand elles existent, sont complétement distinctes du crémaster. Pour bien comprendre la tunique érythroïde, il faut se reporter au fœtus, avant la sortie du testicule hors de l’abdomen. Alors on voit que cette tunique n'existe pas, que le muscle petit oblique qui doit plus tard la former est disposé en une cloison qui bouche l'ouverture triangulaire du grand oblique, qui sera plus tard lorifice externe du canal inguinal, et que cette cloison est traversée par le gubernaculum testis qui, quelquefois, passe sous son bord inférieur au lieu de traverser ses fibres. Lorsque le testicule, après être descendu peu à peu, sera parvenu derrière le petit oblique, il faudra que les fibres de ce muscle s’écartent pour le laisser passer, ou bien , comme l’a dit M. Cloquet, dans un excellent mémoire sur le muscle crémaster, qu’elles cèdent devant lui, à peu près de la même manière que des cordes extensibles fixées par leurs deux extrémités, préteraient en s’allongeant, si on les tirait par leur partie moyenne. Or, c’est ce dernier cas qui arrive, et, après avoir cédé, ces fibres musculaires forment des anses à concavité supérieure qui embrassent le testicule par leur partie moyenne. Si le gubernaculum passe sous le bord inférieur du petit oblique, il n’y a que les fibres les plus inférieures qui sont entrainées par le testicule, et la partie antérieure seule de cet organe et du cordon est recouvert par elles ; si, au contraire, ce gubernaculum passe à travers les fibres du muscle, comme cela arrive le plus souvent, ces fibres sont repoussées par le testicule, et forment autour de lui et du cordon une enveloppe complète, analogue à celle que forme le péritoine aux viscères herniés auxquels il sert de sac. Chez les sujets bien musclés ces fibres peuvent être suivies jusqu’au testicule , elles forment successivement, les unes au - dessus des autres, des anses ou arcades renversées d’autant plus courtes , qu'on les examine plus supérieurement, et dont les extrémités se réunissent vers l’anneau inguinal en deux faisceaux triangulaires, Pun interne, plus petit, fixé à l'épine du pubis , et l’autre externe, plus volumineux , attaché à l’arcade crurale.
M. Cruveilhier pense que le crémaster est non-seulement formé par des fibres du petit oblique, mais encore par des fibres propres nées directement de la gouttière qui forme l’arcade crurale en dehors de l'anneau inguinal. M. Thomson en fait un muscle tout à fait distinct, dont l'extrémité irait jusqu’à l’épine iliaque. Mais s’il en est ainsi quelquefois, le plus souvent le crémaster n’est qu'une portion transformée du petit oblique et du transverse.
La tunique érythroïde est en rapport par sa face externe avec du tissu cellulaire qui l’unit lâchement au dartos, ce qui permet au testicule de glisser facilement et d’éluder ainsi les coups et les compressions ; par sa face interne elle est unie intimement à la tunique fibreuse qui lui est sous-jacente, au moyen des fibres
ORGANES GÉNITAUX
tendineuses difficiles à voir chez l’homme, mais très prononcées chez les grands animaux. Cette tunique est extrêmement développée chez le cheval entier sur lequel on peut l’étudier avec la plus grande facilité. Dans les affections du testicule ou de ses membranes qui déterminent un accroissement considérable dans le volume de ces organes, les fibres du muscle crémaster éprouvent des changemens remarquables. M. Cruveilhier dit que A. Cooper a remarqué que, dans l’hydrocèle, les faisceaux de ce muscle représentent de petits cordons qu’on serait tenté de prendre pour des cordons nerveux, Depuis Sharp et Monro, presque tous les chirurgiens ont indiqué qu'il était quelquefois très épais autour du sac herniaire. Huschke dit que cette épaisseur est quelquefois quatre à six fois plus grande que dans l’état ordinaire (Encyclopédie anatomique, t. virr, p. 361).
Usages. La tunique érythroïde a pour usage de soulever le testicule vers l’anneau inguinal : ce mouvement s'exécute brusquement, et diffère totalement du mouvement vermiculaire qu'éprouve le scrotum sous certaines influences; cette tunique agit surtout dans l’acte du coït; en pressant le testicule contre le pubis et l’anneau inguinal , elle favorise le passage de la semence, au moment où elle est sécrétée. On voit quelquefois ce mouvement brusque se produire lorsqu'on produituneirritation dans l’urètre avec une bougie, par exemple, au voisinage des orifices des canaux éjaculateurs. Les nerfs et les vaisseaux de cette tunique sont les mêmes que ceux du muscle petit oblique, et viennent en outre des mêmes sources que ceux des deux tuniques précédentes.
4° Tunique fibreuse.
Beaucoup d'auteurs ont décrit sous ce nom une tunique qui, placée entre le dartos et le muscle crémaster, naît du pourtour de l’anneau du muscle grand oblique, avec l’aponévrose duquel elle se continue, et descend de là sur le cordon, jusqu’à l’épididyme où elle se termine; mais nous avons déjà dit qu’il n’y avait là qu'un tissu cellulaire lâche servant à unir la tunique érythroïde avec le dartos; il est vrai que dans les hernies anciennes, ce tissu peut s’épaissir, se condenser et former une véritable membrane: il est bon du reste d’être prévenu de la possibilité de cette transformation afin qu'on ne croie pas, lorsqu'on opère une hernie, être arrivé sur le sac alors qu’on en est encore assez éloigné.
La tunique qu'on doit véritablement appeler tunique fibreuse est située plus profondément que le muscle crémaster, immédiatement au-dessous de lui; elle a été long-tems confondue avec la tunique vaginale, dont elle diffère cependant beaucoup. Haller, qui avait pourtant reconnu une partie de la disposition anatomique de cette membrane, dit encore que la tunique vaginale se divise au bas du cordon en deux lames, dont l’une, extérieure, se prolonge sur ce dernier, et l’autre, intérieure, se réfléchit sur le testicule, et il admet que cette tunique qu’il étend jusqu’à l'anneau, forme à l’intérieur deux cavités: Zta fit ut interiores caveæ duce sint ; superior vasculis spermaticis circum- Jecta inferior testi propria. Dans son 4natomie chirurgicale, t, 11, p. 231, M. Velpeau la désigne sous le nom de tunique celluleuse ; quoiqu’elle soit bien connue sous le nom de tunique propre du cordon, on la désigne cependant plus généralement aujourd’hui sous le nom de gaine fibreuse commune au cordon et au testicule. Voici ses dispositions.
Elle se présente sous la forme d’un petit sac allongé qui est élargi inférienrement pour loger le testicule, la tunique vaginale et l’épididyme, et rétréci dans la partie supérieure pour s’appliquer contre les parties constituantes du cordon, et leur former une gaine, qu’on peut suivre facilement jusqu’à l’orifice du canal inguinal. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la manière dont elle se comporte en ce point; les uns, et M. Cruveilhier est de ce nombre, disent que parvenue à l’anneau, elle se divise en deux lames, l’une presque toujours incomplète qui s'attache au pourtour de l'anneau , et l’autre qui semble se prolonger dans le canal inguinal, où il est très difficile de la suivre. Mais si cette gaine offre des adhérences avec le pourtour de l’anneau inguinal, elle ne peut pas y prendre son origine, car, étant située plus profondément que la tunique érythroïde qui vient du muscle petit oblique, elle ne peut venir que du muscle transverse, du fascia transversalis, ou du tissu cellulaire sous-péritonéal. Aujourd’hui, la plupart des anatomistes pensent que cette tunique fibreuse est formée par un prolongement du Jascia transversalis qui serait poussé et entrainé par le testicule, lorsqu'il traverse la paroi abdominale, exactement comme le péritoine, qui sert de sac à une hernie, est poussé et entrainé par les viscères herniés. Chez le fœtus, lorsque le testicule n’est pas encore sorti de l’abdomen, ou bien au moment où il traverse ces parois, si l’on examine les enveloppes testiculaires, on ne trouve pas de membrane fibreuse, et si son origine est difficile à démontrer chez l'adulte, cela tient à ce que la portion qui tapisse l’intérieur du canal inguinal adhère aux parois de ce canal, et ne peut en être détachée qu'avec beaucoup de difficulté. C’est à ces adhérences qu’elle doit en quelque sorte de sembler naître de l’orifice externe de ce canal, et de se continuer avec le fascia du grand oblique. Sa partie la plus large adhère aussi avec la tunique vaginale dans une certaine étendue.
La tunique fibreuse adhère par la face externe de la manière la plus intime aux faisceaux du muscle crémaster, et là où les faisceaux n'existent pas, un tissu cellulaire lâche l’unit au dartos; sa face interne est lâchement unie au cordon par le tissu cellulaire qui est interposé entre ses parties constituantes.
Demi-transparente et blanchâtre, cette gaine crie sous la pointe du scalpel, et offre une certaine résistance à l'instrument qui la divise; ses fibres entrelacées sont très faciles à distinguer; enfin, elle offre tous les caractères des membranes fibreuses.
5° Tunique vaginale ou Membrane séreuse.
La tunique vaginale, appelée encore tunique propre du testicule, est la membrane la plus profonde des enveloppes du testicule. Elle est de nature séreuse et forme, comme toutes les membranes de cette espèce, un sac sans ouverture composé de deux feuillets adossés l’un à l’autre; l’un, externe ou pariétal, tapisse la partie inférieure de la tunique fibreuse, et l’autre, interne ou réfléchi, embrasse le testicule qui n’est pas contenu, comme on voit, dans la cavité de cette poche séreuse.
L'adhérence du feuillet externe avec la tunique fibreuse avait fait admettre par Haller, que les tuniques séreuse et fibreuse ne constituaient qu’une seule et même membrane composée en haut de deux feuillets. Mais il est bien reconnu aujourd’hui, que ce sont deux membranes distinctes, se comportant séparément comme le feuillet fibreux et le feuillet séreux du péricarde.
Pour bien comprendre la manière dont est disposée la tunique vaginale, à l'égard du testicule, il faut prendre pour point de départ le point qui répond au bord convexe et antérieur de l'organe; on voit alors le feuillet pariétal de la séreuse aller de bas en haut, et de dedans en dehors, et tapisser la tunique fibreuse ; parvenue au niveau de l'épididyme, la tunique vaginale se réfléchit de haut en bas, revêt la face externe de cet organe, envoie entre lui et le bord supérieur du testicule, un prolongement, une espèce d'éperon qui les sépare dans leur partie moyenne; de là, elle revient sur la face externe du testicule, la tapisse ainsi que son bord inférieur et sa face interne, envoie, entre le bord supérieur du testicule et l'épididyme, un nouveau prolongement qui s’adosse au précédent , et établit ainsi une séparation réelle entre ces deux organes; au milieu, elle tapisse la face interne de l'épididyme et se réfléchit sur la face interne de la tunique fibreuse, pour aller se terminer sur la ligne médiane au point d’où nous l'avons fait partir. Le feuillet testiculaire de la tunique vaginale adhère intimement à la membrane albuginée et à l’épididyme , à peu prés de la même manière que la séreuse abdominale adhère à l'intestin.
En dehors, la tunique vaginale recouvre entièrement lépididyme; au milieu de cet organe, elle forme une sorte de mésentére qui isole complétement du testicule le corps de l’épididyme dont les extrémités sont accolées à cette glande. En dedans, cette tunique s’élève beaucoup plus sur ce cordon que du côté externe ; elle est séparée de l’épididyme par le canal déférent et les vaisceaux testiculaires.
La tunique vaginale s’avance beaucoup plus sur la partie antérieure du testicule que sur la partie postérieure. Ast, Cooper dit même que le testicule peut être incisé en arrière, sans qu’on pénètre dans cette membrane ( OEuvres Chirurgicales, p. 41r). Du reste, on est à même de faire tous les jours cette observation dans les cas d’hydrocèle, car alors le testicule est repoussé par le liquide en arrière et en haut, et il est recommandé de pratiquer la ponction en avant et à l’union des deux tiers supérieurs de la tumeur avec son tiers inférieur, afin d'éviter la blessure de la glande séminale,
Entre les deux lames de la tunique vaginale, existe une cavité dans l’intérieur de laquelle, une vapeur, Ou halitus, est naturellement sécrétée et résorbée. Si sous l'influence d’une cause quelconque, la quantité de sérosité sécrétée est plus abondante que celle qui est résorbée, il en résulte la maladie qu'on nomme hydrocèle. Le liquide sécrété à l’état normal a pour but de faciliter les mouvemens de glissement du testicule; il présente la couleur et les autres propriétés du sérum, étant, comme lui, un liquide qui contient de l’albumine, il se coagule par la chaleur et par divers agens chimiques.
Ainsi que nous le dirons en parlant du développement et de la migration du testicule, la tunique vaginale communique avec la cavité du péritoine pendant la vie intra-utérine, mais ordinairement après cette époque, ses parois se rapprochent et adhèrent entre elles ; il s'établit une séparation entre ces deux cavités qui deviennent distinctes, et la partie supérieure de la tunique vaginale forme pendant quelque temps un cordon gréle et mince, situé au devant des vaisseaux spermatiques dans quelques espèces de grands animaux. Cette communication existe à toutes les époques de la vie fœtale; lorsqu'elle persiste chez l’homme après la naissance, c'est parexception; dans ce cas, une anse intestinale ou bien du liquide peuvent glisser dans la tunique vaginale et donner lieu à une hernie ou une hydrocèle qu’on appelle alors congéniale.
La tunique séreuse du testicule recoit ses artères de l’artére spermatique; ses veines s'ouvrent dans la veine du même nom ; ses vaisseaux lymphatiques passent derrière le cordon des vaisseaux spermatiques, se réunissent à ceux qui viennent du testicule, et pénètrent dans l'abdomen. Ast. Cooper (Œuvres Chirurgicales , p. 412) fait provenir les nerfs en partie du plexus spermatique ; suivant cet auteur; la tunique vaginale jouit d’une sensibilité exquise qui peut même devenir une cause de syncope sous l'influence des agens irritans.