‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 131 sur 373 · DÉVELOPPEMENT DU TESTICULE · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DU TESTICULE

Ïl paraît que les testicules sont le produit du développement d’un blastème ou germe secondaire, déposé le long du bord interne des corps de Wolff. Ils ne commencent à paraitre qu'après que les autres organes principaux existent déjà à l'état rudimentaire; ils se manifestent cependant un peu plus tôt que les reins, ceci résulte d'observations faites par Bischoff, sur des embryons de cochons et de brebis. Ils se présentent d’abord sous la forme de deux bandelettes oblongues d'une couleur blanche. En les examinant au microscope, on voit que ces germes sont composés de petites cellules et de noyaux de cellules. Bientôt la forme du testicule change, d’oblongue qu’elle était, elle devient plus arrondie, son grand diamètre reste toujours dans la direction de l’axe longitudinal du corps. Valentin prétend que chez des embryons de cochon, longs de 5 à 6 centimètres et demi * les premières traces de canalicules séminifères apparaissent sous la forme d’une série de lignes transversales qu'on voit à la surface du testicule; lorsque le péritoine et la tunique albuginée sont enlevés, ces lignes se divisent en d’autres plus étroites qui représentent les canaux séminaux. On ne sait pas au juste à quelle époque les canalicules commencent à apparaitre ; on pense que cette époque varie chez les animaux d’espèces différentes. Bischoff dit les avoir trouvés déjà très prononcés chez des embryons de cochon, longs de / centimètres, tandis qu'il n’a pu en découvrir aucune trace chez des embryons de chiens et de lièvres, longs de 8 à 9 centimètres. Il croit que leur formation

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et leur développement se font de la même manière que ceux des calices uriniféres. La tunique albuginée existe toujours dans l'abdomen, comme il est facile de le constater.

Ainsi développé, le testicule séjourne dans l'abdomen jusqu'au septième mois de la vie intra-utérine, et quelquefois jusqu’au moment de la naissance. Alors, il est situé derrière le péritoine qui l'enveloppe en grande partie, excepté en arrière où il repose sur le psoas, au côté interne de la partie supérieure du corps de Wolff, et lorsque le corps a disparu au-devant de l'extrémité inférieure du rein, tout près de la colonne vertébrale. Dans cette position , il est recouvert par les intestins. Sur un fœtus de six ou sept mois, il est proportionnellement plus développé que les autres organes génitaux ; sa couleur est grisätre, et sa forme la même que celle qu’il aura plus tard; l’épididyme qui le surmonte est aussi assez gros. À cet âge, il est pulpeux, mollasse, et se déchire facilement. Toutes les parties qui doivent constituer le cordon, au lieu d’être comme elles le seront plus tard, réunies en faisceaux, sont éparses et dirigées en sens divers.

Ainsi, les vaisseaux sanguins, flexueux, repliés sur eux-mêmes et paraissant assez courts, situés comme le testicule et les autres parties , derrière le péritoine, descendent vers cet organe et le pénètrent par son bord postérieur ; ses nerfs et ses vaisseaux lymphatiques sont à peu près disposés comme les vaisseaux sanguins; quant au canal déférent , il est très petit, remarquable par sa blancheur, et offre une assez grande consistance. Pour aller du testicule au conduit de la vésicule séminale correspondante, ce canal croise la direction du muscle psoas, passe derrière le gubernaculum et sur les vaisseaux iliaques, et parvient derrière la vessie ; pendant le trajet, il décrit de nombreuses flexuosités. Ces flexuosités du canal déférent et des vaisseaux sanguins étaient nécessaires pour qu'ils pussent subir, sans inconvénient, l’allongement qu'ils éprouvent pendant le déplacement du testicule.

Descente ou migration du testicule.

Comme le démontre la description générale que nous avons faite du testicule, cet organe ne reste pas toujours dans l’abdomen. Pour bien comprendre comment s’accomplit sa descente, il est important de connaitre l'organe que Hunter a nommé gouvernail (gubernaculum testis). C’est une espèce de cordon qui parait de très bonne heure , alors que les corps de Wolff sont encore en plein développement et que les testicules reposent en haut, sur leur côté externe. Il se présente sous la forme d'une matière plastique renfermée dans un repli du péritoine, et formant, avec le repli, un cordon mince qui s'étend depuis la région inguinale interne jusqu’à l’extrémité inférieure du corps de Wolff, et là, s'applique à son conduit excréteur ; plus tard, ce cordon se développe davantage. Lorsque les corps de Wolff ont complétement disparu , et que le testicule s’est abaissé, ce cordon s'étend en haut, jusqu’à l'extrémité inférieure de cet organe et de l’épididyme qui, chez l’adulte, est placée en arrière. En bas, il se rend, à travers le canal inguinal , au scrotum auquel il est uni par du tissu cellulaire : c’est à cette portion que Haller a donné le nom de ligament-suspenseur du testicule, et Hunter, celui de gouvernail (gubernaculum testis), parce que c’est lui qui dirige la descente de la glande séminale.

On avait admis que ce cordon était de nature musculeuse ; mais cette opinion ayant été combattue par un grand nombre d’anatomistes, on en était venu à penser qu’il était constitué par un tissu fibro-celluleux ou par des fibres ligamenteuses très fortes

(Ast. Cooper, Rathke). Mais, de nouvelles recherches, faites par MM. Curling et E.-H. Weber (Lond. Med. Gazett, 1841, p. 98), ont appris que le gouvernail renfermait une masse molle et transparente, constituée par du tissu cellulaire entouré de faisceaux musculaires très reconnaissables , et, qu’inférieurement, il se divise en trois prolongemens contenant aussi des fibres musculaires : l’externe, qui est le plus large, s’applique au ligament de Poupart; le moyen descend jusque dans le scrotum , et vient s'unir au dartos; enfin, l’interne s'attache au pubis et à la gaine du muscle droit du bas-ventre. Mais une opinion de M. Curling, qui est inadmissible, c’est que, plus tard, les fibres musculaires du gouvernail forment le crémaster. Cette opinion est inadmissible, parce que ces fibres musculaires , qui sont disposées à la surface externe de ce cordon pendant qu'il est contenu dans le ventre, devraient occuper la surface interne, après la descente du testicule, et se trouver appliquées directement sur la tunique vaginale, dont elles sont pourtant séparées par la tunique fibreuse du testicule et du cordon spermatique ; d’ailleurs, pour qu’il en füt ainsi, il faudrait encore admettre que le gouvernail est un cordon creux et retourné sur lui-même comme un doigt de gant ; il est vrai que Hunter, Seiler, Meckel et autres, ont admis cette disposition : ils ont pensé que ce cordon faisait descendre, par son action, le testicule de l’abdomen dans le scrotum, et que, pendant que cette action s’exerçait, il se renversait et se retournait peu à peu sur lui-même ; mais, cette manière de voir est maintenant généralement rejetée, et on admet que le gouvernail est un cordon plein.

Lorsque le gouvernail a atteint son maximum de développement, ce qui arrive du cinquième au sixième mois de la vie intrautérine, sa partie supérieure est renfermée dans le repli du péritoine qui enveloppe le testicule, tandis que celle qui avoisine l’anneau inguinal, et à plus forte raison celle qui traverse le canal, ne sont pas tapissées par cette membrane.

Un grand nombre d’anatomistes ont étudié, dans tous les détails, le phénomène de la descente du testicule dans les bourses, à travers la paroi abdominale antérieure. Haller, Hunter surtout, Lobstein, Camper, Wrisberg, Rathke, Valentin, et la plupart des anatomistes français, ont fait beaucoup de recherches sur ce point.

Le mécanisme suivant lequel s’opère la descente de cet organe est décrit, par la plupart des auteurs, de la manière suivante : ils admettent, et on admet généralement, que le gubernaculum testis se raccourcit. Comme il est fixé inférieurement dans les bourses, au pubis et au ligament de Poupart, il faut nécessairement que le testicule soit attiré en bas et se rapproche de l’anneau : le péritoine, qui adhère beaucoup plus à cet organe qu’à l'orifice interne du canal inguinal, l’entraine avec lui. Alors, si le gubernaculum continue à se raccourcir, le testicule, cédant toujours à la traction que ce ligament exerce sur lui, arrive à l'anneau, s’y engage par l'extrémité qui, dans l’adulte, est dirigée en arriere, traverse cette ouverture, puis le canal inguinal en poussant devant lui le fascia transversalis, les fibres les plus inférieures du muscle petit oblique et le fascia superficialis, et en entrainant avec lui la portion du péritoine qui le recouvre; lorsqu'il est parvenu dans le scrotum, le fascia transversalis, disposé en bourse ou en cul-de-sac, forme ce que nous avons appelé la tunique fibreuse du testicule et du cordon spermatique, les fibres du muscle petit oblique, disposées en anses à concavité supérieure, constituent la tunique érythroïde ou le muscle crémaster, et le fascia superficialis, la couche celluleuse,

comprise entre le crémaster et le dartos. Enfin, la portion du péritoine qui accompagne le testicule, présente la forme d’un cul-de-sac ou d’une vésicule communiquant avec la grande cavité abdominale du péritoine par une ouverture et un collet rétréci, correspondant au canal inguinal. Ordinairement l’ouverture de communication entre ces deux cavités cesse aussitôt que le testicule est parvenu dans le scrotum par suite de l’oblitération de la partie qui est contenue dans le canal inguinal. Cette oblitération se fait par l’adhérence de ses parois qui sont en contact, et procède de haut en bas; ainsi, elle a lieu d’abord dans le point où le péritoine s’est enfoncé pour produire le prolongement; mais lorsque le conduit s’est complétement oblitéré et métamorphosé en tissu cellulaire, il se sépare du péritoine qui devient aussi facile à détacher que dans les autres endroits; la cicatrice s’efface, le prolongement qui accompagne le testicule devient libre et forme le petit sac sans ouverture qu'on a désigné sous le nom de tunique vaginale, qui conserve avec le testicule les mêmes rapports qu'elle avait avec lui lorsqu'elle faisait partie du péritoine, c’est-à-dire, qu’elle l’enveloppe dans toutes ses parties, excepté dans les points où les vaisseaux spermatiques pénètrent dans sa substance (7. la description que nous en avons faite.

Quelquefois, au lieu de s’oblitérer, le canal de communication entre le péritoine et son prolongement testiculaire reste ouvert ; si alors une portion d’intestin vient à s'engager dans cette ouverture, elle descend jusque dans la tunique vaginale, se met en contact avec le testicule et forme ce qu’on appelle une Aernie congénitale, qui diffère de la hernie acquise, parce qu’elle n’a pas de sac herniaire particulier qui la précède, ou plutôt parce qu'elle a la tunique vaginale pour sac herniaire. Ast. Cooper rapporte une variété de hernie de la tunique vaginale fort remarquable. « L'ouverture de la tunique vaginale, dit-il, reste, dans certains cas, très petite, jusqu’à l’âge adulte, et alors soudainement dilatée par la propulsion de l'intestin, elle donne lieu a une variété de hernie congénitale. » Ast. Cooper a vu plusieurs malades qui lui offraient cette variété de hernie, Les malades assuraient qu'ils n'avaient jamais eu de hernie, et que la tumeur qu'ils portaient ne s'était développée que depuis quelques jours (L. cit., p. 421). Le même auteur a vu quelquefois la tunique vaginale formée par une fausse membrane qui, cédant au choc des intestins, forme un sac dans le collet duquel l’intestin peut s’étrangler, et la mort peut être la suite de cet étranglement, si l’on ne se hâte de débrider ({bid.)

Si l'ouverture de communication entre le péritoine et la tunique vaginale est très petite, elle ne peut admettre le passage des viscères, mais elle peut laisser passer de la sérosité; alors se trouve produite l'hydrocèle congénitale, dans laquelle le liquide passe librement de la cavité du péritoine dans la tunique vaginale et réciproquement, tandis que, dans l’hydrocèle acquise, le liquide sécrété dans la tunique vaginale elle-même, reste emprisonné dans sa cavité.

La tunique vaginale est beaucoup plus rapprochée de l’anneau inguinal externe dans l’enfance que dans l’âge adulte. On avait admis que cela tenait à ce qu'il se faisait une oblitération lente et successive de cette membrane depuis l'anneau Jusqu'à peu de distance du testicule. Mais M. Roux croit que cela dépend du peu de développement du cordon qui, très court alors, retient le testicule tout près de l’anneau; puis à mesure que le cordon spermatique s’allonge , le testicule s'éloigne de l’anneau, et entraine avec lui la poche séreuse qui le recouvre en partie,

DV

ce qui fait qu'à une certaine époque, cette poche ne répond plus

aux parois de l'abdomen (Bichat. Zrat. descrip., t. v, p287). Cette dernière explication est certainement la plus satisfaisante ;

quoiqu'il en soit, le fait existe, et on doit l'avoir présent à la mémoire, lorsqu'on opère l’étranglement des veines du cordon dans

le varicocèle, afin de ne pas saisir la tunique vaginale avec les veines.

A quel âge s'opère la descente du testicule ? On est loin d'être d'accord sur ce point ; l’époque à laquelle cette descente s’opère varie beaucoup suivant les sujets. En général cependant, le testicule atieint le scrotum avant la naissance, comme le constatent les observations de Hunter et de Camper qui pensent qu’il y arrive dans le huitième ou neuvième mois. Haller affirme, au contraire, qu’il est trés-rare que cet organe soit descendu daps le scrotum à la naissance. M. Roux pense, d’après ce résultat contradictoire des recherches d'hommes également recommandables, que le climat a quelque influence sur ce phénomène, et considère comme des hernies congénitales les hernies qui, dit-on, sont très fréquentes chez les Suisses, et qu’on attribue aux exercices gymnastiques. En France cependant, pays très voisin de la Suisse, les testicules sont presque toujours descendus à la naissance. Bischoff assigne pour terme ordinaire le cours du septième mois; mais on observe beaucoup de cas exceptionnels, ainsi il n’est pas sans exemple de les rencontrer dans le scrotum à une époque beaucoup plus éloignée de l'accouchement. Wrisberg dit avoir observé deux fœtus, chez lesquels ils étaient hors de l’abdomen à quatre mois et demi, et M. Roux les à vus engagés tous deux dans l’anneau sur un fœtus de quatre mois environ; de même, on les a vus souvent descendre seulement à l’âge de la puberté. Ast. Cooper, par exemple, rapporte avoir observé plusieurs cas dans lesquels cette descente n’eut lieu que de la treizième à la dix-septième année; quelquefois même elle ne s’est pas accomplie avant l’âge de vingt et un ans (L. cit., p. 421). Enfin, leur séjour dans l'abdomen peut persister toute la vie; ce qui arrive quelquefois pour les deux testicules, arrive plus souvent pour un seul; ainsi il n’est pas très rare de rencontrer un de ces organes dans le scrotum, tandis que l’autre est engagé dans l'anneau, ou bien est placé derrière cette ouverture, où même encore dans la région lombaire d’où il descend à une époque plus ou moins éloignée de la naissance, et où il peut même rester toujours. M. Malgaigne a vu plusieurs fois, chez des sujets de quinze à vingt ans, l’un des testicules, la plupart du temps le gauche, dans l’anneau inguinal, où on l'avait pris pour une hernie ({nat. chirurg., 1838, p. 266). Enfin Wrisberg a publié une statistique de 102 enfans sur lesquels il n’y en avait que 72 dont les deux testicules étaient descendus dans les bourses. Chez 11 le droit seul y était, et chez 7 de ceux-là le gauche dans la région inguinale; chez 4 dans le bas-ventre; chez 7 le testicule gauche était dans lescrotum et le droit dans la région inguinale ou le bas-ventre. Chez 12 le scrotum ne contenait aucun des testicules: chez 4 de ceux-là tous deux étaient dans le bas-ventre; chez 5 tous deux dans l’aine ; chez 2 enfin l’un dans l’aine, et l’autre dans le bas-ventre.

La persistance du séjour de l’un ou des deux testicules dans l’abdomen n’exerce aucune influence fâcheuse sur leurs fonctions, dans les cas qu’on a eu occasion d'observer, le testicule était presque aussi gros que dans l’état ordinaire, lorsqu'on l’examine, aprés l'avoir dépouillé de sa tunique vaginale, et les

tubes séminifères contenaient du sperme. Cependant, cet état

influe vivement sur le moral des sujets, chez lesquels il se rencontre, parce qu'ils se croient privés de ces organes et impropres à la génération. Ast. Cooper dit avoir connu un homme qui s’est suicidé pour ce motif.

Voilà tout ce qu’on connaît, eu égard aux changements que le testicule éprouve dans sa position première; on ne s'explique pas trop pourquoi cet organe , au lieu de rester dans l'abdomen où il eût été plus abrité contre les violences extérieures, et où ses fonctions auraient pu s'exercer aussi bien, vient se placer sur le plan antérieur du tronc où il est plus exposé à l’action des corps vulnérants ; peut-être en est-il ainsi pour que , dans cette dernière position, il soit comprimé par les fibres du muscle crémaster, lors de l’éjaculation.

Vésicules séminales et canaux ejaculateurs.

Les vésicules séminales sont deux petites poches membraneuses dans lesquelles le sperme est déposé, mis en réserve. Elles sont placées sur la base de la vessie, entre cet organe et le rectum , et sont dirigées obliquement, de dehors en dedans et d’arrière en avant, de manière que, très écartées l’une de l’autre, à leur partie postérieure, elles se touchent presque en avant où elles ne sont séparées que par l'épaisseur des canaux déférens qui longent leur bord interne; elles laissent entre elles un espace qui a la forme d’un triangle isocèle dont la base regarde en arrière et le sommet en avant : cet espace est en rapport direct avec le rectum.

Il existe quelques observations dans lesquelles il n’y avait qu’une seule vésicule séminale, et où l’autre était remplacée par une simple dilatation du canal déférent.

Les réservoirs du sperme sont allongés d’avant en arrière, aplatis de haut en bas et piriformes; leur extrémité postérieure, nommée le fond, est la plus grosse; elle est arrondie et dépasse fréquemment le bas-fond de la vessie, surtout dans l’état de vacuité; leur extrémité antérieure, qu’on appelle le col, est mince, allongée, étroite, elle se plonge souvent dans la base de la prostate, et se termine par un canal toujours très court qui s’unit à angle aigu avec le déférent. Leur surface est bosselée et inégale dans toute leur étendue ; ces inégalités sont d’autant plus marquées que les vésicules séminales sont remplies par une plus grande quantité de fluide.

La longueur des vésicules séminales varie entre 5 et 7 centimètres ; leur largeur est de 15 millimètres environ, el leur épaisseur de 6 millimètres.

Elles sont en rapport avec le rectum et la vessie. M. Cruveilhier considère, comme analogue au tissu du dartos, le tissu filamenteux qui les unit et les sépare de ce dernier organe; quoi que ce tissu soit assez dense et assez serré, il est assez facile, cependant, de les séparer.

Au premier aspect, les vésicules séminales paraissent constituées par plusieurs cellules séparées les unes des autres par des cloisons assez fortes et communiquant toutes entre elles , comme on peut s’en assurer, en pratiquant diverses coupes; mais un examen plus attentif, et une préparation plus soignée, font découvrir qu’elles sont formées par un canal étroit et allongé qui se replie sur lui-même un grand nombre de fois, et décrit, comme l'intestin grêle, des circonvolutions dont les parois sont soudées entre elles par un tissu dense et serré : c’est là ce qui leur donne l'apparence de cellules cloisonnées. On pensait que dans ce canal tortueux venaient s’aboucher une douzaine de culs-de-sac ou

ORGANES GÉNITAUX

appendices; qu’ils en recevaient quelquefois eux-mêmes de plus petits, et que c'était à ces appendices réunis les uns aux autres qu'était dû cet aspect sillonné et ces bosselures de leur surface extérieure; mais, plusieurs auteurs, entre autres M. Cruveilhier, prétendent qu'ils n’ont jamais rencontré ces diverticules, et ont admis que ces appendices n'étaient autre chose que des circonvolutions non déplissées du canal qui constitue la vésicule. Quoi qu’il en soit, pour opérer le déplissement, il faut employer une dissection soignée ou la macération. Lorsqu'on a obtenu ce résultat, on voit que la longueur du canal séminal est assez considérable; en général, elle varie entre 16 et 20 centimètres ; quelquefois même elle s'élève jusqu’à 27 à 33 centimètres ; M. Cruveilhier dit en avoir rencontré une de cette dimension.

La surface interne des vésicules séminales offre, comme celle du canal déférent, un aspect rugueux et réticulé; on y trouve constamment un suc séminal qui diffère beaucoup du sperme qu'on expulse pendant le coït : au lieu d’être blanc, comme ce dernier, il est d’un brun jaunûtre, épais et visqueux. On ignore si cet état est naturel, ou bien s’il est dü à une transsudation de l'urine à travers les parois de la vessie, ou bien encore à la décomposition de la semence, qui se ferait rapidement après la mort.

Le canal excréteur de la vésicule séminale naît de l'extrémité antérieure de la vésicule; il est très délié et très court ; on lui assigne à peine 3 à à millimètres de longueur, ce qui fait qu'il se réunit presque immédiatement au canal déférent dont le volume, en cet endroit, est à peu près égal au sien; cette réunion se fait à angle trés aigu, et il en résulte un conduit commun qui porte le nom de canal éjaculateur.

Le canal éjaculateur, long de 18 à 22 millimètres environ, présente une forme à peu près conique, car il est beaucoup plus gros à son origine qu’à sa terminaison ; ses parois sont très minces, mais très dilatables ; son diamètre varie entre 3 millimètres et les 2/3 de 1 millimètre. Les deux conduits éjaculateurs, accolés l’un à l’autre, sans communiquer ensemble, marchent parallèlement dans l'épaisseur de la prostate qu'ils traversent obliquement , de bas en haut et d’arrière en avant, pour venir s'ouvrir dans l’urètre, sur les côtés de l'extrémité antérieure du vérumontanum, chacun par un petit orifice très étroit et quelquefois assez difficile à distinguer. Quelques anatomistes disent avoir vu les orifices des conduits éjaculateurs confondus ensemble sur la ligne médiane; mais, si le fait existe, il doit étre très rare

D’après la description qui vient d’être faite, il est facile de se faire une idée de l’analogie qui existe entre les organes biliaires et les organes spermatiques ; dans les deux cas il y a : 1° un organe sécréteur, le foie et le testicule; 2° un canal excréteur, le canal hépatique et le canal déférent ; 3° un réservoir destiné à recevoir une partie du produit de la sécrétion, la vésicule biliaire et la vésicule séminale ; 4° enfin un canal excréteur définitif qui donne à la fois passage au liquide sécrété par la glande et à celui qui a séjourné dans la vésicule: c’est, d’une part, le canal cholédoque, et de l’autre, le canal déférent.

Structure des vésicules séminales. Elle est à peu près la même que celle des canaux déférens. Chaque vésicule est composée des mêmes tuniques qui, seulement, sont plus apparentes que celles du canal déférent, tandis que la membrane musculeuse est

plus mince. J. Hunter (Œuvres complètes, t. 4, p. 88. Richelot, 1843, Paris) indique deux couches dans les vésicules du cheval. E.-H. Weber (4nnotat. anatomicæ, p. 8), après avoir enlevé le tissu cellulaire et les vaisseaux sanguins de la surface des vésicules séminales de l’homme, trouvait, surtout lorsqu’il avait eu le soin de les injecter avec une substance dure, une couche rougeâtre de fibres musculaires dont les externes semblaient marcher en long et passaient même d’une bosselure à une autre. Huschke ( Encyclopédie anatomique, t. 8, p. 371) se demande si cette couche contractile ne comprendrait pas les trois couches qu'il a rencontrées dans le canal déférent, puisque la vésicule séminale n’est évidemment qu'un diverticule de ce canal ?

La tunique interne est une muqueuse blanchâtre et couverte d’un épithélium pavimenteux ; elle présente des mailles ou cellules grenues ou pourvues de glandes qui, suivant Henle et Valentin, sécrétent peut-être le pigment auquel les vésicules seminales sont redevables de leur couleur verdâtre. Ces mailles sont d’autant plus grandes et les plis qui les séparent d’autant moins marqués qu'on se rapproche davantage du sommet. Suivant E. H. Weber, les plus petites cellules ont 1/5 à 3/5 de millimètre de diamètre.

Extérieurement, les vésicules séminales sont revêtues par un tissu cellulaire rigide qui maintient toutes leurs bosselures réunies, et souvent aussi par le péritoine dont le cul-de-sac vésico-rectal descend assez bas pour tapisser leur face postérieure.

Le tissu des canaux éjaculateurs est analogue à celui des canaux déférens et des vésicules séminales; toutefois 1° leur membrane interne est plus lisse, elle présente quelques mailles glanduliformes, bien apparentes, seulement au voisinage de la vésicule; dans le reste de son étendue on en observe encore, mais de beaucoup plus petites, 2° /eur membrane externe n'existe, pour ainsi dire, que dans la partie qui n’a pas son siége dans la prostate, tandis qu’elle à presque entièrement disparu dans leur partie prostatique.

Les artères des vésicules séminales viennent de l’hypogastrique savoir : des vésicules inférieures, et des hémorroïdales moyennes ; leurs veines des plexus hémorroïdal et vésical ; leurs lrmphatiques des ganglions hypogastriques ; enfin, leurs nerfs sont fournis par les branches du plexus hypogastrique.

Fonctions des vésicules séminales. Elles sont les mêmes que celles des réservoirs analogues. Le sperme s’y amasse, s’y épaissit, s'y élabore par son séjour plus ou moins longtemps prolongé; de plus, on pense que la membrane muqueuse de ces réservoirs les rend aptes à sécréter un fluide particulier qui, en se mélant à la semence, lui donne des propriétés spéciales. Telleétait l'opinion deSwammerdam. Les observations de Hunter ont appris que même après la castration, loin d’être affaissées sur elles-mêmes, elles sont remplies d’un liquide analogue à du mucus. Les cryptes muqueux qui existent en grand nombre sur leur membrane interne, les rendent éminemment propres à cette sécrétion; mais il y a loin de là à dire que tout le fluide qui s’y trouve est sécrété par elles, et que le sperme ne s’y mêle qu'à l'instant où le testicule le fournit pendant le coït. On en trouve la preuve d’abord dans leur structure anatomique, et puis dans la présence d’animalcules spermatiques dans le liquide qu’elles contiennent, ainsi que l'ont

observé Hunter, Henle, Hampferhoff" et Huschke. Ce dernier, qui a fait ses observations sur de jeunes suicidés bien portants, y a toujours rencontré beaucoup d’animalcules spermatiques, même dans les cellules de l'extrémité en cul-de-sac des vésicules. « J’excisai cette extrémité, dit-il, et j'examinai au microscope les premières gouttes de liquide qui s’en échappérent : au milieu d’une multitude de gros globules transparents et presque semblables à des gouttes d’huile, je découvris un grand nombre de spermatozoaires qui même n'étaient point encore privés de vie (Æncyclop. anat.,t. VI, 374). »

On a accordé aux vésicules séminales une faculté contractile, à l’aide de laquelle elles peuvent chasser le sperme contenu. dans leur intérieur; tout en admettant avec M. Roux, que les muscles releveurs de l'anus ne peuvent, lorsqu'ils se contractent seuls et hors de l’époque du coït, provoquer l'émission de la semence, et que ceux du périnée n’agissent que lorsque ce fluide est déjà parvenu dans l’urètre ; nous pensons que tout n’est pas dü à la faculté contractile de la vésicule, ainsi que dans les efforts de la défécation par exemple, que l'émission spontanée du sperme, qui a lieu souvent, dépend non-seulement de la contraction de la vésicule, mais encore de la compression qu'exercent les excrémens sur les réservoirs en traversant le rectum, et que pendant l’acte du coit le sperme sécrété, arrivant en trop grande quantité pour pouvoir se loger dans les vésicules, pousse dans l’urètre celui qui s’y trouve déjà rassemblé.

Maintenant, que nous avons décrit les organes destinés à sécréter le sperme, nous allons parler de ceux qui doivent le porter dans l’intérieur des organes génitaux de la femme.

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