DE LA VERGE
La verge, qu'on désigne encore sous le nom de pénis, est située au-devant de la symphyse pubienne ; dans l’état ordinaire, c'est-à-dire hors l’état d’érection, elle est flasque et pendante au-devant des bourses, présente à peu près la forme d’un corps allongé et cylindrique et décrit une courbure à concavité inférieure. Son volume et sa longueur varient beaucoup chez le même individu; ces variations, hors l’état d’érection, tiennent au degré plus ou moins élevé de la température au milieu de laquelle elle est plongée, ainsi, pendant le froid la verge est beaucoup plus petite et plus courte que pendant la chaleur ; toutefois, elle est susceptible d’une grosseur moyenne qui varie suivant les différens sujets; pour terme moyen elle a 8 à 11 centimètres de long en avant et 7 en arrière, sa largeur est d'environ 3 centimètres, et son épaisseur de 2,5; dans l’état d’érection elle s’allonge et grossit beaucoup ; elle présente 16 à 21 centimètres, son diamètre transverse est porté à 4 centimètres, et son épaisseur à 3,5, la racine et le gland participent beaucoup à cet accroissement de volume. Au lieu d’être pendante au-devant des bourses elle se redresse et décrit une courbure à concavité supérieure; sa forme devient prismatique et triangulaire par suite du gonflement de l’urètre: alors elle présente une face supérieure et deux latérales séparées par des angles arrondis; enfin, sa face supérieure devient légèrement courbée, probablement pour s’accommoder à la courbure du vagin. En général, l'érection amène dans la verge un surcroît momentané de développement, qui est d’autant plus considérable que la verge a des dimensions plus grandes dans l’état de repos. Toutefois, ce rapport n’est pas constant, car certaines
verges, qui sont grosses au repos, augmentent très peu par l'érection, ce qui tient, sans doute, à la moindre contractilité de leurs élémens élastiques, contractilité par suite de laquelle les sinuosités des corps caverneux ne se vident pas de sang, ou qui peut dépendre aussi de l'épaisseur des parois des cellules.
L'extrémité libre de la verge se termine par un renflement conoïde qu’on appelle le gland, qui présente à son sommet l’orifice de l’urètre; cet organe est plus ou moins découvert chez les différens sujets, suivant que le prépuce est plus ou moins long. Son extrémité postérieure ou adhérente, qui porte le nom de racine de la verge, paraît se terminer au pubis, mais les corps caverneux et l’urêtre vont en réalité s’insérer beaucoup plus loin.
Organisation de la verge.
La verge est constituée par plusieurs parties distinctes, qui sont: 1° les téguments ou le fourreau; 2° les corps caverneux, destinés à se roidir pour faciliter le rapprochement des deux sexes ; 3° l’urètre, canal par lequel se fait l'émission de l’urine et du sperme; 4° le gland, renflement conoïde dont le chatouillement détermine la sortie de la semence; 5° enfin, les tégumens qui servent d’enveloppe à ces diverses parties; 6° on y trouve encore, à titre d’accessoires, la glande prostate et les petites glandes de Cooper, puis des muscles, des vaisseaux et des nerfs volu-
mineux.
1° Des tégumens de la verge et du prépuce.
Les tégumens de la verge et le prépuce constituent une espèce d’étui qui se continue en arrière avec la peau du scrotum et du pubis, et qui se termine en avant par une ouverture circulaire qui laisse passer le sommet du gland. Cette peau est moins blanche que celle des autres parties du corps; elle est très mince, moins cependant que celle de la peau des bourses et des paupières, mais beaucoup plus que celle qui recouvre le pubis; du reste, son épaisseur est plus considérable en arrière qu’en avant; elle est garnie, surtout en arrière et en bas, d’un grand nombre de follicules sébacés et surmontée de quelques poils qui ont leur extrémité tournée en avant; dans sa partie antérieure, au contraire, elle ne présente point de bulbe pileux appréciable à l’œil nu. La peau de la verge est unie aux corps caverneux par du tissu cellulaire; son union avec ces corps étant trés lâche, elle jouit d’une extrême mobilité, aussi glisset-elle sur lui avec la plus grande facilité: cette disposition lui permet de servir au développement des tumeurs des bourses, de se plisser et de revenir sur elle-même hors de l’état d’érection, et de s'étendre, au contraire, lorsque cet état existe; on attribue ces diverses propriétés au tissu cellulaire sous-cutané qui fait suite au dartos et qui, selon M. Cruveilhier, serait de même nature que lui. Ce tissu, qui ne contient jamais de graisse, peut s’infiltrer de sérosité; il est parcouru par un grand nombre de veines et de filets nerveux ; son épaisseur est assez considérable, il est très lâche immédiatement sous la peau, mais il devient dense, blanchâtre et comme membraneux à mesure qu'on se rapproche du corps caverneux. La peau de la verge présente sur sa face inférieure une ligne saillante dirigée d’avant en arrière, et qui se continue avec le raphé. Cette ligne se prolonge jusqu’au bord du prépuce.
ORGANES GÉNITAUX
Du prépuce. On donne le nom de prépuce à cette partie des tégumens de la verge, qui s'étend depuis Ja base du gland jusqu’à un point indéterminé de sa surface ; tantôt il dépasse son sommet, tantôt au contraire, c’est lui qui le dépasse; ordinairement il est percé d’un trou arrondi; quelquefois cependant cette ouverture n'existe pas au moment de la naissance, et l’on est obligé d’en pratiquer une artificielle, pour permettre aux urines de s’écouler. Dans l’état normal, le prépuce n’adhère point au gland, sur lequel il glisse avec la plus grande facilité ; quelquefois, cependant, son orifice est tellement étroit, qu'on ne peut le ramener en arrière du gland surtout pendant l’érection ; cet état caractérise ce qu’on appelle le phymosis. Si, l’ouverture du prépuce étant aussi étroite, on a, par des efforts, ramené cette enveloppe en arrière du gland, la verge se trouve étranglée par l'anneau fibreux qui existe à l'ouverture du prépuce, on a alors la maladie connue sous le nom de paraphy- MmOStS.
Le prépuce est formé par deux couches membraneuses, unies lune à l’autre par du tissu cellulaire lâche. L'une de ces couches, extérieure, est cutanée, et l’autre, intérieure, est de nature muqueuse. La couche cutanée ne se termine pas brusquement, mais, parvenue à l’orifice du prépuce, elle se réfléchit sur elle-même d’avant en arrière, entre le gland et la peau à laquelle elle s’adosse, prend les caractères d’une muqueuse, et arrive à l’enfoncement circulaire qui existe à la base du gland; là elle se réfléchit de nouveau d’arrière en avant sur ce dernier, forme un cul-de-sac sur le corps caverneux dont elle recouvre, par conséquent, une petite partie, enveloppe le gland, auquel elle est très adhérente, et vient se terminer sur les bords du méat urinaire, où elle se continue avec la muqueuse du canal de l’urètre; ce cul-de-sac n’entoure pas complétement la base du gland; il se trouve interrompu au-dessous de l’urètre par un petit repli triangulaire de la muqueuse, auquel on donne le nom de frein ou de filet de la verge qui se fixe dans le sillon qui règne sur la partie inférieure du gland, et se termine en un point peu éloigné de l’orifice de l’urètre. Ce repli, long et étroit dans la jeunesse, parce qu'il n’a pas encore été tiraillé, se prolonge quelquefois jusqu’au méat, et s'oppose alors à ce qu’on puisse découvrir le gland, sans déterminer des tractions douloureuses, et à ce que la verge puisse entrer en érection sans se courber; cet état anormal exige qu'on opère la section du frein, de la même manière que celui de la langue lorsqu'il est trop court et s'oppose à ce que l’enfant puisse exercer convenablement la succion.
La couche cutanée du prépuce est encore plus fine que les autres tégumens de la verge, et ne porte jamais de poils; la couche muqueuse, d’abord pâle, est d'autant plus rouge qu’elle s'approche plus du cul-de-sac qu’elle forme derrière la couronne du gland ; c’est surtout pendant l’érection qu'elleprésente tous les caractères propres aux muqueuses. On peut, en effet, y distinguer des cryptes ou follicules sébacés. Ces espèces de glandes, généralement connues sous le nom de glandes du prépuce, sont aussi nommées glandes de Tyson ; ce sont des follicules sébacés plus abondans sur les côtés du frein que dans les autres parties; ils sont blanchâtres, arrondis et plus ou moins saillans; ils sécrètent une humeur onctueuse, d’un blanc jaunâtre, grasse, d’abord liquide, qui bientôt devient demi solide et se dessèche en lamelle comme du fromage mou, insipide, mais ayant une odeur ammoniacale pénétrante qui rougit le tournesol; cette matière passe promptement à la putréfaction.
L'analyse chimique y a fait découvrir de l’eau, un principe animal, une substance odorante, l’acide lactique, la caséine, la fibrine , le lactate d’ammoniaque , le phosphate calcique, le chlorure sodique et le sulfate sodique. Lorsque, par labstinence du coît et la négligence des soins de propreté, cette matière s’amasse entre le prépuce et le gland, elle y contracte une odeur forte et puante, prend une couleur blanche et détermine sur les parties, avec lesquelles elle reste en contact, une irritation, et quelquefois même une légère excoriation suivie d’un écoulement de mucosités. Cet état, auquel on donne le nom de balanite, est dû à la facilité avec laquelle cette matière se décompose et produit de l’ammoniaque. La circoncision, qui se pratique en Orient et surtout chez les Juifs, n’a pas d’autre but que de prévenir le séjour entre le gland et le prépuce de cette substance, dont la sécrétion se fait plus abondamment dans les pays chauds que dans les pays froids.
Le tissu cellulaire intermédiaire aux deux couches du prépuce présente quelques-uns des caractères du tissu cellulaire souscutané de la verge, et ressemble beaucoup à celui des bourses ; il s’infiltre de sérosité avec beaucoup de facilité; enfin, sa laxité est telle qu’il permet au prépuce de se dédoubler, et aux deux lames qui le constituent de s'appliquer séparément sur le corps caverneux, comme on peut le voir pendant l'érection. Dans cet état, en effet, le cercle, qui indique le point où elles se réunissent, n’est pas appliqué immédiatement derrière la couronne du gland , mais à une certaine distance en arrière.
(a) Les artères de la peau de la verge viennent toutes des branches terminales de la honteuse interne; ainsi 1° la branche inférieure, qu’on nomme aussi artère superficielle du périnée, fournit plusieurs rameaux qui traversent le dartos, et dont les uns vont se rendre au bas du scrotum, tandis que les autres longent la face inférieure de la verge, à la peau de laquelle ils se distribuent; on peut les suivre jusqu’au prépuce. 2° La branche supérieure profonde ou pénienne fournit l'artère dorsale de la verge qui gagne la face dorsale de cet organe en passant entre la symphyse pubienne et les racines du corps caverneux, traverse le ligament suspenseur de la verge, se place sur le côté de la ligne médiane sous la peau, et se dirige d’arrière en avant sur sa face supérieure en décrivant beaucoup de flexuosités. Maintenue dans cette position par une lame fibreuse, elle se termine en se ramifiant dans l’épaisseur du prépuce et du gland; dans son trajet, elle donne des ramuscules multipliés à la membrane fibreuse du corps caverneux et à la peau ; les deux artères dorsales s’anastomosent quelquefois par une branche transversale. Quelquelois ces artères sont fournies par les honteuses externes ; dans un cas, observé par M. Cruveilhier, elles se détachaient immédiatement au-dessous du point où la veine saphène s’abouche dans la veine fémorale, et venaient se terminer sur les côtés de la face dorsale du pénis ; on les a vues aussi venir de l’obturatrice. 3° Les artères honteuses externes, les supérieures ou sous-cutanées surtout fournissent encore quelques ramuscules qui vont se distribuer au scrotum et à la peau de la verge.
(b) Feines. Les veines de la peau de la verge sont superticielles, elles naissent dans l’épaisseur de la peau du prépuce, se dirigent d’avant en arrière en suivant la face supérieure et la face inférieure de l'organe. Les veines supérieures prennent le nom de dorsales de lu verge, elles communiquent largement entre elles par des branches volumineuses; le plus grand nombre se dirige
si |
sous l’arcade du pubis, entre cette arcade et ie corps caverneux et traversent des orifices ou des canaux fibreux creusés dans l'épaisseur du ligament sous-pubien; avant de s'engager entre l'arcade pubienne et le corps caverneux, ces veines s'unissent à d’autres veines qui viennent du scrotum, du dartos et de la surface externe de la tunique vaginale; elles communiquent aussi largement avec les veines profondes, car l'injection qu’on y pousse revient constamment dans les veines superficielles.
(c) Vaisseaux lymphatiques. Ces vaisseaux sont divisés en deux couches, une superficielle et l’autre plus profonde; si l'on injecte la peau, le mercure pénètre dans les vaisseaux lymphatiques superficiels; si, au contraire, on injecte la muqueuse qui tapisse le gland, il pénètre dans les vaisseaux lymphatiques profonds qui sont situés sur le dos de la verge, et qui accompagnent les artères et les veines dorsales de cet organe. Tous ces vaisseaux vont se jeter dans les ganglions inguinaux situés audessous du ligament de Fallope.
(d) Nerfs de la peau de la verge. Le nérf honteux interné fournit la branche périnéale qui se termine par deux rameaux : l’un superficiel et l’autre profond; 1° Le rameau superficiel donne un grand nombre de rameaux qui longent la face inférieure de la verge, à la peau de laquelle ils se distribuent: on peut les suivre jusque dans le prépuce. 2° La branche profonde ou dorsale de la verge, qui est la plus élevée de ses branches terminales, répond à l'artère dorsale de la verge ; devenue pénienne, cette branche longe la ligne médiane du dos de la verge, un peu plus superficiellement placée que l'artère dont elle suit la direction; puis elle se divise en deux rameaux, l’un interne et l’autre externe. Le premier ne fournit de rameaux à la peau que dans sa partie postérieure, et appartient presque tout entier au gland ; l’autre, qu'on appelle aussi cutané, situé plus superficiellement, se sépare du rameau précédent à angle très aigu, se porte obliquement sur les côtés de la verge, et se partage en un grand nombre de filets très longs et très grèles, dont les uns s’accolent au corps caverneux, lui envoient des filamens d’une grande finesse, tandis que les autres rampent dans le tissu cellulaire sous-cutané pour se répandre dans la peau de la verge; parmi ces derniers une grande quantité vont se terminer dans l'épaisseur du prépuce. Enfin, le rameau externe ou cutané se distribue aux trois quarts supérieurs de la circonférence de la peau de la verge, tandis que le quart inférieur reçoit ses filets des branches périnéales.
Usages des tégumens de la vèrge et du prépuce. Ta peau de la verge a pour usage, comme le tégument général, de servir d’enveloppe protectrice; mais outre cela, elle a encore pour objet, et le prépuce surtout, de faciliter l'allongement de la verge pendant le coït. Son excès de longueur peut nuire pendant cet acte, et faciliter la sécrétion des matieres sébacées dont il a été parlé.
2° Du corps caverneux.
Le corps caverneux (corpus cuvernosum) constitue à lui seul la plus grande partie de la verge; on estime qu’il forme à peu près les deux tiers de son volume. Il s'étend depuis la partie antérieure et interne des tubérosités sciatiques jusque dans l’épais-
seur du gland.
Plusieurs auteurs ont considéré le corps caverneux comme double, mais il n’en existe réellement qu’un seul, parce que d’abord la cloison qui le sépare en deux parties ne s’étend pas dans toute sa longueur, et qu’ensuite elle n’est formée que par une suite de petits faisceaux séparés les uns des autres par des intervalles qui permettent aux deux moitiés, qui composent le tissu spongieux de ces organes , de communiquer librement entre elles ; aussi, tous les auteurs modernes s'accordent-ils pour n’admettre qu'un corps caverneux auquel on distingue deux racines, une extrémité antérieure et deux faces.
L’'extrémité antérieure du corps caverneux a la forme d’un cône tronqué, embrassé par la base du gland qui semble ainsi beaucoup plus volumineux qu'il ne l’est en réalité; de plus, elle est percée d’ouvertures pour les communications vasculaires.
L'extrémité postérieure est divisée en deux parties qui constituent les racines du corps caverneux; elles ont environ 5 centimètres 1/2 de longueur, s’insèrent immédiatement audessus de la tubérosité de l’ischion le long de la lèvre interne de la branche ascendante de ces os et descendantes du pubis; au niveau de la symphyse pubienne, elles se réunissent, se soudent l’une à l’autre, pour former le corps caverneux, et sont recouvertes par les muscles ischio et bulbo-caverneux, très gréles à leur origine. Ces racines vont en grossissant à mesure qu'elles s'élèvent. L'espace triangulaire qui les sépare l'une de l’autre, est rempli par beaucoup de graisse et par l’'urètre.
La portion du corps caverneux qui succède à ces deux racines, est un peu plus grosse vers l’extrémité qui répond à la symphyse que dans le reste de sa longueur, elle est arrondie sur ses faces latérales; sa face supérieure ou dorsale est parcourue par un sillon longitudinal peu profond, qui loge les vaisseaux et nerfs dorsaux de la verge. En arrière, elle donne insertion au ligament suspenseur de la verge. La face inférieure est creusée d’une gouttière large et profonde, destinée à loger l’urètre qui est uni à la membrane fibreuse du corps caverneux, par des vaisseaux et un tissu cellulaire très dense.
Outre les points d’attache que le corps caverneux prend par ses racines, aux branches ascendantes des ischions, il se fixe encore au devant de la symphyse des pubis, par un faisceau fibreux, aplati transversalement , triangulaire, et connu sous le nom de ligament suspenseur de la verge. Ce ligament, dont les limites ne sont pas toujours très précises, s’insère, d’une part, à la partie antérieure et inférieure de la symphyse des pubis, et de l’autre, sur la ligne médiane du corps caverneux, où il dégénère quelquefois en un tissu cellulaire blanchâtre, qui se continue avec celui qui enveloppe ce corps spongieux.
Organisation du corps caverneux. \ est constitué par deux parties bien distinctes, 1° par une membrane extérieure, de nature fibreuse et très résistante, qui détermine sa forme cylindrique , et présente une cavité intérieure; 2° par un tissu mou et spongieux ou érectile qui remplit cette cavité.
1° Ænveloppe fibreuse. C'est elle qui donne au corps caverneux la forme à peu près cylindrique; elle a presque partout une épaisseur trés grande, qu’on estime de 2 à 5 millimètres. Cependant, sur ses racines, dans la gouttière qui reçoit l’urètre, et à
ORGANES GÉNITAUX
l'extrémité qui supporte le gland, elle est beaucoup plus mince; elle se continue en arrière avec le périoste des branches des ischions, et avec le ligament suspenseur de la verge; elle est aussi douée d’une résistance très grande, car c’est grâce à elle que le corps caverneux peut soutenir, sans se déchirer, tout le poids du corps, et qu’on peut soulever un cadavre en le prenant par la verge. Enfin, elle jouit d’une grande extensibilité et d’une grande élasticité, qui permettent à la verge de prendre un développement considérable ; ces propriétés ne sont pasinhérentes au tissu fibreux du corps caverneux; en un mot, elles ne tiennent pas spécialement à la nature du tissu, mais elles dépendent de la manière dont ses fibres sont disposées. Leur disposition est aréolaire dans les points où elle présente le moins d'épaisseur; elle est percée de beaucoup de petites ouvertures pour le passage des ramifications vasculaires, et se montre un peu violacée; cette couleur est due au sang qui pénètre dans le tissu spongieux ; dans les points où elle est plus épaisse, elle est tout-à-fait opaque. Sa nature fibreuse est non-seulement prouvée, par son aspect extérieur et ses propriétés physiques, mais encore par ses propriétés chimiques, car, lorsqu'elle est soumise à l’action de l’eau bouillante, elle se retire sur elle-même, devient jaunâtre et acquiert une épaisseur plus grande; enfin, si l’ébullition se prolonge, elle se convertit en gélatine. Or, c’est exactement de cette manière que se comportent les tissus fibreux.
Cloison du corps caverneux. Une cloison intérieure incomplète, mais assez solide, partage la cavité du corps caverneux, suivant sa longueur, en deux moitiés latérales. Pour bien voir cette cloison, il faut faire une incision longitudinale de chaque côté du corps, et enlever la substance spongieuse qui est contenue dans son intérieur ; dirigée verticalement et continue par ses deux bords à l'enveloppe générale, elle commence au point où se réunissent les deux racines, forme d’abord une cloison complète, composée de fibres épaisses et multipliées, mais bientôt ces fibres deviennent plus clair-semées, et elle n’est plus constituée que par des faisceaux isolés dirigés parallèlement, et d’autant plus éloignés les uns des autres, qu’on l’examine plus près de son extrémité antérieure, où elle n’est plus constituée que par des filamens assez nombreux, mais placés sans ordre bien marqué ; en coupant la verge perpendiculairement à son axe, cette cloison se montre sous la forme d’une ligne verticale. Elle présente, comme l’enveloppe du corps caverneux, une structure fibreuse, et paraît destinée , d’après M. Cruveilhier , à empêcher que ce corps ne subisse une dilatation trop forte pendant l’érection, ou plutôt à augmenter sa force par la multiplication de ses points d’insertion.
2° Substance intérieure du corps caverneux. Cette substance est un véritable tissu spongieux ou érectile ; plusieurs auteurs le désignent sous ce nom. Elle présente à la vue une multitude d’aréoles à mailles plus ou moins larges, contenant du sang en quantité plus ou moins considérable, et remplit toute la cavité intérieure du corps caverneux. Ce tissu, qui possède la propriété d’amener l'érection par suite de l’abord du sang dans ses aréoles, a été étudié par la plupart des anatomistes, tels que Vésale, Malpighi, J. Hunter, Cuvier, Tiedemann, Ribes, Mascagni, Panizza, J. Muller, Valentin, Krause, Cloquet, Cruveilhier, etc. Voici ce qui résulte des recherches les plus modernes : il est constitué, suivant M. Cruveilhier, par un lacis veineux et par des prolongemens qui se détachent de la surface interne de la membrane
fibreuse. Suivant M. H. Cloquet , il semble être formé par un lacis très compliqué de vaisseaux artériels et veineux, probablement de filamens nerveux, et de petites lames fibreuses qui s’entrecroisent en tout sens ; toutes les cellules du corps caverneux communiquent entre elles, et communiquent aussi librement avec les veines, comme il est facile de s’en assurer, en injectant
dans une des racines du corps caverneux de l’air ou un liquide
quelconque; alors, en effet, on voit la verge acquérir un volume aussi considérable que celui qu’elle a pendant l'érection, et les matières injectées passer sans effort dans les veines. Les artères caverneuses communiquent aussi avec les cellules, car si l’on pousse une injection par ces artères, elle se répand dans les cellules, qui peuvent être considérées comme intermédiaires entre les artères et les veines. On ne sait pas positivement quelle part prennent les artères et les veines à la formation de ce tissu, parce que arrivé à ses dernières limites, il est à peu près impossible de distinguer le tissu artériel du tissu veineux. Toutefois, malgré l’assertion de quelques auteurs, il est certain qu’il contient des artéres, parce que, si l’on fait l’amputation de la verge, le sang qui s'écoule est toujoursrouge pendant la vie, et ne vient passeulement
des artères caverneuses, mais encore du tissu caverneux, comme
il est facile de s’en assurer sur les animaux vivans. Quant aux veines qui entrent dans sa composition, on peut suivre tous les degrés de leur transformation en tissu spongieux ; ce sont d’abord des veines provenant du plexus veineux, qui occupent la racine de la verge, en communiquant entre elles latéralement, par des canaux très courts ; à mesure qu’on s'approche du corps caverneux, les communications deviennent de plus en plus multipliées ; enfin, dans le corps caverneux lui-même, ces vaisseaux ne peuvent plus être distingués, on n’aperçoit plus que des cellules dont le nombre est très considérable. Ces cellules ne sont point entièrement formées par des communications ou anastomoses veineuses, comme nous l’avons dit plus haut ; il est certain que les artères prennent aussi part à leur formation.
Bichat, ayant soumis le corps caverneux à l’action de l’eau bouillante, avait cru remarquer que la substance intérieure de ce corps se changeait en une sorte de pulpe blanchâtre, mollasse, et ressemblant à la moelle qui remplit la tige du sureau, mais M. Roux, ayant répété plusieurs fois cette expérience, reconnut que cet état pulpeux dépendait de la coagulation du sang, dont sont pénétrées les cellules caverneuses, et non d’un changement dans leur partie solide. Pour bien voir l’aspect que présente le tissu caverneux, il est donc important de commencer par le priver du sang qu’il contient; or on y parvient facilement, en poussant une injection de suif dans le corps caverneux, et en enlevant ensuite la matière de l’injection, puis en le plongeant dans l’essence de térébenthine tiède. Si alors, on pratique à ce corps une section perpendiculaire à son axe, on voit que ses cellules présentent assez de ressemblance avec celles qu’on remarque sur une coupe faite dans le tissu spongieux des os, et qu’elles sont entourées par des lames qui paraissent émanées de son enveloppe fibreuse. Ces lames, qui semblent venir plus spécialement de la paroi inférieure de l'enveloppe fibreuse du corps caverneux, se portent, en rayonnant, à toute la surface intérieure. L’existence de ces lames fibreuses est démontrée par le racornissement qu'elles éprouvent sous l'influence de l'eau bouillante.
L'étude des vaisseaux sanguins du corps caverneux est très importante, quant à ce qui regarde la texture de ce corps, car elle apprend quelle est la disposition des artères et des différèns tissus qui entrent dans sa composition.
(a). Les artères sont : 1° les artères caverneuses. Ces artères, que Chaussier désignait sous le nom d’artères profondes du pénis, naissent de la branche supérieure des artères honteuses internes. M. Cruveilhier les a vues venir des obturatrices, mais cette origine est exceptionnelle. Elles sont au nombre de deux, et chacune d’elles forme une des branches terminales de la honteuse interne, dont elle se sépare au niveau de la racine correspondante du corps caverneux, pénètre dans ce corps par cette racine, longe la cloison, et se divise, dans son trajet, en plusieurs rameaux secondaires qui en parcourent toute la longueur, en répandant dans tous les sens un grand nombre de ramifications au milieu du tissu spongieux; quelques-uns même percent la membrane fibreuse, et s’introduisent dans les parois de l’urètre, où ils se ramifient; ces artères ont donc entre elles de fréquentes anastomoses, et communiquent avec les artères du gland et de l’urètre. 2° D’autres rameaux artériels, venant de l'artère dorsale de la verge, traversent l’enveloppe fibreuse du corps caverneux et se répandent dans son tissu spongieux , accompagnés d’une enveloppe fibreuse qui forme ces lames dont nous avons parlé. 3° On a encore décrit d’autres artères particulières qu’on a nommées hélicines (x). Ces branches, qui ont environ 27 millimètres de long, partent à angle droit des artères caverneuses , font saillie dans la cavité du tissu caverneux, couvertes d’une membrane très mince, se contournent en vrille, et se terminent par un culde-sac conique. Ces branches naissent seules, ou par bouq uetse trois à six et plus, et se subdivisent parfois elles-mêmes. Krause a aussi observé les artères hélicines. Valentin ne croit pas à leur existence, il les considère comme des ramifications artérielles roulées sur elles-mêmes après avoir été déchirées. Huschke admet ces sortes d’artères, mais les considère seulement comme des sinus analogues à ceux des veines, avec lesquels ils communiquent. Krause (anat. Handbuch, p. 684) admet positivement que les artères hélicines se continuent immédiatement avec les cellules veineuses, parce qu’on peut voir quelquefois la masse des injections passer, d’une manière directe, de leurs extrémités dans les dila-. tations utriculiformes des veines.
(b). Les veines caverneuses sont très nombreuses et très grosses, beaucoup plus nombreuses que les artères. Celles qui entrent dans la composition des mailles du tissu caverneux sont très minces, et paraissent seulement composées par la tuniqueinterne des veines. Ces mailles communiquent toutes ensemble par des ouvertures de grandeur différente, et ne forment qu’un réseau, constitué, en grande partie, par les ramifications contournées et sinueuses des veines caverneuses. Ces ramifications trés petites et très nombreuses communiquent avec des ramifications analogues des artères, en sorte qu’on ne sait pas précisément où les unes commencent et où les autres finissent. Tout le dacis, pour ainsi dire inextricable, finit par se réunir en quelques troncs qui se rendent au-dessus de la symphyse, communiquent avec les veines dorsales de la verge, et traversent avec elles le ligament sous-pubien , pour aller se terminer dans les veines qui forment les plexus prostatiques et vésicaux. Ces veines présentent intérieurement un grand nombre de valvules, de sorte qu’on ne peut pas toujours les injecter des troncs vers les extrémités, tandis que les injections poussées par les corps caverneux dans les cellules, pénètrent dans les veines dorsales profondes. Les veines dorsales de la verge présentent des troncs assez
(1) 3. Müller. Archives, 1841, p. 421.
volumineux, pour permettre de pousser, par elles, des injections dans les veines vésicales et prostatiques, surtout si l’on a le soin de placer le pénis dans l’eau chaude.
(c). Les vaisseaux lymphatiques du corps caverneux sont superficiels ou profonds; les superficiels qui viennent du gland, et tous ceux qui accompagnent. la veine dorsale profonde, se rendent, ainsi que nous l’avons déjà dit, aux glandes inguinales superficielles, tandis que ceux qui suivent les veines caverneuses, vont se terminer dans les ganglions hypogastriques.
(d). Les nerfs du corps caverneux proprement dits sont encore peu connus; la plupart des auteurs soutiennent qu'il n’y en a pas, et d’autres se contentent de dire qu'il en existe, mais qu'ils n’ont pas encore été suivis dans l'intérieur de ce corps. Toutefois, il paraît probable que les nerfs dorsaux donnent des filets qui traversent la tunique fibreuse des corps caverneux, et vont se ramifier dans le tissu spongieux.
Usages du corps caverneux. Ce corps a pour fonction de se gonfler, de s’allonger et de se raidir sous l'influence de l’excitation et des idées érotiques. C’est au sang qui s’y rend qu’il doit cette faculté. Cette quantité de sang est moindre dans l’enfance et dans la vieillesse que dans l’âge adulte. Dans quelques circonstances, le corps caverneux contient plus de sang que dans d’autres, ainsi chez les sujets morts d’asphyxie, par suspension ou par strangulation surtout, non-seulement la verge se gonfle, mais encore elle entre en érection, et quelquefois même il y a éjaculation de sperme.
De l'urètre et de la prostate.
Nous décrirons l’urètre et la prostate dans le même article, parce que ces organes ont des rapports si intimes, qu’on ne peut en faire l’histoire séparée, sans s’exposer à des répétitions inutiles.
L'urètre, canal excréteur de l'urine et du sperme, chez l’homme, est un canal étroit, long et sinueux, étendu depuis l’extrémité libre du gland jusqu’ au col de la vessie, derrière les pubis.
Examiné dans sa direction, il présente deux courbures très bien caractérisées, l’une, postérieure et inférieure, contourne l’arcade pubienne et offre, par conséquent, la concavité en haut; l’autre, antérieure et supérieure à la racine de la verge, a son sommet au devant des pubis, et reconnait pour cause la suspension du pénis à son ligament ; elle forme une courbe à concavité inférieure , mais qui n'existe pas d’une manière permanente, et s’efface, soit par l'érection, soit par unetraction oblique en haut. La courbure sous-pubienne peut aussi diminuer beaucoup, et disparaître en partie lorsqu'on tire sur ie pénis. La possibilité d'effacer ces courbures et de les faire disparaître momentanément, avec un instrument droit qu’on introduit dans la vessie, prouve seulement que l’urètre est élastique et susceptible de s’accommoder à la forme des instrumens, mais ne prouve rien contre leur existence, qui du reste, est facile à démontrer, soit par la courbure que conservent les bougies placées à demeure dans l’urètre, soit par la courbure qui se montre sur une substance injectée dans la vessie et dans l’urètre lorsqu'elle est solidifiée.
Pour être certain de la forme exacte des courbures de l’urètre, nous avons eu recours à plusieurs injections, les unes avec du plâtre, les autres avec l’alliage fusible de Darcet; ces injections
ORGANES GÉNITAUX
ont donné diverses courbures. La courbure sous-pubienne, qui est la plus importante, est formée par les trois portions de l’u: rètre qu’on appelle bulbeuse, membraneuse et prostatique. L'angle d’incurvation existe dans la partie bulbeuse , près du point où elle se réunit à la membraneuse ; il est presque droit. La partie de cette courbure, qui est en avant de cet angle, est dirigée un peu obliquement en haut, et directement en avant, tandis que l’autre partie de la même courbure, qui est en arrière de l’angle, est dirigée un peu obliquement en haut et en arrière.
La longueur moyenne de l’urètre a été estimée différemment par les auteurs; autrefois on portait cette longueur de 27 à 33 centimètres. Whately (on improved method of the treating stricture in uretre, 1816), après l'avoir mesuré avec précaution sur 48 sujets, trouva pour mesures extrêmes 25 cent. 1/2 et 20 cent. 1/4; ce qui donne pour moyenne 23 centimètres. Ducamp admit ces mesures et les reproduisit ; Meckel lui donne environ 21 centimètres 1/2; M. Lisfranc veut qu'il n’ait pas moins de 2/ cent VE à 27 cent. MM. Amussat, Ségalas et Lallemand sont arrivés à peu près aux mêmes résultats que Whately et Ducamp; et M. Cruvei- Ihier ne lui accorde pas moins de 21 cent. 1/2 à 24 cent. 1/4 (Anat., tome n1, p. 7).
Toutes les mesures assignées par ces auteurs sont trop considérables; MM. Velpeau et Malgaigne, qui se sont occupés de nouveau de déterminer la longueur de l’urètre, sont arrivés à des résultats bien différens, et après avoir mesuré l’urètre un grand nombre de fois, en place et dans le relâchement, sur une sonde, ils ont conclu de leurs recherches, que ce canal n’a que 13 cent. 1/2 à 15 cent. 1/2; M. Malgaigne ne l’a vu arriver que deux fois à 16 centimètres. C’est pour trouver la vérité parmi toutes ces contradictions causées par l'incertitude des moyens de mensuration mis en usage par les chirurgiens, que nous avons voulu fixer définitivement la forme, la longueur, les courbures et les dilatations locales de l’urètre. Les mesures de longueur données par MM. Velpeau et Malgaigne sont celles que nous avons reconnues être les plus exactes. Mesuré suivant tous ses contours avec un fil, un urètre d’adulte ne nous a présenté qu'environ 17 centimètres. 1l est vrai que cette longueur peut varier beaucoup, suivant qu'on tiraille plus ou moins l’urètre, ou qu’on le laisse dans l’état de repos, suivant qu'on relève le pénis, ou qu’on l’abandonne à son propre poids, suivant qu’on coupe le ligament suspenseur, où qu'on le conserve , selon qu’on détache la peau de la verge, ou qu'on la laisse intacte, selon enfin, qu’on enlève la verge, l’urètre et la vessie, ou qu’on les conserve en place ou dans leurs rapports naturels.
C’est pour avoir mesuré l’urètre dans des situations si différentes, que les auteurs sont arrivés à des résultats si divers quant à sa longueur.
Sur le vivant, l’urètre est toujours un peu plus long que sur le cadavre ; sa longueur peut varier alors , entre 13 cent. 1/2 et 19 centimètres. Chez les vieillards, il est aussi un peu plus long que chez les adultes , à cause du développement que prend ordinairement la prostate avec l’âge.
Des remarques précédentes, il résulte que, en général, lorsqu'on pratique le cathétérisme sur le vivant, la sonde est arrivée dans la vessie lorsqu'elle a pénétré à 20 centimètres au plus de profondeur dans l’urètre, parce que cette longueur représente à peu près celle de ce canal, lorsque la verge est relevée et un peu tendue. Toutefois, pour que cette conclusion soit juste, il faut que l’urètre soit sain, car s'il était affecté de rétrécissement, pour
faire franchir l’obstacle à la sonde, il faudrait tirailler la verge, ce qui produirait un allongement plus ou moins considérable, de la partie du canal, située entre le gland et le rétrécissement. Or, si ce rétrécissement siégeait dans la partie prostatique, il pourrait bien se faire que la sonde füt enfoncée à plus de 20 centimètres de profondeur, sans que pour cela elle fût arrivée dans la vessie. D'un autre côté, si le diamètre de la sonde dont on se sert dépasse de 1 à 2 millimètres, qui est celui de l’urètre en repos, de telle sorte que pour l’admettre, il faille que le canal se dilate, cette dilatation pourra bien se faire un peu aux dépens de sa longueur, et alors, le bec de la sonde serait arrivé dans la vessie, avant qu’elle ne fût enfoncée à 13 ou 14 centimètres de profondeur dans le canal excréteur de l'urine. 11 ne faut donc pas attacher à la longueur connue de l’urètre une importance aussi grande que si cette longueur était absolue et invariable.
Le diamètre transversal de V'urètre présente des dimensions très variables, suivant les régions où on l’examine ; Home lui accordait 9 millimètres , excepté à son orifice , où l’on trouve 2 millim. de moins; mais cette évaluation n’est point exacte, car l’extrême dilatabilité de l’urètre lui permet de recevoir des instrumens d’un calibre très considérable. Pour mieux apprécier le calibre de l’urètre , il faut l’étudier dans ses diverses régions.
On a divisé l’urètre en quatre portions, qu’on a désignées par les noms de prostatique, membraneuse, bulbeuse et spongieuse.
1° Portion prostatique de l'urètre et prostate. La portion prostatique du canal urétral est tellement liée avec la glande prostate, qu’il nous à paru indispensable d’en placer la description dans le même paragraphe, car les descriptions de ces deux organes se complètent l’une par l’autre.
(a) La portion prostatique de l'urètre commence à la partie antérieure du col de la vessie, et se termine à la partie membraneuse du canal; ses rapports avec la prostate sont tels, que cette glande, traversée obliquement de haut en bas et d’arrière en avant par le canal, forme presque toujours un cercle complet autour de lui; quelquefois cependant l’urètre n'est entouré par la glande que dans les trois quarts inférieurs de sa circonférence, de sorte que le tissu de la prostate manquant supérieurement , celle-ci n’est percée que d’une gouttière et non d’un conduit, La portion de prostate placée au-dessus de l’urètre est, en général, bien moins épaisse que celle qui est au-dessous, de là vient que la paroi supérieure de la partie prostatique du canal excréteur de l’urine est beaucoup plus extensible que sa paroi inférieure. Quelquefois cependant on a vu l’urètre occuper la partie inférieure de la prostate, et n’être séparée du rectum que par une couche très mince de tissu glanduleux, ce qui expose à blesser cet intestin, dans les divers procédés de taille périnéale.
Si l’on veut connaître toutes les variétés de dispositions du canal de l’urètre dans ses rapports avec la prostate, on pourra recourir à la dissertation inaugurale de M. Senn, publiée en 1825. Cet auteur les a très bien indiquées. En parlant des dimensions de la glande en question, nous dirons quelle est son épaisseur dans les cas ordinaires, dans la partie située au-dessous de l’urètre.
La portion prostatique de l’urètre est beaucoup moins longue que la prostate elle-même, qui se prolonge beaucoup plus en arrière et quelquefois en avant jusque sur la portion membra-
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neuse. Toutefois sa longueur est très variable; M. Malgaigne pense qu’elle varie entre 13 et 22 millimètres. La partie de l’urètre que nous examinons a les mêmes rapports que la prostate ; elle se dirige obliquement ou plutôt presque verticalement de haut en bas et d’arrière en avant, dans la station debout, de sorte que l’orifice vésical de l’urètre est situé à 7 ou 8 millimètres au-dessus de l’arcade sous-pubienne, et à 27 millimètres environ en arrière de la symphyse du pubis. Vue à l’intérieur, elle présente des contours variés : succédant à l’évasement en entonnoir du col de la vessie, elle est rétrécie par le cercle du col et forme elle-même une dilatation olivaire qui se resserre dans l'endroit où elle se réunit avec la partie membraneuse, de manière qu’on peut en quelque sorte assimiler sa forme à celle du réservoir à mercure du baromètre ordinaire. La paroi inférieure est divisée en deux parties égales, par une éminence qui porte le nom de crête urétrale (luette vésicale de Lieutaud) ou de veru-montanum. Everard Home pensait que ce tubercule était formé par le développement du lobe moyen de la prostate, mais ce lobe n'’existant pas, ne peut former cette éminence qui se présente sous la forme d’une élévation arrondie longue de 420 millimètres sur 1 millimètre et demi à 3 millimètres et demi de largeur. M. Velpeau dit y avoir observé des lacunes assez amples pour recevoir le bec d’une sonde, introduite dans l’uretère. Le veru-montanum, trés large en avant, se termine par un renflement plus ou moins considérable, sur les côtés et quelquefois sur le milieu duquel viennent s'ouvrir les canaux éjaculateurs. Les orifices des conduits prostatiques s'ouvrent sur les côtés de la crête urétrale; si l’on comprime la prostate, il est facile de voir ses orifices dans toute l'étendue de la paroi inférieure de cette partie de l’urètre que nous étudions, car alors ils donnent passage au fluide prostatique.
Il n’est pas rare de voir la saillie que forme le veru-montanum en arrière prendre un développement assez considérable pour boucher l’urètre d’une manière plus ou moins complète, et s’opposer à l'écoulement des urines. D’autres fois le verumontanum s'épanouit et forme, non plus un tubercule, mais deux replis latéraux concaves en avant, et qui offrent l’apparence de deux valvules à peine distinctes. M. Velpeau a observé trois fois des valvules semblables, naissant de la partie antérieure de la crête urétrale; mais, dans ces cas, le bord concave du repli regardait en arrière.
(b) La prostate est une glande constituée par un tissu d’une apparence grisätre. Elle est située au devant du col de la vessie qu’elle embrasse, ainsi que la portion prostatique de l’urètre, derrière la symphyse du pubis, et au devant du rectum. Sa forme est celle d’un cône dont le sommet regarde en avant, et la base en arrière. Son axe, dirigé presque horizontalement, est cependant un peu oblique de haut en bas et d’arrière en avant. La face supérieure, qui regarde un peu en avant, est légèrement aplatie.
La prostate a de nombreux rapports avec les parties qui entourent sa surface externe, et avec celles qui la traversent par sa face inférieure, qui regarde un peu en arrière et en bas. Cette glande est en rapport avec le rectum; un tissu cellulaire dense et serré, dans lequel il ne s’accumule jamais ni graisse, ni sérosité, sert à les unir ensemble, aussi est-il très facile d’explorer la prostate par l'intestin rectum. Lorsque cette glande
conserve son volume normal, il est rare qu’elle dépasse les
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côtés du rectum, à moins que cet intestin ne soit très resserré ; mais chez les vieillards, où la prostate est généralement plus volumineuse que chez l'adulte, ses bords latéraux débordent souvent les côtés de l'intestin. La face de la prostate que .nous examinons est lisse et divisée sur la ligne médiane par un sillon, quelquefois très marqué.
Sa face supérieure, qui regarde un peu en avant, est recouverte d’abord immédiatement par l’expansion fibreuse et les trousseaux ligamenteux plus où moins développés qu’on désigne sous le nom de ligamens de la vessie, puis médiatement par l’aponévrose supérieure du bassin. Ses parties latérales répondent au releveur de l’anus, qui les embrasse. Son sommet tronqué se prolonge plus ou moins en avant sur la partie membraneuse de l’urètre, et se termine quelquefois derrière elle.
Enfin {a base de la prostate , un peu concave, embrasse le col de la vessie et se prolonge plus ou moins en arrière au-dessous du col des vésicules séminales et de l’extrémité du conduit déférent. De nombreuses veines, désignées sous le nom de plexus prostatiques, rampent à sa surface ; ces plexus sont surtout très développés chez les vieillards.
En décrivant la portion prostatique de l’urètre, nous avons déjà dit que la prostate était traversée obliquement de haut en bas et d’arrière en avant par ce canal, et présentait un véritable conduit qui loge celui de l’urètre en se moulant sur lui; outre ce conduit, la prostate en présente un autre qui loge les canaux éjaculateurs, et qui offre la même direction que ces canaux; ceux-ci, accolés l’un à l’autre, marchent sur les côtés de la ligne médiane dans l'épaisseur de la glande, et viennent s'ouvrir à l’extrémité antérieure du veru-montanum, à peu près vers le milieu de l’axe prostatique; par conséquent les incisions obliques qu’on pratique sur cette glande, dans les procédés ordinaires de la taille périnéale, ne peuvent les atteindre; ils adhèrent peu à son tissu, dont ils sont séparés par un tissu cellulaire lâche qui permet de les isoler facilement. C’est à la portion de prostate située au-dessus du canal qui loge les conduits # éjaculateurs, qu'Everard Home a donné le nom de lobe moyen.
Dimensions ou volume de la prostate. X] est utile de connaître les dimensions de cette glande, parce que ses limites ne doivent pas être dépassées par l'instrument tranchant lors de l’extraction des pierres par cette voie, sous peine de voir survenir des infiltrations d’urines, sinon mortelles, du moins fort dangereuses. Ces dimensions sont très variables, surtout chez les vieillards, où il est rare que la prostate ne soit pas hypertrophiée. M. H. Bell ayant examiné cette glande sur plus de quarante sujets de deux à quinze ans, a trouvé que ses dimensions variaient fort peu depuis quatre ans jusqu’à la puberté. Voici les chiffres qu'il a donnés :