GLANDE THYROÏDE
La glande thyroïde est une glande sanguine, à usages inconnus, de forme semi-lunaire, située à la partie inférieure du cou, audevant des premiers cerceaux de la trachée, et sur les parties latérales du larynx.
On a comparé sa forme à celle d’un croissant à concavité supérieure, à un bouclier et même à une fraise.
Cette forme, du reste, ainsi que le volume présentent de nombreuses variétés, suivant les individus, les sexes et les climats. Ainsi, cette glande est plus volumineuse chez l’homme que chez la femme, chez laquelle la saillie du cartilage thyroïde est aussi beaucoup moins grande.
Selon Krause, le volume de la glande thyroïde est de 26 à 34 millimètres cubes ; le poids absolu est ordinairement de 30 à 6o grammes ; sa densité, de 1,0361 à 1,0655. Sa couleur est d’un rose sale, couleur qui distingue aisément cette glande du thymus, dont la teinte est d’un rouge clair.
Le plus grand diamètre de la glande thyroïde est le diamètre transversal, il est ordinairement de 7 à 10 centimètres. Le diamétre vertical est de 5 à 6 centimètres dans les extrémités latérales, et de 1 centimètre 1/2 dans la partie moyenne.
La glande thyroïde est, en général, composée de deux lobes latéraux ou cornes (/obi seu cornua)triangulaires, à peu près symétriques, l’un placé à droite, l’autre à gauche, et séparés par une partie moyenne moins haute et plus étroite, aplatie d’avant en arrière, et que l'on appelle isthme. C’est surtout sur cet isthme que portent les variétés de formes de la glandé thyroïde. En effet, cette partie moyenne est tantôt longue et étroite, tantôt courte, régulière ou irrégulière, manque quelquefois complétement, et d’autres fois est aussi épaisse et aussi large que les lobes euxmêmes. Cet isthme, convexe en avant, est séparé de la peau par les muscles de la région sous-hyoïdienne; il est concave en arriere, et répond aux anneaux de la trachée.
Les deux lobes latéraux ont rarement le même volume, celui de droite étant ordinairement plus épais et de quelques millimètres plus long que celui du côté gauche. Ils sont tous deux plus épais vers le côté externe que vers la partie médiane, où ils vont, en se rétrécissant, jusqu’à l’isthme.
Il existe quelquefois un troisième lobe qui s'élève du côté gauche et plus souvent de l’isthme, ce qui lui a fait donner le nom de lobe moyen (cornu medium, seu pyramis media). Quand il existe, le lobe se présente sous la forme d’une masse glanduleuse conique, dont la pointe est tournée en haut, et qui est fixée à l'os hyoïde par des ligamens assez lâches.
Les lobes latéraux sont convexes, ils répondent aux muscles sous-hyoïdiens et principalement au muscle sterno-thyroïdien, qui recouvre immédiatement la glande thyroïde.
Chacun de ces lobes a trois bords et deux faces ; le bord supérieur est Concave, échancré à sa partie moyenne, élongé par les artères thyroïdiennes supérieures. Le bord inférieur descend obliquement du quatrième anneau de la trachée au septième ; il se réunit avec le bord externe qui est épais et arrondi. Le bord inférieur est convexe, échancré comme le bord supérieur à sa partie moyenne, et longé par les artères thyroïdiennes inférieures.
Le bord externe, tourné en arrière, est en rapport, à gauche avec l’œsophage, à droite avec les muscles prévertébraux ; il monte obliquement jusqu’à la corne inférieure du cartilage thyroïde, où il se continue, sous un angle aigu, avec le bord interne, qui vient finir immédiatement au-dessous du cartilage cricoïde.
La face antérieure des lobes est convexe; elle est en grande partie couverte par les muscles sterno-thyroïdiens et sternohyoïdiens. La face postérieure est au contraire concave, et se moule sur la trachée et l'œsophage ; elle est unie à une petite portion du cartilage thyroïde par un tissu cellulaire lâche et, par un tissu cellulaire court et serré, aux parties latérales du cartilage cricoïde.
La glande thyroïde présente tous les caractères anatomiques des glandes. En effet, son tissu se sépare par la dissection en grains glanduleux, qui cependant, ce qui n'arrive pas dans les autres glandes, communiquent tous les uns avec les autres par leur cavité. Cette communication des cellules qui composent la glande thyroïde est facile à demontrer par une injection de mercure faite dans un point quelconque de la glande; on voit qu'au bout d’un temps très court le liquide a rempli tous les grains glanduleux. Il faut remarquer qu'on ne peut injecter qu’un lobe à la fois, et que le liquide d’une injection ne passe pas d’un lobe à l’autre. Toutes ces cellules qui composent la glande thyroïde paraissent avoir la même capacité. Il n’y a pas de réservoir pour le suc que contiennent ces cellules, ce qui distingue le corps thyroïde du thymus dans lequel des réservoirs pour le suc thyroïde sont évidents.
On a pu jusqu'à présent découvrir dans la glande thyroïde des conduits excréteurs. Beaucoup d’anatomistes, entre autres Santorini et Bordeu, ont cru voir des tubes qui faisaient communiquer la glande thyroïde avec le larynx et la trachée-artère. Mais depuis eux personne n’a pu retrouver ces prétendus tubes. Cependant, plusieurs auteurs, surtout M. Cruveilhier, pensent que le corps thyroïde doit être admis parmi les glandes : 1° parce que dans l’intérieur des cellules qui le composent on trouve une humeur visqueuse limpide, dont on peut recueillir quelquefois une assez grande quantité; 2° parce que, quand, par une cause quelconque, les orifices de communication entre les cellules thyroïdiennes sont obstruées, le suc thyroïdien s’amasse dans les vésicules où il s’épaissit, et peut former une variété particulière de goitre.
Les cellules thyroïdiennes ont des dimensions très variables qui dépendent de la quantité de suc qu’elles contiennent ; elles sont en général de la grosseur d’un grain de millet ou tout au plus d’une petite tête d’épingle. Elles se gonflent quand on les plonge dans l’eau. Suivant Berres, elles ont 1/2 à 2/3 de millim. de longueur; leur cavité, suivant le même auteur, serait large de 1/20 à 1/21 de millim., et longue de 1/4 de millim. Henle, qui a étudié ces cellules au microscope, dit que ce sont des cellules régulières à noyau, en tout pareilles aux cellules épithéliales des membranes séreuses.
Les artères de la glande thyroïde sont nombreuses et impor-
582 GLANDE THYROIDE.
tantes; elles portent à croire qu'il s'opère dans cette glande autre chose qu’un travail nutritif; elles décrivent de nombreuses flexuosités en se ramifiant dans le parenchyme de la glande, et paraissent aboutir aux cellules thyroïdiennes; elles sont au nombre de quatre, deux appelées thyroïdiennes supérieures qui viennent de la carotide externe, deux autres appelées thyroïdiennes inférieures qui viennent de la sous-clavière. À ces artères il se joint quelquefois une cinquième inférieure, simple, connue sous le nom de thyroïdienne de Neubauer , et qui nait de la crosse de l'aorte.
La glande thyroïde communique, par de petites branches artérielles, avec le larynx et la trachée-artère de la même façon que la rate avec l’estomac au moyen de vaisseaux courts.
Les veines de la glande thyroïde sont aussi nombreuses et d’un volume considérable; elles sont pourvues de valvules et forment, à la surface de la glande, un réseau d’où partent deux ou trois troncs , et qui quelquefois sont assez considérables pour gêner l'opération de la trachéotomie.
Les vaisseaux lymphatiques sont gros et riches en valvules; ils se rendent dans les ganglions cervicaux correspondants. On voit souvent, autour du corps thyroïde, de petites glandes Iymphatiques à peu près du volume d’une tête
d’épingle.
Les nerfs de la glande thyroïde viennent des pneumo-gastriques et des ganglions cervicaux du grand sympathique. Ils se réduisent à un petit nombre de ramuscules qui suivent les troncs artériels pour pénétrer dans la glande.
Les fonctions de la glande thyroïde sont encore très obscures ; on a seulement remarqué ses sympathies avec les organes respiratoires et génitaux.
La glande thyroïde se développe par deux moitiés latérales unies plus tard par la portion moyenne ou l’isthme; elle est comparativement plus volumineuse chez le fœtus. Huschke dit que sa proportion à l’égard du corps est chez le nouveau-né
comme 1 est à 300, chez l'enfant de 3 semaines comme 1 est à 1,166, et qu’elle est comme 1 est à 1,800 chez l’adulte. On voit donc que relativement elles rapetissent après la naissance; ses vaisseaux diminuent aussi de volume, ainsi que l’a remarqué Meckel. Toutefois, les changemens que suit la glande thyroïde aprés la naissance sont loin d’être aussi grands que ceux qui surviennent dans le thymus.
La glande thyroïde se rencontre chez tous les mammifères, mais elle est beaucoup moins développée que chez l’homme. elle est située au-devant du larynx et se prolonge quelquefois sur la trachée-artère. Dans la plupart des espèces, ainsi les marsupiaux, beaucoup de rongeurs , les lamas, les phoques, l’orang, quelques antilopes, etc., elle se compose de deux lobes complétement séparés; chez ces animaux, le lobe moyen ou isthme n'existe pas. Elle se rencontre sous la forme d’une bande étroite chez plusieurs rongeurs, quelques carnassiers et la majeure partie des singes.
Chez les oiseaux, il existe, sur les côtés de la trachée ou audessus du larynx supérieur, des petits corps arrondis ou allongés, très riches en vaisseaux, qu’on a comparés à la glande thyroïde. Ils sont fixés aux carotides et quelquefois même à l’artère vertébrale. Ils sont ordinairement divisés en deux petits lobes dont l'antérieur est le plus volumineux. Stannius les a trouvés dans les oiseaux de tous les ordres, il les a vus relativement très grands chez le flamant.
Les reptiles possèdent, près du cœur et des gros troncs vasculaires , de petits organes glanduleux riches en vaisseaux sans conduits excréteurs, et que l’on a regardés comme analogues à la glande thyroïde. Chez les batraciens anoures, Mayer a signalé quatre petits corps, dont deux sont situés près des arcs aortiques, et deux autres plus antérieurs qui sont connus sous le nom de glandes carotidiennes. Il y a également, chez les ophidiens, quatre petits corps arrondis de structure glanduleuse que l’on trouve au-devant du cœur et au-dessous des gros troncs vasculaires.
GLANDE MAMMAIRE
On donne le nom de mamelles (gl/andule mammeæ , glandulæ lactiferæ) à deux glandes destinées à sécréter le lait pour la nourriture de l'enfant nouveau-né.
Ces organes sont spéciaux à la femme, et ils n’existent chez l’homme qu'à l’état rudimentaire.
Les mamelles sont généralement au nombre de deux, et elles occupent à droite et à gauche la face antérieure et supérieure de la poitrine, qui a reçu, à cause de cela, le nom de région mammaire. Elles sont situées au-dessous du pannicule graisseux de la peau sur le muscle grand pectoral et un peu sur le muscle dentelé; elles s'étendent de haut en bas depuis la 3° jusqu’à la 6° ou 7° côte et latéralement depuis le sternum jusque dans la région axillaire. Suivant la largeur de la poitrine ou suivant leur volume, les mamelles peuvent être plus ou moins rapprochées l’une de l’autre sur la ligne médiane, où elles se trouvent sépa-
rées par un sillon ou enfoncement correspondant à la région sternale.
Le volume des glandes mammaires peut éprouver un grand nombre de variétés physiologiques ou accidentelles. Leur plus grand développement a lieu après l'accouchement, lorsque ces organes fonctionnent et sécrètent le lait en plus grande abondance. Chez les femmes vierges, chez celles qui ne sont pas enceintes où qui n’allaitent pas, les mamelles sont moins volumineuses. On dit que les mamelles sont généralement plus grosses dans les pays chauds, dans les contrées marécageuses et froides que dans les pays secs et montagneux. On connaît l’histoire des femmes de l’Afrique méridionale qui possèdent d’énormes mamelles pendantes en forme de sac, et qui peuvent être rejetées par-dessus les épaules, et allaiter ainsi l'enfant accroché sur le dos de sa mère. On signale également l’exubé-
GLANDE MAMMAIRE
rance des mamelles chez les femmes de l'Arabie, des Indes, de la Nouvelle-Hollande, de la Laponie , et chez celles des Islandais et des Morlaques. Il en est de même chez les femmes du Portugal , de l'Italie, de l’Angleterre, de la Hollande, de la Suisse, de la Styrie, du Tyrol, tandis que les Espagnoles ont généralement les mamelles moins développées. L'état d’embonpoint peut faire varier en apparence le volume des mamelles. C’est ainsi que chez les femmes grasses et bien nourries, le pannicule graisseux acquiert une grande épaisseur qui quelquefois tend à faire disparaître le mamelon. Chez les femmes sèches et maigres, le tissu glandulaire constitue seul le volume de la glande, et le mamelon est alors généralement saillant.
On évalue le poids de chaque mamelle de 200 à 260 grammes. Krause donne pour leur volume onze pouces cubes 1/4. Mais on comprend, d’après ce qui a été dit précédemment, à combien de variations doivent étre sujettes de pareilles estimations.
La forme des mamelles est en général celle d’un hémisphère un peu déprimé en dehors et en dedans, et surmonté par une grosse papille, appelée mamelon, qu’entoure un cercle coloré, auquel on donne le nom d’auréole. Chez quelques femmes, les mamelles ont la forme d’un cône, chez d’autres, elles sont sphériques ou bien aplaties.
Diverses circonstances, en diminuant la fermeté des mamelles, peuvent changer leur forme. Une distension répétée par la menstruation et surtout par l’allaitement, l’aplatissement par les corsets, rendent les mamelles flasques et déformées.
Le mamelon qui surmonte la mamelle est l’aboutissant de tous ses conduits excréteurs. Chez l'adulte, aussi bien que chez le nouveau-né, il est situé au centre de l’éminence mammaire, un peu en dedans, et assez exactement au niveau de la quatrième côte, à quatre centimètres en dehors de l’union du cartilage.
Le mamelon offre une couleur rosée où brune qui en général est en rapport avec la teinte des cheveux; sa forme et son volume sont variables suivant les individus; ordinairement long de 13 à 20 millimètres, il est quelquefois tellement court, que les lèvres de l'enfant ne peuvent pas le saisir; d’autres fois il est enfoncé et caché, au point qu’il faut employer une pompe aspirante pour le faire saillir. Sa forme est tantôt cylindrique, tantôt conoïde et son volume augmente en général avec le volume de la glande mammaire; c’est au moins ce qui s’observe chez les femmes du midi et du nord de l'Afrique qui ont les mamelons ainsi que les glandes mammaires très développés.
Sur la peau fine qui recouvre le mamelon on remarque des rides et un grand nombre de follicules sébacés. À son sommet, le mamelon est comme crevassé et offre un petit enfoncement au niveau de l'insertion des conduits lactifères.
Au dessous de la peau existent un grand nombre de vaisseaux et de nerfs, qui communiquent au mamelon une grande sensibilité et le rendent apte à entrer dans une sorte d’érection.
L'auréole entoure circulairement le mamelon et se présente sous l’aspect d’un espace parfaitement circulaire, d'une couleur rosée chez les jeunes filles et plus ou moins brunâtre chez les femmes qui ont eu des enfans. La largeur de l’auréole mammaire est variable, et tantôt sa circonférence externe se délimite
nettement par sa couleur du reste de la peau du sein, tantôt elle Er Ve
se confond par une dégradation insensible. On y remarque, comme sur le mamelon, un grand nombre de follicules sébacés qui en rendent la surface rugueuse.
La couleur de l’auréole peut varier suivant un grand nombre de circonstances; rosée chez les femmes blondes, elle est d’un rouge-brun jaunâtre chez les femmes brunes, et d’un noir mat chez les négresses, avec un reflet purpurin.
Ainsi qu'il a été dit plus haut, la couleur de l’auréole est plus foncée chez les femmes qui ont eu des enfans, mais cette teinte brune augmente encore d'intensité et s'étend en largeur pendant la menstruation, la grossesse et l’allaitement.
Montgommery a voulu tirer de là des indications pour déterminer l’époque de la gestation. Suivant cet auteur, l’auréole est d’un rose foncé ou d’un brun-clair vers le second mois de la grossesse, et devient plus foncé dans les mois suivans. Sa largeur augmente dans les mêmes proportions; de telle sorte que son diamètre, qui n’est d’abord que de 25 à 37 millimètres, acquiert parfois jusqu’à 80 millimètres à la fin de la gestation. Les follicules sébacés s’hypertrophient aussi dans les mêmes circonstances où l’auréole se développe davantage. On ÿ remarque parfois des poils chez les femmes vigoureuses.
La largeur de l’auréole , qui est très variable, n’est aucunement en rapport avec la grosseur de l’organe, de telle sorte qu'une petite mamelle peut avoir une grande auréole, et vice versa. On a vu aussi quelquefois des conduits galactophores isolés s'ouvrir dans l’auréole du mamelon, à côté des petites glandes qu’on y remarque.
Structure de la glande mammaire.
La texture de la glande mammaire est celle des glandes acineuses conglomérées en général, mais elle offre, en outre, à considérer les conduits galactophores, le pannicule graisseux, ainsi que les vaisseaux et nerfs.
1° Tégument et pannicule graisseux des mamelles. La peau qui recouvre les mamelles diffère de celle des parties voisines par sa blancheur et sa grande finesse ; elle est susceptible de rougir par la pudeur et sous des influences morales. Chez les femmes qui ont eu des enfans et qui ont beaucoup allaité, la couleur du sein est jaunâtre ou brunâtre, en même temps que la peau en est flasque et ridée. Pendant la lactation, lorsque la glande est gonflée par le liquide sécrété qui s’y est accumulé, la peau est lisse et tendue , et sa finesse permet de voir par transparence les veines nombreuses qui se ramifient au-dessous d’elle.
Immédiatement au-dessous de la peau, on trouve le pannicule graisseux qui entoure la glande mammaire de toute part, et pénètre même dans son intérieur, c’est-à-dire, entre ses lobes. C’est à l'existence de ce coussin graisseux que la mamelle est redevable de sa forme doucement arrondie, car lorsque le tissu graisseux disparait et que le tissu glandulaire augmente, ce qui se voit quelquefois chez les multipares, la mamelle perd sa rondeur et devient tuberculeuse, par suite de la saillie des lobes de la glande, qui sont visibles à l'œil, et surtout appréciables au toucher.
L'espèce d’atmosphère graisseuse qui entoure la glande mammaire offre 12 millimètres environ d'épaisseur dans les endroits les mieux fournis. La graisse forme une couche bien moins épaisse entre la face profonde de la glande et le muscle pectoral. Dans l’amaigrissement, cette couche graisseuse profonde
disparait également toujours la première, et, sous diverses influences morbides, on conçoit que le tissu de la glande puisse alors contracter des adhérences avec le muscle pectoral lui-même ; c’est ce qui arrive souvent dans le cancer. Dans l'intervalle des lobes glandulaires, la graisse est maintenue dans des loges fibreuses, formées par des lamelles étendues de la glande mammaire à la peau; chacune de ces loges ne communiquent pas entre elles, ce qui tend à circonscrire les inflammations de la mamelle.
Le développement des tissus glandulaire et graisseux est en sens inverse l’un de l’autre. C’est pour cette raison que des mamelles grasses fournissent rarement beaucoup de lait. Certains hommes paraissent avoir des mamelles développées, mais cela n’est dû habituellement, qu’à l’hypertrophie du tissu graisseux. La graisse manque complétement entre les acini de la glande et de l’auréole du mamelon.
Glande mammaire isolée. Lorsque la glande mammaire a été enlevée et débarrassée de ses tégumens et de son pannicule graisseux, elle se présente sous la forme d’une masse aplatie d’avant en arriére, et offrant une plus grande épaisseur dans son centre que dans sa circonférence.
La surface profonde ou la base de la glande mammaire est plane, où même légèrement concave, et se trouve en rapport avec la face antérieure du muscle grand pectoral et d’une portion du muscle grand dentelé en dehors; une lame fibreuse, se continuant avec le fascia superficialis, sépare la glande mammaire des muscles avec lesquels elle se trouve en rapport et auxquels elle n’adhère que par un tissu cellulaire, assez lâche pour lui permettre une assez grande mobilité.
La surface cutanée ou superficielle de la glande mammaire est convexe d’une manière générale, mais offrant , ainsi qu'il a été dit plus haut, un grand nombre d’inégalités qui se trouvent comblées par du tissu cellulo-adipeux.
La circonférence de la glande mammaire est irrégulièrement découpée et assez mal circonscrite, surtout dans son bord interne.
Tissu glandulaire. Chez les femmes hors de l’état de lactation et spécialement chez les vierges, la glande mammaire présente l'aspect d’un tissu blanchâtre qui ne paraït avoir aucune analogie avec le tissu d’une glande acineuse, au point que les anciens anatomistes avaient, à cause de cela, considéré la glande mammaire comme d’une nature toute spéciale. Mais lors du développement des organes génitaux, le tissu de la glande mammaire subit des modifications profondes dans son tissu, aussi bien que dans sa forme et dans son volume. Toutefois, ce n’est que dans les derniers mois de la grossesse qu'elle prend une structure glandulaire complète, lorsqu'elle arrive près du moment où sa fonction va commencer; c’est à ce moment qu'il convient de décrire la texture de la glande mammaire, car hors de la lactation, son tissu offre un aspect qui ne rappelle aucunement la structure des glandes, et qui pourrait être comparé, suivant M. Cruveilhier, au tissu de certaines tumeurs fibreuses de l’utérus. Chez une vierge, dit Huscke, le tissu de la glande mammaire semble partout uniforme; sa coupe n’a point un aspect grenu ; elle ressemble à peu près à du blanc d'œuf à demi coagulé, ou à du cartilage d’un blanc de lait bleuâtre. Il n’y a point de cloisons bien distinctes et son tissu est très ferme et très élastique.
GLANDE MAMMAIRE
Chez la femme qui allaite, au contraire, la glande mammaire offre un tissu faiblement rougeâtre, manifestement composé de lobes et de lobules séparés par un tissu cellulaire lâche. 1] y a de plus, dans la texture de la glande, à examiner encore les réservoirs du lait et les conduits lactifères.
1° Lobes, lobules et grains glandulaires. En disséquant les mamelles de femmes récemment accouchées, ainsi qu’a eu l’occasion de le faire M. Cruveilhier, on trouve la structure glandulaire à son summum de développement, et on observe alors que les grains glanduleux sont réunis en petits groupes ou lobules aplatis et superposés. Chacun de ces amas de grains constitue un lobe glandulaire, qui peut être sous-divisé en /obules et en grains glanduleux. Chacun de ces lobes mammaires possède un conduit excréteur lactifère qui lui appartient , de telle sorte qu'on compte autant de conduits lactifères que de lobes glandulaires; c’est-à-dire, de quinze à vingt-quatre. Chaque lobule glanduleux est lui-même pédiculé, et il en part une petite sousdivision de conduits lactifères, qui se termine dans les acini de la glande mammaire qui sont les plus grands qu’on connaisse parmi les autres glandes acineuses.
2° Conduits lactifères ou galactophores. Chaque conduit lactifére prend origine dans une granulation mammaire, et de là, ces canaux excréteurs du lait se réunissent les uns aux autres à la manière des veines, grossissant de plus en plus, convergent de la circonférence vers le centre, et de la profondeur à la superficie de la glande, pour venir se réunir, au nombre de 15 à 24, et aboutir à son centre au niveau de l’auréole. Là, ces conduits forment des ampoules ou dilatations, d’où partent ensuite des canaux plus fins allant s'ouvrir au sommet des mamelles.
À son origine périphérique, chaque ramuscule lactifère est constitué par un renflement couvert de nombreux grains lenticulaires, arrondis où anguleux, et quelquefois allongés et serrés les uns contre les autres. Ces grains glandulaires ne sont pas pédiculés et ils s'ouvrent directement dans le renflement lactifère par de larges orifices. Ces acini mammaires sont très volumineux et peuvent déjà être aperçus sans le secours de verres grossissans : suivant E.-H. Weber, les parois de certains canaux lactifères seraient également munis de semblables cryptes, s’y abouchent directement et sans avoir de conduit rétréci spécial. Cette disposition ainsi que le volume de ces acini distinguent essentiellement le tissu des autres glandes acineuses, telles que la parotide, le pancréas, etc.
3° Ampoules ou dilatations lactifères. Après avoir cheminé dans le tissu inter-cellulaire de la glande, sans s’anastomoser les uns avec les autres, les conduits lactifères, arrivés au niveau du mamelon, présentent sur leur trajet un renflement ou ampoule. Chacune de ces dilatations appartient spécialement à un conduit lactifère et on en compte rarement au-dessus de 20. M. Cruveilhier dit n’en avoir jamais trouvé que 10. Ces ampoules lactifères sont inégales en volume, et elles présentent une largeur de 6 à 12 millimètres. Toutes ces ampoules sont contiguës les unes aux autres, de manière à ne laisser entre elles aucun intervalle; toutefois, elles sont bien indépendantes et ne communiquent jamais ensemble. Les branchest ransversales , qui, suivant Nuck et Verheyen, réuniraient les conduits galactophores ou leursampoules, n’ont pasété retrouvées par d’autres anatomistes. Le volume de l’ampoule lactifère qui sort du réservoir au lait
GLANDE MAMMAIRE
est en rapport avec le volume du conduit lactifère, et la grosseur de ce dernier est elle-même subordonnée au volume des lobes glandulaires qui sont très variables sous ce rapport, car Huscke dit en avoir vu dont la dimension est de plusieurs pouces, tandis que d’autres ont à peine un demi-pouce et moins encore.
Après avoir fourni leur ampoule au niveau de l’auréole mammaire, chaque conduit galactophore se rétrécit, devient rectiligne et se dirige, parallèlement avec les autres conduits, vers le sommet du mamelon.
A mesure que les conduits lactifères s’approchent de l’extrémité du mamelon, ils se rétrécissent de plus en plus. Du reste, ce rétrécissement des conduits excréteurs au niveau de leur insertion appartient à tous les conduits glandulaires , tels que ceux de la salive, la bile, l’urine, etc.
Les conduits lactifères s’abouchent au sommet du mamelon, dans les sortes d’enfoncemens situés entre ses rides. À côté d’eux s'ouvrent aussi les orifices des glandes sébacées et des glandes agrégées. D'après Burkhard et Berres, chaque conduit lactifère a une glande agrégée qui est destinée, d’après Morgagni, à une sécrétion grasse spéciale.
Dans le mamelon, les conduits lactifères sont entourés par un tissu fibreux blanchâtre et de nombreux vaisseaux sanguins, ce qui, d'après Huscke, lui permet de s'étendre et de se dilater quand le mamelon entre en érection, tandis que quand celui-ci s’affaisse, ils redeviennent flexueux et prennent ainsi une direction moins favorable à l'écoulement du lait. M. Cruveilhier admet dans les conduits galactophores, au niveau du mamelon, la présence du tissu dartoïque, ce qui, suivant cet auteur, explique l’état d’orgasme et d’érection dans lequel peut entrer le mamelon, ainsi que l’excrétion ou jet de liquide laiteux, par suite de l’excitation de la mamelle.
Les anatomistes modernes n’ont constaté de communications entre les conduits galactophores dans aucune partie de leur trajet. Ils n’y ont trouvé non plus nulle part la présence de valvules. En général, les rameaux lactifères de 4 à 14 lobes se réunissent pour former un conduit galactophore, et ensuite il n'y a qu'une seule ampoule par chaque conduit ; de sorte que le lait vient de divers compartimens de la glande bien séparés et indépendans les uns des autres, ce qui explique pourquoi les mamelles, malades dans quelques points, peuvent cependant fournir du lait normal dans les parties restées saines.
Tissu fibreux et adipeux. Xl entre aussi dans la texture de la glande mammaire une grande quantité de tissu cellulo-adipeux, qui sépare les lobes du tissu glandulaire , et forme ensuite, à la glande elle-même, une enveloppe complète. Lorsque le tissu glandulaire se développe, comme à l’époque de la puberté ou de la lactation, il peut se trouver resserré et comprimé douloureusement dans ces sortes de loges fibreuses qui le circonscrivent. Dans d’autres cas, si le tissu fibreux se développe outre mesure, il peut comprimer et faire disparaître le tissu glandulaire, et il résulte quelquefois de cette dégénérescence du tissu fibreux un volume énorme de la mamelle.
Vaisseaux et nerfs. Les artères de la mamelle proviennent de trois sources : 1° des artères thoraciques, et en particulier, de la mammaire externe; 2° des intercostales aortiques ; 3° de la mammaire interne.
Les veines, très développées , se divisent en deux ordres: les
unes superficielles, les autres profondes. Elles n’offrent rien de particulier, si ce n’est un cercle veineux qui existe dans l’auréole du mamelon.
Les /ymphatiques sont, d’une part, les vaisseaux mammaires externes qui aboutissent aux glandes médiastines antérieures. D'un autre côté, les vaisseaux axillaires, qui, du côté externe de la glande, vont gagner les ganglions lymphatiques axillaires. (V. Angéiologie, t. x11.)
Les nerfs de la mamelle sont: 1° des nerfs cutanés venant du nerf sus-claviculaire interne et des branches des nerfs thoraciques cutanés latéraux. La glande elle-même recoit plus spécialement des branches des 3° et 4° nerfs intercostaux. (V. Névrologie, t. 11.)
Variétés de la glande mammaire. Chez l'homme, la mamelle ressemble à celle de la femme pour la conformation, l’auréole, le mamelon et la glande; seulement, toutes ces parties sont à l’état rudimentaire, et la glande, en général, n’est pas apte à la sécrétion du lait. Le mamelon n’a que 3 à 6 millimètres de hauteur, l’auréole est plus foncée en couleur, la peau plus grossière et garnie de poils. Le corps de la glande n’a que 15 centimètres de large sur 6 d'épaisseur. Son tissu est blanc et ferme comme du tissu cellulaire condensé; on n’y voit pas d’acini.
On a cité des exemples de mamelles en plus ou surnuméraires.
Le premier degré de cette anomalie est l'existence de plusieurs mamelons sur une seule glande. Paulini a cité le cas de trois mamelons sur une seule mamelle ; Tiedemann donne trois cas, dans deux desquels deux mamelons existaient sur une auréole à la mamelle gauche, et aux deux autres mamelles , dans l’autre cas, il existait deux mamelons et deux auréoles à la mamelle gauche. Siebold cite l'existence d’un mamelon plus petit au-dessous de la mamelle droite, avec auréole et sécrétion de lait, etc.
On a aussi vu une troisième mamelle située au-dessus de l'une des deux normales. Percy, R. Lee et Trursfield rapportent le cas d’une troisième mamelle de la grosseur d’une noix, au-dessous de la mamelle droite, avec mamelon et lait, etc.
Plus rarement on a observé quatre mamelles, les surnuméraires étant placées au-dessous ou au-dessus des normales. Cependant (dans le Diction. des Sciences médicales, article Cas rares), on cite quatre mamelles chez deux hommes, situées au-dessous des normales. R. Lee et Stanley parlent de mamelles sécrétant du lait et étant placées au bord antérieur de l’aisselle, et par conséquent au-dessus des normales.
On a cité jusqu’à cinq mamelles existant sur des parties voisines ou éloignées des régions mammaires normales. Percy rapporte le cas de quatre mamelles sur deux rangées et d’une cinquième plus petite entre les deux inférieures. Bartholin parle d’une mamelle sur le dos. Paulini en cite deux chez une paysanne dans la même région. C.-M. Robert mentionne l'existence d’une mamelle sur la cuisse gauche, etc. — Ces dernières anomalies peuvent aussi se rencontrer chez les hommes , mais plus rarement que chez les femmes.
Développement des mamelles. Au troisième mois de la vie intra-utérine, les mamelles sont déjà apparentes. Elles s’accroissent ensuite jusqu’à la naissance, et à cette époque elles sont plus développées qu’elles ne le seront dans les époques qui sui-
886 GLANDE MAMMAIRE
vent , et elles contiennent même à cette époque une espèce de liqueur lactescente et visqueuse. Ces remarques s'appliquent aussi bien aux mamelles des petits garçons qu’à celles des petites filles. Toutefois ensuite, et jusqu’à l’époque de la puberté, la mamelle des enfans du sexe féminin se distingue par une largeur un peu plus considérable du mamelon, et par un volume un peu plus grand de la glande elle-même.
A l’époque de la puberté, la mamelle acquiert progressivement, dans les deux sexes, le volume qu’elle devra conserver plus tard. Ce développement est lié à celui des organes génitaux qui a lieu à la même époque.
Dans la vieillesse les mamelles s’atrophient, la peau qui les recouvrait est ridée et flasque, et à la place de la glande, on ne trouve plus qu’une espèce de tissu fibreux. M. Cruveilhier dit avoir rencontré chez quelques vieilles femmes, avec cette atrophie de la glande mammaire, une distension des conduits galactophores par un mucus gélatineux, concret et noirâtre, qui injectait les conduits jusque dans leurs dernières ramifications.
Ces exemples prouvent que le tissu glandulaire peut s’atrophier et disparaître indépendamment des conduits excréteurs de la glande, ainsi que M. Bernard l’a démontré expérimentalement par le pancréas et par les conduits salivaires.