‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 17 sur 373 · PESANTEUR ABSOLUE ET SPÉCIFIQUE · texte numérisé non relu

PESANTEUR ABSOLUE ET SPÉCIFIQUE

La pesanteur absolue des viscères varie depuis 3 kilogrammes jusqu'à quelques grammes. C’est le canal digestif qui offre la masse la plus pesante, comme aussi le volume le plus considérable. Après lui vient la glande principale, le foie (2 kilogrammes), puis les organes respiratoires, les poumons (1 ki- Jogramme à 1 kilogramme 50); enfin, les reins (260 grammes), le cœur (250 grammes), la rate (240 grammes), le pancréas (190 grammes), la vessie, l'utérus (100 grammes), l'ovaire (90 grammes), la glande thyroïde (50 grammes), le testicule (25 grammes), la capsule surrénale (8 grammes), etc. Quant aux poids comparés aux volumes de matière organique nécessaire pour l’organisation de chaque appareil, on voit que c’est toujours dans le même ordre qu'ils se présentent : appareils digestif, respiratoire, urinaire, génital. D'où il suit que de la

somme de matière organique employée à l’entretien du corps en son entier, la fraction la plus grande est réclamée d’abord pour agir sur la matière étrangère solide, puis sur l'aliment gazeux. Une portion beaucoup plus faible suffit à la dépuration; enfin, la reproduction est celle qui exige le moins.

La pesanteur spécifique des viscères, comme le remarque M. Huschke, n’atteint jamais la première décimale, c’est-à-dire ne va pas jusqu’à doubler le poids de l’eau pure. Elle varie de 1,010 à 1,080 et 1,090, et ne dépasse que dans quelques viscères celle du corps entier (1,059). Cela montre pourtant que la substance des viscères, en général, est beaucoup plus pesante que celle des parties molles de l’appareil locomoteur, puisque, malgré le surcroïit de poids que donne à celles-ci le squelette, la moyenne néanmoins est la même.

La pesanteur des viscères dépend, d’une part, de la densité de leur texture, d’autre part, de la consistance et de la quantité des liquides qu'ils contiennent. C’est par cette double condition que le foie, dont le tissu est si compacte en même temps que les liquides dont il est rempli, le sang noir et la bile, sont les plus pesans de tous, est celui de tous les viscères qui offre la pesanteur spécifique la plus considérable (1,0660 à 1,0853), outre sa grande pesanteur absolue qui est le résultat de sa masse. Après le foie vient la rate (1,0600) également pleine de sang noir et d’un liquide plastique. Au contraire, le rein, d’un tissu plus ferme que celui du foie, doit sa moindre pesanteur relative (1,0550) à la légèreté spécifique du produit de sa sécrétion, l'urine, dont ses canaux sont remplis. La densité de leur tissu explique la pesanteur spécifique encore assez considérable de l'utérus (1,0552), de l'ovaire (1,0515), et du pancréas (1,0462); tandis que c’est par les liquides épais qu’ils renferment que le même effet est produit pour le testicule (1,0435), et pour la glande thyroïde (1,0361). La capsule surrénale, placée dans des conditions inverses, est la plus légère de toutes (1,0163). Comme observation générale par rapport aux fluides contenus, on a remarqué que les glandes dont les liquides, produits de sécrétion ou sang veineux, sont les plus chargés de carbone (foie, rate), ont une pesanteur spécifique plus considérable que celles où le sang veineux, moins abondant, coïncide en outre avec un liquide sécrété, moins riche en carbone, et dans lequel prédomine l'azote (testicules, reins, pancréas).

Les organes membraneux, dont la texture est plus rare que celle des glandes, ont aussi une pesanteur spécifique beaucoup moindre. Celle de l’intestin jéjunum n'est que de 1,0232. De ses tuniques, la plus lourde est la musculeuse; la séreuse et les deux couches, dites fibro-celluleuses, qui sont au fond des tuniques fibro-vasculaires et nerveuses, tiennent le milieu ; la tunique villeuse ou muqueuse, la plus légère, n’offrirait presque que le poids de l’eau pure, si, comme l'indique Huschke, elle ne pèse que 1,003. Ce poids même, nous l’avouons, nous semble si léger, que l’on se demande si, dans les expériences qui en ont été faites, il n’aurait pas été dü accidentellement à des gaz cadavériques interposés entre les tissus, et qui auraient diminué spécifiquement leur pesanteur réelle. Enfin, si les différences, souvent très considérables, en plus ou en moins, des deux états de vacuité ou de réplétion, rendent toujours si difficile à établir la moyenne de pesanteur spécifique des viscères, à plus forte raison cette remarque s’applique-t-elle au poumon, vu les quantités plus où moins grandes d'air, de sang, de divers liquides, et même de matière noire étrangère qu'il renferme.

Cette restriction étant posée, rien n'empêche plus de soumettre cet organe, comme les autres, à une évaluation approximative. Considéré en lui-même, le poumon, précisément parce que sa texture est membraneuse, ayant eu besoin d’être fortifié par des élémens solides, offre, dans son tissu propre, une pesanteur spécifique assez élevée. Elle est, suivant Huschke, de 1,056 dans le poumon privé d’air autant que ln peut; mais comme la soustraction complète de l'air n’est pas possible, la pesanteur du tissu est donc plus considérable qu'il ne paraît, et le serait davantage encore par la privation absolue des liquides. Ce n’est pas trop présumer que de l’évaluer à-peu-près aux deux tiers en plus du poids de l’eau (1,067). Mais, au contraire, à mesure que le poumon s’emplit d'air, sa pesanteur spécifique devient très inférieure au poids de l’eau dont elle n’est plus que les deux tiers, le tiers ou même le quart. Ainsi, dans l’état d'expiration, après la mort, elle varie de 0,7392 à 0,3429, et lorsque le poumon est rempli d'air, comme dans la pleine inspiration, elle n'est plus que de 0,1256 (Huschke). C’est sur ces données que se fonde la docimasie pulmonaire dont l'importance est si grande en médecine légale.

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