‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 18 sur 373 · SITUATION, MODE DE FIXATION , CONNEXIONS · texte numérisé non relu

SITUATION, MODE DE FIXATION , CONNEXIONS

Les viscères, organes essentiels de la vie, d’une texture molle et délicate et d’une grande impressionnabilité, devaient être protégés contre les agens extérieurs, c’est-à-dire abrités, maintenus dans leur lieu, et complétement enveloppés par les organes plus résistans de l’appareil locomoteur cérébro-spinal. Ainsi tous sont placés, chez l’homme et le quadrumane, au-devant , et chez le mammifère quadrupède, au-dessous du rachis, et garantis par la paroi d’enceinte dermo-musculaire du tronc à laquelle il sert d'appui. On peut dire d’une manière générale que tous les organes viscéraux sont situés dans des loges ou cavités, mais en formant deux catégories qui différent par le mode de circonscription. Dans la première, qui constitue la règle, car elle embrasse la presque totalité des organes splanchniques, les viscères renfermés en commun dans les vastes cavités du tronc, sont dits intérieurs. Ce sont tous les organes essentiels ou étroitement liés à la conservation de la vie de l'individu. Dans la seconde catégorie, qui est exceptionnelle puisqu'elle ne se compose que de quatre genres d'organes, ceux-ci, encastrés isolément entre les parties molles, dans l'épaisseur de la paroi d’enceinte cérébro-spinale, sont dits extérieurs. Un seul est essentiel chez l’homme, mais seulement à l'entretien de l'espèce, le testicule ; les trois autres ne sont qu’accessoires : la mamelle chez la femme, et dans les deux sexes, les glandes salivaires et la glande thyroïde. Pour cette dernière en particulier, ce n’est qu’en raison de l’innocuité de son extirpation qu'on peut la considérer comme un organe accessoire, car, du reste, ses usages sont inconnus.

Dans l’intérieur des cavités splanchniques, les quatre grands appareils viscéraux juxta-posés les uns aux autres, ont néanmoins chacun une circonscription déterminée. A la réunion des deux cinquièmes supérieurs du tronc avec ses trois cinquièmes inférieurs, levastemuscle diaphragme sépare la grande cavité splanchnique en deux cavités secondaires ; la cavité sous-diaphragmatique ou la poitrine, loge les poumons, les organes respiratoires et le cœur, l'organe central de l'appareil circulatoire: la cavité sous-diaphragmatique, dite abdomino-pelvienne, ou l'abdomen proprement dit, continu inférieurement avec l’excavation du bassin, renferme les trois derniers appareils : le digestif, l’urinaire, le génital, tout

entier dans la femme, et seulement une très petite portion des organes qui lui appartiennent, chez l’homme. Dans chaque appareil les viscères mobiles sont enveloppés par une membrane séreuse, c’est-à-dire par un double sac à surfaces lisses contigués, tapissant d’une part les viscères, de l’autre les parois adjacentes de la cavité qui les enferme, et destiné à faciliter les mouvemens des uns Sur les autres. A la poitrine dont les trois viscères sont mobiles isolément, il y a aussi trois séreuses : les deux plèvres pour les poumons, et le péricarde pour le cœur. A l'abdomen il n'existe qu'une vaste séreuse commune, le péritoine, destiné principalement aux viscères creux de l'appareil digestif, et qui se comporte différemment avec les viscères de chaque appareil. D’après nos recherches, les séreuses, outre leurs fonctions d'organes de glissement, paraissent aussi avoir, en qualité d'organes nerveux, un autre usage très important dans la physiologie des viscères.

Ainsi les viscères d'appareils différens, comme aussi ceux d’un même appareil, quoique Juxta-posés dans une même cavité splanchnique, ne sont pourtant pas mélangés et confondus, séparés au contraire qu'ils sont les uns des autres par les séreuses. Mais s’ils sont nettement circonscrits dans l’ensemble et les détails de leurs organes élaborateurs, ils convergent néanmoins les uns vers les autres aux extrémités du tronc, et tendent à se confondre par leurs grands canaux communs d’excrétion, sur la ligne médiane, en une cavité commune. A l'extrémité céphalique les deux appareils digestif et respiratoire se réunissent ainsi au pharynx, en une cavité commune médiane, et, pour le passage de substances trés différentes, se partagent de nouveau au-dessus en deux cavités, buccale et nasales, ayant chacun son orifice cutané, la bouche et les narines. A l'extrémité pelvienne les appareils urinaire et génital se réunissent aussi en un seul canal médian chez l’homme, etenun seul orifice cutané chez la femme. L'appareil digestif, seul, en raison des qualités délétères et de la grossièreté de ses produits d’excrétion, conserve isolément son canal et son orifice excréteur, mais il se conforme à la loi commune, Juxta-posé qu'il est au canal uro-génital sur la ligne médiane.

Les viscères extérieurs, appartenant à des appareils différens, sont trés distans les uns des autres, et placés aux extrémités, ou dans la paroi antérieure du tronc: les glandes salivaires sur les parties latérales et au-dessous de la face; la glande thyroïde audevant du cou; la mamelle sur la paroi antérieure de la poitrine; les testicules, au-dessous du bassin. Ceux-ci susceptibles de mouvement, ontencore une séreuse propre, la tunique vaginale, mais qui n’est que d'emprunt, car elle a été détachée originairement du péritoine, dont le testicule logé, chez le fœtus, dans la cavité abdominale, entraineavec lui un repli lors de sa descente dans le sac cutané du scrotum. Les autres viscères extérieurs, interposés entre les organes de l'appareil locomoteur, et fixes dans leur lieu, n'ont point de séreuse proprement dite. La glande thyroïde est pourvue d’une enveloppe fibro-celluleuse qui en tient lieu Jusqu'à un certain point; la glande mammaire et les glandes salivaires ne sont isolées des organes de l'appareil locomoteur au milieu desquels elles sont situées, que par une couche de tissu cellulaire, d’une texture très lâche, dans laquelle se ramifient leurs vaisseaux et leurs nerfs.

Les appareils viscéraux , depuis leurs organes élaborateurs jusqu'à leurs orifices cutanés, embrassant des espaces trèsétendus, les parties qui les composent ne peuvent être comprises d'ensemble dans leur situation, leur direction, leur mode de fixation et leurs connexions, qu'autant qu'on les considère suivant les diverses régions qu'elles occupent.

Portion céphalique des appareils VISCÉTAUX.

C’est ici, sur la limite intermédiaire qui leur est commune, que se montre le plus complétement le mélange et la fusion des organes et des nerfs des deux grands appareils splanchnique et cérébro-spinal.

L'épanouissement périphérique ou cérébro-spinal des appareils viscéraux, se trouve représenté à la tête par la cavité buccale et la double cavité nasale, surfaces muqueuses sensoriales, c’est-à-dire demi-splanchniqueset demi-cérébro-spinales, sur lesquelles aboutissent par le canal nasal et la trompe d’Eustache, les muqueuses des deux autres sens, la conjonctive et la muqueuse de l’oreille moyenne. C’est sur cette identité de texture des muqueuses, sur leur convergence commune avec celle du pharynx, et successivement par cette dernière, sur leur continuité avec les muqueuses des voies digestive et respiratoire composant tout l’ensemble du tégument interne, que se fonde M. Huschke pour assimiler les organes des sens aux appareils viscéraux. Mais, comme nous l'avons déjà fait observer, si ces membranes, par leurs fonctions élaboratrices, se rapprochent des organes splanchniques, ce n’est qu'au même titre que la peau elle-même, et, comme cette dernière, par leurs fonctions sensoriales toutes spéciales, elles sembleraient appartenir bien plusessentiellement à l'appareil cérébrospinal, car deux d’entre elles, les muqueuses oculaire et auriculaire, ne font guère que l'office d’une sorte de tégument externe modifié; et les deux autres, les muqueuses buccale et nasales sont surtout des surfaces sensoriales. Le résultat le plus vrai, qui ressorte de ces considérations, c’est donc, nous le répétons, que les muqueuses sont des organes mixtes, intermédiaires des deux appareils cérébro-spinal et splanchnique. Ceci posé, les connexions des organes divers qui composent les sens, et plus particulièrement ici les deux cavités antéro-postérieures, buccale et nasales, deviennent beaucoup plus faciles à comprendre.

Les deux sens supérieurs, l’œil et l’oreille, organisés spécialement pour leurs nerfs cérébraux, l’optique et l’olfactif, se composent de parties de toutes sortes, empruntéesà l'appareil cérébrospinal, et sont étrangers aux appareils viscéraux avec lesquels ils n’ont de commun que leurs membranes muqueuses, qui, ellesmêmes, ne leur sont point essentielles.

Les fosses nasales, situées à l'entrée de l’appareil respiratoire, sontencore presque uniquement des surfaces d’épanouissement du nerf olfactif, la sentinelle extérieure de cet appareil. Aussi à part les glandules de la muqueuse elle-même, la portion périphérique de la structure, tout le reste se compose-t-il de surfaces osseuses et cartilagineuses appartenant au squelette cérébrospinal, et repliées sous les formes diverses de gouttières, de canaux, de sinus, de cellules, etc., pour multiplier l’étendue de la muqueuse sensoriale qui les revêt.

Les conditions de la cavité buccale sont différentes. Avec la localisation dans cette cavité de l’organe du goût, la sentinelle de l'appareil digestif, les organes splanchniques interviennent dans la structure pour une proportion bien plus grande, quoique très inférieure encore, en nombre et en volume, à celle des organes cérébro-spinaux. De tous côtés les parois sont formées par les organes cérébro-spinaux : pour le plan superficiel, en avant les lèvres et latéralement les joues, constituées par les muscles de la face, recouverts de la peau, les unes et les autres doublées plus profondément par les deux arcades demi-illiptiques des os maxillaires supérieur et inférieur garnies de leurs dents, qui forment la charpente de la cavité buccale ; en haut la voûte palatine des os

D, | SPLANCHNOLOGIE.

maxillaires supérieurs et palatins; en bas la langue, l'organe essentiel du goût, qui remplit la cavité buccale, et les appareils musculaires fixés inférieurement à l'os hyoiïde, et supérieurement à la base du crâne; en arrière la cloison mobile du voile du palais, fixée à la voûte du même nom. C’est donc la muqueuse de revêtement elle-même et ses annexes, qui sont la portion splanchnique de la cavité buccale; d’ifie part les glandules de toute sorte, labiales , buccales, ‘palatines , molaires, sous-jacentes à cette membrane; d'autre part les deux appareils latéraux salivaires, dont les trois glandes, la parotide surtout, écartées en dehors et situées sous la peau et le muscle peaucier, ne communiquent avec la cavité buccale que par les canaux qui viennent y verser leurs produits. La cloison mobile du voile du palais, déjà demi-volontaire et involontaire, c’est-à-dire par ses nerfs, sous une double influence cérébro-spinal et splanchnique, et renfermant dans ses piliers les glandes amygdales, sépare, en arrière, la cavité buccale

de celle du pharynx.

Portion cervicale des appareils viscéraux.

Elle nese compose encore que des canaux de passage des substances alimentaires solides, liquides et gazeuses, qui doivent être reçues du dehors dans les appareils digestif et respiratoire. Dirigé verticalement sur le plan moyen, placé au-devant de la portion cervicale du rachis, et séparé par une aponévrose spéciale des muscles, des gros vaisseaux et des nerfs principaux qui le côtoient latéralement, le double tube aérien et alimentaire, simple en haut jusqu’à la base de la langue, se bifurque au-dessous en deux conduits, un pour chaque appareil digestif et respiratoire.

La cavité supérieure unique ou le pharynx, estun canal contractile,infundibuliforme, suspendu parsesmusclesà la basedu crâne, qui fait suite aux cavités nasales et buccale, et donne indifféremment passage à toutes les substances introduites du dehors. Le pharynx, organeintermédiaire aux deux appareils splanchnique et cérébro-spinal, est encore dans ses mouvemens demi-volontaire et involontaire. Inférieurement , à la hauteur de l’os hyoïde, il se divise en deux canaux: l’un aérien,le tube /aryngo-trachéal,un peu dévié en avant de la direction du pharynx, et l’autre alimentaire, l’œsophage, qui lui fait suite. Le tube aérien, fortifié par une charpente cartilagineuse est toujours béant. Au-devant de lui est placé comme un appareil isolé, la glande thyroïde, formée d’un isthme ou portion moyenne plate, et de deux lobes latéraux. Ce tube, suspendu par ses muscles à la base du crâne, à la langue et à l’os hyoïde, et situé sous la peau, le peaucier et la glande thyroïde, est placé au-devant de l’œsophage qu’il protége. Tous deux flanqués par les gros vaisseaux et garantis par les muscles cervicaux, descendent verticalement et traversent, avec les troncs vasculaires et les nerfs, l’aponévrose cervico-thoracique, pour entrer dans la cavité de la poitrine. A leur origine du pharynx, constituant d’une part l’orifice du larynx, et de l’autre le sphincter de l’œsophage, les deux conduits sont encore sous la puissance de la volonté. Mais là, cesse l'influence du système nerveux cérébrospinal ; tout ce qui est au-dessous n’exerce plus que des mouvemens involontaires , c’est-à-dire n’obéit plus qu'au système nerveux splanchnique.

Portion thoracico-«bdominale des appareils viscéraux.

Avec l'entrée de la cavité thoracique on aborde les appareils proprement viscéraux. Dès-lors plus de mélange dans une

même région entre les organes appartenant aux deux grands systèmes nerveux; une délimitation précise les sépare. Au-dehors les organes cérébro-spinaux qui forment la paroi d’enceinte; au dedans les organes viscéraux qui remplissent la cavité. Ainsi avec la grande cavité thoraco-abdominale, on entre en plein dans le domaine spécial de la splanchnologie. C’est elle qui est le siége des appareils purementsplanchniques, dont les autres régions ne nous ont montré que les orifices et les canaux d'entrée. C’est de chaque côté dans son canal de prolongement fœtal qu'est renfermé le testicule, et dans l'épaisseur de sa paroi qu'est logée la glande mammaire. C’est donc à cette cavité que se rapporte tout ce qu'il y a de plus important à faire connaître sur les viscères.

Quant aux connexions, en thèse générale, nous voyons les appareils splanchniques se disposer dans les rapports dynamiques les plus convenables. L'appareil respiratoire, spécifiquement le plus léger de tous, est situé à la partie supérieure, et la position encore plus élevée de son orifice lui permet de puiser l’air atmosphérique loin du sol, dans une couche plus pure. À cette région supérieure se trouve aussi le centre circulatoire, la situation des poumons entrainant celle du cœur avec lequel ils ont lesrelations fonctionnelles les plus intimes. Les trois autres appareils, plus pesans par leurs masses et les substances qu’ils renferment, sont situés au-dessous des précédens, et s'étendent jusqu’à la partie inférieure où le bassin leur offre des surfaces solides de sustentation. Dans leurs connexions mutuelles: 1° l'appareil digestif, suspendu partout aux parois d’enceinte par ses enveloppes péritonéales, et d’un volume immense relativement aux deux autres, les déborde et les revêt en haut, en avant et sur les côtés ; l’appareil urinaire, fixé aux deux bouts par ses organes, dans les gouttières lombaires et le petit bassin, s'étend obliquement de haut en bas, derrière et au-dessous des viscères digestifs ; l’appareil génital, dont la conformation est si différente dans les deux sexes, est placé en général au-dessous et entre les deux autres, dans la cavité du bassin. Ce rapport fixe celui des réservoirs des trois appareils, le rectum, la vessie, l'utérus, d’un poids considérable à l’état de réplétion, leur condition normale, et par cela même appuyés dans le bassin, près des orifices d'expulsion des matières ou des produits qu’ils renferment.

Voilà bien, quant à la disposition générale , la situation , les connexions et le mode de fixation par appareils de la portion thoraco-abdominale des viscères, comparée avec leurs portions cervicale et céphalique. Mais comme ce sujet, d’une grande étendue et d’une si haute importance anatomique, demande à être étudié soigneusement dans tous ses détails, nous ne faisons ici que l’indiquer, renvoyant pour les développemens qu’il comporte auchapitrespécialsurles grandes cavités splanchniques, que nous plaçons plus loin comme intermédiaire entre les généralités de la splanchnologie et l'anatomie spéciale de ses divers appareils.

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