‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 21 sur 373 · TRONC ET CAVITÉ THORACO-ABDOMINALE · texte numérisé non relu

TRONC ET CAVITÉ THORACO-ABDOMINALE

HARMONIE DE L'ENCEINTE EXTÉRIEURE CÉRÉBRO -SPINALE AVEC LES APPAREILS INTÉRIEURS SPLANCHNIQUES.

Le tronc qui forme l'enceinte générale renfermant dans son intérieur la grande cavité thoraco-abdominale, se compose, dans le squelette, de la tige médiane du rachis, supportant en haut la ceinture osseuse scapulaire et la cage thoracique, et en bas la ceinture solide du bassin. Revêtu de ses parties molles, il représente une grande masse verticale, irrégulièrement cylindroïde, aplatie d’arrière en avant, élargie à ses extrémités, rétrécie à son milieu, qui se décompose en deux cônes superposés, mobiles l’un sur l’autre et adossés par leurs sommets tronqués. La paroi d'enceinte du tronc, très épaisse aux extrémités, par la superposition des masses osseuses et musculaires de l'épaule et du bassin, d’où procèdent les membres thoraciques et abdominaux, est au contraire assez mince entre la naissance des deux couples de membres, où elle ne se compose que de muscles membraneux superposés, sans autre squelette que les côtes pour sa moitié supérieure, et des aponévroses dans le reste de son étendue.

Le tronc, dans son ensemble, forme donc une masse mobile sur elle-même à son milieu, pour les grands mouvemens généraux de flexion, d'extension et d’inclinaison latérale, et susceptible aussi d’uu autre mouvement vertical de torsion sur la tige du rachis.

La cavité intérieure thoraco-abdominale circonscrite par l’enceinte cérébro-spinale, relativement assez mince, occupe la plus grande partie et environ les trois quarts du cube du tronc. Mise à découvert par l’ablation de sa paroi de revêtement, et vue de face, elle forme une grande ellipse verticale, rétrécie au milieu, correspondant au mince de la taille, c’est-à-dire au pli de flexion des deux cônes du tronc. Cette ellipse, assez régulière à ses extrémités, vue par le plan postérieur (PI. 8), est rétrécie inférieurement par l’excavation du petit bassin

quand on la considère par le plan antérieur (PI. 1, 4). Sur le profil, la cavité thoraco-abdominale dessine également une ellipse verticale (PI. 9, 10, 11, 12); mais cette ellipse est beaucoup plus allongée, le diamètre antéro-postérieur du tronc et celui surtout de sa cavité intérieure, étant plus petit que son diamètre transverse. En outre, dans ce sens, la cavité viscérale, comme le tronc lui-même, forme une incurvation de haut en bas, motivée par les courbures du rachis; de sorte que la masse viscérale qui la remplit offre dans son ensemble, une convexité antérieure et une concavité postérieure dont la forme générale au profil, rappelle celle du rein. Mesurée dans ses dimensions, cette cavité présente, chez un homme adulte de taille moyenne et bien proportionné : 1° en diamètre vertical du milieu de l’aponévrose cervico-thoracique à l'anus, 60 à 65 centimètres. 2° En diamètre transversal, 28 à 30 centimètres au plus large de la poitrine, et au grand bassin; un peu moins au mince de la taille chez les jeunes gens dont le ventre est plat. 3° En diamètre antéro-postérieur, 20 à 22 centimètres au plus épais de la poitrine, du fond des gouttières dorsales au bas du sternum; 14 au bassin et 18 à 20 à l’ombilic chez les sujets sveltes. Au tiers de sa hauteur, en avant (PI. 4), et qui répond à sa moitié en arrière (PI. 5), la grande cavité thoraco-abdominale est partagée par la cloison déclive du diaphragme dans ses deux grands compartimens, les cavités thoracique et abdominale.

La facilité avec laquelle la cavité splanchnique abdominopelvienne s’accommode des mouvemens généraux du tronc, tient au mode de distribution des viscères à son intérieur. Par un accord heureux les viscères pleins, comme nous le verrons plus loin, se trouvant fixés en haut et en arrière de la cavité abdominale : en regard du mince de la taille où s’exercent les mouvemens, il n’existe que des viscères creux, mobiles, de texture molle et très faciles à déplacer qui, sans en être gènés eux-mêmes, ne s'opposent en rien à l'exercice des mouvemens.

L'enceinte thoracique cérébro-spinale, très forte, élastique, et presque partout d’une grande épaisseur, protége très bien les organes qu’elle renferme. Elle présente un squelette complet : 1° en arrière la colonne dorsale du rachis formant la base commune de sustentation; 2° en avant le sternum qui vient répéter, à l'extrémité du diamètre antéro-postérieur, le point d'appui commun; 3° sur les côtés, les clavicules et les arcs mobiles des côtes, complétés par leurs cartilages, qui sont fixés au sternum et permettent le jeu de haut en bas de la cage thoracique tout entière sur la tige solide du rachis. A l’extérieur, des muscles épais et nombreux qui prennent insertion sur les os, sont destinés soit aux mouvemens respiratoires, soit aux mouvemens généraux du tronc ou à ceux du membre thoracique. Dans aucune autre région du corps ne se traduit plus clairement l'harmonie entre les appareils si différens des deux systèmes nerveux splanchnique et cérébro-spinal; car en même temps que, par sa solidité, la cage osseuse thoracique protége en dedans les viscères et sert en dehors d'attache aux grands muscles volontaires; par sa mobilité et son élasticité, elle se

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prête à-la-fois, sans aucune gène de part ni d'autre, et au jeu libre des poumons et du cœur, et aux grands mouvemens de l'appareil locomoteur. L’harmonie même est si parfaite dans ces deux sortes de mouvemens qu'il y a accord entre eux au lieu de l’antagonisme dont ils font naître d’abord la pensée. Au lieu de se nuire ils s’entr'aident. Et, par exemple, d’une part les muscles de l'appareil locomoteur qui prennent leur point d’appui sur les os mobiles du thorax, les côtes et la clavicule, les attirent à eux, et par conséquent ne peuvent se contracter sans, du même coup, augmenter l’ampliation de la poitrine, c'est-à-dire pour les poumons le volume de l'inspiration, et pour le cœur l'étendue de l’espace dans lequel il se meut ; et cela, en proportion même du nombre de puissances musculaires mises en jeu et de la somme de mouvement exercé. Et d'autre part le poumon rempli d’air, par l'effet de la tension élastique de ce gaz, sert à son tour de point fixe pour la contraction des muscles. C’est précisément ce qui caractérise le phénomène de l'effort. Chacun sait que, pour exercer un violent effort musculaire auquel le tronc doit prendre part, on s’y apprète instinctivement par une forte inspiration qui remplit le poumon d'air, et on retient ce gaz dans la poitrine tout le temps que dure l'effort. Ce que l’on nomme un tour de force est impossible à l’état d'expiration. Sans doute le surcroît d’excitation imprimé au sang artériel par un plus grand volume d'air inspiré, peut bien être pour quelque chose dans l'augmentation d'énergie de la force musculaire, mais il est clair que ce n’est pas ici le fait essentiel; et du reste, cette concordance même de l'effet chimique avec l'effet physique, ne fait que montrer d'autant plus le parfait accord établi entre les fonctions splanchniques avec les fonctions cérébro-spinales pour s’aider mutuellement.

La cavité thoracique offre à l’intérieur une forme analogue à celle du thorax revétu de ses parties molles, mais disposée en sens inverse. Tandis que dans le sujet complet la poitrine, élargie par les masses osseuses et musculaires des épaules et de la poitrine elle-même, représente un cône tronqué, aplati d’arrière en avant, dont la base est en haut et le sommet en bas, vers le mince de la taille: la cavité intérieure forme aussi un cône, mais dont le sommet obtus correspond au-dessus de l'enceinte des deux premieres côtes et des clavicules, et la base à la partie inférieure du thorax. Toutefois cette base qui forme le soimet tronqué du triangle supérieur du tronc, est un peu rentrante à son contour, la plus grande largeur de la cavité thoracique étant à r décimètre au-dessus. Ce rétrécissement de la cage thoracique, à sa base inférieure, est encore l’un de ces faits qui montrent l'accord de fonctions des organes splanchniques et cérébro-spinaux. A l'extérieur il permet la flexion l'un sur l’autre des deux cônes du tronc opposés par leurs sommets tronqués; et à l'intérieur il marque, pour la grande cavité d'ensemble thoraco-abdominale, la délimitation des organes pleins et à formes fixes, qui ont besoin d’être protégés par une enceinte solide, d'avec les organes membraneux de forme et de volume variables, que des enveloppes résistantes auraient génés, pour les alternatives de dilatation et de rétrécissement qu'exigent leurs fonctions. Le resserrement de la circonférence inférieure du thorax correspondant au mince de la taille, est dû, sinon comme cause, au-moins comme moyen essentiel, à l'insertion au pourtour des côtes et de leur bord cartilagineux, c’est-à-dire sur un plan oblique de haut en bas et d'avant en arrière, du vaste muscle diaphragme, qui partage

la grande cavité splanchnique du tronc dans son entier, en deux cavités secondaires, thoracique et abdominale.

Le diaphragme placé comme une cloison mobile entre les viscères thoraciques et abdominaux, dépendant plus essentiellement des poumons comme muscle inspirateur, mais aidant néanmoins aux fonctions des organes de l'abdomen, se montre par sa contraction demi-volontaire et involontaire, comme par sa situation et ses attaches, un organe de première importance, intermédiaire entre les appareils de la vie organique et de la vie animale. Sa forme aussi témoigne de ce double usage. Il n’est point tendu entre ses attaches, mais se moule sur la convexité des viscères abdominaux de la région épigastrique, et forme ainsi une double voussure en saillie dans la cavité de la poitrine, sur laquelle s'appuient les poumons et le cœur.

L'enceinte abdomino-pelvienne cérébro-spinale diffère beaucoup de la portion thoracique. Eu égard à la locomotion générale, elle devait se prêter aux vastes mouvemens de flexion et d’inclinaison du tronc sur lui-même, et par rapport aux viscères des appareils digestifs et génito-urinaires qu'elle renferme, d’un volume si différent dans leurs états divers de vacuité ou de réplétion, cette enceinte, au moins dans la plus grande partie de son étendue, devait être susceptible de dilatation et de rétrécissement. Toute sa structnre a pour objet de satisfaire à ces conditions. Le squelette osseux ne s’y offre qu’en arrière, dans la tige lombaire du rachis, le point d'appui commun du tronc, et en bas dans la double excavation du grand et du petit bassin, la base de sustentation de la masse des viscères abdominaux. Dans le reste de son étendue, par conséquent dans la totalité de son contour, moins la tige osseuse, l’enceinte cérébro-spinale de l'abdomen n’est formée que par de vastes muscles membraneux superposés et par de larges aponévroses, c’est-à-dire par des parties molles extensibles et rétractiles. Mais la colonne lombaire du rachis est très courte, placée qu’elle se trouve entre le plan fuyant en haut de la circonférence inférieure du thorax et le plan fuyant en bas de la circonférence du bassin; d’où il suit que la paroi abdominale s’élargissant de chaque côté en forme de trapèze d’arrière en avant, la paroi antérieure a, sur la ligne médiane, deux fois et demie la hauteur de la paroi postérieure. Enfin, si à cette disposition qui montre la vaste étendue des parties molles d'enceinte, élastiques et contractiles dans le sens horizontal ; on ajoute que les deux parois supérieure et inférieure de la cavité abdomino-pelvienne, formées par le diaphragme et le périnée, sont aussi contractiles, de manière à se faire antagonisme dans le sens vertical: on comprendra que les parois d’enceinte cérébro-spinales de la grande cavité abdomino-pelvienne, sont merveilleusement disposées pour se prêter aux alternatives de réplétion et de vacuité des viscères digestif et génito-urinaires; de sorte qu'elles aident, par leur pression, aux fonctions des organes fixes, et aux mouvemens des organes mobiles, et en s’harmoniant aussi avec la fonction respiratoire, font antagonisme, pour l'expiration, aux puissances inspiratrices de la cage thoracique.

En résumé, on voit donc que l’immense paroi dermo-musculaire de la grande cavité thoraco-abdominale, constituant l’enceinte du tronc, dans une harmonie réelle de mouvemens avec les appareils viscéraux, a un double objet. D'un côté, par sa situation, sa Composition organique, ses mouvemens volontaires et l’origine rachidienne des nerfs qu’elle reçoit, elle appartient bien, comme on l’a toujours cru, à l'appareil locomoteur. Mais d’un autre côté, suivant l'observation que j'en ai faite dans l’ex-

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posé philosophique du système nerveux (t. 111, Disc. prélim. p. 6), par ses mouvemens involontaires permanens, pour aider aux fonctions viscérales, et surtout à la respiration pendant le sommeil comme pendant la veille, et par le mélange, avec ses nerfs, de la substance nerveuse ganglionaire à laquelle paraissent dus ces phénomènes, la paroi du tronc se distingue du reste de l’appareil locomoteur, exclusivement placé sous l'influence du système nerveux cérébro-spinal, et appartient également en partie au système nerveux splanchnique. C’est donc, en fait, un appareil moteur mixte, participant à-la-fois en double aux fonctions, d’ailleurs distinctes, de la vie animale et de la vie organique, intermédiaire entre elles, et les rendant, jusqu'à un certain point, solidaires l’une de l’autre.

{’ CAVITÉ THORACIQUE

Le cône vertical, aplati d'avant en arrière, que forme la cavité thoracique, est constitué par la juxta-position de deux cônes creux latéraux, séparés par une portion moyenne plus étroite d’arrière en avant. Les cônes latéraux logent les poumons entre lesquels est situé le cœur. L’étranglement moyen vertical est dû à la saillie de la portion dorsale du rachis au-devant de laquelle sont appliqués les gros vaisseaux, la trachée-artère, l’œsophage et le thymus.

La forme générale de la cavité thoracique étant celle d’un cône irrégulier, toutes les parois d'enceinte sont concaves, à l'exception de sa paroi inférieure ou de sa base, formée par les voussures du diaphragme , et qui, par conséquent, est convexe.

Mesurée dans ses dimensions, cette cavitéprésente terme moyen: 1° En diamètre vertical, 28 à 30 ou 32 centimètres en arrière; 18 à 20 ou 22 en avant, suivant la hauteur du sternum. 2° En diamètre transverse, 12 centimètres en haut, dans le cercle des deux premières côtes; 28 à 30 centimètres dans sa plus grande largeur, au-dessus du diaphragme; 24 à 26 en bas, à l'extrémité des dernières côtes. 3° Nous connaissons déjà le diamètre antéropostérieur; il est, relativement à la taille, un peu plus fort chez la femme dont la poitrine est plus bombée que celle de l’homme.

La paroi antérieure (Voy. PI. 94, et t. 1v, pl. 21), légèrement concave en travers, surtout sur les côtés, oblique de haut en bas, est formée par la face postérieure du sternum, l'extrémité antérieure des deux premières côtes et les cartilages intermédiaires qui les unissent au sternum. À cette face appartiennent en haut les attaches inférieures des muscles sterno-hyoïdiens et thyroïdiens; en bas celles des faisceaux chondro-xyphoïdiens du diaphragme, au milieu et dans toute la hauteur les muscles triangulaires du sternum et l'extrémité antérieure des intercostaux internes. Des deux côtés du sternum rampent de haut en bas, les vaisseaux mammaires internes; et de chaque côté les vaisseaux et nerfs intercostaux longent le bord inférieur des côtes.

Les parois latérales, concaves de haut en bas et aussi d'avant en arrière, mais légèrement aplaties au milieu, comme les côtes qui en forment le squelette, sont formées par ces os et les muscles intercostaux internes.

La paroi postérieure, dans son ensemble, est concave aussi de haut en bas. En travers elle se trouve divisée en trois parties : 1° Au milieu la colonne dorsale du rachis, dont la saillie con-

Te

sidérable forme, dans toute la hauteur, une convexité horizontale qui diminue beaucoup sur le plan moyen le diamètre antéro-postérieur de la cavité thoracique. Cette saillie intérieure est encore augmentée par l'application, au-devant de la tige vertébrale thoracique, des grands canaux de toute sorte, alimentaire, aérien, sanguins artériel et veineux, chylifère, lymphatique, et les grands cordons nerveux qui entrent ou sortent de la cavité thoracique, ou la traversent d'une extrémité à l’autre.

2° Sur les côtés règnent les deux gouttières dorsales formées par les côtes, les muscles intercostaux internes et les petits faisceaux sous-costaux, qui répètent en arrière les muscles triangulaires du sternum de la paroi antérieure. Dans la gouttière des côtes, sont logés les vaisseaux et les nerfs intercostaux.

La paroi supérieure convexe en haut, comme les sommets des poumons qu'elle coiffe, est constituée par une aponévrose spéciale que j'ai nommée cervico-thoracique (Voyÿ.t.1, pl. 147), sorte de diaphragme fibreux tendu entre le corps de la septième vertèbre cervicale, la tête du sternum et les arcs décrits par le bord interne des deux premières côtes, et qui ferme en haut la cavité de la poitrine. Cette aponévrose traversée par tous les grands canaux qui pénètrent du cou dans la cavité thoracique, la trachée, l’œsophage, les troncs sanguins brachio-céphaliques, le canal thoracique, les grands nerfs, etc. laisse pour chacun d’eux autant d’orifices de passage, et s’insère à leur contour, par des filamens fibro-cellulaires, à la tunique externe des vaisseaux et au névrilème des nerfs.

La paroi inférieure n'est autre que la surface thoracique du grand muscle diaphragme. Comme ce muscle est l’agent essentiel de l'inspiration, sa forme, et par conséquent celle aussi de la paroi inférieure thoracique qui la représente, varie, dans les deux états d'inspiration et d'expiration, à tous les degrés qu'ils comportent, suivant que les poumons sont plus ou moins remplis où plus ou moins privés d'air. Dans le cadavre, qui montre l’état d'expiration , en ouvrant isolément la cavité abdominale et enlevantles viscères, la cavité thoracique laisséeintacte,le diaphragme, refoulé par la pression de l’air, forme vers la poitrine une excavation, profonde de 14 à 16 centimètres au-dessus de la douzième côte, et à double voussure, dont celle du côté droit, correspondant au foie, est la plus élevée. Mais il est clair que cette excavation est exagérée et représente un état extrême, car si, dans cet état on insufle de l'air par la trachée, à mesure que les poumons se dilatent, la double voûte du diaphragme s’abaisse comme onle voit sur les animaux dans les vivisections, lorsque l'abdomen est ouvert; et enfin si, sur le cadavre, on force l’insufflation, le diaphragme, par une exagération opposée, finit par se tendre entreses attaches, en un plan oblique de l’appendice xyphoïde à ses piliers, qui forme une saillie convexe vers l'abdomen. Evidemment c’est entre ces deux extrêmes qu'est le vrai : d’où l’on peut conclure que dans la respiration ordinaire, pendant la vie, le diaphragme forme vers la cavité thoracique, une saillie moyenne que l’on peut estimer approximativement de 8 à 10 centimètres au-dessus de la première côte. Dans cet état néanmoins, la voûte diaphragmatique se termine par deux voussures latérales dont la droite ou celle du foie la plus saillante, est permanente, tandis que la gauche ou celle de l'estomac, s'élève ou s’affaisse suivant que cet organe est à l’état de réplétion ou de vacuité. La dépression intermédiaire entre les deux voussures, correspondant au centre apo-

névrotique dudiaphragme, n'existe donc qu'autant que l'estomac

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étant rempli, la grosse tubérosité remonte la surface du diaphragme qui la revêt.

De ces considérations, il suit que la paroi inférieure de la cavité thoracique , variable suivant le plus ou moins de réplétion des organes aériens et digestifs, forme néanmoins, dans l’état naturel, une saillie en voûte dans la cavité de la poitrine. Cette conclusion , du reste, est confirmée par la forme creuse permanente de la base des poumons qui s’y appuient.

La cavité thoracique est doublée par deux espèces de membranes qui forment des enveloppes intermédiaires entre la paroi d’enceinte cérébro-spinale et la surface propre des viscères. De ces enveloppes, l’une de nature fibro-celluleuse, tapisse immédiatement la paroi ostéo-musculaire du thorax, les autres, qui sont des séreuses, revêtent à-la-fois le feuillet fibro-celluleux et la surface des viscères : c’est pour les poumons, les plèvres, et pour le cœur, le péricarde.

1° Feuillet fibro-celluleux sous-pleural (PI. 1, 5, 9). C’est un feuillet très mince intermédiaire entre la légère aponévrose intercostale interne et les deux plèvres pariétales auxquelles il s’appliqueetqu’il double,en quelque sorte, en les renfermant chacun dans un sac fibro-celluleux. Sa texture est très simple. À le suivre, comme on peut le faire sur nos figures, on voit que, à partir de la première côte et de l'insertion, en ce point, de l'aponévrose cervico-thoracique, il naît successivement, à toute bauteur etsur tous les points, du périoste de la face interne des côtes et de l’aponévrose intercostale interne, par des filamens aponévrotiques ténus, obliques de haut en bas, d’arrière en avant et de dedans en dehors, qui se joignent et s’unissent de manière à former une membrane mince, continue avec elle-même dans toute la hauteur du thorax. Sur tous les points du contour où se trouvent des surfaces osseuses et cartilagineuses , cette membrane se trouve fortifiée par des pinceaux membraneux de fibres qui s'en détachent en direction rayonnée, et vont, en se mélant avec les fibres costales, leur former une trame feutrée qui augmente beaucoup la consistance du tissu. Les plus légères de ces fibres naissent de l’aponévrose postérieure du sternum où elles tapissent la face externe des médiastins. Les plus fortes naissent en pinceaux assez denses, de la lèvre supérieure du rebord cartilagineux des côtes depuis le sternum jusqu’à la douzième côte, et procèdent aussi du bord supérieur de cette derniére Jusqu'à son articulation vertébrale. Ces dernières fibres forment une traïnée verticale qui se mêle, en arrière, avec d’autres faisceaux horizon taux émanés d’une gouttière fibreuse prévertébrale sur laquelle nous reviendrons plus loin.

Dans toute son étendue, le feuillet fibro-celluleux sous-pleural est très vasculaire. Sur un sujet qui a été bien injecté, il se montre rempli de petites artérioles capillaires, nées sur tous les points, des rameaux des artères intercostales et des mammaires internes. Sur les sujets morts violemment par asphyxie, ce feuillet se montre rempli par un réseau vasculaire artériel et veineux très abondant. 11 parait donc évident que c’est ce réseau sous-jacent aux plèvres pariétales des deux côtés, qui leur fournit leurs vaisseaux. Enfin, à l'appui de cette assertion, dans la pleurésie aiguë ce feuillet, sur tous les points hyperhémiés, se transforme en une sorte de membrane vasculaire d’où les capillaires sanguins se répandent par milliers dans la séreuse. Ces faits que nous avons étudiés un grand nombre de fois, se rencontrent très fréquemment sur les cadavres. 11 y a quelques années nous les avons fait dessiner au microscope pour la thèse de professorat

de notre ami M. F. Dubois, d'Amiens. Enfin ce feuillet est aussi le support des nervules qui se rendent des filets des nerfs intercostaux dans les plèvres.

Tel est, dans son ensemble, le feuillet fibro-celluleux et vasculaire sous-pleural, adhérant aux plèvres pariétales dans toute son étendue et dont l'objet parait bien être de fortifier ces membranes et de leur fournir des vaisseaux.

J'ai indiqué plus haut une gouttière fibreuse prévertébrale, appartenant spécialement à Ja portion thoracique du rachis, qui a échappé aux recherches des anatomistes, quoiqu’elle soit très épaisse et que son existence soit constante. Il est vrai, que pour être amené à la remarquer, il faut avoir eu occasion de pratiquer la préparation qui nous l’a fait reconnaitre. J'ai peu de choses à ajouter, concernant cette membrane, aux détails que j'ai consignés avec la figure qui la représente (PI. 5 ). Etendue de haut en bas, de la première vertèbre dorsale à la douzième, et fixée latéralement aux ligamens et aux corps de toutes les vertèbres intermédiairessur la ligne de leurs articulations costales, cette membrane forme une gouttière fibreuse épaisse, composée de lamelles et de filamens aponévrotiques entrecroisés. Son objet parait être d’isoleret de fixer les artères et veines intercostales et les veines azygos qui s’y trouvent comme encastrées au-devant des vertèbres. Il en est de même du canal thoracique et de ses chaînes latérales de vaisseaux et de ganglions, qui se trouvent aussi fixés par de minces expansions de cette membrane. A la partie supérieure, cette gout-

tière, plus dense, forme la gaine d'isolement de l'extrémité thoracique des muscles longs du cou.

2 Enveloppes séreuses. I ne peut étre ici question de donner une description des séreuses thoraciques, qui a été faite dans son lieu(t. rv, Voy. Plévre et Péricarde). Nous n’avons donc qu’à en rappeler la disposition générale au point de vue de la localisation des viscères, et par comparaison avec la grande séreuse des organes abdomino-pelviens.

Sous les deux feuillets fibro-celluleux de la cavité thoracique, se présentent les séreuses pulmonaires ou plèvres. Leurdisposition générale répète celle que nous avons reconnue à la cavité de la poitrine. Celle-ci nous a paru formée de la juxta-position de deux cavités verticales, de forme conique, et séparées par une portion médiane rétrécie d'avant en arrière. Ces cavités latérales sont précisément celles que tapissent les plèvres, en forme d’un double sac rentrant en lui-même : l’un, plus épais, la plèvre pariétale, qui tapisse toute la paroi d'enceinte de la cavité pectorale; l’autre, beaucoup plus mince, la plèvre viscérale, qui revêt la surface de chacun des poumons, en pénétrant dans les scissures qui séparent les lobes. En avant, sur le contour externe et en arrière, la plèvre pariétale, doublée par le feuillet fibro-celluleux, sous-jacent , tapisse toute la surface, doublement concave de haut en bas et en travers, de la paroi de la poitrine. En haut, elle se réfléchit sur l’aponévrose concave cervico-thoracique. En bas, elle s'applique sur la surface du diaphragme, la seule qui soit doublement convexe en travers, et d'avant en arrière. Les rapports de la séreuse pulmonaire, en ce sens, sont importans pour la physiologie et la pathologie. Au lieu que son feuillet fibro-celluleux descend jusqu’au rebord ostéo-cartilagineux des côtes, où il s’in-

sére (PI. 9), la plèvre chondro-diaphragmatique elle-même , abandonne en ce point son feuillet de revêtement et se réfléchit à 1 ou 2 centimètres au-dessus (Pl. 11), de sorte qu'il existe entre ces deux membranes un petit espace celluleux triangulaire trés mince, séparant les cartilages des côtes des faisceaux d’inser-

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tion du diaphragme, dans lequel espace rampent les petites divisions des vaisseaux et nerfs intercostaux et mammaires internes, qui vont au diaphragme.

Mais c'est à la face interne de chacune des cavités thoraciques latérales où proprement pulmonaires, que la forme et les rapports de la plèvre pariétale sont le plus importans. Sur cette face, sans délimitation précise et en général plane, que l’on peut se figurer comme deux plans verticaux antéro-postérieurs, étendus des bords latéraux du sternum aux deux lignes des articulations vertébro-costales, la plévre pariétale des deux côtes, tant en arrière qu’en avant, se détache des parois en deux lames dites médiatines, antérieure et postérieure, qui s’avancent à la rencontre l’une de l’autre pour se confondre. Ces lames se réfléchissent au tiers supérieur de la poitrine en un canal qui renferme les gros vaisseaux des poumons à leur entrée dans ces organes, c’est-à-dire les bronches et les vaisseaux cardio-pulmonaires (artère et veines pulmonaires). C’est de ce canal intermédiaire, faisant suite au sac pariétal de la séreuse que procède le nouvel épanouissement intérieur ou le sac séreux viscéral , qui enveloppe les poumons. Dans l’écartement des plèvres des deux côtés est situé l’espace médian dit des médiastins.

Comme nous l'avons vu, c’est dans cet espace médiastin que se trouvent logés au-devant du rachis tous les grands canaux d’entrée ou de sortie de la poitrine, qui traversent les cloisons de ses deux extrémités : en haut, l’aponévrose cervico-thoracique, et en bas le diaphragme. Ces parties sont: 1° dans l’épaisseur de la gouttière aponévrotique prévertébrale, les deux veines azygos et les artères et veines intercostales des secondes aux onzièmes; le canal thoracique avec ses chaines de rameaux et de ganglions thoraciques ; enfin latéralement les deux cordons thoraciques du grand sympathique et les deux grands nerfs splanchniques. 2° Au-devant de ce plan, au milieu l’œsophage et les deux cordons des nerfs pneumo-gastriques, gauche ou antérieur , et droit ou postérieur, qui côtoient ce canal; à gauche, l'aorte abdominale et à droite les deux veines caves, inférieure et supérieure, séparées par l'oreillette droite du cœur, dans laquelle elles se jettent; à la partie supérieure sont les troncs artériels et veineux brachiocéphaliques. 3° Au plan le plus antérieur du médiastin existe, dans son tiers supérieur seulement, la trachée artère et les bronches , flanquées par les nerfs pneumo-gastriques, les chapelets de vaisseaux et de ganglions lymphatiques, bronchiques et trachéaux, les artères et veines bronchiques. Dans le jeune sujet, au-devant du canal aérien est le thymus. Enfin, au-devant de la trachée, du thymus et de leurs amas de ganglions, n'existe plus qu'un tissu cellulaire graisseux qui sépare ces parties du sternum.

Ainsi, au tiers supérieur de la cavité thoracique, le médiastin rempli par les grands canaux thoraciques est simple. Mais audessous de la forte saillie déterminée par la trachée artère et les bronches, il existe un vide d'autant plus considérable que l’espace se trouve augmenté par l’inclinaison en avant de l'extrémité inférieure du sternum et par la déviation latérale des plèvres médiastines, surtout de la gauche. C’est cet espace, encore beaucoup élargi au milieu, aux dépens des deux loges pulmonaires, qui loge le cœur et son enveloppe, le double péricarde fibreux et séreux. L’interposition de cette membrane aux deux tiers inférieurs de l’espacemédian de la cavité pectorale, le sépare en deux parties: le médiastin postérieur qui loge les grands canaux prévertébraux, etle médiastin antérieur, peu profond, circonscrit latéralement par les plèvres médiastines, d’arrière en avant parle péricardefibreux

et le sternum, et rempli de tissu séro-fibreux et graisseux où rampent les artérioles et les veinules médiastines.

Le péricarde, la poche d’enveloppe du cœur, forme’un sac très large, situé comme l'organe qu’il renferme, dans l’écartement des plèvres médiastines qui inscrit l’espace médian, mais un peu plus à gauche, obliquement de haut en bas et d’arrière en avant. Il se compose de deux enveloppes : 1° l’une extérieure, fibreuse, s’insérecirculairement par sa base inférieure, sur le centre phrénique du diaphragme, et en haut sur les gros vaisseaux, à leur entrée ou à leur sortie du cœur. En avant et en arrière, elle fait la paroi des médiastins correspondans, et, sur les côtés, elle esten rapport avec les feuillets médiastins des plèvres auxquels elle adhère, cotoyée par les vaisseaux diaphragmatiques supérieurs et les nerfs phréniques. Cette membrane est le support de la séreuse analogue aux feuillets fibro-celluleux sous-pleural et sous-péritonéal, mais beaucoup plus forte, destinée comme elle est à résister aux mouvemens du cœur et à fixer cet organe au diaphragme. 2° L’enveloppe intérieure ou la séreuse cardiaque, entièrement isolée des plèvres par son sac fibreux, est, comme toutes les séreuses, formée d’un feuillet pariétal adhérant à l’enveloppe fibreuse et d’un feuillet viscéral qui revêt le cœur.

CAVITÉ ABDOMINO-PELVIENNE.

La grande cavité abdomino-pelvienne (PI. 1 à 12), qui renferme la plus grande masse des viscères, se compose de deux parties: 1° la supérieure, la cavité abdominale, l'abdomen ou le ventre, la plus vaste des cavités du tronc, loge la presque totalité des viscères digestifs, les reins, organes sécréteurs de l’urine et les capsules surrénales ; 2° l’inférieure, la cavité pelvienne, ou du petit bassin, continuation de la précédente dont elle forme l'extrémité inférieure rétrécie, loge le réservoir de l’urine ou la vessie, l'organe de la défécation ou le rectum, l'extrémité terminale du tube digestif, quelques anses de l'intestin grêle, et les organes génitaux internes dans les deux sexes. Par la nature des trois appareils viscéraux qu’elle renferme, la grande cavité double abdomino-pelvienne est le principal foyer d'élaboration de la vie organique: l'appareil digestif étant chargé de la transformation chimique des produits d’assimilation ou des élémens nutritifs de l'individu aux dépens de la matière organisée extérieure; l'appareil urinaire représentant en sens inverse le travail permanent de décomposition de l'organisme, et l'appareil générateur ayant pour objet la formation du nouvel être pour l’entretien de l’espèce.

La cavité abdomino-pelvienne, d’une étendue si vaste et susceptible encore au-delà d’une ampliation considérable par l’extensibilité de ses parois, occupe les trois cinquièmes inférieurs du tronc. Dans ses diamètres elle présente suivant la taille, chez l’homme adulte, de 40 à 48 centimètres de hauteur, de l’orifice diaphragmatique de l’œsophage à l'anus, sur 25 à 30 centimètres de largeur au plus mince de la taille, et 15 à 20 centimètres, de l’ombilic au-devant de la colonne lombaire du rachis; mais ces deux derniers diamètres varient beaucoup et acquièrent une étendue considérable chez les sujets obèses, et, pour la femme, dans la grossesse. Chez la femme aussi la cavité abdomino-pelvienne, au point de vue de la gestation, est relativement plus vaste que chez l'homme, quant à l’espace qu'elle inscrit. Très restreinte en arrière, très vaste en avant, inégale sur les côtés, élargie en haut, rétrécie en bas, d’une grande hauteur

82 SPLANCHNOLOGIE.

verticale, resserrée au milieu en travers, incurvée d'avant en arrière suivant son plus grand diamètre, cette cavité offre dans son ensemble une configuration irrégulière et géométriquement indéterminable, dont l’image la plus rapprochée serait, en creux, celle d’un cylindre ayant en hauteur deux fois sa largeur, aplati d'avant en arrière et courbé sur lui-même, à convexité antérieure, comme la colonne lombaire du rachis, sa charpente osseuse ; du reste un peu élargi en haut en une voûte elliptique et rétrécie en bas en un sommet demi-ovalaire (V. PI. 4).

L'incurvation verticale antéro-postérieure de la moitié inférieure du tronc, d’où résulte celle de sa grande cavité viscérale, nécessaire pour la locomotion générale et, en particulier, chez l’homme, au point de vue de la station verticale, est fondée sur une disposition particulière du squelette, la courbure en S de sa portion lombo-sacrée etson élargissement inférieur en forme de bassin, qui lui permet d'offrir à-la-fois, une vaste base de sustentation aux viscères, un point d'appui au tronc lui-même sur les membres inférieurs, et à celui-ci comme à ceux-là, de vastes surfaces d'implantation pour leurs muscles. Mais de cette disposition il ressort que la grande cavité thoraco-abdominale se trouvantscindée danssa hauteur, son examen, pour plus de clarté, doit être considéré dans ses deux cavités secondaires, abdominale et pelvienne, dont les axes sont inclinés en sens contraire et les parois très différentes.

1°CAVITÉAPDOMINALE. Verticaleet compriseentre le diaphragme et le grand bassin, cylindroïde en travers, elle est convexe sur . touteslessurfaces, excepté au milieu en arrière. L’axe deson grand diamètre fait suite à celui de la poitrine et n’est autre que l’axe du diaphragme, la cloison commune intermédiaire : d’où il suit que, à partir du milieu de l’aponévrose cervico-thoracique, un axe commun vertical de la grande cavité thoraco-abdominale, légèrement oblique d’arrière en avant, traverse le milieu de la poitrine, du diaphragme et de la région supérieure de l’abdomen, et croisant en diagonale l'incurvation de cette cavité en arrière, vient tomber sensiblement sur l’arcade des pubis (PL. 9, 10, 11, 12). Cette direction générale de la pesanteur à laquelle s'ajoute celle des forces musculaires, est la première cause des hernies si communes au pourtour du rebord antérieur du bassin.

La paroi postérieure (PI. 4 et t. 1v, PL. 75) renferme la portion du squelette qui sert de support à toutes les autres ; aussi est-ce la seule qui soit fixe et inextensible. Le squelette y est formé au milieu par la tige lombaire du rachis, et, sur les côtés, par les aponévroses du transverse, entre les douzièmes côtes et les crêtes iliaques postérieures. La hauteur de cette paroi de 18 à 20 centimètres au milieu dans la tige osseuse, se réduit à 10 ou 12 sur le flanc par le rapprochement du sommet culminant de la crête iliaque avec l'extrémité libre et déclive de la douzième côte. Dans son épaisseur cette paroi est revêtue par les masses des muscles et des aponévroses des lombes.

À sa surface abdominale la paroi postérieure continue le plan vertical, un peu oblique d’arrière en avant, de celle de la poitrine. De haut en bas, elle offre deux subdivisions. La supérieure arrondie en paroi de voûte et qui n’est apercevable qu’au dedans, est constituée par les faisceaux postérieurs du diaphragme, sur lesquels rampent les vaisseaux diaphragmatiques inférieurs, et les divisions des nerfs diaphragmatiques fournis tant

par les phréniques que par les filets ganglionaires du plexus solaire.

Elle est partagée au milieu par la saillie prévertébrale des piliers du diaphragme entre lesquels passent, de la poitrine dans l’abdomen, l’œsophage, l'aorte, les cordons latéraux du grand sympathique et des nerfs splanchniques; et, en sens contraire, la veine cave inférieure, les veines azygos, les racines chylifères du réservoir de Pecquet et le canal thoracique qui leur fait suite.

La surface inférieure ou proprement abdominale, sedivise horizontalement, comme celle la poitrine, en une portion médiane saillante et deux enfoncemens latéraux. Ea portion médiane est formée par la colonne proéminente des cinq vertèbres lombaires, flanquée par la partie supérieure des muscles psoas et dont la saillie est augmentée par les parties qui s’y appliquent, ce sont : j° au milieu l'artère aorte et la veine cave inférieure au-devant et autour desquels rampent et s'appuient des chaines de ganglions et de vaisseaux chylifères et Iympathiques ; 2° l’amas ganglionaire solaire, et au-dessous le vaste plexus nerveux aortique avec ses subdivisions ; 3° sur les côtés des vertébres les artères et veines lombaires, les veines azygos du même nom, les chapelets lombaires de ganglions chylifères, les cordons abdominaux du grand sympathique et les plexus nerveux lombaires. — Les enfoncemens latéraux constituent les gouttières lombaires formées par les muscles carrés des lombes et transverses, que traversent'des branches de vaisseaux et nerfs lombaires. Ces gouttières sont bornées en haut par les ligamens cintrés sur les douzièmes côtes, et en bas par la lévre interne des crêtes iliaques.

La paroi antérieure (t. 1v, PI. 31, et t. ur, PL. 94) est la plus étendue. Longue de 32 à 36 centimètres au milieu, de la base de l’appendice xyphoïde au pubis, elle mesure toute la hauteur de la cavité abdominale, moins la portion de voûte formée par l'extrémité antérieure du diaphragme. Cette paroi et les deux latérales, qui lui font suite, entièrement formée de parties molles, la peau, les muscles abdominaux et leurs aponévroses, est éminemment extensible et rétractile, disposition favorable pour se prêter aux mouvemens et aux brusques changemens de volume des viscères abdominaux. Dans son ensemble, cette paroi est doublement convexe en dehors, et par conséquent concave en dedans, de haut en bas et en travers. Tendue à ses extrémités entre les deux ceintures, convergentes en arrière, de la circonférence cartilagineuse du thorax et du bord antérieur du grand bassin, à partir de la ligne moyenne où elle offre sa plus grande hauteur, elle se rétrécit de plus en plus latéralement par le rapprochement de ses deux ceintures d’attache. Au milieu de sa hauteur à quelques centimètres au-dessus de l'ombilic, elle forme avec les parois latérales le pli de flexion du tronc, c’est-à-dire de son cône thoracique sur son cône pelvien, correspondant en travers au mince de la taille, et en arrière, un peu au-dessous de l'extrémité libre des douzièmes côtes.

A sa surface abdominale, la paroi antérieure présente au milieu la ligne blanche et l'anneau ombilical interne; sur les côtés les deux muscles sterno-pubiens recouverts par leur aponévrose postérieure dans leurs trois quarts supérieurs, et les muscles transverses revêtus chacun par le fascia transversalis. Sur les premiers de ces muscles montent verticalement les vaisseaux épigastriques, latéralement,dans lestransverses lesbranches abdominales des récurrens iliaques. Sous les aponévroses s’épanouissent lesfiletsdes branches antérieures des sept derniers nerfsintercostaux et des deux premiers lombaires. La ceinture supérieure est formée par les attaches entrecroisées du diaphragme et des transverses, et la ceinture inférieure par le rebord du bassin où

CAVITÉS SPLANCHNIQUES. 33

se voient à la naissance des pubis les deux orifices ou anneaux inguinal interne et crural.

Les parois latérales n’ont rien de remarquable en elles-mêmes. Elles se rattachent à la paroi antérieure, à laquelle elles font suite, étant composées comme elle de parties molles extensibles et rétractiles. Ce sont elles que constituent spécialement les trois larges muscles abdominaux. Leur forme par conséquent est celle de l’espace latéral intermédiaire du rebord cartilagineux des côtes à la crête iliaque, rétrécie entre cette crête et les deux dernières côtes, et s’élargissant par degrés en avant à mesure qu'augmente en cesens la divergence des deux ceintures de la poitrine et du bassin. Leur surface abdominale est tapissée par le muscle transverse sous son aponévrose.

La paroi supérieure est la plus importante eu égard aux viscères. Elle est formée par la face inférieure du diaphragme, constituant une double voûte mobile, elliptique en travers (PI. 4), et inscrivant aussi une courbe de même forme d’avant en arrière. Mais cette dernière peu prononcée en avant où elle s’arrête à l’appendice xyphoïde, descend en arrière jusqu'aux dernières côtes et aux trois premières vertèbres lombaires, avec une différence de hauteur entre les deux attaches opposées, qui mesure celle du rebord cartilagineux des côtes.

Le diaphragme (t. 11, PL. 80) présente, au-devant de la colonne vertébrale trois grands orifices aponévrotiques de passage : à gauche pour l’œsophage et les nerfs pneumo-gastriques; à droite pour la veine cave inférieure, et plus bas, entre ses piliers, peur l'aorte, et le canal thoracique, outre les petits orifices particuliers des cordons nerveux splanchniques et diaphragmatiques. Par un accord d’une haute importance pour le libre exercice des fonctions de la vie organique, ces orifices, de forme elliptique, sont disposés de telle sorte que la contraction des fibres musculaires, perpétuelle dans la respiration, a pour effet de les élargir et par conséquent de faciliter , à chaque inspiration , la circulation des deux courans sanguins et du courant lymphatico-chylifère. La même observation s'applique aux grands cordons nerveux. Un anneau musculaire particulier détaché du diaphragme, qui entoure l’œsophage, paraît avoir pour office de fermer ou de laisser ouvrir l'entrée de ce canal dans l’estomac.

Quant aux viscères, le diaphragme muscle inspirateur, et par conséquent, comme tel, appartenant plus spécialement à 1 ’appareil respiratoire, s'allie, sinon d’une manière aussi essentielle, du moins commeunauxiliaire trèsutile, aux fonctions des organes abdominaux. On sait la part qu'il prend aux phénomènes du vomissement, du hoquet, à l'expulsion des féces, de l’urine et du produit de la conception, au phénomène de l'effort, etc. Mais il est probable qu’il aide aussi habituellement d’une manière directe aux fonctions ordinaires des viscères de l'abdomen. J'ai déjà eu l’occasion d'émettre cette probabilité à propos de la forme cotelée comme une sorte de main que prend la voussure gauche en regard de la grosse tubérosité de l'estomac (t. x, PL. 78). Depuis j'ai consigné qu’une disposition analogue se présente dans la voussure hépatique, au point que souvent les faisceaux y dessinent leur empreinte sur la face convexe du foie (PL. 13). Au reste, cette action du diaphragme sur l’ensemble des viscères abdomino-pelviens, paraît bien clairement ressortir de la pression régulière qu'il exerce sur eux de haut en bas, d’arrière en avant et d’un côté à l’autre, et de l’antagonisme que lui offrent en sens

contraire pendant l’expiration, les muscles abdominaux et la

cloison contractile du périnée. Tendu , comme il l'est, obliquement de haut en bas et d’avant en arriére entre la poitrine et l'abdomen, il est évident que le diaphragme doit avoir une action double et alternative sur les viscéres de l’une et l’autre cavité. Ainsi dans l'expiration, où il est remonté par la contraction d'ensemble de l'enceinte de l'abdomen sur la masse viscérale 1 il refoule en quelque sorte d’une manière passive, et comme le disque d'un corps de pompe, les organes thoraciques contre les parois du thorax et surtout la paroi postérieure la plus solide, de manière à exprimer, pour ainsi dire, l’air des poumons, de bas en haut ou de leur base vers l’orifice de leur canal aérien. Et en sens opposé, dans l'inspiration, par l’énergie de son mouvement propre d’abaissement auquel résiste l'enceinte abdomino-pelvienne, et d'accord avec la réaction de cette enceinte, il presse d’une manière active sur toute la périphérie de la masse viscérale, harmonie et régularise les mouvemens des divers appareils , et en fournissant un point d'appui mobile aux organes, doit aider aussi puissamment aux faibles contractions propres de chacun d’eux pour ses fonctions spéciales.

La paroi inférieure (PI. 4) est formée par l’excavation du grand bassin. Les parties qui la constituent sont les suivantes : 1° latéralement et en arrière, les deux fosses iliaquesinternes des os des îles remplies par les muscles iliaques. Ces fosses déclives de haut en bas, d’arrière en avant et de dehors en dedans, font suite en arrière aux gouttiéres lombaires et sur les côtés à la paroi abdominale du flanc. Elles sont limitées inférieurement par le rebord du grand bassin sur lequel s'appliquent les muscles psoas. Ces deux surfaces iliaques, sur lesquelles rampent les vaisseaux iléo-lombaires, sont revêtus par l’aponévrose du bassin. 2° Au milieu, en arrière, la ceinture abdomino-pelvienne est formée par l'extrémité supérieure du sacrum, élargie sur les côtés par ses ailerons pour former, avec les os coxaux, les vastes articulations des symphyses sacro-iliaques, et saillante au milieu dans son articulation avec la cinquième vertèbre lombaire, formant le promontoire sacro-vertébral. Ce promontoire qui n’est que l’angle de transition de la courbe convexe de la colonne lombaire du rachis avec la courbe concave du sacrum, fixe la délimitation de deux cavités abdominale et pelvienne. 3° Latéralement lesailerons du sacrum se continuent avec les rebords du grand bassin, rendus proéminens' par la saillie des psoas. Ces rebords servent de conducteurs au xgros vaisseaux qui de l’abdomen se rendent dans la cavité pelvienne et aux membres abdominaux. A partir de la quatrième vertèbre lombaire où a lieu la bifurcation de l'aorte et de la veine cave inférieure, les psoas supportent les vaisseaux iliaques primitifs, puis les vaisseaux iliaques externes ; les uns et les autres environnés par les chapelets devaisseaux etde ganglions lymphatiques qui remontent de la cavité du bassin et des cuisses, pour se rendre dans les chapelets lombaires. Il en résulte que les gros vaisseaux sanguins et lymphatiques concourent à marquer la délimitation des deux cavités abdominale et pelvienne (PI. 1 1). Sous les psoas rampent les nerfs cruraux et sur les fosses iliaques les nerfs inguinaux. 4° En avant la paroi inférieure de la cavité abdominale est tracée par le bord osseux du bassin, déclive en avant de chaque côté, de l’épine antérieure et supérieure de l’os des îles au pubis. Forméepar la gouttière aponévrotique du grand oblique et du fascia transversalis, cette portion deparoi renferme l'extrémité inférieure du petit oblique et du transverse et le canal inguinal. Au-dessous est l'anneau crural, orifice de passage des

81 SPLANCHNOLOGIE.

vaisseaux sanguins et lymphatiques fémoraux. Le milieu de la cavité du grand bassin, espace libre, intercepté d'avant en arrière entre l'angle sacro-vertébral et les pubis, et en travers entre les rebords latéraux, n’est autre que le détroit supérieur évasé du bassin, par lequel les viscères entrent librement de l’une dans l'autre des deux cavités abdominale et pelvienne.

En résumé, dans son ensemble la paroi inférieure de l’abdomen est formée par une surface osseuse, base de sustentation de toute la masse viscérale abdominale, qui n'existe que sur les deux tiers postérieurs et latéraux. Et comme cette surface est déclive de chaque côté en bas et en dedans, elle reporte le poids des viscères, d’une part sur la cavité du bassin et de l’autre sur l'extrémité de la paroi abdominale antérieure. C'est à cette dernière circonstance qu'est due la fréquence des hernies de toute sorte par les canaux ombilical, inguinal, crural, ovalaire, ischiatique et par les éraillures des aponévroses qui sont elles-mêmes le premier résultat de la pression des viscères.

2° CAVITÉ PELVIENNE. Comprise entre l’orifice supérieur du grand bassin et la paroi périnéale, en forme de sac cylindrique, large de 12 à 14 centimètres dans tous ses diamètres, et profonde d'autant, cette cavité, circonscrite par la paroi circulaire du petit bassin forme l’extrémité inférieure rétrécie de la grande cavité thoraco-abdominale. Son axe médian, incliné de bas en haut et d'arrière en avant, croise celui de la grande cavité thoraco-abdominale, à la hauteur de l'articulation sacro-vertébrale, suivant un angle de 135 degrés, ouvert en arrière, qui mesure l’incurvation de la cavité abdomino-pelvienne, et montre dans les divers phénomènes de l'effort, de haut en bas ou de bas en haut, la puissance avec laquelle doit réagir la paroi antérieure abdominale sur laquelle viennent porter, en dernier lieu, les pressions opposées du diaphragme et du périnée.

La paroi postérieure, la plus haute, est formée par la concavité sacro-coccygienne. Cette surface osseuse est recouverte au milieu par les vaisseaux sacro-coccygiens moyens, les cordons sacrés du grand sympathique, et, en haut par les grands plexus latéraux splanchniques iliaques primitifs, qui procèdent de la bifurcation du vaste plexus aortique. Latéralement cette même surface est formée par les muscles pyramidaux, les vastes plexus nerveux sacrés, les vaisseaux sacrés moyens, et en partie les amas ganglionaires pelviens. Dans toute son étendue la surface osseuse est tapissée immédiatement par le lacis anastomotique des veines sacrées et les amas de vaisseaux et de ganglions lympathiques postérieurs (t. rv, PL. 70).

La paroi antérieure, très surbaïissée, de sorte qu’elle ne commence qu'en regard de la quatrième vertebre sacrée, du reste très courte de haut en bas et inclinée obliquement vers le bassin, est formée par les arcs des pubisetdesischiums,recouverts en dedans, sur les trous ovales, par les muscles obturateurs internes qui séparent les pubis et leur symphyse médiane.

Les parois latérales sont tapissées par les psoas, une partie des museles pyramidaux, releveurs de l’anus et obturateurs internes, revétus de leurs aponévroses d’enveloppe, auxquelles se superpose celle de la cavité du bassin. Mais c’est surtout par les vaisseaux et les nerfs que les surfaces latérales sont importantes. A leur réunion avec la face postérieure existent les grands plexus sacrés, les troncs hypogastriques artériels et veineux et

toutes les branches qui en naissent et se répandent ‘dans le bassin ou le parcourent : les vaisseaux fessiers, obturateurs, ombilicaux, vésicaux, honteux internes, ischiatiques, les utérins, chez la femme, etc., et avec eux les plexus veineux intermédiaires des veines hypogastriques à celles des viscères et aux veines du rachis par les lacis sacrés; enfin les chapelets hypogastriques de ganglions et de vaisseaux lymphatiques et, au-devant de tous ces vaisseaux, les deux grands amas latéraux des plexus et des ganglions nerveux pelviens (PI. 62).

La ceinture supérieure n'est autre que le détroit supérieur du petit bassin incliné de haut en bas et d’arrière en avant, dont le vaste orifice établit la libre communication des deux cavités abdominale et pelvienne.

Enfin la paroi inférieure est formée par la cloison contractile du périnée, dite le petit diaphragme inférieur, dont le pourtour est inscrit par la ceinture ostéo-fibreuse qui lui sert d’attaches :a u milieu, le coccyx en arrière, et l’arcade des pubis en avant; latéralement les ischiums et les ligamens grands et petits sacro-sciatiques. Cette surface qui forme le fond mobile de la cavité pelvienne, est formée au-dedans par les muscles ischio-coccygiens et releveurs de l’anus, recouverts par l’aponévrose du bassin. En avant le plan moyen des releveurs est traversé par les orifices du rectum et du col de la vessie chez l’homme, entre lesquels s’interpose l’orifice du vagin chez la femme, où le périnée a moins d’étendue. Un grand nombre de vaisseaux et de nerfs nés des troncs hypogastriques, mais surtout un épais réseau de veines né du pourtour des orifices cutanés, tapissent cette surface dans les deux sexes.

En somme la cavité du bassin représente le sac terminal de la cavité abdomino-pelvienne, inscrit par sa paroi circulaire d'enceinte et contractile seulement par son plan inférieur. Or comme c’est précisément cette cavité du bassin qui renferme les réservoirs organiques dont le contenu doit être expulsé au dehors, on comprend déjà que dans la texture de ces organes (rectum, vessie, utérus), la couche musculaire devra être plus forte que dans ceux des autres viscères contractiles situés audessus. Mais il est évident aussi que ce renforcement de la texture musculaire serait encore insuffisant si la contraction des organes pelviens n’était aidée par le puissant auxiliaire du diaphragme et de la paroi d'enceinte abdominale, pesant par toute la masse intestinale sur la cavité inextensible du bassin; et aussi par la réaction non moins énergique, en sens inverse, du périnée: de sorte que les réservoirs pelviens, se trouvant ainsi comprimés sur tous les points en même temps qu'ils se contractent eux-mêmes et que leurs orifices se dilatent, les matières solides ou liquides qu'ils renferment en sont, en quelque sorte, exprimées et chassés au dehors.

La cavité abdomino-pelvienne ; reprise dans son ensemble, possède, comme la cavité thoracique, deux sortes d’enveloppes: l’une, fibro-celluleuse qui tapisse ses parois, l’autre séreuse, le péritoine, propre aux viscères.

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