‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome cinquième (volume 2)Chapitre 28 sur 373 · SUR LE · texte numérisé non relu

SUR LE

MODE DE PRODUCTION ET DE TERMINAISON DES MALADIES DES ORGANES SPLANCHNIQUES.

De tout ce qui précède, et comme j'ai déjà eu l’occasion de le signaler dans les diverses parties de cet ouvrage, l’idée la plus générale que l’on puisse se faire de l’organisation est celle de l'assemblage de myriades de cavités ou de sacs organiques renfermés les uns dans les autres, qui se servent graduellement d’enveloppes , depuis la vésicule et le canal microscopiques de toute sorte, jusqu'aux organes qu’ils forment, et aux appareils divers qui réunissent les organes eux-mêmes en autant de grouppes fonctionnels. Or, ce mode d'organisation , exclusivement disposé pour l’état physiologique régulier, entraîne dans l’état pathologique , c’est-à-dire dans l’état de trouble fonctionnel, des altérations de texture inévitables, dont les derniers résultats accidentels, par fois heureux, le plus souvent funestes, varient nécessairement dans tous les cas, en raison composée, d’une part, du mode d’action sur l'organisme de la cause première anormale et des causes fortuites secondaires qui viennent s'y Joindre; et d’autre part, des conditions plus où moins fâcheuses ou favorables des textures, pour y céder ou y résister.

Au point de vue d'isolement inter-organique, toute maladie à son début se localise d’abord dans la texture des viscères. De proche en proche, à mesure que la maladie s'étend et envahit, le tissu de l’organe et ses membranes, plus ou moins altérés, font successivement office d’enveloppes d'isolement, et forment des kystes autour des collections diverses. Les produits solides organisés et les dépôts interstitiels augmentent peu-à-peu le volume des organes qui passent à l’état, soit d’hypertrophie, soit d’induration. Dans cet état, indépendamment de la dimi-

nution que produit dans la fonction de l'organe le cube de la portion qui en est atteinte, et de l’influence fâcheuse que ce défaut d’équilibre exerce dans l’organisme , le viscère malade, lui-même, gène mécaniquement ceux qui l’entourent, en proportion de l'excès de volume qu’il a acquis. Cette compression de peu d'influence dans la cavité abdominale, dont les parois sont extensibles, est très fâcheuse dans la poitrine, dont les parois sont résistantes, en même temps que les viscères qui l’occupent ont besoin de plus de développement et de liberté pour l’exercice de leurs fonctions.

À une époque quelconque, l'accumulation, dans la substance des viscères, de substances de toute sorte, organiques et inorganiques , mélées au tissu propre fonctionnel et aux nouveaux tissus morbides, qui constituent l’induration, donne lieu àune inflammation avec ramollissement de la masse indurée. Les collections et les détritus qui résultent du travail de destruction organique et font office de corps étrangers, tendent, de même que les corps étrangers venus du dehors, à être évacués ou expulsés des organes par une inflammation ulcérative qui se dirige vers deux voies : 1° Sur les surfaces tégumentaires internes ou les muqueuses, par le trajet qui exige le moins de destruction, c’est-à-dire par les canaux propres des viscères qui s’y ouvrent, soit la trachée pour les poumons , le canal digestif pour ses parois et aussi pour ses glandes annexes, le foie et le pancréas, par leurs canaux excréteurs qui s’y abouchent. Il en est de même du rein qui s’évacue fréquemment par l’uretère dans la vessie. 2° A la circonférence des organes par érosion de leurs tissus et

AS SPLANCHNOLOGIE.

de leurs enveloppes. Et alors les liquides se font jour; soit dans le tissu cellulaire ambiant, soit dans les cavités séreuses, en donnant lieu à des abcès par congestion ou à des phlegmasies graves; soit sur l’une des surfaces tégumentaires, une muqueuse ou la peau, par des canaux muqueux accidentels, produits d’une inflammation lente, qui a été suivie d’adhérences organisées. C’est le cas des anus contre- nature et d’un grand nombre de fistules de toutes sortes, du poumon, du tube intestinal, de la vessie, et des glandes, le foie, le rein,‘etc. Dans ces divers phénomènes d'élimination, l’influence de la situation et des enveloppes est telle qu’elle met à même de prévoir toutes les espèces d’abcès, d’épanchemens et de fistules que peut offrir un viscère. Ainsi le foie, étant donné, ces collections purulentes qui s’évacuent fréquemment par le canal cholédoque dans l'intestin, se font jour aussi à l’intérieur et à l'extérieur de l’abdomen : dans le premier cas, au-dedans dans la cavité péritonéale et dans le tissu cellulaire extra-péritonéal; dans le second cas, soit au dedans de la poitrine, dans la cavité de la plèvre, à travers le diaphragme; soit sur la paroi cutanée abdominale par un canal accidentel, mode heureux de terminaison que l’art cherche à favoriser et à imiter; ou même à la surface de la trachée par un canal organisé au travers du poumon, du diaphragme et de leurs séreuses.

Les grandes enveloppes séreuses sont à-la-fois le principal moyen d'isolement et de communication des maladies des viscères. Dans leurs phlegmasies, non-seulement elles renferment et limitent dans leurs cavités leurs propres épanchemens, mais elles peuvent même les circonscrire par leurs adhérences à un lieu déterminé; c’est le cas des pleurésies et des péritonites enkystées etmultiloculaires où les séreuses isolent leurs portions malades du reste de leur étendue qui peut demeurer sain. Par le même procédé, elles aident à la formation des trajets fistuleux entre les surfaces adjacentes des viscères et les parois des cavités splanchniques. Dans d’autres cas et à moins que leur feuillet sous-jacent ne soit lui-même atteint par une vive inflammation, elles peuvent suffire long-temps à limiter des maladies ou des épanchemens situés à leur surface extérieure, à tel point qu'il suffit souvent d'un simple feuillet séreux pour circonscrire et localiser des phlegmasies qui, au contraire, envahissent rapidement dès que la séreuse elle-même est atteinte. Ainsi les abcès des médiastins sont bornés par les plèvres, et il en est de même de ceux de la région lombaire dans le péritoine.

Enfin les observations quenousavons consignées sur les formes, les connexions et les attaches des enveloppes viscérales, les accidens de configuration de leurs parois, leur mobilité, la direction de leurs plans et les orifices vasculaires dont elles sont percées : toutes ces conditions normales disposées en vue de l’état physiologique ont, comme je l’ai dit, dans l’état pathologique, par le

mode d’action différent, et les résistances mutuelles des parties, des effets nécessaires qui expliquent et suffiraient à faire prévoir tous les phénomènes dynamiques des maladies.

A la poitrine, dont les parois sont inextensibles, toute augmentation de volume à l’intérieur, est funeste. Les épanchemens pleurétiques qui distendent la paroi costale, refoulent en bas le diaphragme, en haut la cloison fibreuse cervico-thoracique, sur le côté opposé, les médiastins et le cœur. Le poumon dont les canalicules aériens sont épanouis en cavernes par l’emphysème, agit de même, distend les espaces intercostaux et fait hernie dans la fosse sus-claviculaire. Le cœur et les gros vaisseaux, accrus de volume par un anévrysme, refoulent de chaque côté les poumons et distendent en avant la paroi ostéo-cartilagineuse. Mais comme ils forment une masse solide, animée par des battemens, ils corrodent et font ulcérer peu-à-peu les parois osseuses qui leur résistent : en avant le sternum, en arrière les corps des vertèbres dont les disques intermédiaires, plus résistans, parce qu’ils sont fibreux élastiques, plongent comme des cloisons dans la cavité des anévrysmes. Le médiastin, siége d’une congestion phlegmoneuse, refoule d’abord les poumons, et, en raison de sa situation verticale, vient former des foyers sous la peau, sur les côtés de l’extrémité inférieure du sternum, et plus bas, sur la paroi abdominale.

Dans l’abdomen, dont les parois et la plupart des viscères sont extensibles et dilatables, les accidens de compression, peu à craindre pour les organes eux-mêmes, ne sont redoutables que par rapport aux gros vaisseaux, quand une tumeur solide pèse sur eux et les aplatit sur la colonne vertébrale. Partout ailleurs, les. organes prêtent, et l’abdomen seul offre fréquemment cet exemple de tumeurs d’un volume considérable ; dans les espaces celluleux et les duplicatures de la séreuse, qui peuvent exister très long-temps sans nuire d’une manière notable aux fonctions. En arrière, la forme et la direction de sa paroi d'enceinte et le trajet celluleux des grands courans vasculaires sous le péritoine, expliquent la direction principale et les divisions des trajets fistuleux et des abcès par congestion, qui viennent s'ouvrir au pourtour du bassin. La même observation s'applique pour la cavité pelvienne aux abcès et aux fistules urinaires. Enfin la cavité abdomino-pelvienne, vu sa situation déclive, la contractilité de sa paroi et les orifices vasculaires qu’elle présente, est le siége presque exclusif des hernies viscérales de toute sorte, diaphragmatiques , ombilicales , aponévrotiques, inguinales, crurales, ovalaires, ischiatiques, etc., dans l’histoire et les complications desquelles , le péritoine, la séreuse viscérale commune, joue un si grand rôle. Nous ne suivrons pas plus loin ces observations dont l’examen de détail, au simple point de vue dynamique de la résistance des tissus, embrasserait l’histoire tout entière de l’étiologie des affections viscérales. |

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