MODE DE FIXATION DES VISCÈRES THORACIQUES ET ABDOMINAUX
Le mode de fixation des viscères dont il ne semble pas que les anatomo-physiologistes se soient préoccupés avec une attention proportionnée à son importance, est l’un des sujets les plus curieux, et je dirais presque l’un des problèmes de physiologie dynamique les plus singuliers et les plus intéressans que présente l'organisation : car, au premier aspect, et si l’on ne considérait que les attaches propres des viscères, ce serait l’un de ceux que l’on comprendrait le moins physiquement.
En effet, à part quelques viscères, qui semblent bien suffisamment supportés pour le poids accidentellement plus où moins considérable qu’ils peuvent offrir dans chaque lieu, presque tous les autres ne sont fixés que par des liens évidemment trop faibles pour leur poids. Il suffit de parcourir la série des viscères pour voir combien cette assertion est fondée. Par quelsartifices et au moyen de quels auxiliaires, se fait-il donc que, dans l’état physiologique au moins, les viscères, en réalité, soient si bien supportés, que rien ne témoigne de l'insuffisance de leurs attaches? C'est dans la résistance de la paroi d’enceinte du tronc et dans la synergie de ses mouvemens avec ceux des viscères eux-mêmes, que nous allons trouver la réponse à cette question. Ce sera confirmer à un nouveau point de vue, purement dynamique, ce que nous avons déjà signalé au point de vue physiologique, de l’harmonie de l'enceinte extérieure cérébro-spinale avec les appareils intérieurs splanchniques.
Nous avons eu lieu d'admirer, dans la névrologie, combien les organes qui composent le centre nerveux céphalo-rachidien, sont parfaitement supportés. Cette condition, qui était si exigeante pour des organes si délicats, et d’une si haute importance, se trouve remplie du même coup par l’ensemble des moyens qui ont pour objet de protéger la substance nerveuse, non-seulement contre toute lésion extérieure, mais aussi contre sa propre pesanteur. L'encéphale, renfermé dans une cavité ostéo-fibreuse, immobile, et par suite de cette disposition, largement supporté dans son ensemble par les parois d'enceinte sur sa base et ses côtés, et dans ses masses principales par de fortes cloisons fibreuses, se trouve par cela même parfaitementfixédans sa position. La moelle épinière, bien isolée dans son canal ostéo-fibreux, mais que sa forme et sa situation en une masse longitudinale, auraient exposée à s’affaisser sur elle-même, est préservée contre sa propre pesanteur par le double ligament dentelé qui la supporte dans son ensemble et à chaque zone vertébrale, et par les nombreuses cloisons concentriques de la pie-mère qui séparent et soutiennent la substance nerveuse dans son épaisseur. Enfin, partout, dans la
44 SPLANCHNOLOGIE.
profondeur comme à la surface des organes nerveux de la masse encéphalo-rachidienne, le liquide cérébro-spinal sert comme un double agent de fixation aussi bien que de protection.
Les conditions des viscères des deux cavités thoracique et abdominale sont très différentes. Suivant ce que nous avons reconnu plus haut : 1° Déjà la grande cavité thoraco-abdominale, qui les renferme, est mobile dans toute sa masse avec la paroi d'enceinte du tronc qui la contient, et appartient elle-même à l'appareil locomoteur. 2° La cavité thoraco-abdominale se trouve sous-divisée par la cloison mobile, du diaphragme, dans les deux cavités secondaires, thoracique et abdomino-pelvienne. 3° Des viscères qui s’y trouvent contenus, quelques-uns, appartenant à la cavité abdominale, sont immobiles par eux-mêmes; tous les autres au contraire sont doués, pour leurs fonctions, d'une mobilité plus ou moins étendue et de mode varié dans chacun d’eux. 4° Enfin, tous les organes splanchniques, quels qu'ils soient, dont les fonctions de toutesorte sonten même temps synergiqueset différentes, au point de vue physiologique doivent à-la-fois se distinguer isolément et se présenter dans une quadruple harmonie : 1° entre les organes d’un même appareil; 2° entre les appareils d’une méme cavité; 3° entre les masses organiques des deux cavités ; 4° entre le système splanchnique tout entier et la masse dela paroi d'enceinte cérébro-spinale du tronc. De ces quatre conditions résultent deux sortes de moyens de fixation : les uns, communs à tous les viscères, solidaires entre eux, par cela même qu'ils sont tous renfermés dans la grande cavité commune thoraco-abdominale. Les autres, propres aux viscères, et qui varient dans chacun d’eux suivant sa situation, sa pesanteur et son entourage organique. Dans l’examen des moyens de fixation des organes de chacune des cavités, commençons par leurs liens propres, puisqu'ils font partie de la texture et que, par la manière fragmentée dont on a toujours considéré jusqu’à présent l’anatomie, ce sont les seuls dont on ait l'habitude de tenir compte.
Caviré rmoracique. Nous savons qu’elle contient deux sortes de viscères, différemment mobiles : l’organe de la respiration ou le poumon, divisé en deux organes, droit et gauche; et l'organe central de la circulation, ou le cœur.
Comme moyens particuliers de fixation , ces organes libres, dans tout leur contour et enveloppés par des séreuses de glissement pour l’exercice de la mobilité différente qui leur est propre, ne sont appendus qu'à leurs gros canaux d’apport et de retour : la trachée pour les poumons, l'aorte et les veines caves pour le cœur, les artères et veines pulmonaires, ou proprement les gros vaisseaux cardio-pulmonaires, communs aux deux genres d’organes; enfin, ajoutons aussi les séreuses et leurs feuillets fibreux de revêtement.
Le tube laryngo-trachéal, detexture fibro-cartilagineuse, élastique et fixé supérieurement avec tout l'appareil hyo-glosso-pharyngien à la base du crâne, est, pour les poumons, un organe de suspension très solide; etses ramifications jusqu’à l’état capillaire microscopique, dans la substance de ces organes, en lui formant du même coup, une charpente solide, comme il était essentiel pour sa fonction, en font de tous les viscères, le mieux supporté par sa propre organisation. Les vaisseaux cardio-pulmonaires, si l’on y prend garde, ainsi que la réflexion des plèvres médiastines qui les enveloppe dans un canal, n’ajoutent rien à la fixité des poumons, et sont plutôt un lien auxiliaire par lequel les poumons aident à supporter le cœur.
Le cœur lui-même ne trouve par en haut, dans l’aorte et les
veines caves, qu'un moyen de suspension trés faible, et qui serait immédiatement dangereux, si la masse de l'organe n'était pas supportée inférieurement. Les vaisseaux cardio-pulmonaires, très courts, comme nous venons de le dire, lui offrent latéralement à sa partie supérieure, des appuis plus réels aux dépens des poumons, et il en est de même des plèvres médiastines. Quant au péricarde fibreux et séreux, il n’ajoute en haut, comme organe de fixation du cœur, rien de plus que les gros vaisseaux, puisque lui-même s’y insére. Voici quant aux moyens particuliers de suspension du cœur et des poumons.
Comme moyens de support communs à tous les viscères, empruntés ici des parois thoraciques, les conditions sont encore plus avantageuses aux poumons. Par leur base, ces organes embrassent, dans une excavation, les deux voussuresdu diaphragme, sur lesquelles ils reposent dans toute leur étendue, et par ces dernières , s'appuient largement sur toute la masse des viscères abdominaux. Latéralement les poumons ne sont pas moins bien supportés par la paroi d'enceinte thoracique, avec laquelle , comme aussi avec la paroi inférieure diaphragmatique, ils combinent et harmonient leurs mouvemens pour l'acte commun de la respiration. Le cœur aussi repose sur le diaphragme et c'est méme là son moyen de sustentation le plus efficace. Il y repose par sa face postérieure, c’est-à-dire plus essentiellement par le ventricule gauche sa portion la plus solide; mais comme sa situation est oblique, iltirenéanmoins sur les gros vaisseaux, d’autant plus que c’est sur la zone auriculo-ventriculaire, où s’abouchent aussi les artères aorte et pulmonaire, et qui constitue sa charpente flexible, qu’il prend son point d'appui pour ses contractions. En somme, le cœur, organe pesant, et dont les mouvemens perpétuels sont souvent si énergiques, est cependant l’un des organes les moins bien partagés, comme moyens de fixation. Dans ce tiraillement du cœur sur les gros vaisseaux, comme aussi dans les tractions incessantes qu'il exerce sur ses propres orifices, on ne peut s'empêcher de reconnaître, par le fait même de la disposition matérielle, une cause physique prédisposante qui vient en aide à la funeste influence des causes morales, pour la production des maladies si nombreuses dont ces importans organes sont si fréquemment le siége.
CAVITÉ ABDOMINO-PELVIENNE. 1° Moyens propres de fixité des viscères. À part les orifices cutanés des appareils splanchniques, c’est le péritoine et son feuillet fibro-celluleux de revêtement qui vont fournir les liens propres de suspension des viscères.
Nous avons vu comment le péritoine, continu avec lui-même dans toute l'étendue de la cavité abdomino-pelvienne, offrait des rapports variés avec les viscères dont il enveloppe le plus grand nombre, en formant sur les parois supérieure et postérieure de l'abdomen une succession de replis d’adossement deses feuillets, étagés de haut en bas. C’est à suspendre les uns aux autresles sacs viscéraux superposés, et à leur fournir des points d’appui sur les parois supérieure et postérieure, que sont destinés les liens du péritoine, étendus d’un organe à un autre, et renforcés par du tissu fibreux, que l’on nomme ses ligamens. Un coup-d’œil sur son ensemble fera comprendre facilement ce système d’attaches solidaires, dont les descriptions fractionnées, comme on les présente, à propos de chaque organe, ne donnent jamais qu’une idée confuse.
Comme on l’a vu déjà, c’est naturellement de la paroi abdominale postérieure qui est solide, et de la voûte du diaphragme, puisqu'elle est située à la partie supérieure, que procèdent les
attaches des viscères. Pour les organes situés au dehors du péritoine, de texture pesante, mais appliqués sur la paroi postérieure, rien de plus simple: il suffit de quelques liens membraneux qui les fixent à cette paroi. C’est le cas du pancréas, couché en travers du rachis, et qui se trouve fixé par ses vaisseaux et par les adhérences celluleuses de ses deux feuillets, le péritonéal postérieur et le fibreux prévertébral, qui l’enveloppent comme dans une gaine. Il en est de même des reins que nous avons vus comme encastrés dans les feuillets fibreux postérieurs, tendus eux-mêmes solidement entre les vertèbres, les dernières côtes et les crêtes iliaques. Les capsules surrénales aussi, sont parfaitement supportées par les reins qu’elles coiffent par leurs bases. Et c’est même encore un nouvel indice de l’importance probable de ces petits organes, que les précautions qui semblent avoir été prises pour les protéger. Ainsi, d’une part, leur forme aplatie en un disque effilé vers sa circonférence, en les faisant garantir par la saillie du rein et par son enveloppe adipeuse, les met à l’abri de toute pression; et d'autre part, tandis que l’organe, suspendu aux myriades de vaisseaux et de nerfs qui le pénètrent par sa circonférence, ne peut s’affaisser par son poids sur lui-même, il repose encore néanmoins verticalement sur le rein, par une large base.
Le mode de fixation des organes extra-péritonéaux s’expliquant de lui-même, c’est donc celui des organes enveloppés par le péritoine qu'il s’agit d'examiner. On se rappelle que le péritoine enveloppe par autant de sacs viscéraux les trois viscères sousdiaphragmatiques. Le foie, vu le poids de sa masse énorme et sa situation au plus haut de l’abdomen, est, par ses attaches propres, le moins bien fixé des viscères abdominaux, et cependant, en raison de sa masse solide elle-même, c’est lui qui va fournir le plus grand nombre d’appuis aux viscères situés au-dessous. Le foie (PI. 13), suspendu au diaphragme, y est fixé par trois forts ligamens péritonéaux: le coronaire, dont la circonférence est très étendue; le suspenseur de la vessie ombilicale oblitérée, qui est d’une grande longueur, et le triangulaire gauche qui esttrès fort. À son tour, il fournit plusieurs replis ligamenteux de fixation : pour l’intestin colon droit (hépato-colique), (PI. 7, 8), le duodénum (hépato-duodénal), le feuillet postérieur de revêtement du rein (hépato-rénal), et un repli vasculaire pour la petite courbure de l'estomac (épiploon gastro-hépatique). Enfin, c’est encore lui qui sert d’appui à la rentrée du péritoine (hiatus de Winslow), qui ouvre l’arrière-cavité des épiploons.
La rate (PI. 7, 8) adhère aussi au diaphragme par un ligament péritonéal tres résistant (phrénico-splénique), et sert à son tour d'appui à deux autres organes: au colon gauche par un ligament fibreux (spléno-colique), et à l'estomac par un repli vasculaire (épiploon gastro-splénique).
Le foie et la rate, organes d’une grande pesanteur, étant placés à la région la plus élevée de l'abdomen, et par le fait même de leur situation sous le diaphragme, étant soumis à ses mouvemens et devant y prendre leurs attaches, c’est,à ce qu’il semble,par cette triple raison qu’ils sont environnés par le péritoine, tandis que les autres organes à texture dense, le pancréas, les reins et leurs capsules, placés dans des conditions différentes, sont extérieurs au péritoine. La mobilité perpétuelle imposée à des organes aussi pesans, a nécessité des attaches ligamenteuses très fortes. Mais, pourtant, malgré toutes les précautions prises par la nature, ces organes n’échappent pas à l'inconvénient de leur pesanteur. Dans la course, ils font éprouver des tiraillemens douloureux, et nécessitent, chez les coureurs de profession, l’usage de ceintures de
Te Vs
suspension; et dans les chutes, ils sont sujets à des déchirures, le foie surtout, dont le ligament suspenseur, le cordon ligamenteux de la veine fœtale ombilicale, agit alors comme une lame tranchante.
L'estomac, intermédiaire du foie et de la rate, est fixé dans sa situation : 1° en haut, par l’œsophage auquel il append ; 2° par des replis péritonéaux, l'un supérieur, fibreux et de suspension, qui descend du diaphragme (ligament phrénico-gastrique); les autres, latéraux et vasculaires, les épiploons, qui l’unissent au foie et à la rate; 3° par les viscères environnans, remplissant les intervalles qu’il laisse entre lui et la paroi d'enceinte : le foie, la rate, puis le pancréas et le duodénum, qu’il enveloppe dans son incurvation autour de la saillie du rachis et des gros vaisseaux ; 4° enfin, il est appuyé en avant sur la paroi abdominale, et en bas, sur le colon transverse et son mésentère. Ainsi , les organes propres de fixation de l’estomac, situés en haut et en arrière, lui forment comme une charnière membraneuse sur laquelle il se meut de bas en haut, quand il s'emplit; en même temps que les parois de contention, situées en regard de sagrande circonférence mobile et dilatable , étant toutes extensibles, molles et faciles à déplacer, en permettent facilement l’ampliation. L’estomac, organe membraneux et qui avait besoin d’une grande liberté dans ses mouvemens, ne pouvait servir d'appui à des organes pesans, aussi ne supporte-t-il que la partie supérieure du duodénum qui le continue, et le double feuillet antérieur du grand épiploon dont le postérieur append au colon transverse.
Le duodénum se trouve contenu dans sa courbe transversale : dans sa portion supérieure, par l'estomac auquel il fait suite, et parleligament du foie (hépato-duodénal);dans sa portion moyenne et horizontale, par ses vaisseaux et ses nerfs et par le feuillet inférieur mésocolique qui le revêt. Latéralement il est supporté plutôt qu’il ne supporte, par lés ligamens péritonéaux qui l’unissent aux deux colons (duodéno-coliques); le droit étant continu au ligament hépato-colique et le gauche au ligament spléno-colique (PI. 8). À sa terminaison, où il se redresse en haut pour se continuer avec le jéjunum, l'intestin duodénum est fixé par la naissance du mésentère et le faisceau des vaisseaux et nerfs mésentériques (PI. 25).
L'intestin grêle (P1. 26, 27, 28, 28 bis, bo), comme sa dilatabilité, la variabilité de son poids et de son volume, etsa grande mobilité en faisaient une loi, est de tous les viscères abdominaux le mieux isolé, le plus indépendant et le mieux supporté. Situé au milieu de la cavité abdominale, dans l'enceinte que lui forment le gros intestin et les parois extensibles et contractiles de l’abdomen, suspendu au pédicule médian que lui forme le mésentére, il est libre de toute autre adhérence et peut se mouvoir sans obstacle et dérouler ses circonvolutions dans l’enceinte de la cavité dilatable qu'il remplit. Le mésentère est merveilleusement adapté à son usage d’un support membraneux aussi flexible que solide. Formé à son origine par l’adossement des deux feuillets pariétaux postérieurs qui le séparent de chaque côté des mésocolons lombaires, puis étendu obliquement sur le rachis et les gros vaisseaux, du duodénum au cœcum, dilaté pour son épanouissement périphérique en folioles de longueur inégale, suivant l'éloignement des parois d’enceinte, il est fortifié sur tous les points par les vaisseaux et nerfs mésentériques, les glandes lymphatiques et le tissu graisseux qu’il renferme et qui lui com-
À 6 SPLANCHNOLOGIE.
posent une sorte de charpente molle et flexible. D'où il suit que le mésentère, étroit à sa racine, épanoui en vastes replis onduleux à sa circonférence, et doué en outre de qualités contraires, à-la-fois flasque et ferme, tenace et très extensible , forme, pour l'intestin, un support aussi mobile et obéissant que solide, qui lui fournit, sur un étroit pédicule, une immense courbe de développement pour toute la longueur de son canal.
Le gros intestin (PI. 4,6, 7, 8, 30), adhérent dans les fosses iliaques, et flottant dans ses anses de réflexion sousle foie et la rate, est proéminent au milieu de la cavité abdominale, par l’arcade transverse du colon. Les liens qui fixent ses diverses parties dans leur situation relative, sont en rapport avec cette configuration générale. Du côté droit, le cœcum est fixé par son mésentèére (le mésocæcum), dans la fosse iliaque droite, où cet organe, d'un grand poids par les matières qu’il renferme, est largement supporté par une paroi solide. Le colon ascendant, suspendu aux ligamens péritonéaux hépato-colique et duodéno-mésocolique, est aussi maintenu appliqué dans sa hauteur, contre la gouttière lombaire, par son mésentère (mésocolon lombaire droit). D'un colon lombaire à l’autre, le long de l’anse de réflexion sous-hépatique, de l’arcade transverse et de l’anse de réflexion sous-splénique, s’étend la vaste duplicature péritonéale du mésocolon transverse (PI. 31-33), qui supporte toute la courbe correspondante du gros intestin dont elle renferme les vaisseaux et les nerfs. Au-delà, le colon descendant, suspendu de la même manière que son congénère, aux ligamens péritonéaux spléno-colique et duodéno-mésocolique, est aussi fixé dans sa hauteur, contre la gouttière lombaire de ce côté, par son mésentère (le mésocolon lombaire gauche), et l’est de plus, en bas, à l’aponévrose et à la crête iliaque, par un ligament péritonéal inférieur (ilio-colique), inséré à l’intestin sur l'angle de réflexion du colon descendant à son Siliaque. Enfin PS iliaque elle-même, fixée à sa naissance par le ligament ilio-colique, l’est aussi le long de la crête iliaque par son mésentère (le mésocolon iliaque), auquel fait suite le mésorectum. En résumé, on voit que le gros intestin, inscrivant le contour de la cavité abdominale, est parfaitement supporté, puisque ses colonnes verticales reposant déjà sur les fosses iliaques, sont, en outre, suspendues au foie et à la rate, en même temps qu'elles sont accolées aux gouttières lombaires. C’est cette dernière disposition qui explique et motive le retrait des colons lombaires en arrière. Quant à l’arcade transverse qui est flottante en avant, c’est la masse intestinale qu'elle revêt avec son mésocolon, qui la supporte et la maintien dans sa position. Elle-même aussi supporte le feuillet double postérieur du grand épiploon, dont l’antérieur append à l'estomac.
Les organes pelviens, supportés par la paroi inférieure ostéomusculaire du bassin, avec laquelle ils viennent se confondre à leurs orifices cutanés, sont par cela même, ceux qui avaient le moins besoin de liens de suspension et de fixation. Pourtant ils n'en sont pas aussi dépourvus qu’on pourrait le préjuger, d’après leur situation et leurs rapports. Ainsi, tous ces organes sont supportés en masse : 1° à l’extérieur, par la coiffe que leur forme le feuillet fibreux sous-péritonéal ; et 2° à l’intérieur, parles replis ligamenteux de réflexion du péritoine intermédiaire du rectum à la vessie chez l’homme, de l’utérus au rectum et à la vessie chez la femme; et, dans les deux sexes, par lerepli qui s'étend de la vessie à la paroi abdominale. Mais indépendamment de ces liens généraux, chacun des organes pelviens possède aussi ses liens propres.
Le rectum est fixé dans sa moitié supérieure par la duplicature vasculaire que lui forme le péritoine pariétal (le mésorectum) ; dans sa moitié inférieure, il l’est: 1° par le lacis vasculaire qui l'entoure; 2° par ses adhérences celluleuses et vasculo-nerveuses, en haut, avec la vessie et la prostate; 3° à son extrémité terminale par ses muscles sphincters, qui l’unissent à la cloison périnéale avec laquelle il harmonie ses mouvemens.
La vessie, placée au milieu de la cavité du bassin, y est mieux contenue qu'il ne le semblerait au premier aspect. Fixée en bas à l'arcade des pubis par son col environné de la prostate ; appuyée au-delà parson bas-fond sur le rectumet la cloison périnéale, et par sa face antérieure sur la paroi pelvienne des pubis ; contenue en arrière par son enveloppe péritonéale et ses plis de réflexion, elle est en outre fixée par plusieurs liens particuliers: 1° en avant, aux pubis, par les trousseaux fibreux dits ses ligamensantérieurs; 2° en haut, par les cordons ligamenteux de l’ouraque et des artéres ombilicales qui lui servent de moyens de suspension; 3° enfin, en arrière et sur les côtés de sa moitié inférieure, on peut considérer comme concourant au même usage , les uretères, les canaux déférens de l’homme, les vaisseaux ombilicaux , les lacis veineux et les nerfs du plexus pelvien, qui l’entourent et lui forment en commun une sorte de filet de suspension.
Enfin, chez la femme, le conduit utéro-vaginal présente aussi ses moyens de fixation, mais combinés de manière à permettre l’ampliation à laquelle les organes génitaux devaient se prêter pour leur fonction spéciale. Ainsi le vagin, continu avec l'utérus à l’une de ses extrémités, et confondu à l’autre avec la paroi extérieure où il ouvre par son orifice cutané, est situé entre les deux et comme encastré entre la vessie et le rectum auxquels il adhère par des myriades de prolongemens celluleux, vasculaires et nerveux. Quant à l'utérus, flottant au milieu de la cavité du bassin, il avait besoin de moyensde fixation appropriés. Ilssont tout ce quepouvaient permettre sa situation et ses usages. Enveloppé par le péritoine, l'utérus trouve dans cette membrane ses principaux liens: en avant et en arrière, dans les replis de réflexion intermédiaires de cet organe à la vessie et au rectum; latéralement dans les ligamens larges; en arrière et en bas, dans les plis de Douglas. Les ligamens larges, continus avec le péritoine pariétal des rebords du bassin, et soutenus vers les anneaux inguinaux par les ligamens ronds qu'ils renferment, sont les cordons de suspension de l'utérus, qui l'empéchent de descendre dans la cavité du bassin. Les plis de Douglas, au contraire, qui fixent l'utérus en bas par sa face postérieure, contribuent à empécher cet organe de remonter vers la cavité abdominale. C’est là du moins la fonction apparente desligamens de l'utérus dans son état ordinaire, celui de vacuité. Les changemens qui surviennent dans l’état de grossesse, et influent sur la texture des ligamens de la matrice comme sur celle de l'organe lui-même, ne semblent avoir d’autre effet que de modifier l’usage des ligamens ronds, qui deviennent alors auxiliaires des ligamens postérieurs et inférieurs, les plis de Douglas, pour limiter l’ascension de l'utérus vers la cavité abdominale.
Moyen commun de contention des viscères. D'après tout ce qui précède, nous avons trouvé dans les feuillets d’enveloppe fibreux et séreux des cavités splanchniques, les agens propres de fixation des viscères. Mais quelque soin qu'’ait pris la nature de les fortifier suivant les besoinsde chaque lien , les enveloppes et les attaches qu'elles fournissent, sont beaucoup trop faibles
néanmoins pour soutenir le poids des viscères et les maintenir dans leur situation relative. Dès que l’on enlève une portion quelconque de l’enceinte extérieure, à l’instant même les viscères des deux cavités splanchniques font hernie au dehors. C’est donc cette enceinte elle-même qui est le moyen le plus essentiel de contention de la masse entière des organes splanchniques, outre que c’est elle aussi qui sert d’appui aux enveloppes elles-mêmes, dont les viscères empruntent les attaches qui leur sont propres.
Les viscères thoraciques sont bien contenus dans leur cage solide, mais aussi, comme elle n’est que très peu extensible et qu'ils ont besoin de tout l’espace qu’elle renferme, ils ne supportent l’addition d'aucune substance nouvelle, et, par exemple, le moindre épanchement suffit pour gêner les fonctions des poumons et du cœur. Les organes abdominaux au contraire, renfermés dans une enceinte extensible et pour la plupart dilatables eux-mêmes, sont moins bien contenus, mais ils peuvent supporter impunément des pressions, et se laisser refouler acci-
dentellement, comme par exemple, dans l’ascite et la grossesse, sans que leurs fonctions en soient troublées d’une manière notable.
En résumé: au point de vue physiologique, nous avons vu la paroi d'enceinte du tronc , comme une enveloppe intelligente, aidant pour une part considérable, aux fonctions des viscères qu'elle rend solidaires entre elles et avec les mouvemens généraux de l'appareil locomoteur : au point devue dynamique, nous la retrouvons encore en qualité d’enveloppe de contention des appareils viscéraux, mais d’une enveloppe extensible et rétractile, se prétant aux variétés de volume, accidentelles ou morbides des viscéres. Dans ce double accord; physique et physiologique, entre des parties d'organisation si différente, on ne peut s'empêcher de reconnaitre la synergie, sur laquelle nous avons tant insisté, des agens qui les commandent, c’est-à-dire l’harmonie, pour un même organisme, du système nerveux cérébrospinal avec le système nerveux splanchnique.