DES LÈVRES ET DE L'OUVERTURE ANTÉRIEURE DE LA BOUCHE
Les lèvres (/abia), prolongemens antérieurs des parois dermo-musculaires de la cavité orale, sont des replis tégumentaires extensibles et contractiles, qui environnent en manière de valvules très mobiles l’orifice extérieur de la bouche. Au nombre de deux, une supérieure ( labium superius), et inférieure (labium inferius), les lèvres, situées dans l’homme au quart inférieur de la face, constituent, au-devant des arcades dentaires, un plan dermo-musculaire vertical de forme elliptique, intermédiaire, de haut en bas, du plan inférieur du nez à la saillie du menton, limité latéralement par les joues, et divisé au milieu par la fente horizontale de l’orifice buccal qui sépare l’une de l’autre les deux lèvres. Chacun de ces replis se compose : 1° d’une grande circonférence, adhérente en arrière aux os maxillaires et confondue au contour, dans les couches musculaire et cutanée, avec les parties molles environnantes ; 2° d’un bord libre retroussé en dehors, de couleur rosée , la lèvre proprement dite, dans le langageordinaire, revêtue seulement par la membrane muqueuse, qui forme la transition de la surface extérieure cutanée à la surface intérieure muqueuse des voies digestives. Entre les lèvres existe l’ouverture buccale, limitée de chaque côté par les angles de jonction d’une lèvre à l’autre, dits les commissures. Des deux lèvres, la supérieure plus haute que l’inférieure dans sa masse, proémine aussi un peu plus en avant; l’inférieure, moins élevée, est plus dejetée au-dehors et plus épaisse dans son rebord rosé. Les lèvres, au reste, présentent dans leur configuration de nombreuses variétés entre les âges, les individus et les races. Ainsi chez les blancs, et en général dans la race caucasique, elles sont assez minces, et affectent une direction presque verticale; chez les noirs, au contraire, elles sont très épaisses, surtout près de leur bord libre, et forment deux plans obliques. Dans les variétés les plus inférieures, la proéminence des arcades dentaires et des lèvres va jusqu’à former une espèce de museau qui dépasse, comme chez les singes, la saillie du nez. Entre ces termes extrêmes se placent une foule de nuances intermédiaires dont les détails innombrables, d’une grande ressource en anthropologie pour caractériser les races humaines , ne le sont pas moins en physiologie pour la distinction à établir entre les individus d’une même race. Ainsi parmi nous on attribue aux personnes qui ont les lèvres petites et minces, la finesse et la ruse, et à colles qui les ont épaisses, la sensualité et des instincts qui les rapprochent plus ou moins de la brute. Sans attacher à ces signes plus d’importance qu'ils ne méritent, il est digne de remarque néanmoins que des lèvres fines et bien modelées donnent à la physionomie quelque chose de noble et de distingué qui annonce l’intelligence, tandis que des lèvres grosses et obliques lui donnent un air sinon de bassesse du moins peu avantageux qui souvent coïncide avec uneintelligence médiocre. On a dit aussi que des lèvres épaisses étaient un indice de l'affection scrofuleuse ; mais avant d’attacher de l'importance à ce signe, il faut bien distinguer si le volume des lèvres tient à la prédominance de la couche musculaire, ou bien à celle de la peau et du tissu cellu-
laire. Chez les nègres et surtout chez ceux de la race éthiopienne, le volume souvent énorme des lèvres tient à la prédominance du tissu musculaire.
La largeur des lèvres est indiquée par la distance qui existe entre les deux extrémités de l’ouverture qui les sépare, et leur hauteur par celle des arcades alvéolaires ou dentaires. La lèvre supérieure, dont l'étendue est la plus considérable, est limitée en haut, de chaque côté, par le sillon naso-labial, et présente la forme d’un trapèze; l’inférieure limitée en bas, des deux côtés, par le sillon mentol-abial, est plutôt quadrilatère. Les deux lèvres présentent à considérer une face antérieure, une face postérieure, un bord adhérent, un bord libre et deux commissures.
1° Face antérieure où cutanée. Légèrement concave de haut en bas et convexe en travers à la lèvre supérieure, elle présente sur la ligne médiane une gouttière verticale, Le sillon sous-nasal, commençant à l’extrémité postérieure de la sous-cloison du nez et se terminant en bas à un bourrelet médian, limite de la peau et de la muqueuse qui forme, sur le bord libre de la lèvre, une saillie plus ou moins marquée suivant les individus. Cette gouttière plus large en bas qu’en haut, et plus profonde au milieu que dans ses autres points, forme une sorte de raphé médian, et sous ce rapport dépend, dit Bichat, de l’adhérence plus forte que contracte sur le plan moyen la peau avec les muscles auxquels l’unit un tissu cellulaire dense. Chez la plupart des animaux elle est remplacée par une rainure étroite et profonde, et chez quelques-uns par une fente qui établit une véritable solution de continuité. L'homme est quelquefois atteint d’une solution de continuité congéniale analogue, c’est ce qu’on appelle bec de lièvre. Cette division peut être simple ou double; dans le premier cas elle occupe l’un des bords, et dans le second les deux bords de cette gouttière, et jamais sa ligne médiane. A droite et à gauche du sillon sous-nasal, la face antérieure de la ” lèvre supérieure est convexe et déprimée en dehors. Lisse comme les autres parties de la peau dans le jeune äge, après la puberté elle se couvre, chez la femme, d’un léger duvet, et chez l'homme de poils rudes, épais et longs, qui forment la moustache, dirigée en bas et en dehors. À sa partie supérieure elle est limitée par le sillon naso-labial sur lequel nous reviendrons bientôt. En bas elle se termine par un repli saillant au bord libre de la lèvre. C’est ce rebord de jonction des deux membranes, plus prononcé à la lèvre supérieure qu’à l’inférieure , où la peau, plus épaisse, pour se continuer avec la muqueuse, surplombe en saillie audessous d'elle, qui prend le nom de marge des lèvres (r24rg0 labiorum ).
A la lèvre inférieure, la face cutanée, convexe en travers, mais fortement concave de haut en bas, surplombe, de sorte qu'elle regarde un peu en bas; elle présente sur la ligne médiane une légère saillie disposée verticalement comme la dépression de l’autre lèvre. Elle se couvre aussi de poils, mais plus abondans sur sa partie moyenne, où ils forment ce qu’on appelle la mouche.
Inférieurement la limite adhérente de la lèvre est marquée par une forte dépression, le sillon mento-labial (sulcus mento-labialis), qu’accuse d’autant plus fortement la courbe relevée du menton. Sur le bord libre, la jonction de la peau et de la muqueuse est également marquée par un bourrelet saillant ou une marge, mais moins relevée qu’à la lèvre supérieure. Enfin, en dehors, les commissures des deux lèvres sont débordées, chez le jeune sujet, par une petite saillie cutanée qui se prononce de plus en plus avec l’âge, et forme une ride musculaire descendant de
Le Ve
l’aile du nez, vers les côtés du menton; cette ride qui joue un grand rôle dans la physionomie de la face, est ce que l’on nomme le sillon naso-labial (sulcus naso-labialis ).
2 Face postérieure où muqueuse. Elle est tapissée dans l’une et l’autre lèvres par la membrane muqueuse; celle-ci forme sur la ligne médiane un petit repli triangulaire vertical, plus long pour la supérieure que pour l’inférieure, que l’on désigne sous le nom de frein ou filet des lèvres. Cette face , sans cesse lubrifiée par la salive, est en rapport avec les arcades alvéolaires et les dents. Lorsqu'on la renverse, en dehors, on voit qu’elle est couverte de nombreuses glandules salivaires qui exhalent sans cesse un liquide abondant. Lorsque ces glandules s’enflamment elles prennent la forme d’un petit cône à base large, dont le sommet blanchit, s’ulcère et forme un aphthe très douloureux à cause de son contact permanent avec les dents, qui l’irritent par leur dureté. La face postérieure des lèvres est libre, et ne présente point d’adhérence avec les gencives et les os maxillaires, ce qui permet à ces organes d’exercer des mouvemens très étendus. Cette mobilité des lèvres existe également chez tous les mammifères. Mais chez les oiseaux, les reptiles, les cétacés, etc., les lèvres , ou les organes qui les représentent, cessent d’être indépendans des mâchoires.
3° Bords adhérens des lèvres. En arrière, la face postérieure des lèvres est limitée par la réflexion de la muqueuse sur les alvéoles, et se continue au-delà avec la membrane qui forme les gencives. C’est cette double gouttière demi-elliptique formée par la réflexion de la muqueuse entre la paroi des parties molles et la cloison gingivo-dentaire, qui limite en haut et en bas la cavité du vestibule. Il n'existe donc pas au-dedans de démarcation bien tranchée entre les lèvres et les joues ; mais au dehors, nous avons vu qu’il n’en est pas ainsi. La lèvre supérieure, qui se termine au milieu sous la base du nez, est limitée sur les côtés par le sillon oblique naso-labial, continu en haut et en dedans avec celui de l’aile du nez, et contournant en bas et en dehors la commissure labiale. Ce sillon , qui n’existe qu’à un certain âge, mais devient sensible même chez les enfans dans le mouvement du rire, sépare les joues de la lèvre supérieure, et n’est autre que la saillie extérieure : au-dessus de la bouche, du bord interne du muscle releveur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure; et au-dessous, du triangulaire du menton. Il est connu en pathologie sous le nom de ligne naso-labiale ou abdominale , parce qu'il devient très prononcé dans les maladies des organes de l’abdomen.
La lèvre inférieure est séparée du menton par la dépression transversale à concavité supérieure, appelée le sion mento-labial. De chaque côté, elleest séparée des joues par la saillie que forme le bord interne du muscle triangulaire des lèvres.
Les deux lèvres réunies représentent à-peu-près une ellipse dont le grand diamètre est transversal, et divisé à son milieu par l'ouverture labiale.
4° Bords libres. Aux deux lèvres, ils sont roses et recouverts d’un tégument aminci que revêt un épithélium de 1/3 de millim. d'épaisseur, c’est-à-dire plus épais que celui des diverses portions de la muqueuse buccale, mais beaucoup plus mince que celui de la peau. Souvent l’action du froid ou toute autre cause le fait soulever par desquamation. Ce tégument qui participe de la texture de l’une et de l’autre des membranes dont il est l'inter-
médiaire, maisnéanmoinspresqueidentique aux muqueuses dont il forme l’épanouissement extérieur, se fond insensiblement en arrière avec celle de la bouche, tandis qu’en avant il est séparé de la peau par la marge des lèvres, ligne de démarcation bien tranchée, qui part des commissures labiales et se dirige en formant des contours onduleux vers la ligne médiane. Suivant que cette ligne est plus ou moins déjetée en avant, qu’elle laisse plus ou moins de rose à découvert, et qu’elle est plus ou moins sinueuse, elle donne des formes différentes aux lèvres. Ces remarques qui n’ont aucune importance anatomique, en ont au contraire beaucoup pour les peintres. Les bords libres des lèvres présentent un grand nombre de sillons ou de rides verticales susceptibles de donner lieu facilement à des gerçures dans les temps froids, et qui sont dues au froncement dont l’orifice buccal est le siége dans les contractions si fréquentes du muscle orbiculaire.
A la lèvre supérieure, on trouve sur la ligne médiane une saillie plus ou moins prononcée suivant les sujets. Sur les côtés, à droite et à gauche, existe au contraire une légère dépression. À la lévre inférieure, c’est l'opposé; une dépression moyenne et deux saillies latérales répondent à la saillie et aux dépressions supérieures. Les bords libres forment la partie la plus épaisse des lèvres, et cette épaisseur va en diminuant de la partie moyenne vers les commissures. Leur rapprochement détermine l’occlusion dé la bouche dont leur écartement produit l’ouverture.
Intérieurement, c’est à l'isolement des lèvres d’avec les arcades alvéolaires qu'est dû l’espace vide que les anatomistes ont appelé la cavité buccale antérieure ou le vestibule de la bouche.
5° Commissures. On donne ce nom aux angles latéraux qui résultent de la réunion des lèvres; une dépression légère marque ce point de réunion. Il n’entre pas de tissu fibreux dans la composition des commissures labiales, mais seulement du tissu musculaire; d’où il résulte qu’elles peuvent facilement se dilater et s’élargir, ce qui n’a pas lieu dans les commissures palpébrales, rendues fixes par les cartilages et le tissu tégumenteux qu’elles renferment dans leur épaisseur ; cette différence entre des organes analogues s'explique par l'opposition de leurs usages : la solidité dans les paupières, agens mobiles de contention, et la dilatabilité dans les lèvres, valvules contractiles de préhension.
Ouverture antérieure de la bouche. Elle est représentée par une fente transversale qui sépare les deux lèvres. Chez l’homme sa grandeur est très variable, d’où la distinction des bouches en grandes, moyennes et petites. Il n’y aucune proportion entre la taille d’un individu, et la grandeur de la bouche. Souvent, au contraire, une petite bouche coïncide avec une grande taille, et une grande bouche avec une taille moyenne ou très exiguë. Cet orifice est susceptible de s’agrandir ou de se rétrécir beaucoup; la préhension des alimens et la production de la voix sont les principales causes de son agrandissement, la succion et l’action de siffler produisent son rétrécissement. Le grand nombre de muscles qui forment ses bords où qui viennent s’y rendre, fait participer cette ouverture aux mouvemens les plus variés et lui imprime les formes les plus bizarres. La grande extensibilité des lèvres, d’où résulte la vaste dilatation de leur orifice, permet d'introduire dans la cavité buccale des corps volumineux, et d'explorer avec facilité toutes ses parties dans les cas de maladies dont elles sont le siége.
STRUCTURE DES LÈVRES. Elles sont constituées extérieurement
par la peau, en arrière par la muqueuse; dans l’espace moyen par une couche musculeuse, des glandes, du tissu cellulaire, des vaisseaux et des nerfs.
1° Couche dermoïde. Epaisse, et d’une texture très serrée, elle est tellement adhérente à la couche musculeuse qu’il est impossible de l’en séparer régulièrement, sans enlever en plus quelques fibres musculaires ou sans laisser en moins une partie de son épaisseur. Chez l’homme adulte, celle de la lèvre supérieure est couverte de poils disposés en deux rangées obliques, réunies à angle au-dessous du nez; il y en a très peu sur la lévre inférieure, excepté à sa partie moyenne. Comme l’exigeait sa fonction de sentinelle à l'entrée des voies digestives, la peau des lèvres abondamment fournis de papilles nerveuses émanées du trijumeau, est douée d’une vive sensibilité. Aussi suffit-il de la toucher légèrementavec les barbes d’une plume pour y déterminerune sensation désagréable de chatouillement ; sous ce rapport les moustaches et la barbe peuvent être considérées comme des organes de tact en même temps que de protection; mais cet usage est plus prononcé chez certains animaux. Les longs poils qui existent sur les lèvres du chat, lui font connaître à distance la présence des objets; cette grande sensibilité tient à ce que les houppes nerveuses parviennent jusqu’à la base des bulbes pileux.
2° Couche musculaire. Sous-jacente à la précédente, elle est presque entièrement constituée par le muscle orbiculaire des lèvres; cependant un grand nombre de muscles qui viennent aboutir à ce dernier y prennent part, tels sont : 1° ez haut les releveurs communs, les releveurs propres;les petits zygomatiques, les abaisseurs des ailes du nez et le labio-nasal; 2° en bas les muscles abaisseurs de la lèvre inférieure ou carrés; 3° Aux commissures, les buccinateurs, les triangulaires ou abaisseurs de l'angle des lèvres, les canins, les grands zygomatiques, et les risorii de Santorini lorsqu'ils existent. D’après ce grand nombre ‘ de muscles peauciers qui entrent dans la structure des lèvres et qui agissent sur leurs bords, on peut voir déjà combien les mouvemens de ces organes doivent être variés. Par leurs combinaisons deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, etc., qui sont pour ainsi dire innombrables, on peut se faire une idée de toutes les variétés de mouvement, de toutes les grimaces que les lèvres peuvent exécuter, et des modes variés d'expression auxquels elles concourent dans le jeu de la physionomie.
Cette couche musculaire est unie à la couche cutanée et à la couche muqueuse par un tissu cellulaire dense et d’une texture serrée dans lequel il s’amasse peu de graisse.
3° Couche muqueuse. Placée derrière la couche musculaire dont elle est séparée par un très grand nombre de glandules salivaires et mucipares, cette couche est recouverte par un épithélium plus épais qu’il ne l’est ordinairement sur les muqueuses. Elle adhère intimement au tissu musculaire des lèvres sur leur bord libre, tandis que plus bas elle peut en être séparée plus facilement. Sa couleur d’un rouge très marqué tient à ce qu’elle est très vasculaire. Elle présente un assez grand nombre de
papilles.
4° Glandes. Elles sont très nombreuses, arrondies , saillantes et disposées sous forme de couche intermédiaire à la couche musculeuse et à la muqueuse. Leur volume est inégal; elles sont bien distinctes les unes des autres et soulèvent la muqueuse. En les
examinant à un faible grossissement, on trouve qu'elles représentent de petites glandes pourvues chacune d’un conduit excréteur particulier qui traverse la muqueuse et vient s’ouvrir dans la bouche par un orifice facile à distinguer. Lorsque ces orifices s’oblitèrent, dit M. Cruveilhier, les conduits excréteurs dilatés se transforment en des kystes salivaires qui peuvent acquérir de très grandes dimensions. Ces organes sont considérés comme des glandes salivaires labiales, etn’ont aucune analogie avec les follicules mucipares. Nous y reviendrons plus loin.
5° Tissu cellulaire. En avant et en arrière de la couche musculaire, il est très dense et très serré, entièrement séreux et non graisseux, ce qui fait que dans certaines maladies les lèvres peuvent s’infiltrer, mais non augmenter de volume par suite de l’embonpoint qui se développe dans les autres parties du corps ou de la face. Il n'entre pas plus de tissu fibreux dans la structure des bords des lèvres que dans leurs commissures; d’où résulte l’extensibilité de ces organes pour la préhension des alimens, et la possibilité de dilater mécaniquement l’orifice de la bouche pour pratiquer dans son intérieur les explorations etles opérations qui peuvent être nécessaires.
6° Vaisseaux sanguins et Irmphatiques (a). Les artères des lèvres sont très nombreuses, et viennent de plusieurs sources : 1° surtout de l'artère faciale où maxillaire externe. Cette artère naît comme on sait de la carotide externe, un peu au-dessus de l'artère linguale, et derrière le muscle digastrique. Après un trajet plus ou moins sinueux , elle gagne la partie interne de l’angle de la mâchoire inférieure, côtoie son bord inférieur derrière la glande sous-maxillaire, remonte sur sa face externe au niveau du bord antérieur du muscle masséter, marche obliquement, et parvient en décrivant un grand nombre deflexuosités à la commissure des lèvres, puis elle arrive sur les côtés du nez en passant derrière les muscles triangulaire ou canin, et remonte jusqu’à l'angle palpébral. C’est par son côté interne qu’elle fournit tous les rameaux qui se rendent aux lèvres supérieure et inférieure ; les unes sous le nom de branches musculaires internes se distribuent aux muscles triangulaires et carrés et à la peau. Mais les plus essentielles sont les branches coronaires ou labiales au nombre de deux de chaque côté, une pour la lèvre supérieure et l’autre pour la lèvre inférieure. Celles de la lèvre inférieure naissent assez loin de la commissure, passent derrière le muscle triangulaire, et s’avancent en serpentant dans l'épaisseur du bord libre de la lèvre inférieure, sur le milieu de laquelle elles se réunissent après avoir envoyé de nombreux rameaux à la membrane muqueuse qui tapisse sa face postérieure et aux muscles orbiculaire, triangulaire et carré. Celles de la lèvre supérieure naissent au contraire très près de la commissure et au-dessus d’elle. D'un fort calibre et flexueuses, elles marchent comme les précédentes dans l'épaisseur du bord libre de la lèvre supérieure, et s’anastomosent vers sa partie moyenne. Beaucoup de leurs rameaux vont se distribuer à la muqueuse, à la partie supérieure du muscleorbiculaire,aux abaisseurs des ailes du nez et à la peau, en formant dans toutes ces parties des réseaux très compliqués; les plus profonds de ces rameaux se portent aux gencives, et s’y unissent à ceux de l’artère alvéolaire. Lorsque l'injection a bien pénétré dans ces artères, on les voit qui font une saillie sous la muqueuse. Si nous avons autant insisté sur l'artère faciale, qui a déjà reçu ailleurs une description plus détaillée, c’est qu’en la citant pour la première fois à propos des lèvres, il est bon de se rappeler la disposition générale de
cette artère qui va se distribuer à toutes les parties molles de la face (Voy. t. 1v, pl. 28).
2° De l'artère maxillaire interne qui fournit les artères buccale, sous-orbitaire, alvéolaires pour la lèvre supérieure, et mentonnière pour la lèvre inférieure. Cette dernière est la continuation du tronc maxillaire inférieur qui sort par le tronc mentonnier (Voy. t. 1v, PI. 28). 3° Enfin, les lèvres reçoivent encore quelques petits rameaux de l’artère sous-mentale, branche de la faciale, et de l'artère transversale de la face qui vient de la temporale.
(b). Les veines portent le même nom que les artères et suivent le même trajet en marchant en sens inverse.
(c) Les vaisseaux lymphatiques de la face externe des lèvres vont tous se jeter dans les ganglions lymphatiques qui sont situés sur les artères et veines faciales, au-devant du masséter et sous la base de la mâchoire inférieure (t. 1v, PI. 86). Les lymphatiques profonds de la muqueuse forment un second plan qui rejoignent les vaisseaux et les ganglions des artères linguale et faciale, autour de la glande sous-maxillaire.
7° Nerfs.Ils sont tous fournis par le facial , et par les branches maxillaires supérieure et inférieure du trijumeau : le premier, le nerf moteur, et le second, le nerf sensitif de la face.
(a) Le nerf facial (t. 111, Pl. 4o) fournit denombreux filets aux muscles de la lèvre supérieure par la branche buccale de la temporo-faciale, et à ceux de la lèvre inférieure par la branche mentonnière de la cervico-faciale; aux muscles de la commissure et à ceux des deux lèvres par la branche buccale ou ascendante transverse, formée par l’anastomose des deux grandes branches précédentes d’origine. Tous ces rameaux se perdent dans les muscles, sauf quelques filets d’anastomoses avec ceux des branches sous-orbitaire, buccale et mentonnière du trijumeau.
(b) Le nerf maxillaire supérieur du trijumeau fournit par sa branche sous-orbitaire de nombreux filets à la lèvre supérieure. Ces filets épanouis en un nombre immense de nervules, se distribuent sur l’une et l’autre face de la couche musculaire en deux plans. Le superficiel se rend à la peau où il se termine en un réseau ou une surface capillaire nerveuse. Le profond se résout en nervules dont les uns vont se jeter dans les glandules salivaires labiales et les follicules mucipares ; et dont les autres se rendent à la membrane muqueuse dans l'épaisseur du chorion de laquelle ils s’épanouissent aussi en un réseau capillaire. Sur la ligne médiane, plusieurs filets très fins s’anastomosent d’un côté à l’autre (PI. 16).
(ce) Le nerf maxillaire inférieur se conduit par son rameau mentonnier, pour la lèvre inférieure , de la même manière que le sous-orbitaire pour la lèvre supérieure. Ses filets y forment également deux plans sur chacune des faces de la couche musculaire. Le superficiel se rend aussi à la muqueuse en formant comme le précédent, dans l’une et l’autre membrane, un réseau en surfaces de nervules microscopiques. Comme les filets sous-orbitaires aussi, ceux des nerfs mentonniers forment d'un côté à l’autre, des anastomoses sur la ligne médiane (PI. 16).
Développement des lèvres. Le mode de développement des lèvres a beaucoup occupé les anatomo-physiologistes. Malgré les nombreuses hypothèses émises à ce sujet, cette question est loin d’être résolue d’une manière satisfaisante; et les diverses solutions qui en ont été données laissent sans réponse une foule d’objections importantes.
La théorie qui a eu le plus de vogue est celle de Blumenbach : elle suppose que la lèvre supérieure se développe par trois points distincts, un médian et deux latéraux, lesquels se réuniraient entre eux suivant les deux petits replis qui limitent à droite et à gauche la dépression sous-nasale. Cette opinion a été adoptée par la plupart des anatomistes modernes; parmi ceux-ci M. Blandin a cherché à démontrer que tout en étant l’expression approximative de la vérité, cette théorie néanmoins était incomplète. Il pense que le lambeau médian de cette lèvre se développe primitivement par deux points qui se réunissent sur la ligne médiane, et se fonde à l’appui de cette opinion, sur ce que la lèvre supérieure se moule dans son développement sur la portion de la voûte palatine à laquelle elle touche immédiatement. Or quatre pièces appartiennent primitivement à la partie antérieure du palais, savoir: deux aux os maxillaires, et deux aux incisifs ou intermaxillaires dont les épiphyses seules sont visibles après la naissance. Suivant M. Blandin, ce qui a fait croire à Blumenbach, Meckel, Béclard, etc., que la levre supérieure était seulement trifide dans l’origine, c’est que ses deux points médians, qui dans le principe sont symétriquement disposés, se réunissent de très bonne heure , de manière à constituer un noyau qui devient impair; c’est aussi par cette réunion prématurée que le même anatomiste s’explique comment le repli médian de cette lèvre est si peu apparent. Chez les animaux, les osintermaxillaires restant toujours visibles, la séparation médiane primitive de la lèvre est plus apparente que chez l'homme. Et même dans quelques espèces du genre chien, dans les chats, les rongeurs, etc.; cette disposition persiste pendant toute la vie.
M. Cruveilhier repousse cette théorie, d’abord, parce que suivant lui, les os intermaxillaires n’existent pas, attendu qu'ils ne peuvent être séparés des os maxillaires en aucun temps; et puis, parce qu’à aucune époque de la vie fœtale, on ne peut démontrer l'existence de parties distinctes dans la lèvre supérieure, qui lui a toujours paru composée d'une seule pièce. M. Velpeau est du méme avis, car il n’a jamais pu rencontrer cette division, même chez les embryons les plus jeunes. Cependant à l’aide de cette théorie, on parvient à donner une explication assez satisfaisante de quelques monstruosités , telles que le bec de lièvre, qu'on attribue à un arrêt de développement. Aussi est-ce celle qui a rallié le plus de partisans.
Depuis quelques années, il a paru sur les os intermaxillaires plusieurs travaux remarquables; le célèbre Goëthe est un de ceux qui, par deux mémoires publiés en 1786 et 1819, a le plus contribué à les faire admettre. Nicoti en a donné un dessin en 1822, Weber qui en avait d’abord nié l'existence, est parvenu à en obtenir la séparation, à l’aide de l'acide nitrique jusqu'à l’âge de deux ans. M. Leuckart, de Stuttgard, a publié en 1840, un travail qui paraît établir l'existence de l’os intermaxillaire d’une manière incontestable. C'est de deux mois et demi à trois mois, dit-il, qu’il est le plus apparent; après le quatrième, il a contracté les rapports qu'il conservera plus tard. Un grand nombre de têtes d’hydrocéphales déposées dans le musée Dupuytren, démontrent aussi le même fait. M. Desprès, dans une thèse de concours sur les divisions congéniales des lèvres et du
voile du palais, l'admet également. L'existence de cet os, une fois démontrée, c’est là un point important en faveur de la théorie de Blumenbach et de M. Blandin. Toutefois, pour l’admettre définitivement dans la science, autrement que par analogie, il faudrait lever la forte objection qu’elle soulève; c’est jusqu’à présent l'impossibilité de démontrer chez les embryons , même les plus jeunes, le fait de deux tubercules charnus séparés, formant la partie médiane de la lèvre supérieure. Quant à la lèvre inférieure, point de contestation. On s'accorde à dire qu’elle se développerait par deux masses latérales qui viendraient se réunir par un raphé vertical sur la ligne médiane.
Etat des lèvres considérées dans les divers âges. 1° Chez les enfans, les lèvres sont très longues proportionnellement aux mâchoires. Cet état qui tient au peu de développement des màchoires et surtout à l'absence des dents, est très favorable à la succion. Avant la naissance, on trouve les lèvres toujours fermées et appliquées l’une contre l’autre ; leur bord libre est violet. 2° Dans un âge plus avancé, lorsque les dents sont développées, les lèvres perdent leur excès de longueur, et prennent l’aspect que nous avons indiqué dans la description générale que nous en avons faite. 3° Dans la vieillesse, les lèvres s’allongent, se rident et se déjettent en arrière au lieu de se déjeter en avant comme chez l’adulte. Ce genre de déformation tient à l'absence des dents et à l’effacement des alvéoles dont la cavité s’est oblitérée par suite du rapprochement de leurs lames antérieures et postérieures. Alors, en effet, les lèvres n'étant plus tenues écartées et tendues par les arcades dentaires reviennent sur ellesmêmes. Si les dents antérieures de la mâchoire inférieure sont conservées, la lèvre inférieure reste à sa place et dépasse la supérieure. Cet état même est particulier à la vieillesse et se prononce peu-à-peu avec la décrépitude lorsque , après la chute complète des dents et l'usure des bords alvéolaires, l’angle formé par les branches de l'os maxillaire venant de plus en plus à s’etfacer, cet os, rapproché de sa forme première fœtale, tend à se convertir en un arc osseux horizontal.
Différences entre les sexes. Les lèvres de l'homme, dit Huschke, sont plus vastes, plus saillantes , plus épaisses , plus charnues , plus rouges, plus chaudes, moins lisses et moins humides que celles de la femme. La muqueuse, plus épaisse , est moins débordée sur la marge de contour par la saillie de la peau. Le masque des peauciers de la face plus nourri, plus musclé, rend chez l’homme les grosses lèvres plus fréquentes. Dans les deux sexes, une grande bouche est un indice de gourmandise et de loquacité. Elle coïncide ordinairement avec une vaste cavité orale, armée de fortes dents et munie d’un grand appareil salivaire, et forme une prédisposition à une grande activité digestive.
Usages des lèvres.
Ils sont très nombreux, comme l'indique suffisamment la grande quantité de muscles destinés à les mouvoir, les glandules, et les nerfs si abondans et de nature différente qu’elles renferment. Comme organes volontaires cérébro-spinaux, sous l’influence motrice du nerf facial, les joues servent à la préhension des alimens et des liquides, à diriger le bol alimentaire sous les arcades dentaires et à le retenir dans la cavité de la bouche, ainsi que la salive dont l'écoulement permanent au-dehors serait une cause rapide d’épuisement, comme on l’observe chez quelques
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personnes, dans les cas de paralysie où la lèvre inférieure reste tombante. D’autres usages très nombreux ont rapport à la succion, à l'articulation de la voix, à l’action de siffler, de souffler, de cracher, etc. Avec les influences combinées du facial, du trijumeau et du grand sympathique, les lèvres, comme organes volontaires, font de la bouche l’un des agens les plus délicats pour exprimer toutes les nuances des sentimens et des passions expansives et dépressives : le rire, la joie, la colère, le dédain, la pitié, etc. Mais cette influence sur la physionomie n’est pas moins involontaire que volontaire. Suivant la fine observation de Lavater, quelque soin que l’on puisse mettre à dissimuler sa pensée, la bouche la trahit toujours. Pour un œil exercé, l’expression de la bouche ne ment jamais.